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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109412

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109412

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109412
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2021 et 29 janvier 2023, Mme B C, née E, représentée par la société DBKM avocats (Me Bapcerès), demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision du 18 mai 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon l'a informée, à la suite de l'annulation par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 31 décembre 2020 du titre exécutoire précédemment émis, des bases de liquidation des sommes en cause ainsi que l'émission à venir d'un nouvel avis des sommes à payer pour recouvrer l'indu de revenu de solidarité active litigieux d'un montant de 10 024,38 euros au titre de la période de septembre 2014 à juin 2016 ;

- le titre exécutoire émis en 2021 par le président de la métropole de Lyon d'un montant de 10 024,38 euros en vue de la récupération de cet indu ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme et d'enjoindre au président de la Métropole de Lyon de procéder à la restitution des sommes déjà recouvrées.

Elle soutient que :

- la décision du 18 mai 2021 est signée par une autorité incompétente ;

- il n'est pas justifié que le bordereau de titres de recettes relatif à l'avis des sommes à payer a été signé ;

- la métropole n'était pas fondée à poursuivre le recouvrement de l'indu en l'absence de notification d'un avis des sommes à payer ;

- le défaut de notification de l'avis des sommes à payer ne permet pas de s'assurer qu'il comporte les nom et prénom de la personne ayant signé le bordereau ;

- l'action en recouvrement était prescrite ;

- le titre exécutoire contesté est illégal en conséquence de l'illégalité de la décision du 18 mai 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, la métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot avocats (Me Prouvez), conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors d'une part, que la décision du 18 mai 2021 est une décision purement confirmative et d'autre part, que la requérante ne produit pas le titre exécutoire contesté ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Mme C née E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021, notifiée le 24 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente ;

- et les observations de Me Litzler, représentant la métropole de Lyon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née E été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département du Rhône France. A la suite d'un contrôle réalisé par un agent assermenté en 2016, la métropole de Lyon lui a demandé le reversement d'une somme de 10 024,38 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active constitué sur la période de septembre 2014 à juin 2016. Le 4 septembre 2019, la métropole de Lyon a émis un avis de sommes à payer pour le recouvrement de cet indu. Par un jugement du 31 décembre 2020, le tribunal administratif de Lyon a annulé ce titre au motif que celui-ci était insuffisamment motivé. Par un courrier du 18 mai 2021, la métropole de Lyon a informé Mme C des motifs de l'indu litigieux et de ce qu'un nouvel avis des sommes à payer correspondant à ce trop-perçu de revenu de solidarité active lui serait adressé. Mme C demande l'annulation de cette décision du 18 mai 2021 et du titre exécutoire émis à sa suite en 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 18 mai 2021 :

2. Il résulte de l'instruction que par une décision du 18 mai 2021, le président de la métropole de Lyon a, à la suite du jugement du tribunal administratif de Lyon du 31 décembre 2020, informé Mme C des motifs de l'indu litigieux et de l'édiction à venir d'un nouvel avis des sommes à payer correspondant au trop-perçu de revenu de solidarité active en cause. Ainsi, ce courrier, purement informatif, ne revêt pas le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la métropole de Lyon doit être accueillie.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la métropole de Lyon :

3. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué (). ".

4. La requérante soutient sans être contredite par la métropole de Lyon, qui se borne à indiquer que l'avis des sommes à payer a été " émis et envoyé par un centre éditique relevant de la DGFIP ", en versant aux débats le bordereau de titres de recettes correspondant, sans toutefois produire ce titre, que le titre exécutoire contesté ne lui a pas été notifié. En outre, elle justifie en avoir demandé la communication le 24 novembre 2021 aux services de la métropole de Lyon et fait valoir sans être contredite qu'aucune réponse ne lui a été apportée. Dès lors, elle justifie de l'impossibilité de produire la décision attaquée à l'appui de sa requête et la fin de non-recevoir opposée par la métropole de Lyon, tirée de ce défaut de production, doit être écartée.

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire contesté :

5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. (). ".

6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

7. La métropole de Lyon produit le bordereau n°3134 du 27 juillet 2021 comprenant le titre exécutoire contesté, qui porte le numéro 16365. Ce bordereau comporte outre sa signature électronique, les nom, prénom et qualité de M. A D, directeur des finances, qui l'a émis et dispose d'une délégation de signature consentie par le président de la métropole de Lyon le 27 juillet 2020. Toutefois, en l'absence de production par les parties du titre exécutoire contesté, il ne résulte pas de l'instruction que ce titre exécutoire, émis le 27 juillet 2021, que les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé le bordereau sont mentionnés sur le titre et sur l'ampliation adressée à Mme C. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que le titre exécutoire contesté est irrégulier en la forme et doit être annulé.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer :

8. Le titre de perception attaqué, qui est annulé, étant susceptible de faire l'objet d'une régularisation, les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant au reversement des sommes retenues :

9. Il ne résulte pas de l'instruction que des sommes auraient été recouvrées en remboursement de l'avis des sommes à payer annulé. Dans ces conditions, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de restituer les sommes recouvrées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer valant titre de recettes émis à l'encontre de Mme C née E le 27juillet 2021 par la métropole de Lyon pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 10 024,38 euros (dix mille vingt-quatre euros et trente-huit centimes) est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C née E et à la métropole de Lyon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier,

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