vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201496 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ABG GRAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 18 février et 20 avril 2022 et le 9 mai 2023, Mme C B épouse A demande au tribunal de condamner la commune de Pont-de-Labeaume, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à lui verser :
- la somme totale de 599,74 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, correspondant à des " intérêts dus sur des restitutions de sommes d'argent " " avant " et " après capitalisation " ;
- la somme totale de 17 200 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait :
• de l'illégalité de la décision du 25 mars 2016 par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Labeaume l'a mise en demeure de faire évacuer, dans un délai d'un mois et par tous moyens à sa convenance, 90 m3 de rochers provenant d'un éboulement survenu le 6 novembre 2015 et surplombant la route de Bayzan ;
• de l'illégalité " du mode de recouvrement de la créance supposément née de l'exécution de travaux de protection de la voie communale " ;
• de l'illégalité " de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " (TGI) de Privas du 22 janvier 2019 ;
• de l'illégalité " de l'émission d'un titre de recettes à (s)on encontre appuyé d'une fausse justification ".
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'elle justifie d'un intérêt à agir en sa qualité de créancière de la commune de Pont-de-Labeaume ;
- sa requête ne présente pas un caractère abusif ;
En ce qui concerne les " intérêts dus sur des restitutions de sommes d'argent " " avant " et " après capitalisation " :
- elle est en droit d'obtenir le versement de la somme totale de 599,74 euros conformément aux dispositions des articles 1343-2 et 1352-6 du code civil ; en effet :
• suite à un jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019, elle avait été contrainte, le 12 mars suivant, de remettre à un huissier de justice la somme totale de 11 267,23 euros, dont 10 440,12 euros étaient destinés à la commune ;
• le 7 août 2019, cet huissier de justice lui a restitué la somme de 511,11 euros correspondant à la différence entre la somme totale qu'il avait encaissée et celle dont elle lui était redevable conformément à deux décomptes respectivement établis le 23 juillet 2019 ;
• suite à un arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 26 novembre 2020 ayant infirmé ce jugement du 22 janvier 2019, les sommes qu'elle avait indûment versées audit huissier de justice devaient lui être restituées et elle s'est ainsi vue remettre, les 15 décembre 2020 et 6 décembre 2021, les sommes de 9 222,20 euros et 706,81 euros ;
• le montant total des intérêts au taux légal dus sur ces différentes restitutions s'élève, après capitalisation, à 599,74 euros ;
- la commune de Pont-de-Labeaume ayant fait preuve d'une particulière mauvaise foi en tant que créancière, le point de départ des intérêts au taux légal sur lesdites restitutions doit être fixé à la date à laquelle elle avait versé la somme totale de 11 267,23 euros à l'huissier de justice, soit le 12 mars 2019, et non à la date à laquelle elle a demandé leur paiement ;
- en l'absence de paiement de cette somme totale de 599,74 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, son préjudice financier résultant de l'illégalité " de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement " du TGI de Privas ne pourra être tenu pour réparé ;
- contrairement à ce que fait tout d'abord valoir l'administration en défense, elle n'a personnellement commis aucune erreur dans le calcul de la somme encaissée par l'huissier de justice ;
- contrairement à ce que fait ensuite valoir l'administration en défense, la somme de 511,11 euros a été encaissée par cet huissier de justice au nom et pour le compte de la commune de Pont-de-Labeaume à la suite d'un commandement aux fins de saisie-vente puis de deux saisies-attributions, peu important à cet égard que cette somme lui ait été indûment réclamée à la suite d'une éventuelle erreur commise par ledit huissier de justice ;
- contrairement à ce que fait en outre valoir l'administration en défense, la totalité de la somme de 9 222,20 euros n'était pas due en application du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019, dès lors qu'elle comprenait notamment une somme de 3 789,86 euros dont le montant à rembourser par la partie perdante n'avait pas été fixé par ce jugement, ce qui impliquait la mise en œuvre de la procédure prévue aux articles 706 à 718 du code de procédure civile, et elle ne lui a pas été restituée en exécution de l'arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 26 novembre 2020, ni par le maire de la commune de Pont-de-Labeaume a qui cet arrêt avait été signifié le 23 décembre suivant, mais par le comptable public le 15 décembre 2020, après qu'il a pris connaissance, le 2 décembre 2020, de l'ordonnance de référé du premier président de la cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2019 arrêtant l'exécution provisoire du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 ;
- contrairement à ce que fait enfin valoir l'administration en défense, la circonstance que la commune de Pont-de-Labeaume n'ait pas reçu de l'huissier de justice la somme de 706,81 euros est sans incidence, dès lors que cette somme était comprise dans la somme totale de 2049,32 euros, correspondant aux dépens de l'instance devant la cour d'appel de Nîmes, qui lui a été restituée le 6 décembre 2021, après qu'elle a saisi l'autorité préfectorale sur le fondement des dispositions de l'article L. 1612-16 du code général des collectivités territoriales ;
En ce qui concerne l'illégalité de la décision du 25 mars 2016 portant mise en demeure :
