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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2200945

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2200945

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2200945
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET BALDO ET FLAUTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, la SARL Financière Mazet, représentée par la SELARL FBF Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des intérêts de retard mis à sa charge au titre exercices clos au 31 décembre 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'amortissement qu'elle a pratiqué est conforme aux principes applicables en matière d'amortissement ;

- le service applique la règle de l'amortissement sur 20 ans sans tenir compte de l'utilisation antérieure du bien pendant 12 ans ;

- la position du service crée une distorsion entre l'achat direct d'un bien et l'achat d'un bien après un crédit-bail ;

- la durée d'amortissement de 8 ans qu'elle a retenue se justifie par l'état du bien, exposé aux intempéries, et l'obsolescence du bâtiment ;

- elle conteste les intérêts de retard en ce qu'il constitue l'accessoire de l'imposition principale.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code monétaire et financier ;

- le règlement ANC n°2014-03 relatif au plan comptable général ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteur publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Financière Mazet, dont le siège social est situé à Aubenas (Ardèche), détient 99,80 % du capital social de la SCI La Catalane. Les deux sociétés forment un groupe fiscalement intégré en application des dispositions de l'article 223 A du code général des impôts, dont la société Financière Mazet, est la société mère. La SCI La Catalane, qui a pour activité la location de terrains et autres biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration lui a notifié des rappels d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos au 31 décembre 2015 et 2016. Le service a informé la société Financière Mazet, par une lettre du 13 novembre 2018, en application des dispositions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales, des conséquences financières sur l'impôt sur les sociétés des rehaussements notifiés à la SCI La Catalane au titre des exercices précités. Les impositions ont ensuite été mises à la charge de la société Financière Mazet par un avis de mise en recouvrement du 14 juin 2019. La société Financière Mazet, seule redevable de l'impôt sur les sociétés, demande la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier : " Les opérations de crédit-bail mentionnées par la présente sous-section sont : () / 2. Les opérations par lesquelles une entreprise donne en location des biens immobiliers à usage professionnel, achetés par elle ou construits pour son compte, lorsque ces opérations, quelle que soit leur qualification, permettent aux locataires de devenir propriétaires de tout ou partie des biens loués, au plus tard à l'expiration du bail, soit par cession en exécution d'une promesse unilatérale de vente, soit par acquisition directe ou indirecte des droits de propriété du terrain sur lequel ont été édifiés le ou les immeubles loués, soit par transfert de plein droit de la propriété des constructions édifiées sur le terrain appartenant audit locataire. () ".

3. Ensuite, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 2° Sauf s'ils sont pratiqués par une copropriété de navires, une copropriété de cheval de course ou d'étalon, les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B. () ". Aux termes de l'article 39 B du même : " A la clôture de chaque exercice, la somme des amortissements effectivement pratiqués depuis l'acquisition ou la création d'un élément donné ne peut être inférieure au montant cumulé des amortissements calculés suivant le mode linéaire et répartis sur la durée normale d'utilisation. A défaut de se conformer à cette obligation, l'entreprise perd définitivement le droit de déduire la fraction des amortissements qui a été ainsi différée. ". Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III à ce code : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt. ". Aux termes de l'article 38 sexies de l'annexe III : La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts. ".

4. Enfin, aux termes de l'article 212-5 du plan comptable général : " Le titulaire d'un contrat de crédit-bail comptabilise en charges les sommes dues au titre de la période de location. / À la levée de l'option d'achat, le titulaire d'un contrat de crédit-bail inscrit l'immobilisation à l'actif de son bilan pour un montant établi conformément aux règles applicables en matière de détermination de la valeur d'entrée. ". Aux termes de l'article 214-1 : " 1. Un actif amortissable est un actif dont l'utilisation par l'entité est déterminable. / 2. L'utilisation d'un actif est déterminable lorsque l'usage attendu de l'actif par l'entité est limité dans le temps. Cet usage est limité dès lors que l'un des critères suivants, soit à l'origine, soit en cours d'utilisation, est applicable : physique, technique, juridique. Ces critères ne sont pas exhaustifs. / Si plusieurs critères s'appliquent, l'utilisation la plus courte, résultant de l'application de ces critères, est retenue. " Aux termes de l'article 214-12 : " L'amortissement d'un actif commence à la date de début de consommation des avantages économiques qui lui sont attachés. Cette date correspond généralement à la mise en service de l'actif. ". Aux termes de l'article 214-13 : " L'amortissement d'un actif est la répartition systématique de son montant amortissable en fonction de son utilisation. / L'amortissement est déterminé par le plan d'amortissement établi en fonction de la durée et du mode d'amortissement propres à chaque actif amortissable, tels qu'ils sont déterminés par l'entité. / Les actifs de même nature ayant des conditions d'utilisation identiques doivent être amortis de la même manière. / Le mode d'amortissement doit permettre de traduire au mieux le rythme de consommation des avantages économiques attendus de l'actif par l'entité. Il est défini, soit en termes d'unités de temps, soit en termes d'unités d'œuvre. Le mode linéaire est appliqué à défaut de mode mieux adapté. ".

