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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2109824

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2109824

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2109824
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET NOVEIR & BENSASSON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 9 décembre 2021, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 10 novembre 2021, et deux mémoires, enregistrés au greffe du tribunal le 2 novembre 2022 sous le n° 2109824, Mme A B, représentée par la SELARL Noveir et Bensasson (Me Bensasson), doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 20 000 euros, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation à compter du 13 septembre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des agissements constitutifs d'un harcèlement moral dont elle déclare avoir été victime lors de son affectation à l'école élémentaire publique (EEPU) Jean Moulin d'Annonay ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au regard des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'elle a été victime d'agissements répétés de la part de ses collègues enseignants, de la directrice de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay et des services du rectorat de l'académie de Lyon qui ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail, de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique et mentale et de compromettre son avenir professionnel ;

- cette faute lui a causé un préjudice de carrière et un préjudice moral pouvant être estimés à la somme totale de 20 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 mai 2022 et 14 avril 2023, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens et les prétentions indemnitaires de Mme B ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 9 décembre 2021, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Grenoble au plus tard le 9 décembre 2021, et deux mémoires, enregistrés au greffe du tribunal le 2 novembre 2022 sous le n° 2109825, Mme A B, représentée par la SELARL Noveir et Bensasson (Me Bensasson), doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 20 000 euros, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation à compter du 13 septembre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des agissements constitutifs d'un harcèlement moral dont elle déclare avoir été victime lors de son affectation à l'EEPU Jean Moulin d'Annonay ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au regard des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'elle a été victime d'agissements répétés de la part de ses collègues enseignants, de la directrice de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay et des services du rectorat de l'académie de Lyon qui ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail, de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique et mentale et de compromettre son avenir professionnel ;

- cette faute lui a causé un préjudice de carrière et un préjudice moral pouvant être estimés à la somme totale de 20 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 mai 2022 et 14 avril 2023, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens et les prétentions indemnitaires de Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- le décret n° 89-122 du 24 février 1989 ;

- le décret n° 2008-775 du 30 juillet 2008 ;

- le décret n° 2017-444 du 29 mars 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les conclusions de M. Pineau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, professeure des écoles de classe normale depuis le 1er septembre 2004, a été affectée à l'école élémentaire publique (EEPU) Jean Moulin d'Annonay, classée en réseau d'éducation prioritaire (REP), à compter du 1er septembre 2008. Alors qu'elle enseignait en classe de cycle 3 comprenant le cours moyen première année (CM1) et le cours moyen deuxième année (CM2), l'intéressée a été placée et maintenue en congé de longue maladie non imputable au service du 3 septembre 2018 au 27 août 2019 inclus, par deux arrêtés de l'inspecteur d'académie (IA) - directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) de l'Ardèche des 20 décembre 2018 et 18 avril 2019, avant d'être autorisée à reprendre ses fonctions à compter du 28 aout suivant, en bénéficiant d'un temps partiel pour raison thérapeutique avec une quotité de service de 50 %. Affectée temporairement à l'EEPU de Colombier-le-Cardinal du 6 janvier au 31 juillet 2020, période au cours de laquelle elle a été autorisée à reprendre ses fonctions à temps plein à compter du 28 mai 2020, Mme B a été mutée à l'EEPU de Vocance Le Village à compter du 1er septembre 2020 par un arrêté de l'IA - DASEN de l'Ardèche du 11 juin 2020. Par un courrier du 30 août 2021, dont l'administration a accusé réception le 13 septembre suivant, l'intéressée a formé une demande indemnitaire préalable qui a été rejetée par l'IA - DASEN de l'Ardèche le 16 septembre 2021. La requérante demande au tribunal, par deux requêtes enregistrées sous les nos 2109824 et 2109825, de condamner l'État à lui verser la somme totale de 20 000 euros, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation à compter du 13 septembre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des agissements constitutifs d'un harcèlement moral dont elle déclare avoir été victime lors de son affectation à l'école élémentaire publique Jean Moulin d'Annonay.

2. La requête enregistrée sous le n° 2109825 constitue en réalité le double de la requête enregistrée le 10 novembre 2021, sous le n° 2109824. Cette requête ainsi que les pièces qui l'accompagnent doivent donc être rayées du registre du greffe du tribunal et jointes à la requête n° 2109824.

