vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2200134 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | JU 7ème chambre |
| Avocat requérant | EKINCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Ekinci, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du préfet du Rhône du 10 novembre 2021, refusant de l'indemniser ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 8 622,10 euros sauf à parfaire, assortie des intérêts légaux à compter du 10 septembre 2021, eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices financier et moral qu'il a subis du fait de l'inapplication de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'octroyer le concours de la force publique pour l'exécution du jugement rendu le 14 février 2020 par le tribunal judiciaire de Lyon, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a consenti un bail à usage d'habitation à Mme B, portant sur un logement type 4, d'une superficie d'environ 67 m² au sein d'une copropriété située 78 rue Parmentier à Saint-Fons.
- quand la locataire a cessé de s'acquitter des loyers et charges, il lui a signifié le 7 mars 2019 un commandement de payer visant la clause résolutoire pour obtenir le paiement de la somme de 765,00 euros au titre des loyers impayés ;
- la locataire n'a pas déféré au commandement de payer ;
- par exploit d'huissier du 2 octobre 2019, il l'a assignée aux fins de voir constater l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail, l'expulsion de la locataire ainsi que la condamnation de cette dernière au paiement de la dette locative ;
- par jugement du 14 février 2020, assorti de l'exécution provisoire, le tribunal judiciaire de Lyon a constaté l'acquisition de la clause résolutoire insérée au bail et a condamné Mme B au paiement de la somme de 1621 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupation arrêtés au 5 janvier 2020 ;
- le tribunal a également ordonné son expulsion à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement de quitter les lieux ;
- le jugement susvisé a été signifié par voie d'huissier le 28 février 2020, ainsi qu'un commandement de quitter les lieux, transmis également à la préfecture du Rhône via la plateforme EXPLOC ;
- à l'expiration du délai de deux mois, imparti à Mme B pour quitter les lieux, l'huissier de justice a tenté vainement de l'expulser le 26 juin 2020, ce dont il a été dressé procès-verbal ;
- l'huissier de justice a sollicité le concours de la force publique le 26 juin 2020 auprès du préfet du Rhône aux fins d'exécution du jugement prononçant l'expulsion de l'occupante irrégulière ;
- le préfet du Rhône n'ayant pas répondu à une telle demande dans le délai de 2 mois imparti, l'huissier de justice a relancé à plusieurs reprises par mail le service compétent de la préfecture du Rhône aux fins d'octroi du concours de la force publique ;
- par courrier du 9 septembre 2021, reçu le 10 septembre 2021, il a adressé une demande indemnitaire préalable au préfet portant sur un montant de 6 347,00 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices résultant du refus d'octroi du concours de la force publique aux fins d'exécution du jugement d'expulsion du 14 février 2020 ;
- que ce soit sans faute ou pour faute, l'Etat est tenu de réparer le préjudice qu'il a subi par suite du refus d'accorder le concours de la force publique ; son préjudice est anormal et spécial ;
- au 31 décembre 2020, son préjudice est constitué de l'absence de paiement du loyer d'un montant de 9 690 euros, depuis août 2020, de l'absence du paiement des charges, soit 2 720 euros, déduction faite de l'APL, soit 10 483 euros : son préjudice est donc de 1 987 euros ;
- il a dû également payer au syndic des régularisations de charges pour 3 645,02 euros et a supporté la TEOM sur cette période soit 124,60 euros ;
- il a supporté des frais d'huissier 1 065,48 euros et 800 euros de frais d'avocat pour la rédaction de la demande d'indemnisation ;
- son préjudice moral peut être apprécié à 1 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut à ce que seul le préjudice locatif de M. A soit mis à la charge de l'Etat et au rejet des conclusions à fin d'injonction.
Il soutient que :
- il a proposé à M. A une indemnité de 2 791,20 euros pour ce préjudice, pour la période du 27 août 2020 au 31 août 2022 ;
- le préjudice lié aux frais d'huissier et d'avocat n'est pas imputable à l'Etat ;
- le préjudice moral n'est pas établi.
Par un mémoire, enregistré le 22 février 2023, M. A demande en outre que l'Etat soit condamné à lui payer une somme de 610,27 euros au titre du préjudice financier, et une somme de 750 euros au titre de son préjudice moral, pour la période du 1er juin 2022 au 27 septembre 2022.
