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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2201581

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2201581

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2201581
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL YDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, M. B A, représenté par la SELARL Ydès, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification adressée à la société Design and Motion ne mentionne pas que les sommes en litige seraient imposées au niveau du bénéficiaire comme revenus distribués ;

- l'administration n'a pas demandé à la société de désigner le bénéficiaire effectif des sommes qu'elle envisageait d'imposer au titre des revenus réputés distribués conformément à l'article 117 du code général des impôts ;

- la présomption de distribution du 1. de l'article 109 du code général des impôts n'est pas opposable aux associés ;

- l'administration n'établit pas que les sommes regardées comme distribuées ont été mises effectivement à sa disposition ;

- aucune justification ni motivation ne lui a été donnée sur le pourcentage de 74% retenu pour fixer les charges de la société ;

- l'administration ne lui a pas communiqué les comptes de résultats des sociétés auxquels elle se réfère pour décider que le pourcentage de charges à retenir s'établit à 74% ce qui ne permet pas de vérifier que son calcul est correct ; à défaut de communication de ces comptes, il convient de rejeter la reconstitution du résultat imposable qu'elle a opérée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est gérant et associé unique de l'EURL Design and Motion, qui exerce une activité de vente et prestations de services et a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2018. Cette vérification a donné lieu à une procédure d'évaluation d'office. A l'issue de celle-ci, l'administration a réintégré les sommes de 79 886 euros en 2015, 84 056 euros en 2016 et 48 101 euros en 2017 dans les revenus de M. A. En conséquence, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les revenus et de prélèvements sociaux ont été notifiées au requérant dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers selon la procédure contradictoire par une proposition de rectification du 18 décembre 2018, assorties des intérêts de retard et de la majoration de 10% prévue par l'article 1758 A du code général des impôts. M. A n'a pas retiré le pli contenant la proposition de rectification. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement pour un montant total de 40 281 euros au titre de l'année 2015, 41 022 euros au titre de l'année 2016 et de 24 766 euros au titre de l'année 2017. M. A a contesté ces impositions par une réclamation contentieuse datée du 30 décembre 2021, qui a été rejetée par l'administration fiscale le 29 décembre 2021. M. A demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. D'une part, à supposer que M. A entende se prévaloir de l'irrégularité de la procédure suivie à l'égard de l'EURL Design and Motion, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'évaluation d'office engagée à l'encontre de cette EURLfondé sur la circonstance que la proposition de rectification adressée à la société ne mentionnait pas que les sommes redressées seraient imposées au bénéficiaire en tant que revenus distribués est, en application du principe d'indépendance des procédures d'imposition, inopérant pour contester la régularité des impositions personnelles mises à la charge de l'associé unique de la société, alors même qu'il s'agit d'un excédent de distribution, révélé par un rehaussement des bases de l'impôt sur les sociétés, que l'administration entend imposer à l'impôt sur le revenu entre les mains du bénéficiaire.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée à la société Design and Motion, dans laquelle l'administration détaillait les modalités d'évaluation de son résultat imposable a été adressée à M. A en pièce jointe à la proposition de rectification datée du 17 décembre 2018 qui lui a été adressée et qui concernait son imposition personnelle. M. A qui n'a pas retiré ce pli et n'a pas demandé la communication de documents, n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie à son égard est irrégulière.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus distribués en litige :

5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

6. En premier lieu, les impositions en litige procèdent de l'inclusion dans les revenus taxables entre les mains de M. A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de sommes correspondant à un rehaussement des bénéfices de la société Design and Motion et regardées comme des revenus distribués par cette société à l'intéressé, que l'administration a considéré comme l'unique maître de l'affaire. Si M. A soutient que l'administration n'établit pas qu'il a effectivement appréhendé les sommes en litige, il ne conteste pas avoir été, en sa qualité de gérant et d'associé unique de l'EURL Design and Motion, le seul maître de l'affaire. Cela suffit à le faire regarder comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes en litige étant sans incidence à cet égard.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. "

8. Il résulte de ces dispositions que si l'administration s'abstient d'inviter une personne morale à lui faire parvenir des indications sur les bénéficiaires d'un excédent de distribution qu'elle a constaté, cette abstention a seulement pour effet de la priver de la possibilité d'assujettir ladite personne morale à la pénalité prévue à l'article 1759 du code général des impôts à raison des sommes correspondantes mais est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard des personnes physiques qui ont bénéficié de la distribution et que l'administration, compte tenu des renseignements dont elle dispose, est en mesure d'identifier.

9. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la documentation administrative BOI-RPPM-RCM-10-20-10 n° 220, qui ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

10. En dernier lieu, M. A ne demande la décharge des contributions sociales que par voie de conséquence de sa demande de décharge des impositions supplémentaires, et ne soulève aucun moyen propre aux pénalités lui ayant été infligées.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017 ainsi que des cotisations sociales et des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. Clément

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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