mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201521 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LICHTENSTERN |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2201521 les 28 février 2022 et 11 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Lichtenstern, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010, par l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, sur le fondement de l'article 1857 du code civil ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- sa requête est dirigée contre la décision rejetant sa réclamation du 1er avril 2019 et un avis de mise en recouvrement ne constituant pas un acte de poursuite, sa réclamation du 1er avril 2019 relève du contentieux d'assiette ;
- l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019 est irrégulier car il a été notifié après l'expiration du délai de reprise qui s'exerçait jusqu'au 31 décembre 2014 en vertu des articles L. 168 et suivants du livre des procédures fiscales ;
- la proposition de rectification et l'avis de mise en recouvrement adressés à la SCI Villon Investissements ne lui sont pas opposables puisqu'elle n'en a pas eu connaissance ;
- l'avis de mise en recouvrement du 30 avril 2012, invoqué par l'administration, ne concerne pas la présente procédure ;
- l'administration doit établir qu'elle a effectué des poursuites à l'égard de la société débitrice principale et qu'elles sont demeurées vaines avant de poursuivre ses associés ; elle invoque également cette règle sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;
- l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, qui ne comporte pas les mentions prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales, est entaché d'une irrégularité substantielle ;
- l'administration a méconnu le principe du contradictoire et les droits de la défense en refusant de lui communiquer les actes de la procédure de contrôle diligentée à l'encontre de la SCI Villon Investissements ;
- elle a méconnu le devoir de loyauté en s'abstenant de lui notifier les actes de la procédure avant de lui notifier un avis de mise en recouvrement en qualité de débiteur solidaire ;
- l'administration refuse de lui communiquer la réclamation préalable de la SCI Villon Investissements et les pièces subséquentes de la procédure.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 juin 2022 et 11 mai 2023, le directeur régional des finances publiques de Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2023.
II - Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2201522 les 28 février 2022 et 11 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Lichtenstern, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010, par l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, sur le fondement de l'article 1857 du code civil ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- sa requête est dirigée contre la décision rejetant sa réclamation du 11 mai 2021 et un avis de mise en recouvrement ne constituant pas un acte de poursuite, sa réclamation du 1er avril 2019 relève du contentieux d'assiette et l'administration n'est pas fondée ainsi à se prévaloir des dispositions de l'article R. 281 du livre des procédures fiscales ;
- l'argumentation de l'administration est destinée à exclure les moyens présentés dans la réclamation du 11 mai 2021 alors que les articles R. 197 et suivants du livre des procédures fiscales lui permettent de soulever tout moyen dans le cadre de la procédure d'assiette.
- l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019 lui ayant été notifié le 28 mars 2019, elle disposait d'un délai de réclamation expirant le 31 décembre 2021 pour le contester en vertu de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales ;
- l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019 est irrégulier car il a été notifié après l'expiration du délai de reprise qui s'exerçait jusqu'au 31 décembre 2014 en vertu des articles L. 168 et suivants du livre des procédures fiscales ;
- l'administration doit établir qu'elle a effectué des poursuites à l'égard de la société débitrice principale et qu'elles sont demeurées vaines avant de poursuivre ses associés ;
- elle invoque également cette règle sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;
- l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, qui ne comporte pas les mentions prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales, est entaché d'une irrégularité substantielle ;
- l'administration a méconnu le principe du contradictoire et les droits de la défense en refusant de lui communiquer les actes de la procédure de contrôle diligentée à l'encontre de la SCI Villon Investissements ;
- elle a méconnu le devoir de loyauté en s'abstenant de lui notifier les actes de la procédure avant de lui notifier un avis de mise en recouvrement en qualité de débiteur solidaire ;
- l'administration refuse de lui communiquer la réclamation préalable de la SCI Villon Investissements et les pièces subséquentes de la procédure ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 juin 2022 et 11 mai 2023, le directeur régional des finances publiques de Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteur publique,
- les observations de Me Lichtenstern, avocat de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Villon Investissements a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010. Par un avis de mise en recouvrement établi le 21 mars 2019, Mme B A a été poursuivie en paiement des impositions mises à la charge de la SCI Villon Investissements, en application des dispositions de l'article 1857 du code civil, à hauteur de sa quote-part de 95 % dans le capital de la société dont elle était associée. Mme A a contesté, le 1er avril 2019, la mise en cause de sa responsabilité en qualité d'associée de la SCI Villon Investissements. Par une décision du 29 mai 2019, la division du recouvrement forcé de la Direction régionale des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a rejeté sa réclamation. L'intéressée a présenté deux nouvelles réclamations les 29 juillet et 16 septembre 2019 qui ont été également rejetées pour tardiveté au motif que les oppositions à poursuites devaient être formulée dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'acte en application des dispositions de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, par une réclamation du 11 mai 2021 portant sur le recouvrement et l'assiette de l'impôt, Mme A a demandé la décharge des sommes mises à sa charge par l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet de la division des affaires juridiques de la Direction régionale des finances publiques
d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône, le 31 décembre 2021. Par les présentes requêtes, Mme A demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations mis à sa charge, par l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010 pour un montant total de 114 742 euros.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2201521 et 2201522 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
3. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / () Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. () ". Aux termes de l'article R. 256-2 de ce livre : " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement " ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration adresse un avis de mise en recouvrement par lequel elle met en œuvre une solidarité de paiement, telle que celle qui est prévue par les dispositions de l'article 1857 du code civil, elle est tenue d'adresser un avis de mise en recouvrement individuel qui doit comporter les indications prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales. Ces mentions permettent au débiteur solidaire d'obtenir, à sa demande, la communication des documents mentionnés dans cet avis de mise en recouvrement ainsi que de tout document utile à la contestation de la régularité de la procédure, du bien-fondé et de l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations correspondantes au paiement solidaire desquels il est tenu.
5. Il résulte de ce qui précède que s'il n'incombait pas à l'administration fiscale de communiquer à Mme A, préalablement à l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019 qui lui a été adressé, les éléments de la procédure d'imposition diligentée à l'encontre de la SCI Villon Investissements, cet avis devait, en revanche, mentionner la proposition de rectification du 14 novembre 2011, adressée à la SCI Villon Investissements, afin que la requérante soit mise en mesure de demander la communication de ce document. Or, il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, s'il fait référence à l'avis de mise en recouvrement du 10 mai 2012 adressé à la SCI Villon Investissements, ne comporte aucune mention de la proposition de rectification notifiée à cette dernière, ni d'ailleurs de la lettre du
29 février 2012 modifiant les conséquences financières. Ainsi, comme l'expose la requérante, cet avis de mise en recouvrement ne répond pas aux exigences de motivation des dispositions combinées des articles R. 256-1 et R. 256-2 du livre de procédure fiscale. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Me A est fondée à demander la décharge des impositions en litige.
Sur les dépens :
6. Le litige n'ayant donné lieu à dépens, les conclusions de la requérante tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des majorations mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010, par l'avis de mise en recouvrement du 21 mars 2019, au titre de la solidarité de paiement avec SCI Villon Investissements sur le fondement de l'article 1857 du code civil.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2201521 et 2201522 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur régional des finances publiques de Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,Le président,
N. BardadJ. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2, 220152
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026