- la décision du 25 mars 2016 par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Labeaume l'avait mise en demeure de faire évacuer, dans un délai d'un mois et par tous moyens à sa convenance, 90 m3 de rochers provenant d'un éboulement survenu le 6 novembre 2015 et surplombant la route de Bayzan, a été annulée pour erreur de droit par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 23 janvier 2019 confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 24 septembre 2020 ;
- l'illégalité de cette décision constitue ainsi une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume ;
- l'exception de prescription quadriennale opposée en défense devra être écartée conformément aux dispositions de l'article 2 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, dès lors qu'à la date à laquelle elle a adressé sa demande indemnitaire préalable, un nouveau délai de prescription de quatre ans avait recommencé à courir à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 24 septembre 2020 était passé en force de chose jugée ;
- cette faute lui a causé un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence pouvant être évalués à la somme totale de 5 000 euros ;
En ce qui concerne l'illégalité " du mode de recouvrement de la créance supposément née de l'exécution de travaux de protection de la voie communale " :
- le maire de la commune de Pont-de-Labeaume a commis une faute de nature à engager la responsabilité de cette commune en l'assignant directement devant le TGI de Privas au lieu d'émettre à son encontre un titre de recettes en vue du recouvrement de la somme totale de 4 632,67 euros correspondant aux montants des travaux de sécurisation de la voie communale exposés par ladite commune suite à l'éboulement survenu le 6 novembre 2015 ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier ainsi qu'un préjudice moral pouvant être évalués à la somme totale de 500 euros ;
- contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, la circonstance que la somme de 1 500 euros lui ait été allouée au titre de l'article 700 du code de procédure civile par un arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 26 novembre 2020 est sans incidence sur l'existence de ses préjudices, dès lors que le maire de la commune de Pont-de-Labeaume ne pouvait engager une action récursoire devant le TGI de Privas sans avoir préalablement émis à son encontre un titre de recettes en vue du recouvrement de cette somme totale de 4 632,67 euros ;
En ce qui concerne l'illégalité " de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " (TGI) de Privas du 22 janvier 2019 :
- l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume a commis une première faute de nature à engager la responsabilité de cette commune en s'abstenant de respecter la procédure de recouvrement des dépens prévue par les dispositions des articles 706 à 718 du code de procédure civile et en mandatant un huissier de justice afin de procéder au recouvrement forcé des dépens de l'instance devant le TGI de Privas dont le montant n'avait pourtant pas été fixé par le jugement rendu le 22 janvier 2019 ;
- l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume a commis une deuxième faute de nature à engager la responsabilité de cette commune en s'abstenant d'émettre à son encontre un titre de recettes en vue du recouvrement des créances résultant de ce jugement du 22 janvier 2019 et en mandatant un huissier de justice afin de procéder à leur recouvrement forcé avant que le premier président de la cour d'appel de Nîmes n'ait statué en référé, le 22 mars 2019, sur sa demande d'arrêt de l'exécution provisoire dudit jugement ;
- l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume a commis une troisième faute de nature à engager la responsabilité de cette commune en s'abstenant de mettre un terme à cette procédure de recouvrement forcé alors qu'il avait été informé de son irrégularité ;
- contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, à supposer même que ces fautes aient été commises par le conseil de la commune de Pont-de-Labeaume et cet huissier de justice, il n'en demeure pas moins que ces derniers agissaient au nom et pour le compte de la commune ;
- lesdites fautes lui ont causé un préjudice financier à hauteur de 199,98 euros ainsi qu'un préjudice moral pouvant être évalué à la somme de 10 000,02 euros ;
En ce qui concerne l'illégalité " de l'émission d'un titre de recettes () appuyé d'une fausse justification " :
- l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune en émettant à son encontre un titre de recettes qui ne lui a jamais été notifié et qui reposait sur une fausse justification au sens du droit de la comptabilité publique compte tenu de l'ordonnance de référé du premier président de la cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2019 arrêtant l'exécution provisoire du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier ainsi qu'un préjudice moral pouvant être évalués à la somme totale de 1 500 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 avril et 23 décembre 2022, la commune de Pont-de-Labeaume, représentée par la SCP ABG Elvire Gravier - Claude Gravier, conclut, d'une part, au rejet de la requête, d'autre part, à ce que Mme A soit condamnée à lui verser la somme totale de 3 000 euros à titre de dommages et intérêts pour procédure abusive, et, enfin, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la prescription quadriennale des dettes publiques et la prescription quinquennale s'opposent à l'examen au fond des prétentions indemnitaires de Mme A résultant de l'illégalité de la décision du 25 mars 2016 portant mise en demeure, dès lors que ces prescriptions étaient acquises à la date d'introduction de la requête de l'intéressée le 16 février 2022 ;
- les moyens et les prétentions indemnitaires de Mme A ne sont pas fondés ;
- la requête de l'intéressée revêt un caractère abusif compte tenu du montant des sommes réclamées et de la personne poursuivie.
