jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201756 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MERABET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 mars et 26 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Merabet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lyon à lui verser la somme 50 460 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de son agression par un de ses agents, assortie des intérêts de retard à compter du 15 novembre 2021 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge du CROUS de Lyon la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CROUS de Lyon est engagée du fait d'une faute personnelle non détachable du service de l'un de ses agents ;
- elle l'est également en ce qu'il a maintenu cet agent dans des fonctions en contact avec les usagers du service malgré plusieurs précédentes sanctions disciplinaires ;
- l'expert judiciaire a évalué les préjudices qu'elle a subis à 50 460 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2022, 17 février, 17 mars et 3 novembre 2023, le CROUS de Lyon, représenté par Me Adeline-Devolve demande que le jugement à intervenir soit déclaré commun à M. C et conclut au rejet de la requête ainsi que des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et par M. C ou, à titre subsidiaire, à ce que sa condamnation soit limitée à la somme de 5 679 euros et, dans tous les cas, à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B, de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- compte tenu de la particulière gravité de la faute commise par son agent, elle doit être regardée comme étant détachable du service ;
- il n'a commis aucune faute dans l'affectation de l'agent ;
- les préjudices invoqués sont sans lien avec les fautes reprochées, ne sont pas justifiés et les sommes demandées sont excessives ;
- l'indemnisation des préjudices doit être limitée aux sommes de 16 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, de 437 euros au titre du déficit temporaire partiel physique, de 426 euros au titre du déficit temporaire partiel moral, de 1 000 euros au titre de la souffrance endurée, de 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique définitif, de 800 euros au titre du préjudice sexuel et de 1 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par un mémoire du 9 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône conclut à la condamnation du CROUS de Lyon à lui verser la somme de 348,23 euros en remboursement des prestations versées à Mme B et de 116,08 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
M. D C, représenté par Me Vulliermet, a présenté des observations enregistrées le 25 avril 2023.
L'instruction a été close le 3 novembre 2023 par une ordonnance du 2 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- la rapport de Mme Lacroix,
- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,
- et les observations de Me Mousisian, représentant le CROUS de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, étudiante en soins infirmiers, a été victime le 11 janvier 2019, à la cafétéria de l'université Lyon 1, d'une agression commise par M. D C, agent du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lyon. Par jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 7 octobre 2019, M. C a été reconnu coupable de violence suivie d'une incapacité supérieure à huit jours et condamné à trois mois d'emprisonnement avec sursis. Par un courrier du 15 novembre 2021, reçu le 23 novembre suivant, Mme B a demandé au CROUS de Lyon de l'indemniser des préjudices subis à raison de la faute non détachable du service commise par cet agent, sans succès. Elle demande la condamnation du CROUS de Lyon à lui verser la somme de 50 460 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts de retard portant capitalisation.
Sur la demande de déclaration de jugement commun :
2. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels, d'autre part, le jugement pourrait préjudicier dans les conditions ouvrant droit de former tierce opposition à ce jugement. Si le tribunal administratif serait compétent pour connaître du litige opposant le CROUS de Lyon et M. C, le présent jugement ne préjudicie pas aux droits de M. C dans des conditions lui ouvrant droit à former tierce opposition. Par suite, les conclusions par lesquelles le CROUS de Lyon a demandé que le jugement à intervenir soit déclaré commun à M. C ne sont pas recevables et doivent être rejetées.
Sur la responsabilité du CROUS de Lyon :
3. La victime non fautive d'un préjudice causé par l'agent d'une administration peut, dès lors que le comportement de cet agent n'est pas dépourvu de tout lien avec le service, demander au juge administratif de condamner cette administration à réparer intégralement ce préjudice, quand bien même aucune faute ne pourrait-elle être imputée au service et le préjudice serait-il entièrement imputable à la faute personnelle commise par l'agent, laquelle, par sa gravité, devrait être regardée comme détachable du service. Cette dernière circonstance permet seulement à l'administration, ainsi condamnée à assumer les conséquences de cette faute personnelle, d'engager une action récursoire à l'encontre de son agent.
4. Il résulte de l'instruction que M. D C a, le 11 janvier 2019, alors qu'il était en service à la cafétéria de l'université Lyon 1, jeté du café brûlant sur Mme B. La faute ainsi commise, alors même que, par sa gravité, constituerait une faute personnelle détachable du service, n'est pas dépourvue de tout lien avec le service, dès lors qu'elle a été commise pendant son service avec les moyens du service. Mme B est dès lors fondée à demander la condamnation du CROUS de Lyon à en assumer l'entière réparation, sans préjudice d'une éventuelle action récursoire que le centre pourra exercer à l'encontre de M. C.
5. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le CROUS de Lyon aurait commis une faute en maintenant M. C dans un poste en contact avec les usagers du service.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
6. Il résulte de l'instruction que Mme B a été brûlée au second degré sur 2% de la surface de son corps au niveau de la face antérieure du thorax. Elle a été prise en charge aux urgences pour un traitement immédiat des brûlures, puis en urgence psychiatrique où elle a été décrite " en état de choc psychologique avec pleurs, anxiété anticipatoires, ruminations de catastrophes à venir ". Les blessures physiques ont nécessité des soins actifs sur les zones brûlées sur la poitrine et le décolleté pendant une période de trois mois. Par ailleurs, à la suite immédiate des faits, Mme B a présenté un trouble de stress post-traumatique avec une dimension dépressive constituée d'une douleur morale, d'anhédonie, de réviviscences nocturnes des faits envahissants, de crise d'angoisse dans la journée, d'une phobie sociale, d'irritabilité, de repli sur soi et d'idéation suicidaire fluctuante sans idée ni tentative de suicide. L'expert désigné par le tribunal, assisté d'un sapiteur psychiatre, a fixé le déficit fonctionnel temporaire total à un jour et le déficit fonctionnel temporaire partiel à 30 % sur les trois premiers mois qui ont suivi les faits et à 20 % sur la période du 11 janvier 2019 au 31 août 2020, période avant consolidation, compte tenu des répercussions psychologiques importantes de cette agression sur la requérante. Sur la base de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de la réparation due au titre du déficit fonctionnel temporaire en allouant à Mme B la somme 800 euros.
Quant aux souffrances endurées :
7. L'expert a évalué les souffrances endurées par Mme B pendant la période du 11 janvier 2019 au 31 août 2020, date de consolidation, à 2,5 sur une échelle allant jusqu'à 7. Il sera fait une juste appréciation de la réparation due à ce titre en allouant à Mme B la somme 2 500 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
8. Mme B a subi un préjudice esthétique temporaire estimé par l'expert à 2 sur une échelle allant jusqu'à 7, dont le montant sera justement évalué à la somme 1 000 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
9. Selon le rapport d'expertise du 26 avril 2021, depuis la stabilisation de ses troubles au 1er septembre 2020, la victime présente une " symptologie dépressive par trois épisodes de récidives nocturnes par mois et des récidives diurnes déclenchées par des indices qui lui rappellent les faits ". Ainsi qu'en atteste les ordonnances annexées au rapport, Mme B disposait d'une prescription par son médecin généraliste d'un psychotrope et d'un hypnotique et sédatif. L'expert a évalué le déficit fonctionnel permanent subi par Mme B à 8 %. Ce préjudice sera justement réparé par l'allocation d'une indemnité de 2 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
10. Selon le rapport d'expertise du 26 avril 2021, Mme B présente deux lésions de brûlures anciennes localisées au niveau du quadrant supéro-interne du sein droit, d'une taille de 2 centimètres sur 1 centimètre pour la première et de 1 centimètre de diamètre pour la seconde, situées sur la partie visible du décolleté, le reste des brûlures ayant cicatrisé " sans séquelles visibles ". L'expert a évalué le préjudice esthétique permanent subi par Mme B à 0,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de la réparation due à ce titre en allouant à Mme B la somme 1 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
11. L'expert a reconnu dans son rapport l'existence d'un préjudice sexuel indirect constitué par une diminution de la libido. Toutefois et d'une part, le préjudice sexuel temporaire est inclus dans l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire. D'autre part, alors que le sapiteur psychiatre qui a examiné Mme B a conclu quant à lui à l'absence de préjudice sexuel, il ne ressort pas de ce rapport ni n'est soutenu par la requérante que sa vie intime et sexuelle serait, à la suite des faits dont elle a été victime, durablement impactée. Par suite, il n'y a pas lieu d'allouer une somme en réparation de ce préjudice.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône :
12. La caisse primaire d'assurance maladie du Rhône a droit au remboursement de la somme de 348,23 euros au titre des dépenses de santé exposées pour le compte de son assurée en lien avec l'accident dont a été victime Mme B, conformément au relevé de débours et à l'attestation d'imputabilité du 31 mars 2022. Cette somme doit dès lors être mise à la charge du CROUS de Lyon.
13. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône peut prétendre au versement de la somme de 118 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
S'agissant des droits de Mme B :
Quant à la perte des financements versés par Pôle emploi :
14. Si Mme B soutient que, à la suite de l'agression dont elle a été victime, elle a été contrainte d'interrompre pendant deux ans ses études en soins infirmiers, elle ne démontre pas, toutefois, que ses études étaient financées par Pôle emploi. Par suite, il n'y a pas lieu de condamner le CROUS de Lyon à lui verser une quelconque somme en réparation de la perte de ce financement.
Quant à la perte de revenus professionnels :
15. Mme B n'établit pas qu'elle aurait été sans emploi après l'agression dont elle a été victime. Par suite, elle ne peut prétendre à une indemnisation par le CROUS de Lyon de l'incidence professionnelle de son agression.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la condamnation du CROUS de Lyon à lui verser la somme de 7 300 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le CROUS. Les intérêts échus à la date du 23 novembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les dépens :
17. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise ordonnée le 6 juillet 2020, taxés et liquidés par une ordonnance du 24 mars 2022 à la somme de 2 220 euros, sont mis à la charge définitive du CROUS de Lyon.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le CROUS de Lyon soit mise à la charge de Mme B, de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et de M. C qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CROUS de Lyon la somme de 1 400 euros à verser à Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le CROUS de Lyon est condamné à verser à Mme B la somme de 7 300 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 23 novembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : Le CROUS de Lyon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône la somme de 466,23 euros.
Article 3 : Les dépens, d'un montant total de 2 220 euros, sont laissés à la charge définitive du CROUS de Lyon.
Article 4 : Le CROUS de Lyon versera à Mme B la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Lyon, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à M. D C.
Copie en sera adressée au docteur E.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
La rapporteure,
A. Lacroix
La présidente,
C. MichelLa greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026