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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201333

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201333

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201333
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 février 2022, le 21 mai 2022 et le 3 août 2022, Mme A C demande au Tribunal d'annuler la décision du 18 novembre 2021 de la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône mettant à sa charge une somme de 11 204,62 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er décembre 2019 au 30 septembre 2021, de prime de fin d'année 2019 et 2020, de prime d'activité constitué en novembre et décembre 2018 et de prime exceptionnelle de solidarité perçue en mai et novembre 2020.

Mme C soutient que :

- compte tenu de la pandémie de Covid, de la fermeture des frontières et de sa situation de famille et professionnelle, elle n'a pas pu revenir d'Algérie avant le mois de septembre 2021 ;

- elle n'a pas bénéficié du revenu de solidarité active au moment de son départ en vacances en janvier 2020 mais seulement à compter du mois de mars 2020 ;

- compte tenu des circonstances particulières liées au Covid, elle pensait pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active en étant hors de France ;

- elle n'a pas reçu le rapport du contrôleur de la caisse d'allocations familiales avant la décision de suspension de son droit au revenu de solidarité active ;

- elle n'a pas les moyens financiers de rembourser la dette mise à sa charge, étant privée de tout revenu.

Par des mémoires en défense enregistrés les 29 juillet et 16 septembre 2022, la métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot avocats, conclut au rejet de la requête.

La métropole de Lyon soutient que :

- la requête n'est pas recevable faute de demande précise ;

- les conclusions à fin de remise de dette sont irrecevables, faute de demande préalable adressée au président de la métropole ;

- subsidiairement, l'indu de revenu de solidarité active est fondé, Mme C ayant séjourné en Algérie de manière quasi-continue depuis le 24 mars 2018 ;

- elle ne dispose pas d'un logement en France ;

- elle n'a pas signalé qu'elle était retenue en Algérie ;

- les difficultés pour revenir en France ne sont pas établies.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié,

- et les observations de Me Litzler, représentant la métropole de Lyon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans la métropole de Lyon. Suite à un contrôle diligenté par un agent assermenté, le 10 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Rhône lui a, par courrier du 18 novembre 2021, demandé notamment le reversement d'une somme de 10 904,62 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er décembre 2019 au 30 septembre 2021, d'une somme de 300 euros correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de solidarité constitué en mai 2020 et en novembre 2020, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 304,90 euros constitué en décembre 2019 et en décembre 2020 et d'un indu de prime d'activité d'un montant de 36,46 euros constitué en novembre et décembre 2018. Par un recours administratif préalable du 29 novembre 2021, adressé au président de la métropole de Lyon, Mme C a contesté le bien-fondé de l'indu de solidarité active. Le président de la métropole de Lyon a rejeté implicitement son recours, confirmant ainsi l'existence de l'indu. Par des décisions du 28 décembre 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône a rejeté les recours de Mme C contre l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'aide exceptionnelle de solidarité et de prime d'activité. Mme C demande l'annulation de ces décisions et sollicite une remise gracieuse de dette.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () .". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Le recours administratif effectué le 29 novembre 2021 par Mme C, conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles précité, contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Rhône du 18 novembre 2021 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active ayant un caractère obligatoire, la décision implicite de rejet s'est substituée à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme C dirigées contre la décision du 18 novembre 2021 et de regarder les conclusions de la requête comme dirigées contre la décision implicite du président de la métropole de Lyon, en ce qu'elle confirme l'existence d'un indu de revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. La requête de Mme C telle que présentée sur le formulaire établi en application du code de justice administrative comporte la mention explicite d'une demande d'annulation. Par suite, la fin de non-recevoir, tirée de la motivation insuffisante de la requête au regard des exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, ne peut être accueillie.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.

6. En premier lieu, la requérante, pour demander l'annulation de la décision litigieuse, invoque une violation du principe du contradictoire en raison du défaut de communication du rapport d'enquête en date du 10 septembre 2021 avant l'adoption de la décision attaquée. D'une part si elle soutient qu'elle n'a pas pu apprécier ou discuter le contenu du rapport, il résulte de l'instruction qu'à l'issue de l'enquête, l'allocataire a été informée de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications, par tout moyen. D'autre part, et en tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales, ni ensuite à la métropole de Lyon de communiquer à l'allocataire le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue de ce contrôle. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'absence de communication préalable du rapport d'enquête aurait entaché d'illégalité la décision mettant à sa charge l'indu contestée.

7. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un certain montant fixé par voie réglementaire, a droit au revenu de solidarité active. Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

8. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du contrôle effectué le 10 septembre 2021 que le passeport algérien de Mme C fait apparaître qu'elle a résidé en Algérie du 5 janvier 2020 au 3 septembre 2021, sans avoir déclaré son séjour auprès de la caisse d'allocations familiales du Rhône, alors qu'au demeurant, elle séjourne régulièrement en Algérie depuis mars 2018 sans l'avoir non plus signalé. Si Mme C fait état de ce qu'elle n'a pas pu rentrer en France compte tenu de la fermeture des frontières algériennes et en dépit de ses démarches pour obtenir un rapatriement, elle n'établit aucunement la réalité de ses démarches et les difficultés rencontrées pour revenir en France dès la fin du confinement. Au demeurant, elle n'a à aucun moment signalé la prolongation de son séjour à l'étranger en raison de la fermeture des frontières algériennes et les difficultés rencontrées à la caisse d'allocations familiales du Rhône. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été contrainte de rester à l'étranger en dépit de ses démarches. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision confirmant l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de fin d'année :

11. Aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 susvisé : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code./ Une seule aide est due par foyer. " Les mêmes dispositions ont été reprises à l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 s'agissant de la prime exceptionnelle de fin d'année 2020.

12. Conformément à ce qui a été énoncé au point 9, Mme C ne bénéficiait pas du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre ou décembre 2019 ni des mois de novembre ou décembre 2020. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année.

En ce qui concerne l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

13. Aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 susvisé : " I.-Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles (). " L'article 1er du décret du 27 novembre 2020 susvisé précise quant à lui : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles (). ".

14. Conformément à ce qui a été énoncé au point 9, Mme C ne bénéficiait pas du revenu de solidarité active au cours des mois d'avril et de mai 2020 ni des mois de septembre ou d'octobre 2020 . Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :

15. Si Mme C fait état des difficultés rencontrées pour revenir en 2020 d'Algérie en raison de l'épidémie de Covid 19, cette circonstance est sans incidence sur la constitution de l'indu entre le 1er novembre et le 31 décembre 2018. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions d'indu mis à la charge de Mme C doivent être rejetées.

Sur la remise de dette :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

18. L'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C résulte de l'absence de déclaration par celle-ci de ses séjours à l'étranger et de toute actualisation de son lieu de résidence pendant près de deux années.

19. Compte tenu des mentions figurant sur la notice explicative qui accompagne le formulaire de déclaration trimestrielles de ressources, la requérante ne pouvait légitimement ignorer qu'elle devait signaler tout séjour à l'étranger et mettre à jour sa situation personnelle. Ainsi ces omissions délibérément et régulièrement commises par la requérante dans l'exercice de ses obligations déclaratives revêtent le caractère de " fausses déclarations " faisant obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, et nonobstant les éléments fournis au dossier pour établir la précarité de sa situation financière, au bénéfice d'une remise gracieuse. Dans ces conditions, sa situation ne justifie pas une remise totale ou partielle de la dette en cause. Par suite, les conclusions à fin de remise de dette doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la métropole de Lyon et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La magistrate désignée,

A-S. Soubié

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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