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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109460

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109460

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109460
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantFERRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Ferron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire a mis à sa charge une somme de 5 868,79 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a rejeté son recours administratif préalable et confirmé la somme de 5 868,79 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er novembre 2019 au 28 février 2021 ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Loire de procéder à la restitution des sommes déjà recouvrées dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Loire le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active est signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- en l'absence de consultation de la commission de recours amiable pour avis, cette décision est entachée d'un vice de procédure ;

- si l'avis de la commission de recours amiable était exclu par la convention de gestion conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales, cette convention de gestion est illégale ;

- les sommes versées sur son compte bancaire correspondent en partie à des remboursements de prêts octroyés à des membres de sa famille ;

- les sommes émanant de la plateforme Vinted correspondent en partie à des remboursements d'achats et les ventes réalisées ont un caractère occasionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions dirigées contre la décision du 30 mars 2021 sont irrecevables et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département de la Loire. A la suite d'un contrôle réalisé par un agent assermenté le 10 mars 2021, la caisse d'allocations familiales de la Loire lui a, par un courrier du 30 mars 2021, demandé le reversement d'une somme de 5 868,79 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er novembre 2019 au 28 février 2021. Par un recours administratif préalable du 3 mai 2021, Mme A a contesté le bien-fondé de l'indu. Par une décision du 8 juillet 2021, le président du conseil départemental de la Loire a rejeté ce recours et confirmé la mise à la charge de Mme A de l'indu de revenu de solidarité active. Mme A demande l'annulation des décisions du 30 mars 2021 et du 8 juillet 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Le recours administratif effectué le 26 avril 2021 par Mme A, conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles précité, contre la décision de la caisse d'allocations familiales de la Loire du 30 mars 2021 ayant un caractère obligatoire, la décision de rejet du 8 juillet 2021 s'est substituée à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter comme irrecevables les conclusions de la requête de Mme A dirigées contre la décision du 30 mars 2021 et de regarder les conclusions de la requête comme seulement dirigées contre la décision du 8 juillet 2021 en ce qu'elle confirme l'existence d'un indu de revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D C, adjointe au directeur administratif et financier du département de la Loire, titulaire d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du président du conseil départemental du 2 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision du 8 juillet 2021 se réfère à l'origine de l'indu, en indiquant que Mme A a fait l'objet d'un contrôle, et précise la nature des revenus omis, notamment la circonstance que des sommes d'un montant total de 6 092,72 euros ont été créditées sur les comptes bancaires de l'allocataire, cette dernière ayant indiqué que ces sommes provenaient pour la plupart de la vente de biens personnels sur internet ainsi que de virements bancaires provenant de son cercle familial. La décision comporte également une référence aux articles L. 262-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Ainsi, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée. ".

8. D'une part, la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 9 avril 2021 entre le département de la Loire et la caisse d'allocations familiales de la Loire, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable, sauf à ce que ledit indu soit supérieur à huit fois le plafond mensuel de la sécurité sociale fixé par arrêté, soit 27 424 euros au 1er janvier 2021. L'indu en litige étant de 5 868,79 euros, soit inférieur au seuil susmentionné, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie. Il en découle que le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. (). ". L'article L. 262-3 du même code prévoit que l'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active. ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; (). ". Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, l'allocataire doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant le foyer.

10. Pour mettre à la charge de Mme A l'indu en litige de revenu de solidarité active, le président du conseil départemental de la Loire a relevé que lors du contrôle du 10 mars 2021, l'agent assermenté a constaté que des sommes d'un montant total de 6 092,72 euros avaient été créditées sur les relevés bancaires de la requérante, qualifiées par cette dernière de produits de ventes de biens personnels effectuées sur des sites internet, et plus spécifiquement sur le site "Vinted", ainsi que de virements bancaires provenant de membres de sa famille.

11. Si Mme A soutient que les sommes émanant de la plateforme "Vinted" correspondraient à des remboursement d'achats, qu'elle seraient occasionnelles et non imposables, minimes et n'excédant pas ou seulement rarement la somme de 250 euros par mois, il résulte de l'instruction que le montant des sommes créditées sur les comptes bancaires de l'intéressée s'est élevé à 6 092,72 euros sur la période d'août 2019 à décembre 2020, dont un montant de 5 202,72 euros identifié par l'intéressée comme provenant de ventes effectuées sur internet. En outre, le rapport d'enquête révèle que ces sommes étaient perçues régulièrement et que le montant des ventes a atteint plus de 600 euros pour les mois de décembre 2019, et avril et juin 2020. Compte tenu des montants en cause, de la régularité des versements et sans autre justification de l'intéressée, le président du conseil départemental a pu légalement réintégrer dans les ressources de l'intéressée le montant de ces ventes pour déterminer le droit au revenu de solidarité active de Mme A.

12. Par ailleurs, Mme A a également bénéficié de virements sur son compte bancaire, pour un montant global de 890 euros sur la période litigieuse. Elle soutient que ces sommes constituent des prêts remboursables consentis par ses proches, qui ne pouvaient pas être intégrés au calcul de ses droits au revenu de solidarité active et se prévaut d'attestations de ses proches pour en justifier. Toutefois, les attestations produites ne précisent aucune durée, taux, ni modalité de remboursement permettant de les regarder comme des prêts. Dans ces conditions, compte tenu des montants en cause, de la régularité des versements et sans autre justification de l'intéressée, le président du conseil départemental de la Loire a pu légalement qualifier ces sommes de libéralités et les intégrer pour déterminer le droit au revenu de solidarité active de Mme A.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a rejeté son recours contre l'indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 5 868,79 euros.

Sur les conclusions présentées au titre des frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application au profit de Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département de la Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

V. ELa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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