5. Il résulte de l'instruction que la SA Solybail a consenti à la SCI La Catane, le 25 janvier 2020, un crédit-bail immobilier afin de financer l'acquisition d'un tènement immobilier, situé à Rivesaltes, comprenant une parcelle de terrain à bâtir (cadastrée pour 2 ha 7 a 52 ca) et la construction d'un bâtiment à usage de bureaux et de messagerie (1 961 m2) et d'un bâtiment à usage d'atelier (572 m2) pour un investissement total de 9 800 000 francs (1 494 000 euros). Le crédit-bail immobilier a été conclu pour une durée de 12 ans, soit jusqu'au 24 janvier 2012. Par ailleurs, le bien a fait l'objet d'un contrat de sous-location au profit de la SAS Messagerie Mazet. Par acte du 22 octobre 2012, la société CM-CIC Lease, anciennement Solybail, a cédé à la SCI La Catalane l'ensemble immobilier qu'elle lui louait par crédit-bail pour la valeur fixée dans le contrat à la date de la levée de l'option, soit 0,15 euro (1 franc). La société Messagerie Mazet est devenue le locataire de la SCI La Catalane. En application des articles 239 sexies et 239 sexies B, du code général des impôts, la SCI La Catalane a réintégré, dans ses résultats, la fraction des loyers correspondant au coût d'acquisition du terrain et la quote-part des loyers non déductibles. En outre, depuis 2013, cette société a comptabilisé des amortissements dérogatoires pour un montant annuel de 64 028 euros. Le total des amortissements constatés par la société et comptabilisé, dans le compte " amortissements dérogatoires " s'élevait à 192 084 euros au 31 décembre 2015 (soit, 3 années d'amortissement) et à 256 112 euros au 31 décembre 2016 (soit, 4 années d'amortissements). La SCI La Catalane a indiqué, lors des opérations de contrôle, qu'elle avait amorti l'immeuble sur une durée de 20 ans, durée fiscalement admise, en tenant compte du fait qu'il avait été implicitement amorti pendant 12 ans, dans le cadre du crédit-bail, et qu'il lui restait ainsi une durée de 8 ans pour les amortissements.

6. Toutefois, le service a considéré que l'ensemble immobilier en cause ne pouvait être amorti qu'à compter de la date de levée de l'option, soit le 22 octobre 2012, au lieu du 1er janvier 2013. Les amortissements non comptabilisés au titre de la période allant du 23 octobre 2012 au 31 décembre 2012 ont été considérés comme perdus en application des dispositions de l'article 39 B du code général des impôts. Compte tenu du prix de revient de l'immeuble amortissable, soit 510 887 euros, du point de départ de l'amortissement à savoir, le 22 octobre 2012, date de la levée de l'option d'achat et de la durée d'amortissement sur 20 ans, correspondant à un taux de 5 %, le montant de l'amortissement annuel admis par le service s'est élevé à 25 544 euros. Le montant des amortissements dérogatoires non admis en déduction s'élève à 38 618 euros au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2015 et à 38 484 euros au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2016. Par ailleurs, le service a informé la SCI La Catalane du fait que les amortissements définitivement perdus au titre de la période allant du 22 octobre au 31 décembre 2012, d'un montant de 12 417 euros devaient être réintégrés fiscalement.

7. Si la société Financière Mazet soutient d'une part, que l'administration n'a pas tenu compte de l'utilisation antérieure du bien pendant 12 ans et d'autre part, que la position du service crée une distorsion entre l'achat direct d'un bien et l'achat d'un bien après un crédit-bail, il résulte des dispositions citées au point 3 du présent jugement que seuls peuvent, en principe, figurer à l'actif immobilisé d'une entreprise et, le cas échéant, faire l'objet d'un amortissement les biens présentant par nature le caractère d'une immobilisation et dont l'exploitant est propriétaire à la date d'établissement du bilan. En l'espèce, il n'est pas contesté que la SCI La Catalane n'était pas propriétaire du bien immobilier en cause qu'elle n'a, d'ailleurs, pas inscrit à l'actif de son bilan. De même, la société requérante ne justifie pas du montant des amortissements que la SCI La Catalane a entendu déduire en se bornant, d'une part, à produire trois factures n° 40, 304 et 9259 des 29 janvier et 28 février 2014 et 30 août 2017 relatives à la réfection de l'étanchéité des bureaux et, d'autre part, à se prévaloir de l'obsolescence du bâtiment impliquant des travaux ultérieurs en ce qui concerne les quais alors que l'intéressée reconnaît elle-même avoir retenu une durée d'amortissement de 20 ans pour son entrepôt. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré les amortissements pratiqués par la SCI La Catalane aux résultats imposables au cours des exercices concernés sur le fondement des dispositions rappelées ci-dessus du 2° du 1. de l'article 39 du code général des impôts.

8. La société Financière n'étant pas fondée à demander la décharge des impositions en litige, il n'y a pas lieu, de prononcer la décharge des intérêts de retard correspondants, par voie de conséquence.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Financière Mazet doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Financière Mazet est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Financière Mazet et au directeur régional des Finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,

N. BardadJ. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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