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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202311

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202311

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202311
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMENDEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, et des mémoires complémentaires enregistrés les 16 juin et 17 août 2023, Mme C B, représentée par Me Mendez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision explicite de rejet de son recours gracieux indemnitaire du 14 mars 2022 ;

2°) de condamner le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux à lui verser la somme globale de 26 451,18 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de son licenciement illégal ;

3°) d'enjoindre au syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux de la réintégrer dans ses fonctions ;

4°) de mettre la somme de 600 euros à la charge du syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 900 euros, au profit de son conseil, au titre des dispositions combinées de ce même article et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a subi un préjudice du fait de son licenciement fautif ;

- son contrat de travail a été illégalement abrogé ;

- elle a été privée d'une garantie ;

- sa créance n'est pas prescrite ;

- sa demande n'est pas tardive ;

- son contrat aurait dû se prolonger jusqu'au retour de Mme A ;

- son employeur n'établit pas que Mme A a repris son poste avant le 21 juin 2021 ;

- elle peut prétendre au versement des sommes de 4 408,62 au titre de ses pertes de rémunération, 2 928,30 euros au titre de l'indemnité de préavis, 4114,26 euros au titre de l'indemnité de licenciement et de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril et 28 juin 2023, le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux, représenté par la SELARL Jean-Pierre et Walgenwitz Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête, qui est tardive, est irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2023 par décision du 29 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mendez, pour Mme B, et de Me Walgenwitz pour le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été recrutée par le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux par contrat à durée déterminée conclu le 1er août 2015 et a bénéficié, en dernier lieu, d'un contrat conclu le 1er septembre 2020 pour le remplacement d'un agent indisponible. Son contrat a pris fin le 13 mars 2021 à l'initiative du syndicat. Mme B demande la condamnation du syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux à lui verser la somme de 26 451,18 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de son licenciement illégal.

Sur l'étendue du litige :

2. Alors qu'une demande préalable n'a pas d'autre objet que de lier le contentieux indemnitaire et que le rejet d'une telle demande ne peut être utilement contesté par la voie du recours en excès de pouvoir, Mme B doit être regardée, eu égard à ses écritures, comme n'ayant entendu donner à sa requête que le caractère d'un recours indemnitaire de plein contentieux.

Sur la fin de non recevoir opposée par le syndicat intercommunal :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ".

4. Le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux soutient que la requête est tardive dès lors que le délai de deux mois a commencé à courir à compter de la naissance de la décision implicite née du silence gardé sur le courrier du 21 mai 2021 de Mme B. Cependant, eu égard aux termes dans lesquels il est rédigé, ce courrier ne tendait pas au versement d'une somme d'argent. Par suite, le délai de deux mois a seulement commencé à courir à compter de la notification de la décision du 14 mars 2022 par laquelle le président du syndicat intercommunal a expressément rejeté la réclamation préalable présentée par Mme B le 14 février 2022. La requête, enregistrée le 24 mars 2022, soit dans le délai de deux mois, n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale applicable au litige : " " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles () / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent.".

6. Il résulte de l'instruction que Mme B a été recrutée, en dernier lieu, par un contrat du 1er septembre 2020 conclu sur le fondement des dispositions précitées, pour remplacer Mme A, agent indisponible. Ce contrat, qui ne mentionnait pas la date à laquelle il prenait fin, doit être regardé, eu égard aux termes dans lesquels il est rédigé et ainsi que cela ressort du contrat proposé à la requérante le 25 février 2021, comme conclu pour la durée de l'indisponibilité de Mme A. Il n'est pas contesté que le syndicat intercommunal a mis fin unilatéralement à ce contrat, à compter du 14 mars 2021 alors que Mme A n'avait pas repris ses fonctions. Cette mesure doit être regardée comme une décision de licenciement de Mme B en cours de contrat.

7. Aux termes des dispositions de l'article 42 du décret du 15 février 1988 dans sa version applicable au litige : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. / L'agent peut se faire accompagner par la personne de son choix. / Au cours de l'entretien préalable, l'autorité territoriale indique à l'agent le ou les motifs du licenciement. En cas de licenciement pour l'un des motifs prévus à l'article 13 ou aux 1° à 4° du I de l'article 39-3 l'employeur territorial informe l'agent du délai pendant lequel il doit présenter sa demande écrite de reclassement ainsi que les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont présentées. ". Aux termes des dispositions de l'article 39-5 du même décret : " I.- Le licenciement pour l'un des motifs prévus à l'article 39-3, à l'exclusion de ceux prévus au 5° du I et aux II et III de cet article, ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent n'est pas possible dans un autre emploi que la loi du 26 janvier 1984 susvisée autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents contractuels. Ce reclassement concerne les agents recrutés sur emplois permanents conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. () ".

8. Le syndicat intercommunal ne conteste pas que le licenciement de Mme B est intervenu en méconnaissance des dispositions précitées. Mme B, qui n'a bénéficié ni de l'entretien préalable ni de la procédure de reclassement prévus par les dispositions susmentionnées est donc fondée à soutenir que son licenciement a été prononcé l'issue d'une procédure irrégulière.

9. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité.

10. En premier lieu, en réparation de son préjudice financier, Mme B a droit d'une part à une indemnité correspondant à la différence entre, d'une part, la rémunération calculée en fonction de son indice et les indemnités qui en constituent l'accessoire, et, d'autre part, les allocations pour perte d'emploi perçues et jusqu'au retour dans les effectifs du syndicat de l'agent qu'elle remplaçait. D'autre part, elle peut prétendre au versement des sommes qu'elle aurait perçues à la fin de son contrat si celui-ci était arrivé à son terme. En revanche, elle ne peut pas prétendre aux indemnités de préavis et de licenciement prévues aux articles 40 et 43 du décret du 15 février 1988.

11. Alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de l'arrêté du 21 mai 2021 que, l'agent remplacée par Mme B, Mme A, a été autorisée à reprendre ses fonctions à compter du 18 mai 2021, dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, le contrat de travail de Mme B pouvait prendre fin à compter de cette date. Mme B doit ainsi être regardée comme ayant été irrégulièrement évincée entre le 14 mars 2021 et le 17 mai 2021. Elle est ainsi fondée à demander le versement de la différence entre les sommes qu'elle aurait perçues si son contrat de travail s'était poursuivi à compter du 14 mars 2021 et jusqu'au 17 mai 2021 (soit la somme de 3 107 euros) et les indemnités pour perte d'emploi (ARE) qu'elle a perçues sur cette période (soit la somme de 2 014,25 euros). Ainsi, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité à laquelle Mme B a droit à ce titre en la fixant à la somme de 1 092,75 euros.

12. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles subis par Mme B dans ses conditions d'existence, tenant compte des circonstances de son éviction et de la brutalité de celle-ci en lui accordant la somme globale de 2 000 euros à ce titre.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander le versement de la somme de 3 092,75 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution au titre des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

17. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 mars 2023 . Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mendez, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mendez de la somme de 900 euros. En revanche, Mme B, qui a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 %, n'établit pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. Par suite, les conclusions qu'elle présente à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : Le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux versera une somme de 3 092,75 euros à Mme B.

Article 2 : Le syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux versera à Me Mendes la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au syndicat intercommunal du centre nautique Lyon Saint-Fons Vénissieux.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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