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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201513

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201513

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201513
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. A D et Mme B C, représentés par Me Petit, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Ain a confirmé la décision du 8 juillet 2021 mettant à leur charge une somme de 14 769,15 euros correspondant à un indu notamment d'allocation personnelle au logement et de prime d'activité, constitué sur la période du 1er octobre 2017 au 31 juillet 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ledit indu, subsidiairement, de leur accorder une remise gracieuse de leur dette ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Ain de rembourser les sommes retenues au titre du recouvrement de la dette ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ain et de l'autorité compétente le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le signataire de la décision en litige n'est pas identifiable en l'absence de toute mention de ses nom et prénom et de sa qualité ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée, notamment quant aux motifs de droit et à la répartition de l'indu selon les prestations concernées ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation, dès lors qu'il n'est pas fait application de la convention générale de sécurité sociale du 5 janvier 1950 conclue entre la France et la Yougoslavie ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant au titre de séjour détenu par Mme C ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 1, 2 et 23 de la convention générale de sécurité sociale du 5 janvier 1950 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, dès lors que des retenues à hauteur de 100 % ont été effectuées ;

- les retenues ont été opérées moins de deux mois après la notification de la dette en méconnaissance des dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;

- le refus d'annuler la dette et d'accorder une remise gracieuse méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est incompétent pour se prononcer sur les litiges en matière d'allocations familiales et d'allocation de rentrée scolaire ;

- le courrier du 28 décembre 2021 n'est pas décisoire mais informatif, sa signature n'était ainsi pas requise ;

- l'obligation générale de motivation découlant du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux organismes de sécurité sociale ;

- les décisions d'indu sont suffisamment motivées au regard des dispositions du code de la sécurité sociale et de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le courrier du 28 décembre 2021 n'étant pas décisoire, il n'est pas soumis à l'obligation de motivation ;

- la convention générale de sécurité sociale du 5 janvier 1950 conclue entre la France et la Yougoslavie n'est pas opposable, compte tenu de la nature des prestations en litige ;

- elle a versé les prestations familiales en tenant compte des enfants à compter de février 2020, après rectification des informations erronées dont elle avait été destinataire ;

- la décision d'indu n'est entachée d'aucune erreur de droit, compte tenu de la prescription quinquennale applicable ;

- elle pouvait pratiquer des retenues sur les prestations, le recours contentieux contre l'indu d'aide personnelle au logement n'étant pas suspensif ;

- les requérants ont obtenu des remises partielles de dette à hauteur de 75 % qui sont suffisantes.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D a été rejetée par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention générale du 5 janvier 1950 conclue entre la France et la Yougoslavie sur la sécurité sociale ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Petit, représentant M. D et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et son épouse ont été allocataires des prestations familiales, de la prime d'activité et de l'allocation personnalisée au logement dans le département de l'Ain. Par une décision du 8 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Ain a mis à leur charge une somme de 14 769,15 euros correspondant à un indu de prestations familiales, d'allocation de logement et de prime d'activité constitué sur la période du 1er octobre 2017 au 31 juillet 2021. Ils ont formé un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision le 27 juillet 2021. Par un courrier du 28 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Ain a précisé les motifs pour lesquels les requérants ne pouvaient pas bénéficier des prestations en litige. Les requérants demandent au tribunal d'annuler cette " décision ".

Sur la compétence du tribunal administratif :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une organisation du contentieux général de la sécurité sociale. Cette organisation règle les différends auxquels donne lieu l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, et qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux, ainsi que le recouvrement mentionné au 5° de l'article L. 213-1. ". Aux termes de l'article L. 142-2 de ce même code : " Le tribunal des affaires de sécurité sociale connaît en première instance des litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Les prestations familiales comprennent : 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) l'allocation de logement ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) l'allocation de parent isolé et la prime forfaitaire instituée par l'article L. 524-5 ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale ".

