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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200433

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200433

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 25 novembre 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon a refusé de lui accorder le bénéfice du revenu de solidarité active à titre dérogatoire.

Elle soutient que sa situation personnelle justifie que lui soit accordé le bénéfice du revenu de solidarité active à titre dérogatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la métropole de Lyon, représentée par Me Prouvez (Selarl Carnot) conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute de contenir l'exposé d'un moyen ;

- la requérante ne remplit pas les conditions pour obtenir une dérogation d'octroi au revenu de solidarité active.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boulay, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Litzler, représentant la métropole de Lyon.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 24 août 1996, a bénéficié du revenu de solidarité active majoré, de 2017 à 2020, en qualité de parent isolé d'un enfant en bas âge, alors qu'elle était étudiante. Elle a sollicité le 29 septembre 2021, le maintien à titre dérogatoire du bénéfice du revenu de solidarité active. Par une décision du 1er septembre 2021, la métropole de Lyon a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 25 novembre 2021, le président de la métropole de Lyon a rejeté le recours administratif formé par Mme B contre cette décision de refus. La requérante demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur la fin non-recevoir opposée par la métropole de Lyon :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. La requête de Mme B comporte un exposé suffisant des faits et des moyens de droit soulevés à l'appui de ses conclusions. Ainsi, contrairement à ce que soutient la métropole de Lyon, elle répond aux exigences de motivation posées par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée du défaut de motivation de la requête, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative . Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

5. Aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () / 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation. Cette condition n'est pas applicable aux personnes ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 du présent code ; ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. () ". L'article L. 262-8 du même code dispose que : " Lorsque le demandeur est âgé de plus de vingt-cinq ans () et que sa situation exceptionnelle au regard de son insertion sociale et professionnelle le justifie, le président du conseil départemental peut déroger, par une décision individuelle, à l'application des conditions fixées dans la première phrase du 3° de l'article L. 262-4 () ".

6. Le président de la métropole de Lyon a rejeté le recours gracieux formé par Mme B à l'encontre de la décision de la caisse d'allocations familiales lui refusant le bénéfice du revenu de solidarité active au motif que bien que mère isolée, son enfant avait atteint l'âge de trois ans en décembre 2020, qu'elle avait la qualité d'étudiante et qu'aucun élément de sa situation ne justifiait qu'une dérogation lui soit accordée pour la poursuite de ses études au-delà du mois de septembre 2021. Mme B, qui assume seule la charge de sa fille âgée de quatre ans, est étudiante en master Métiers de l'Enseignement, de l'Éducation et de la Formation, lequel a pour objet de la préparer au concours de l'enseignement en vue de devenir professeur des écoles, et justifie ainsi d'un projet concret d'insertion professionnelle à brève échéance. Si la requérante a obtenu une dérogation jusqu'à la fin de son cycle de licence, et bénéficie d'une bourse de l'enseignement supérieur d'un montant annuel de 4 938 euros, à laquelle le revenu de solidarité n'a pas vocation à se substituer, elle soutient que le seul montant de cette bourse et la pension alimentaire de 110 euros mensuels que lui verse le père de son enfant, sont insuffisants pour permettre le financement de ses études et la place dans une situation de précarité importante, ainsi que l'atteste la fiche de liaison établie par une assistante sociale le 3 janvier 2022, qui fait état d'un reste à vivre négatif. Ces éléments sont de nature, dans les circonstances de l'espèce, à caractériser une situation exceptionnelle justifiant l'octroi d'une dérogation au bénéfice du revenu de solidarité active jusqu'à la fin de son cycle de master, soit jusqu'à la fin du mois de juin 2023. Ainsi, le président de la métropole de Lyon a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 262-8 du code de l'action sociale et des familles en estimant que la situation de Mme B n'était pas exceptionnelle et en refusant de lui accorder, à titre dérogatoire, le bénéfice du revenu de solidarité active.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 novembre 2021 du président de la métropole de Lyon. Les droits de l'intéressée ne pouvant être fixés en l'état du dossier, il y a lieu de renvoyer Mme B devant la métropole de Lyon afin qu'il soit statué à nouveau sur ses droits au revenu de solidarité active sur la période du 1er septembre 2021 au 30 juin 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 novembre 2021 par laquelle le président de la métropole de Lyon a confirmé son refus d'accorder à titre dérogatoire le bénéfice du revenu de solidarité active à Mme B est annulée.

Article 2 : Mme B est renvoyée devant la métropole de Lyon pour qu'il soit procédé à un nouveau calcul du montant de son revenu de solidarité active, selon les modalités indiquées ci-dessus. La métropole de Lyon informera Mme B sur le montant de ses droits dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la métropole de Lyon.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

P. BoulayLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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