Par une ordonnance du 31 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juin 2023.
L'affaire a été renvoyée de l'audience du 12 avril 2024 à celle du 13 mai 2024.
Par deux courriers des 29 et 30 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public relevés d'office tirés :
- de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du non-respect par le maire de la commune de Pont-de-Labeaume des dispositions des articles 706 à 718 du code de procédure civile relatives à la vérification et au recouvrement des dépens issus d'une instance devant le tribunal de grande instance de Privas, dès lors que de telles conclusions ne mettent en cause que des rapports de droit privé entre des parties à une instance civile ;
- de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de Mme A tendant au versement de la somme totale de 599,74 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, " en paiement des intérêts " qu'elle estime lui être " dus sur les sommes " qui lui ont été restituées par la commune de Pont-de-Labeaume antérieurement et postérieurement à un arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 26 novembre 2020, dès lors que de telles conclusions sont relatives à l'exécution d'une décision judiciaire ;
- de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'" illégalité de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " de Privas du 22 janvier 2019, dès lors que ce recouvrement pour le compte de la commune de Pont-de-Labeaume n'est pas détachable de l'exécution d'une décision judiciaire.
Mme A a produit, le 7 mai 2024, des observations en réponse à ces trois moyens d'ordre public qui ont été communiquées au défendeur.
Par un courrier du 6 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions indemnitaires de Mme A tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'" illégalité de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " de Privas du 22 janvier 2019, dès lors qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de l'action en responsabilité résultant du caractère éventuellement fautif des actes de recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales.
Mme A a produit, le 9 mai 2024, des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de procédure civile ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gueguen ;
- et les conclusions de M. Bertolo, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire de trois parcelles cadastrées section A nos 1196, 1197 et 1198, situées dans le versant amont de la route de Bayzan, sur le territoire de la commune de Pont-de-Labeaume. Le 6 novembre 2015, un éboulement rocheux d'une dizaine de mètres de large déclenché à partir des parcelles de l'intéressée a endommagé la route communale de Bayzan ainsi que son parapet. Après avoir procédé, le jour-même, à la fermeture de ladite route, par une décision du 25 mars 2016, le maire de la commune de Pont-de-Labeaume a, sur le fondement des dispositions l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, mis en demeure Mme A de faire évacuer, dans un délai d'un mois et par tous moyens à sa convenance, 90 m3 de rochers provenant de cet éboulement et surplombant ladite voie communale. Alors que le 2 avril 2016, l'intéressée avait formé un recours gracieux puis avait, le 3 mai suivant, saisi le tribunal d'un recours en excès de pouvoir, le maire de la commune de Pont-de-Labeaume a assigné Mme A devant le juge des référés du tribunal de grande instance (TGI) de Privas, le 2 juin 2016, afin qu'il désigne un expert en charge notamment de déterminer les origines de l'éboulement. Suite à la remise, le 14 septembre 2017, d'un rapport d'expertise définitif ayant mis en évidence que l'éboulement survenu le 6 novembre 2015 était dû à un phénomène d'érosion naturelle et non à un défaut d'entretien des parcelles de l'intéressée, le 14 mars 2018, le maire de la commune de Pont-de-Labeaume a assigné Mme A devant le TGI de Privas afin " de prévenir toutes nouvelles chutes de pierres et d'obtenir le remboursement du coût des travaux engagés pour sécuriser " la route de Bayzan.