3. Les conclusions relatives à la créance en litige en tant qu'elles portent sur des prestations mentionnées à l'article L. 511-1 du code la sécurité sociale doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur l'exception de non-lieu :

4. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Ain a accordé à M. D et Mme C une remise de leur dette d'allocation personnelle au logement d'un montant de 1 303,92 euros, laissant à leur charge une somme de 434,64 euros et une remise de leur dette de prime d'activité d'un montant de 983,33 euros, laissant à leur charge une somme de 327,78 euros. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu de statuer sur l'indu d'allocation personnelle au logement à hauteur de 1 303,92 euros et sur l'indu de prime d'activité à hauteur de 983,33 euros.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la " décision " du 28 décembre 2021 :

5. Il résulte de l'instruction que les requérants ont saisi la caisse d'allocations familiales de l'Ain d'un recours contre la décision du 8 juillet 2021 mettant à leur charge une somme de 14 769,15 euros correspondant à un indu notamment d'allocation logement et de prime d'activité, constitué sur la période du 1er octobre 2017 au 31 juillet 2021. Le courrier de la caisse d'allocations familiales du 28 décembre 2021, qui fait expressément référence aux deux courriers adressés par les requérants pour contester les indus mis à leur charge, précise clairement que les décisions d'indu sont fondées et les motifs pour lesquels elles le sont. Ainsi, compte tenu de ses termes, ce courrier revêt un caractère décisoire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'indu et de décharge :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux organismes de sécurité sociale en vertu de l'article L. 100-3 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". S'agissant des décisions prises par une autorité administrative de caractère collégial, et sauf à ce que des dispositions régissent leur forme de façon particulière, il est satisfait aux exigences découlant de cet article dès lors qu'elles portent la signature de leur président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article. Il ne peut cependant en aller ainsi, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire imposant une présidence au sein de la commission de recours amiable, que lorsque celle-ci a fait le choix de se doter d'un président. A défaut, il ne peut être satisfait aux exigences découlant des dispositions de l'article L. 212-1 que par la signature de la décision par l'ensemble des membres de la commission, accompagnée pour chacun d'entre eux des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article.

7. La décision attaquée du 28 décembre 2021 ne comporte pas la mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 décembre 2021 en tant qu'elle confirme l'indu d'allocation personnelle au logement et de prime d'activité mis à la charge des requérants doit être annulée. Le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation de la décision en litige pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de l'obligation de payer.

9. Compte tenu de la possibilité de régularisation, il y a seulement lieu d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Ain de rembourser aux requérants les sommes éventuellement recouvrées au titre des indus d'allocation personnelle au logement et de prime d'activité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sauf pour la caisse d'allocations familiale de l'Ain à régulariser dans ce délai la décision annulée.

Sur les conclusions à fin de remise de dette :

10. Si les requérants font valoir qu'une remise totale de leur dette aurait dû leur être accordée, ils n'apportent aucun élément de nature à établir la précarité de leur situation financière, alors qu'ils ont bénéficié d'une remise à hauteur de 75 % de leur dette initiale et que M. D perçoit un salaire mensuel d'environ 1 400 euros ainsi que des prestations familiales d'un montant de 640 euros, sans justifier du montant des charges du foyer, en dépit de la mesure d'instruction faite en ce sens. Par suite, les conclusions tendant à obtenir une remise totale de dette doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Ain le versement à M. D et à Mme C d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions relatives à la créance en litige en tant qu'elles portent sur des prestations mentionnées à l'article L. 511-1 du code la sécurité sociale sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur l'indu d'allocation personnelle au logement à hauteur de 1 303,92 euros (mille trois cent trois euros et quatre-vingt-douze centimes) et sur l'indu de prime d'activité à hauteur de 983,33 euros (neuf cent quatre-vingt-trois euros et trente-trois centimes).

Article 3 : La décision du 28 décembre 2021 en tant qu'elle confirme l'indu d'allocation personnelle au logement et l'indu de prime d'activité est annulée.

Article 4 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de l'Ain de rembourser à M. D et Mme C les sommes déjà recouvrées au titre de l'indu d'allocation personnelle au logement et de l'indu de prime d'activité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, si, dans ce délai, elle n'a pas régularisé sa décision de récupération.

Article 5 : La caisse d'allocations familiales de l'Ain versera à M. D et Mme C une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D en qualité de représentant unique et à la caisse d'allocations familiales de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La magistrate désignée,

A-S. Soubié

La greffière,

S. Rivoire

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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