3. Selon les termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions ont été reprises par les articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. "

4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

5. Mme B soutient avoir été victime d'agissements répétés de la part de ses collègues enseignants, de la directrice de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay et des services du rectorat de l'académie de Lyon qui ont eu pour effet de dégrader ses conditions de travail, de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique et mentale, et de compromettre son avenir professionnel. En l'espèce, dès lors qu'il résulte de l'instruction que les relations de travail de la requérante se sont progressivement dégradées, à compter de la rentrée scolaire 2014-2015, suite au renouvellement de l'équipe pédagogique et à l'arrivée d'une nouvelle directrice et que Mme B ne fait état d'aucun évènement postérieur à sa mutation à l'EEPU de Vocance Le Village à compter de la rentrée scolaire 2020-2021, le harcèlement moral dont elle estime avoir été victime doit ainsi être apprécié sur la période comprise entre le 1er septembre 2014 et le 1er septembre 2020.

6. Toutefois, premièrement, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait été " systématiquement mise à l'écart et dénigrée " à compter de la rentrée scolaire 2014-2015, ni qu'elle ait été victime de " comportements déplacés de la part (de ses) collègues ".

7. En effet, d'une part, si la requérante fait grief à l'équipe pédagogique de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay de ne pas avoir pris en considération " ses opinions professionnelles et préconisations ", en dépit de sa " réelle expérience " et de son " approche pédagogue ", et s'il ressort de deux témoignages qu'elle produit, respectivement datés des 22 mars et 14 avril 2021, qu'elle aurait eu du mal à se faire entendre lors d'une réunion professionnelle, dont ni la date ni le lieu ne sont au demeurant précisés, au cours de laquelle son intervention n'aurait pas été bien accueillie et où certains de ses collègues l'auraient écoutée avec un certain agacement, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée ait subi une " remise en question constante de ses appréciations professionnelles " ni un dénigrement systématique de sa manière de servir, les témoignages rédigés par des personnes n'ayant pas été les témoins directs de faits précis, ne faisant état d'aucun évènement daté. Il résulte en revanche de l'instruction, et en particulier du compte-rendu final de la tentative de médiation conduite au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay à l'automne 2018 suite à la demande présentée en ce sens par l'inspectrice de l'éducation nationale (IEN) de la circonscription d'Annonay, ainsi que des deux lettres respectivement adressées à l'IA - DASEN de l'Ardèche par la directrice et des enseignants de cet établissement les 2 et 3 décembre 2019, qu'il existait d'importantes difficultés relationnelles entre Mme B et l'équipe pédagogique dudit établissement, depuis plusieurs années, l'intéressée ayant notamment des difficultés à accepter les points de vue différents des siens, ce qui entrainait des malentendus et raidissait les relations avec ses collègues.

8. D'autre part, si Mme B verse au débat un témoignage, rédigé le 12 mars 2021 par une enseignante ayant exercé ses fonctions au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay entre les années scolaires 2013-2014 et 2017-2018, qui fait état de " railleries " dont elle aurait été victime au cours de l'année scolaire 2013-2014 suite à un travail sur la laïcité qu'elle avait mené au sein de l'établissement, certains de ses collègues lui reprochant alors de se sentir " investie d'une mission ", ce témoignage porte en tout état de cause sur des évènements antérieurs aux agissements dont elle déclare avoir été victime de la part de ses collègues à compter de l'année scolaire 2014-2015 et il ne résulte pas de l'instruction que ces derniers aient tenu des " propos diffamants " à son égard en lien avec ce travail sur la laïcité, ni qu'ils l'aient accusée d'être " raciste " et " intolérante " dans le " contexte social et politique extrêmement sensible " de l'attentat perpétré contre le journal satirique " Charlie Hebdo " au mois de janvier 2015, ni même que de tels propos aient été " à maintes reprises signalés à la hiérarchie " et " tolérés ". À cet égard, il résulte seulement de l'instruction, et en particulier du témoignage précité du 12 mars 2021, que des " tensions " seraient " apparues " entre Mme B et certains de ses collègues au mois de janvier 2015 suite à un " désaccord sur des idées qui n'étaient pas en lien avec (leur) travail lors d'un temps informel au café du matin ". De même, si la requérante verse au débat un témoignage, rédigé le 5 mars 2021 par une enseignante d'un autre établissement qu'elle ne connaissait que de vue et qu'elle aurait croisée au mois de juin 2019 sur la place des Cordeliers à Lyon, qui fait état de rumeurs selon lesquelles elle aurait été " discriminante envers un élève à handicap et envers des élèves d'origine étrangère ", ce seul témoignage sur des faits à la fois imprécis et non datés ne permet pas de faire présumer que Mme B ait été victime de rumeurs destinées à la décrédibiliser, alors au surplus qu'il est constant que la requérante avait eu une réaction " inappropriée " et " inhumaine " lors d'un conseil d'école du mois de mars 2018 suite à l'annonce publique de l'accueil d'un élève en situation de handicap moteur au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay à compter de la rentrée scolaire 2018-2019.

