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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200260

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200260

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 14 janvier 2022, 18 février 2022, 21 février 2022 et 2 novembre 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon a confirmé les décisions du 13 juillet 2021 et du 1er octobre 2021 mettant à sa charge une somme de 4 711,48 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période de novembre 2019 à octobre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 23 novembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé de lui accorder une remise de sa dette d'un montant de 478,29 euros correspondant à un indu de prime d'activité constitué sur la période de février à octobre 2020.

Elle soutient que :

- les sommes qui lui ont été versées par son père en 2019 et 2020 ne pouvaient pas être prises en compte dans le calcul de ses ressources, dans la mesure où elles lui ont été prêtées, elles présentaient un caractère ponctuel et elles entraient dans le cadre de l'obligation alimentaire qu'il a envers elle ;

- elle est de bonne foi ;

- la décision de refus de remise de dette la place, son conjoint et elle, dans une situation financière difficile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, la métropole de Lyon, représentée par Me Prouvez (SCP Carnot avocats), conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les sommes perçues par la requérante de la part de son père devaient être prises en compte dans le calcul de ses ressources, le versement du revenu de solidarité active ne pouvant être attribué que subsidiairement à celles-ci et Mme A ne justifiant pas qu'il s'agirait d'un prêt familial ;

- la requérante, qui n'a pas déclaré l'intégralité de ses ressources, n'est pas de bonne foi et ne peut donc pas prétendre à une remise de dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les sommes perçues par la requérante de la part de son père devaient être prises en compte dans le calcul de ses ressources ;

- l'origine de la dette ne provient pas d'une erreur de la caisse d'allocations familiales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boulay, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- et les observations de Me Litzler, substituant Me Prouvez, représentant la métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département du Rhône à compter du mois de novembre 2019, sur la base d'une demande du 28 janvier 2020, dans laquelle elle a déclaré 235 euros de revenus salariés pour les trois mois ayant précédé sa demande. A la suite de sa déclaration trimestrielle du 10 février 2020, dans laquelle elle a indiqué avoir perçu des salaires au mois de novembre et décembre 2019, la caisse d'allocations familiales du Rhône a réalisé un contrôle de la concordance des données auprès de l'administration fiscale, dont il est ressorti que la requérante avait déclaré des revenus auprès des services fiscaux au titre de l'année 2019. Mme A a par ailleurs indiqué le 15 juillet 2021 à la caisse d'allocations familiales avoir perçu une pension alimentaire de 700 euros par mois entre les mois de janvier et août 2020. La caisse d'allocations familiales du Rhône lui a, par courrier du 13 juillet 2021, demandé le reversement d'une somme de 1 972,44 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active constitué sur la période de novembre 2019 à avril 2020, puis, par un courrier du 1er octobre 2021, d'une somme de 2 413,20 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période de mai à octobre 2020, et d'un indu de prime d'activité d'un montant de 478,29 euros. Par des décisions des 17 décembre 2021 et 23 novembre 2021, le président de la métropole de Lyon a respectivement confirmé ces indus de revenu de solidarité active et rejeté son recours préalable obligatoire, et a rejeté sa demande de remise de dette de prime d'activité. Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les indus de revenu de solidarité active :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

3. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Aux termes de l'article R. 262-11 du même code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; (). ". Aux termes de l'article R. 262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant le foyer. D'autre part, les aides et secours mentionnés au 10° de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles visent, en application de l'article L. 262-10 du même code, des prestations sociales à objet spécialisé et non des aides apportées par des parents ou amis, lesquelles doivent être prises en compte dans le calcul des ressources même en l'absence de décision de justice et quel que soit l'usage qui en est fait.

4. Les indus de revenu de solidarité active en litige ont pour origine la réintégration par la caisse d'allocations familiales, au titre de ses ressources, de revenus que Mme A a omis de déclarer, constitués de versements mensuels effectués par son père, aux fins notamment de règlement de son loyer. D'une part, Mme A, qui ne conteste pas avoir perçu ces sommes, ne justifie pas avoir eu à les rembourser, ni que celles-ci auraient effectivement été déduites de son futur héritage et qu'elles ne pourraient donc pas être considérées comme des libéralités à son égard. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, ces versements, qui étaient mensuels, ne présentaient pas un caractère exceptionnel. D'autre part, à supposer même que ces versements familiaux, pour lesquels son père a au demeurant bénéficié d'une déduction fiscale, s'inscrivaient dans le cadre de l'obligation alimentaire d'un parent envers son enfant, Mme A était tenue, en vertu des dispositions précitées, de les inclure dans sa déclaration auprès de la caisse d'allocations familiales. Il s'ensuit que c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Rhône a pris en compte ces ressources issues de versements familiaux mensuels pour le calcul du droit au revenu de solidarité active de l'intéressée, et a mis à sa charge les indus en litige sur la période de novembre 2019 à octobre 2020.

Sur la remise de dette :

5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. Il résulte de l'instruction que la demande de revenu de solidarité active formulée le 21 janvier 2020 par Mme A ne mentionnait que des revenus salariés trimestriels à hauteur de 235 euros, à l'exception de toute autre ressource. Toutefois, elle a ensuite déclaré le 10 février 2020 et pour cette même période des revenus trimestriels issus de salaires d'un montant de 748 euros, qu'elle avait ainsi délibérément omis dans sa demande initiale. Par ailleurs, Mme A n'a pas non plus déclaré, ni dans sa demande initiale, ni dans ses déclarations trimestrielles, les sommes qu'elle recevait régulièrement de la part de son père, à hauteur de 700 euros par mois, alors que figurent dans le formulaire de demande de revenu de solidarité active les lignes " aides et secours financiers réguliers ". Il s'ensuit que la requérante ne justifie pas de sa bonne foi. En tout état de cause, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir que le remboursement de la dette excèderait ses capacités contributives. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le président de la métropole de Lyon a refusé de lui accorder une remise de dette de prime d'activité d'un montant de 478,29 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la métropole de Lyon et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

P. Boulay La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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