mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201128 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL JEAN-PIERRE & WALGENWITZ AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février 2022 et le 13 octobre 2023, Mme B C, représentée par le Cabinet Jennifer Lebrun, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'ordonner une expertise médicale en neurologie et de condamner les Hospices civils de Lyon à réparer intégralement les préjudices subis à la suite de l'accident de service survenu le 6 septembre 2021, ou à ne lui verser qu'une indemnisation complémentaire au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux ;
2°) à titre subsidiaire, à défaut d'expertise, de condamner les Hospices civils de Lyon à lui payer la somme de 101 791 euros en réparation des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux résultant de l'accident qu'elle a subi le 6 septembre 2021 ;
3°) dans l'attente du prononcé de la condamnation à réparer ses préjudices, de condamner les Hospices civile de Lyon à lui verser une provision d'un montant de 7 000 euros à valoir sur la réparation de son préjudice ;
4°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la responsabilité des Hospices civils de Lyon est engagée pour faute, en raison du défaut d'entretien des locaux et de la défectuosité du matériel mis à sa disposition ;
- aucune faute ne peut lui être reprochée ;
- les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à réparer son entier préjudice ;
- subsidiairement, la responsabilité des Hospices civils de Lyon est engagée sans faute, en raison de l'accident subi en service ;
- ses préjudices non réparés par le versement d'une allocation temporaire d'invalidité doivent être réparés ;
- elle peut prétendre au versement d'une indemnité provisionnelle d'un montant de 7 000 euros ;
- une expertise médiale doit être réalisée afin d'évaluer ses préjudices ;
- elle a enduré des souffrances qui peuvent être évaluées à 8 000 euros ;
- elle a subi un déficit fonctionnel temporaire qui peut être évalué à 891 euros ;
- l'incidence professionnelle de son accident peut être évaluée à 75 000 euros ;
- elle subit un déficit fonctionnel permanent, des douleurs permanentes et des troubles dans ses conditions d'existence qui peuvent être estimés à 17 900 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2022 et le 26 juillet 2023, les Hospices civils de Lyon, représentés par la Selarl Jean-Pierre et Walgenwitz avocats associés (Me Walgenwitz), concluent au rejet de la requête et demandent qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur responsabilité pour faute ne peut être engagée, compte tenu de l'absence de tout équipement défectueux ;
- si l'accident est reconnu imputable au service, la requérante a vocation à être indemnisée au titre des préjudices extrapatrimoniaux ;
- il ne peut être fait droit à la demande de provision.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Bellache, représentant la requérante, ainsi que celles de Me Walgenwitz, représentant les Hospices civils de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, praticien hospitalier titulaire spécialisée en otorhinolaryngologie exerçant au sein des Hospices civils de Lyon, a été victime d'une électrisation dans les locaux de l'Hôpital Lyon Sud le 6 septembre 2021. Par un courrier du 20 octobre 2021, Mme C a demandé aux Hospices civils de Lyon de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cette électrisation en service. En l'absence de réponse à sa demande, elle demande au tribunal de condamner les Hospices civils de Lyon à l'indemniser des préjudices résultant de cet accident et de lui allouer, dans l'attente, une indemnité provisionnelle d'un montant de 7 000 euros.
Sur la responsabilité :
2. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité ou de l'établissement qui l'emploie, même en l'absence de faute de ceux-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique.