Il soutient que :
- en n'ayant pas reçu le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme B, il a subi un préjudice moral pendant toute la durée d'inaction publique de la préfecture, et notamment entre le 1er juin 2022 et le 29 août 2022 ;
- au-delà du trouble de jouissance de son propre bien, il a été contraint de gérer personnellement les litiges de voisinage et de copropriété, dont la source était Mme B qui n'a pas été expulsée à temps par la préfecture ;
- la gestion de ces différends, du seul fait de sa qualité de propriétaire, a été une source d'angoisse, d'anxiété et de troubles psychologiques chez lui ;
- ainsi, il a été mis en cause judiciairement par le syndic de copropriété car son ancienne locataire refusait l'accès de l'appartement aux techniciens chargés de rechercher l'origine d'un dégât des eaux ; par un courriel du 21 juillet 2022, le syndic de copropriété l'informait de ce que les enfants de Mme B stockait des motos dans le local de la chaufferie, et qu'ils jetaient des déchets dans le jardin du voisin ; lors de l'expulsion, intervenue le 27 septembre 2022, il a été insulté par la locataire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet du Rhône s'en remet au tribunal pour fixer le préjudice de M. A indemnisable par l'Etat, dès lors que M. A a refusé l'indemnité de 455,17 euros qu'il a proposée, composée de 730 euros de loyer pour les mois de juin et juillet 2022, et 730 euros proratisés sur 29 jours pour le mois d'août 2022, dont il convient de déduire, les versements de la CAF, soit 557 euros en juin et juillet et 573,73 euros en août.
Vu les autres pièces du dossier.
Par ordonnance du 22 septembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2023.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991 portant réforme des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,
- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,
- et les observations Me Ekinci pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A est propriétaire à Saint-Fons d'un appartement qu'il a loué à Mme B. Par jugement du 14 février 2020, le tribunal judiciaire a prononcé l'expulsion de Mme B qui ne payait plus les loyers, malgré des commandements de payer, et a condamné Mme B à payer à M. A une indemnité d'occupation égale au montant du loyer et des charges prévus au bail.
2. Un procès-verbal de tentative de faire quitter les lieux par Mme B a été dressé le 26 juin 2020. M. A a demandé le concours de la force publique le 26 juin 2020.
3. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'indemniser le préjudice qu'il subit par suite du refus du préfet du Rhône de lui accorder le concours de la force publique pour expulser Mme B.
Sur les conclusions relatives à la période du 27 août 2020 au 31 mai 2022 :
4. En cours d'instance, le 30 septembre 2022, M. A a signé un protocole transactionnel, par lequel il a acceptait une indemnité de 2 791 euros, globale et définitive, pour la période du 27 août 2020 au 31 mai 2022. Par ce protocole, M. A renonçait à toute action pour cette période.
5. Il suit de là que les conclusions présentées par M. A pour la période du 27 août 2020 au 31 mai 2022, dont il ne s'est pas formellement désisté, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions relatives à la période du 1er juin au 27 septembre 2022 :
6. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. S'il en va autrement dans le cas où l'exécution forcée comporterait un risque excessif de trouble à l'ordre public, un refus justifié par l'existence d'un tel risque, quoique légal, engage la responsabilité de l'Etat à l'égard du bénéficiaire de la décision de justice.
8. Lorsque l'administration a refusé au propriétaire de locaux le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion d'occupants sans droit ni titre de ces locaux, la responsabilité de l'Etat n'est susceptible d'être engagée à l'égard du propriétaire, au titre des préjudices résultant pour lui de l'indisponibilité du local, que jusqu'à la date à laquelle il accorde le concours de la force publique.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le préfet du Rhône a accordé le concours de la force publique pour l'expulsion de Mme B le 29 août 2022. L'expulsion serait intervenue, selon M. A, seulement le 27 septembre 2022, mais il n'est ni allégué ni établi que le délai couru entre le 29 août et le 27 septembre 2022 serait imputable à une carence de l'Etat.
10. Dans ces conditions, le préjudice financier dont M. A peut demander la réparation à l'Etat se monte à 455,17 euros, somme que le préfet du Rhône a proposé de lui verser au titre de la période du 1er juin au 29 août 2022 et que M. A a refusée. Cette somme doit être majorée de l'intérêt au taux légal à compter des échéances successives des indemnités non versées par l'occupant.
11. M. A demande également que l'Etat soit condamné à lui payer une indemnité de 750 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi pour la période postérieure au 1er juin 2022. Toutefois, il résulte des explications données par M. A que les désagréments qu'il a subis ne trouvent pas leur origine dans la décision refusant d'accorder à M. A le concours de la force publique pour l'exécution du jugement d'expulsion, lui-même fondé sur l'absence de paiement des loyers et charges par Mme B, mais sur le comportement de cette dernière à l'égard des tiers, notamment les autres occupants de la copropriété. Dans ces conditions, la réparation du préjudice invoqué par M. A n'incombe pas à l'Etat.
Sur la subrogation :
12. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait M. A à l'encontre de Mme B, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Rhône d'accorder le concours de la force publique pour expulser Mme B :
13. Il n'y a, en tout état de cause, plus lieu à statuer sur ces conclusions dès lors que Mme B a été expulsée du logement appartenant à M. A.
Sur les frais du litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à ce que l'Etat soit condamné à indemniser son préjudice pour la période du 27 août 2020 au 31 mai 2022, non plus que sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Rhône d'accorder le concours de la force publique pour expulser Mme B du logement appartenant à M. A.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 455,17 euros. Les intérêts seront versés à compter des dates d'échéances successives des indemnités dues pour la période du 1er juin au 29 août 2022.
Article 3 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. A à l'encontre de Mme B durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre des frais du litige.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La magistrate désignée,
A. Wolf
Le greffier,
J-P. Duret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026