2. Par un jugement du 22 janvier 2019, la 1ère chambre du TGI de Privas a condamné Mme A, d'une part, à payer à la commune de Pont-de-Labeaume la somme de 4 632,67 euros au titre des " travaux urgents réalisés " pour sécuriser provisoirement cette voie communale à la suite de cet éboulement, d'autre part, à " purger ses parcelles () de tous les rochers et arbres " dans un délai de deux mois à compter de sa signification et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en outre, à payer à la commune de Pont-de-Labeaume la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, et, enfin, au paiement des dépens, en ce compris les frais de l'expertise judiciaire. Parallèlement, par un jugement du 23 janvier 2019, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 24 septembre 2020, le tribunal a prononcé l'annulation de la décision précitée du 25 mars 2016 pour erreur de droit. Le TGI de Privas ayant prononcé l'exécution provisoire du jugement du 22 janvier 2019, par une lettre du 29 janvier suivant, la commune de Pont-de-Labeaume a, par l'intermédiaire de son conseil, demandé à un huissier de justice de " bien vouloir procéder " à l'" exécution " de ce jugement " par tous moyens ". En suivant, par un courrier du 19 février 2019, cet huissier de justice a adressé à Mme A un commandement aux fins de saisie-vente en l'informant qu'à défaut de s'acquitter de la somme de 6 400,75 euros dans un délai de huit jours, elle y serait contrainte par une saisie de ses biens meubles corporels. Alors qu'elle avait interjeté appel du jugement du TGI de Privas, le 1er février 2019 puis saisi, le 19 février suivant, le juge des référés de la cour d'appel de Nîmes afin d'en obtenir l'arrêt de l'exécution provisoire, par deux lettres des 5 et 6 mars 2019, l'intéressée a été informée que l'huissier de justice agissant pour le compte de la commune de Pont-de-Labeaume avait procédé à deux saisies-attributions sur ses comptes bancaires pour un montant total de 11 267,23 euros. Avant que, par une ordonnance du 22 mars 2019, le juge des référés de la cour d'appel de Nîmes n'ait fait droit à la demande d'arrêt de l'exécution provisoire du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 présentée par Mme A, le 8 mars 2019, l'intéressée a adressé à cet huissier de justice, un chèque d'un montant de 11 267,23 euros afin de " raccourcir la période d'indisponibilité de (s)es fonds " et a été informée, le 11 mars suivant, du déblocage de ses comptes, moyennant 199,98 euros de frais bancaires. Après avoir informé Mme A, le 22 juillet 2019, qu'elle n'était redevable que de la somme de 10 756,12 euros et lui avoir adressé un chèque d'un montant de 511,11 euros correspondant à un trop-perçu, les 6 août et 20 septembre suivant, ledit huissier a remis au conseil de la commune de Pont-de-Labeaume, par l'intermédiaire de la caisse des règlements pécuniaires des avocats (CARPA) de Paris, la somme totale de 9 222,20 euros qui a ensuite été reversée à cette commune les 27 septembre et 3 octobre 2019.
3. Cependant, par un arrêt du 26 novembre 2020, la chambre civile de la cour d'appel de Nîmes a, d'une part, infirmé le jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 dans sa totalité, d'autre part, considéré que le litige entre la commune de Pont-de-Labeaume et Mme A relevait de la compétence de la juridiction administrative, renvoyant les parties à mieux se pourvoir et, enfin, a condamné la commune de Pont-de-Labeaume à verser à l'intéressée la somme de 1 500 euros au titre des frais de l'article 700 du code de procédure exposés tant en première instance qu'en appel, ainsi qu'aux dépens également exposés tant en première instance qu'en appel. Suite à cet arrêt, le 15 décembre 2020, le centre des finances publiques de Thuyets a restitué à Mme A la somme totale de 9 222,20 euros, et après que l'intéressée a obtenu du greffe de la cour d'appel de Nîmes la certification d'un compte de dépens à hauteur de 2 049,32 euros, le 7 décembre 2021, le service de gestion comptable d'Aubenas lui a reversé cette somme.