3. Le 6 septembre 2021, alors qu'elle était en consultation avec un patient dans les locaux de l'Hôpital Lyon Sud, Mme C a été électrisée, selon ses déclarations en marchant sur un fil électrique dénudé présent au sol. Il résulte de l'instruction, notamment du témoignage de la collègue de Mme C qui était présente lors de la consultation, que celle-ci a été projetée en arrière après avoir touché le microscope avec un instrument métallique utilisé pour l'examen médical. A la suite de cet accident, le service en charge des équipements médicaux des Hospices civils de Lyon a relevé que le câble d'alimentation de la table d'auscultation présente dans la salle d'examen était abîmé à plusieurs endroits, le cuivre conducteur apparaissant à nu. Dans ces conditions, alors même que le patient ausculté n'aurait ressenti aucun courant électrique lors de l'examen médical, les Hospices civils de Lyon doivent être regardés comme ayant commis une faute en mettant à la disposition de leur agent un matériel défectueux. Les préjudices dont se prévaut Mme C ont pour origine le choc électrique qu'elle a reçu en posant le pied sur le fil électrique dénudé et présentent ainsi un lien de causalité direct avec la faute de l'établissement hospitalier. Par suite, la requérante est fondée à solliciter la réparation intégrale des préjudices qui lui ont été causés suite à l'accident du 6 septembre 2021 dont elle a été victime.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les souffrances temporaires endurées :
4. Il résulte de l'instruction, notamment des courriers du docteur A, neurologue, des 7 et 16 septembre 2021, que le choc électrique reçu par Mme C lui a causé d'importantes douleurs, d'abord dans tout le membre supérieur droit puis uniquement localisées dans la main droite, que le choc électrique a entraîné, une perte de sensibilité, puis une allodynie des deux derniers doigts de la main droite et que, compte tenu de ses douleurs, la requérante a dû prendre un traitement médicamenteux pendant dix jours. Il sera fait une juste appréciation des souffrances temporaires endurées par la requérante en les évaluant à la somme de 1 500 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
5. Mme C soutient avoir subi un déficit fonctionnel temporaire. Si la requérante évoque, à cet égard, des difficultés à la conduite, au port de charges lourdes ou encore à la réalisation de sa toilette du fait des divers dommages ayant résulté de son électrisation, ces difficultés persistantes ne sont pas établies par les pièces produites. En revanche, il résulte de l'instruction que, dans les jours ayant immédiatement suivi son accident, la requérante a fait état d'une gêne dans ses mouvements, qui a diminué progressivement, Mme C ayant pu reprendre son activité professionnelle dès le 16 septembre 2021 et ayant souligné lors de l'examen médical du 15 octobre 2021 être " peu gênée " dans sa vie quotidienne. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel subi temporairement en l'évaluant à 500 euros.
En ce qui concerne l'incidence professionnelle :
6. Mme C soutient que l'accident qu'elle a subi a provoqué sa dévalorisation sur le marché du travail compte tenu de la gêne qu'elle conserve pour la réalisation de gestes fins nécessaires à son activité de chirurgienne. Toutefois, si la requérante a fait état, à l'occasion de l'examen médical réalisé le 15 octobre 2021, de ce qu'elle était alors gênée dans son activité de chirurgie du fait des conséquences de son électrisation, le médecin ayant noté à cette date une allodynie des deux derniers doigts de la main droite, une faiblesse du bras tendu avec nécessité d'un geste de précision et une faiblesse de la main au niveau de la pince pouce index, elle ne produit aucun élément de nature à établir que cette gêne aurait subsisté, ni qu'elle aurait dû réduire ou cesser son activité chirurgicale, alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle a repris son activité professionnelle normalement dès le 16 septembre 2021, soit après un arrêt de travail d'environ une semaine, et n'a pas exécuté le nouvel arrêt de travail qui lui avait été prescrit entre le 14 octobre et le 5 novembre 2021. Dès lors, ce chef de préjudice, qui n'est pas établi, ne peut être indemnisé.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent, les douleurs permanentes et les troubles dans les conditions d'existence :
7. Si la requérante se prévaut de la subsistance de séquelles physiologiques et psychologiques, de douleurs permanentes ainsi que de troubles dans ses conditions d'existence et d'une perte de qualité de vie ayant résulté de l'accident qu'elle a subi, elle n'apporte toutefois aucun élément probant au soutien de sa demande, alors qu'elle a indiqué lors de son dernier entretien médical, du 15 octobre 2021, être peu gênée dans sa vie quotidienne. Dans ces conditions, elle n'établit pas la réalité du préjudice allégué. Il n'y a donc pas lieu de lui accorder une indemnisation à ce titre.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant-dire droit, que les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à verser à Mme C la somme totale de 2 000 euros.
Sur la demande de provision :
9. Le présent jugement statue sur les conclusions à fin de condamnation présentées par Mme C. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi d'une provision présentées au même titre.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon le versement à Mme C d'une somme de 1 400 euros au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser la somme de 2 000 (deux mille) euros à Mme B C.
Article 2 : Les Hospices civils de Lyon verseront à Mme B C la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de provision présentées par Mme C.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et aux Hospices civils de Lyon.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
A-S. Soubié
La présidente,
V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,
K. Azag
La République mande et ordonne au ministre de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026