9. En outre, s'il résulte de l'instruction qu'un manque de communication a pu conduire à ce que Mme B ne soit informée, qu'à compter du conseil d'école du mois de mars 2018, de l'arrivée de cet élève en situation de handicap et de ce qu'il était envisagé de procéder à un déménagement des salles de classe à la rentrée scolaire 2018-2019, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit dès lors qu'elle aurait été, selon l'intéressée, à l'origine de son " malaise " et de sa " première réaction désapprobatrice, () inappropriée et inhumaine ", n'est pas de nature à faire présumer que la requérante ait été victime d'un " comportement () choquant " de la part de ses collègues destiné à la mettre publiquement en difficulté. Par ailleurs, s'il résulte également de l'instruction qu'au cours d'un conseil des maîtres du mois de mai ou de juin 2018, une enseignante de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay a exprimé son agacement à l'égard de la requérante et de son conjoint en employant une expression empreinte de grossièreté suite à leur refus de déménager leurs salles de classe situées au rez-de-chaussée afin de permettre l'accueil dudit élève en situation de handicap en cour préparatoire (CP), ce seul incident isolé, pour regrettable qu'il soit, n'est pas de nature à faire présumer que Mme B ait été victime d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral caractérisés par des " comportements déplacés " de la part de l'équipe pédagogique et une " mise à l'écart " systématiques suite à cet incident. À cet égard, si la requérante fait grief à la directrice de son établissement de ne pas avoir " pris en compte " son " état de santé " lors de ce déménagement des salles de classe et de l'attribution des classes pour la rentrée scolaire 2019-2020, il résulte en tout état de cause de l'instruction que Mme B n'a pas été contrainte de déménager sa salle de classe à la rentrée scolaire 2018-2019, ladite directrice ayant déménagé la sienne suite au refus de l'intéressée qui a ensuite été placée et maintenue en congé de longue maladie non imputable au service du 3 septembre 2018 au 27 août 2019, et il n'est ni établi, ni même allégué, que l'intéressée n'ait pas bénéficié de l'ensemble des préconisations formulées le 17 juin 2019 par le médecin de prévention du rectorat de l'académie de Grenoble lors de la reprise de ses fonctions à temps partiel pour raison thérapeutique à compter du 28 août suivant. De même, si Mme B fait grief à la directrice de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay de ne pas l'avoir conviée au conseil des maîtres du 14 juin 2019 chargé de se prononcer sur l'attribution des classes à compter de la rentrée scolaire 2019-2020, de ne pas avoir fait droit à sa demande, présentée le dimanche 16 juin 2019, tendant à la tenue d'un conseil des maîtres exceptionnels le 17 ou 18 juin suivant pour revenir sur cette attribution, et de ne pas avoir satisfait son souhait tendant à obtenir une classe de cycle 2 à compter de la rentrée scolaire 2019-2020, il résulte de l'instruction, et en particulier de la lettre qui lui a été adressée le 25 juin 2019 par l'IEN de la circonscription d'Annonay, que la requérante était en arrêt de travail lors de ce conseil des maîtres du 14 juin 2019, que l'attribution des classes à compter de la rentrée scolaire 2019-2020 a été adoptée à l'unanimité des membres de l'équipe pédagogique présents et qu'aucun enseignant en cycle 2 ne souhaitait changer de niveau à compter de cette même rentrée scolaire, alors au demeurant que le refus opposé à sa demande précitée du 16 juin 2019 relevait de l'exercice normal des pouvoirs de la directrice de l'établissement s'agissant de l'organisation du service. Au surplus, alors qu'aucun élément versé au débat n'est de nature à faire présumer que Mme B ait été " systématiquement mise à l'écart ", il résulte de l'instruction que l'intéressée a adressé à l'ensemble des membres de l'équipe pédagogique de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay, le 29 août 2019, veille de la pré-rentrée de l'établissement, un courriel leur signalant qu'elle ne participerait plus aux différentes réunions organisées au sein dudit établissement, qu'elle se mettait en retrait des concertations collectives et qu'elle ne souhaitait plus être destinataire des courriels qui ne la concernaient pas.