4. Enfin, par un courrier du 13 décembre 2021, dont l'administration a accusé réception le 15 décembre suivant, Mme A, estimant avoir ainsi récupéré la totalité de la somme correspondant à la créance de la commune de Pont-de-Labeaume résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019, a saisi le maire de cette commune d'une demande tendant, d'une part, au " paiement " de la somme totale de 590,76 euros correspondant à des " intérêts dus sur les restitutions de sommes d'argent " " avant " et " après capitalisation ", et, d'autre part, au versement d'une " indemnité " de 17 200 euros en " réparation " des " préjudices moraux et financiers " qu'elle estimait avoir " subis du fait des diverses illégales commises à (s) endroit par la(dite) commune ". En l'absence de réponse de la commune de Pont-de-Labeaume, la requérante demande au tribunal de la condamner, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à lui verser, en premier lieu, la somme totale de 599,74 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, correspondant à des " intérêts dus sur des restitutions de sommes d'argent " " avant " et " après capitalisation ", et, en second lieu, celle de 17 200 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait, d'une part, de l'illégalité de la décision du 25 mars 2016 par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Labeaume l'a mise en demeure de faire évacuer, dans un délai d'un mois et par tous moyens à sa convenance, 90 m3 de rochers provenant d'un éboulement survenu le 6 novembre 2015 et surplombant la route de Bayzan, d'autre part, de l'illégalité " du mode de recouvrement de la créance supposément née de l'exécution de travaux de protection de la voie communale ", en outre, de l'illégalité " de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " (TGI) de Privas du 22 janvier 2019, et, enfin, de l'illégalité " de l'émission d'un titre de recettes à (s)on encontre appuyé d'une fausse justification ".
Sur la compétence de la juridiction administrative :
5. En premier lieu, si Mme A recherche la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume à raison de l'illégalité " du mode de recouvrement de la créance supposément née de l'exécution de travaux de protection de la voie communale " et précise à cet égard que le maire de cette commune aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en l'assignant " directement " devant le TGI de Privas au lieu d'émettre " à (s)on encontre un titre de recettes " en vue du recouvrement de la somme totale de 4 632,67 euros correspondant aux montants des travaux de sécurisation de la route de Bayzan exposés par ladite commune suite à l'éboulement survenu le 6 novembre 2015, il n'appartient cependant qu'à l'autorité judiciaire de statuer sur les conséquences dommageables des fautes résultant, le cas échéant, des décisions par lesquelles une autorité administrative a saisi les tribunaux judiciaires et de celles par lesquelles elle exerce ou refuse d'exercer une voie de recours contre leurs jugements. Par suite, les conclusions par lesquelles la requérante demande au tribunal de condamner la commune de Pont-de-Labeaume à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis à raison de cette faute doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
6. En deuxième lieu, selon les termes de l'article L. 281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ". L'ordre de juridiction compétent, en application de ces dispositions, pour connaître d'une action en décharge de l'obligation de payer procédant d'un acte de recouvrement l'est également pour connaître de l'action en responsabilité résultant du caractère éventuellement fautif de cet acte.
7. En l'espèce, Mme A entend rechercher la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume à raison de l'illégalité " de la procédure de recouvrement des créances résultant du jugement du tribunal de grande instance " (TGI) de Privas du 22 janvier 2019 et précise à cet égard que le maire de cette commune aurait commis trois fautes de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, si la requérante soutient que l'autorité municipale n'aurait pas respecté les " dispositions relatives au recouvrement des dépens " prévues par les " articles 706 à 718 du code de procédure civile " en se contentant " de donner " à un " huissier de justice ", qu'elle avait " requis ", le " montant " des dépens de l'instance devant le TGI de Privas " à recouvrer ", en particulier le montant " des frais d'expertise ", sans avoir préalablement fait établir puis certifier un compte des dépens revêtu de la formule exécutoire, ses conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du non-respect par le maire de la commune de Pont-de-Labeaume des dispositions du code de procédure civile relatives à la vérification et au recouvrement des dépens, qui ne mettent en cause que des rapports de droit privé entre des parties à une instance civile, relèvent, eu égard à leur nature même, de la seule compétence de la juridiction judiciaire. Par ailleurs, si Mme A soutient, d'une part, que le maire de cette commune n'aurait pas respecté " la procédure légale de recouvrement () prévue par l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales " en mandatant cet huissier de justice afin de procéder au recouvrement forcé de la créance résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 avant que le premier président de la cour d'appel de Nîmes n'ait statué en référé, le 22 mars suivant, sur sa demande d'arrêt de l'exécution provisoire dudit jugement, alors qu'il lui appartenait, en sa qualité d'ordonnateur de la commune, d'émettre un titre de recettes en vue du recouvrement de cette créance communale, et, d'autre part, que l'autorité municipale se serait abstenue de mettre un terme à cette procédure de recouvrement forcé mise en œuvre par ledit huissier de justice alors qu'elle avait été informée de son irrégularité, elle ne recherche ainsi la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume qu'à raison des fautes que son maire aurait commises au cours de la procédure d'exécution des poursuites, en particulier s'agissant des modalités de leur mise en œuvre et du choix des mesures de recouvrement. Or, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de l'action en responsabilité résultant du caractère éventuellement fautif des actes de recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales. Au surplus, la procédure de recouvrement de la créance résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 pour le compte de la commune de Pont-de-Labeaume n'est pas détachable de l'exécution de cette décision judiciaire. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les conclusions par lesquelles Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Pont-de-Labeaume à lui verser la somme totale de 10 200 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis à raison de ces trois fautes doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
8. En dernier lieu, Mme A, qui s'était acquittée, le 12 mars 2019, du paiement de la somme totale de 11 267,23 euros dans le cadre de la procédure de recouvrement forcé de la créance de la commune de Pont-de-Labeaume résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019, demande au tribunal de condamner cette commune à lui verser la somme totale de 599,74 euros, correspondant à des " intérêts " qu'elle estime lui être dus " avant " et " après capitalisation " " sur des restitutions de sommes d'argent ", conformément aux dispositions des articles 1343-2 et 1352-6 du code civil. Toutefois, si la requérante précise à cet égard qu'elle entend demander au tribunal la condamnation de la commune de Pont-de-Labeaume à lui verser le montant des intérêts au taux légal qu'elle estime lui être dus, pour la période allant du 12 mars au " 6 août 2019 ", sur la somme de 511,11 euros correspondant à un trop-perçu qui lui avait été restituée le 7 août suivant par un huissier de justice suite à l'établissement, le 23 juillet 2019, de deux décomptes des sommes dont elle était redevable en exécution du jugement précité du 22 janvier 2019, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de l'action en responsabilité résultant du caractère éventuellement fautif des actes de recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales et que la procédure de recouvrement forcé de la créance résultant de ce jugement pour le compte de la commune de Pont-de-Labeaume n'est pas détachable de l'exécution de cette décision judiciaire. Par ailleurs, si la requérante précise également qu'elle entend demander au tribunal la condamnation de la commune à lui verser, d'une part, le montant des intérêts au taux légal qu'elle estime lui être dus, pour la période allant du 12 mars 2019 au 15 décembre 2020, sur la somme de 9 222,20 euros, d'autre part, le montant des intérêts au taux légal qu'elle estime lui être dus, pour la période allant du 12 mars 2019 au " 6 décembre 2021 ", sur la somme de 706,81 euros dont elle soutient qu'elle était contenue dans celle de 2 049,32 euros qui lui a été reversée le 7 décembre 2021 par le service de gestion comptable d'Aubenas et, enfin, le montant de ces intérêts capitalisés, de telles demandes, qui trouvent leur fondement dans l'exécution d'une décision judiciaire, ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les conclusions par lesquelles Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Pont-de-Labeaume à lui verser la somme totale de 599,74 euros correspondant à des " intérêts " qu'elle estime lui être dus " avant " et " après capitalisation " " sur des restitutions de sommes d'argent " doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation et d'astreinte :
En ce qui concerne les conclusions tendant à la réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision du 25 mars 2016 portant mise en demeure :
S'agissant des exceptions de prescription opposées en défense :
9. Selon les termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit () des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Cependant, l'article 2 de la même loi prévoit que : " La prescription est interrompue par : / () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".
10. En l'espèce, alors qu'elle ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire à l'appui de ses allégations et qu'elle ne saurait utilement se prévaloir de la " prescription quinquennale de droit commun " compte tenu de ce que les dispositions de l'article 2224 du code civil ne trouvent pas à s'appliquer aux créances détenues par des personnes privées sur les collectivités territoriales, si la commune de Pont-de-Labeaume fait valoir que la " prescription quadriennale " était " acquise " à la date du " 16 février 2022 " et que la créance dont se prévaut Mme A à raison de l'illégalité de la décision précitée du 25 mars 2016 était ainsi " prescrite ", il résulte toutefois de l'instruction que, conformément aux dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, le délai de prescription de quatre ans prévu à l'article 1er de la même loi a été interrompu une première fois le 3 mai 2016 par le recours relatif au fait générateur de cette créance introduit par la requérante devant le tribunal, puis une seconde fois le 20 mars 2019 par la requête introduite par la commune défenderesse devant la cour administrative d'appel de Lyon à l'encontre de ce jugement, faisant ainsi courir un nouveau délai de quatre ans à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle l'arrêt de cet cour rendu le 24 septembre 2020 est passé en force de chose jugée. Dans ces conditions, la créance de l'intéressée sur la commune de Pont-de-Labeaume n'était pas prescrite lorsqu'il a été accusé réception de sa réclamation préalable, le 15 décembre 2021. Par suite, alors que la commune défenderesse ne peut davantage utilement se prévaloir de la circonstance tirée de ce que la requérante n'avait pas présenté de conclusions indemnitaires à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation enregistrées devant le tribunal le 3 mai 2016, les exceptions de prescription opposées en défense doivent être écartées.