10. Enfin, et contrairement à ce que soutient Mme B, ni le compte-rendu final de la tentative de médiation conduite au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay à l'automne 2018, ni les deux lettres respectivement adressées à l'IA - DASEN de l'Ardèche par la directrice et des enseignants de cet établissement les 2 et 3 décembre 2019, ne contiennent des " propos () insultants " ou dénigrants à son égard, la circonstance que la requérante soit en désaccord avec l'origine de la souffrance au travail exprimée par ses collègues et la situation de blocage existant au sein dudit établissement lors de la rentrée scolaire 2019-2020, telles que décrites dans ces trois documents dont un seul lui était au demeurant adressé, n'étant pas davantage de nature à démontrer qu'elle aurait été victime d'un " acharnement ".

11. Deuxièmement, il ne résulte pas davantage de l'instruction que Mme B ait été victime d'une " sanction déguisée " des services du rectorat de l'académie de Grenoble suite à la dénonciation des agissements dont elle déclarait avoir été victime. En effet, contrairement à ce que soutient l'intéressée, il ne résulte pas de l'instruction qu'il lui ait été " demandé de quitter son poste pour rejoindre à compter de janvier 2020, en pleine année scolaire, un poste dans une autre école " mais seulement que ce changement de poste lui a été proposé lors de l'entretien dont elle a bénéficié le 4 décembre 2019 avec les services du rectorat pour évoquer ses difficultés relationnelles au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay, ainsi que les moyens d'y remédier, et que l'intéressée a accepté cette proposition par un courrier du 19 décembre suivant, s'engageant alors à remplacer une enseignante au sein de l'EEPU de Colombier-le-Cardinal à compter du 6 janvier 2020 et ce jusqu'à la fin de l'année scolaire 2019-2020. Au demeurant, il résulte de l'instruction, et en particulier d'une lettre rédigée le 17 avril 2020 par l'IA - DASEN de l'Ardèche, que Mme B aurait indiqué à son adjointe et à l'IEN de la circonscription d'Annonay, lors d'une réunion du 19 février 2020, que ce " changement d'affectation " lui avait " apporté l'apaisement escompté ". De même, s'il résulte de l'instruction que la requérante a été " amenée à formaliser l'abandon de son poste " au sein de l'EEPU Jean Moulin d'Annonay à la demande des services du rectorat de l'académie de Lyon, cette formalité, préalable à sa mutation vers un autre établissement dans le cadre du mouvement départemental des personnels enseignants du premier degré public de l'académie de Grenoble auquel elle a participé, lui donnait l'assurance d'être affectée sur un autre poste parmi les différents vœux qu'elle avait formulés. Au surplus, Mme B, qui a accepté cette formalité par des courriels des 19 décembre 2019 et 11 mai 2020, a obtenu sa mutation à l'EEPU de Vocance Le Village à compter du 1er septembre 2020 conformément au premier des vingt-deux vœux qu'elle avait formulés.

12. Par suite, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait été victime d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral pris isolément ou cumulativement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'État aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête no 2109824 présentée par Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 2109825 est rayée du registre du greffe du tribunal.

Article 2 : La requête enregistrée sous le n° 2109824 est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

Nos 2109824 - 2109825

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