S'agissant du fondement de la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume et des préjudices subis par Mme A :
11. Par le jugement précité du 23 janvier 2019, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 24 septembre 2020 devenu définitif, le tribunal a prononcé l'annulation de la décision du 25 mars 2016 par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Labeaume avait mis Mme A en demeure de faire évacuer, dans un délai d'un mois et par tous moyens à sa convenance, 90 m3 de rochers provenant de l'éboulement survenu le 6 novembre 2015 à partir des parcelles dont elle est propriétaire et surplombant la route de Bayzan. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de cette commune, pour autant que cette faute ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.
12. En l'espèce, Mme A soutient que la décision précitée du 25 mars 2016 lui a causé un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence pouvant être évalués à la somme de 5 000 euros. Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, la circonstance que la requérante ait saisi le tribunal d'un recours en excès de pouvoir " dès le 3 mai 2016 " n'est pas de nature à avoir " suspendu " son exécution ni, par conséquent, et comme elle semble le faire valoir, à remettre en cause l'existence des préjudices allégués par l'intéressée, dès lors que le caractère exécutoire d'une décision administrative constitue une règle fondamentale du droit public et qu'il résulte des dispositions de l'article L. 4 du code de justice administrative que, sauf dispositions législatives spéciales, les requêtes n'ont pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par la juridiction. Cependant, si Mme A soutient que ladite décision a été pour elle " la cause d'un traumatisme psychologique profond " et d'une " très grave perturbation morale dans (s)es conditions d'existence ", elle ne produit aucun élément permettant d'en justifier. Par ailleurs, si la requérante fait état de ce que cette décision aurait porté atteinte à " (s)a réputation et (à) (s)on honneur ", en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que cette mise en demeure aurait " été rendue publique par le () maire en personne par des lettres aux habitants et dans des réunions ", ni qu'elle aurait été, comme elle le soutient, " désignée comme seule responsable de la fermeture de la route communale consécutive à l'éboulement ", ni même que " certains () habitants ", " convaincus par les dires du maire " qu'elle était " responsable de la fermeture " de cette route, lui auraient " fait savoir " qu'ils étaient " excédés par (s)a durée ". Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante du fait de l'illégalité fautive de la décision du 25 mars 2016 en lui allouant la somme totale de 2 000 euros, tous intérêts confondus.
En ce qui concerne les conclusions tendant à la réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité " de l'émission d'un titre de recettes () appuyé d'une fausse justification " :
13. Si Mme A, qui ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire à l'appui de ses allégations, soutient que la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume serait engagée à raison de l'illégalité " de l'émission d'un titre de recettes à (s)on encontre appuyé d'une fausse justification " et demande au tribunal de condamner cette commune à lui verser la somme totale de 1 500 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ce titre de recettes reposait " sur une fausse justification au sens du droit de la comptabilité publique ", ni que les préjudices dont elle fait état présenteraient un caractère direct et certain avec ledit titre. En effet, si la requérante soutient que le maire de la commune de Pont-de-Labeaume aurait émis le 23 octobre 2019, en sa qualité d'ordonnateur, deux titres de recettes pour un montant total de 9 222,20 euros correspondant à la créance résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 qui avait été recouvrée de manière forcée par un huissier de justice puis remise au conseil de cette commune les 6 août et 20 septembre 2019 avant d'être reversée à ladite commune les 27 septembre et 3 octobre 2019, elle ne produit pas le moindre élément à l'appui de ses allégations. De même, l'intéressée ne produit pas le moindre élément de nature à établir que l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume se serait alors gardé " de produire " auprès du comptable public, " à l'appui du titre de recette demandé ", l'ordonnance du premier président de la cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2019 arrêtant l'exécution provisoire de ce jugement 22 janvier 2019, et ce afin de " faire obstacle à la restitution des sommes " qui avait été recouvrées " par l'huissier de justice " en ordonnant à ce comptable " de percevoir une somme qu'il savait ne pas être due ". Il résulte seulement de l'instruction, en particulier du " bordereau de situation de la totalité des produits locaux dus à la trésorerie " en date du 11 avril 2022, qu'un premier titre de recettes a été émis par le maire de la commune de Pont-de-Labeaume à l'encontre de Mme A le 23 décembre 2019, en vue du recouvrement de la somme totale de 9 222,20 euros, lequel titre de recettes sera annulé le 3 février 2020, puis qu'un second titre a été émis par l'autorité municipale à l'encontre de l'intéressée le 31 janvier 2020 en vue du recouvrement de la somme totale de 9 922,53 euros. Il résulte également de l'instruction que ces titres de recettes ont été émis par l'ordonnateur de la commune de Pont-de-Labeaume, en vue d'une régularisation budgétaire et comptable des sommes encaissées sur le compte d'attente de la commune les 27 septembre et 3 octobre 2019, suite à un courrier du 16 décembre 2019 par lequel le procureur financier de la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes, saisi le 23 juillet 2019 d'un signalement de la requérante, avait, d'une part, considéré que le conseil de la commune de Pont-de-Labeaume et l'huissier de justice ayant procédé au recouvrement forcé de la créance communale résultant du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 s'étaient " placés dans une situation de gestionnaires de fait, respectivement en donnant l'ordre à un tiers non habilité d'encaisser des deniers publics et en encaissant ces deniers ", et, d'autre part, les avait invités à prendre au plus tôt l'attache du comptable public de la commune afin de reverser dans sa caisse les sommes dont ils seraient encore les détenteurs. Par ailleurs, si la requérante fait état de ce qu'elle avait obtenu l'arrêt de l'exécution provisoire du jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019, elle ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe faisant obstacle à l'émission d'un titre de recettes de régularisation portant sur les sommes recouvrées antérieurement à l'ordonnance du premier président de la cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2019, alors que l'administration fait valoir en défense que cette ordonnance ne concernait que les exécutions postérieures au 22 mars 2019 et n'avait pas pour effet de remettre en cause les exécutions passées. Enfin, alors qu'il résulte de l'instruction que c'est à raison de l'arrêt de la cour d'appel de Nîmes du 26 novembre 2020 infirmant le jugement du TGI de Privas du 22 janvier 2019 que le comptable public de la commune de Pont-de-Labeaume a restitué à Mme A une partie des sommes dont elle s'était acquittée le 12 mars 2019, et non à raison de l'ordonnance précitée du premier président de la cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2019, si la requérante fait grief à l'administration de ne pas lui avoir notifié les titres de recettes précités dans des conditions de nature à lui permettre de faire valoir ses droits auprès du comptable public et estime avoir ainsi été privée " pendant une année supplémentaire de la majeure partie d'une somme illégalement recouvrée ", il ne résulte pas de l'instruction que ce comptable public aurait été en mesure de lui restituer cette somme antérieurement à cet arrêt de la cour d'appel à supposer même qu'il ait eu connaissance de cette ordonnance de son premier président. Par suite, Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Pont-de-Labeaume à raison de l'émission de ces titres de recettes.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de la commune de Pont-de-Labeaume à lui verser la somme totale de 2 000 euros, tous intérêts confondus. Dans les circonstances de l'espèce, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions présentées par la requérante sur ce point, il n'y a pas lieu d'assortir cette condamnation de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Pont-de-Labeaume :
15. Si la commune de Pont-de-Labeaume demande au tribunal de condamner Mme A à lui verser la somme de 3 000 euros au titre " de dommages et intérêts pour procédure abusive ", il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la requérante est fondée à demander à ce qu'elle soit condamnée à lui verser la somme totale de 2 000 euros, tous intérêts confondus à la date du présent jugement, en réparation du préjudice moral qu'elle a subi du fait de l'illégalité fautive de la décision du 25 mars 2016. Par suite, la requête introduite par l'intéressée ne présente pas un caractère abusif et les conclusions reconventionnelles présentées par la commune défenderesse ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Pont-de-Labeaume demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions pécuniaires de Mme A tendant au versement de la somme totale de 599,74 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2021, ainsi que les conclusions indemnitaires de l'intéressée, en tant qu'elles portent sur la somme totale de 10 700 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la même date, sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : La commune de Pont-de-Labeaume est condamnée à verser à Mme A la somme totale de 2 000 euros, tous intérêts confondus.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et à la commune de Pont-de-Labeaume.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Soubié, première conseillère.
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
A. Baux
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026