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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2202374

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202374

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202374
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Prouvez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a refusé de lui verser la somme de 131 341, 60 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

2°) de condamner le département de la Loire à lui verser la somme de 131 341, 60 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance et la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet de sa demande est entachée d'un défaut de motivation ;

- le comportement du département de la Loire et les accusations mensongères dont elle a fait l'objet ont porté atteinte à sa réputation ; elle peut prétendre au versement de la somme de 33 160 euros TTC à ce titre ;

- elle a subi un préjudice financier d'un montant de 3 000 euros du fait de la perte de son traitement pendant son exclusion temporaire illégale ;

- le département doit lui rembourser les frais d'avocat qu'elle a engagés pour sa défense pour un montant de 32 880 euros ;

- le comportement du département de la Loire l'a privée d'un avancement de grade et et lui a causé un préjudice financier évalué à 12 301,60 euros ;

- elle a subi un préjudice moral du fait du comportement du département de la Loire à son encontre et de sa mise en cause injustifiée ; elle peut prétendre au versement de la somme de 50 000 euros à ce titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le département de la Loire, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Litzler pour Mme B et de Me Masson pour le département de la Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, attachée territoriale principale au sein des services du département de la Loire, occupait l'emploi de directeur adjoint des ressources humaines lorsqu'elle a été suspendue de ses fonctions par décision du 2 avril 2015, puis sanctionnée disciplinairement par arrêté du 2 décembre 2015. Ces décisions ont été annulées par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 14 février 2018 confirmé par un arrêt du 9 juillet 2020 de la cour administrative d'appel de Lyon. Elle demande la condamnation du département à lui verser la somme de 131 341, 60 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du comportement de son employeur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite née du silence gardé par le président du conseil départemental de la Loire sur la demande indemnitaire présentée le 10 décembre 2021 par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de la requérante qui, en formulant les conclusions analysées au point 1, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. L'agent qui subit un préjudice direct et certain du fait du comportement fautif d'une personne publique peut former devant le juge administratif une action en responsabilité tendant à ce que cette personne publique soit condamnée à l'indemniser des conséquences dommageables de ce comportement.

En ce qui concerne le préjudice financier lié à l'atteinte à la réputation de l'agent :

4. Mme B soutient que le comportement fautif de son employeur a entaché sa réputation et celle de la société Arjyl dans laquelle elle exerce.

5. Il résulte de l'instruction que la situation de Mme B, et les procédures engagées à son encontre ont connu un retentissement médiatique important, plusieurs articles la désignant nommément ayant été publiés dans la presse locale, notamment en raison de la position des différents agents concernés au sein des services du département et de la nature des faits reprochés alors qu'une enquête pénale était en cours. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que son employeur serait à l'origine des articles publiés et celui-ci ne saurait être regardé comme responsable du contenu d'articles de presse rédigés par des tiers. Enfin les propos imputés au président du conseil général sont restés mesurés et factuels. Par ailleurs, la requérante a pu continuer à exercer une activité au sein de la société Arjyl, notamment tout au long de l'année 2015.

6. En outre, Mme B, qui demande le versement de la somme de 33 160 euros toutes taxes comprises correspondant au montant du devis établi par la société chargée de " rétablir sa e-réputation ", n'établit ni même ne soutient s'être acquittée de cette somme. Ainsi, la requérante ne justifie pas du préjudice financier subi à ce titre.

En ce qui concerne le préjudice financier résulte de son exclusion temporaire de 21 jours en décembre 2015 :

7. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité.

8. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser les frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction.

9. Mme B qui a été irrégulièrement exclue de ses fonctions pendant une durée de 21 jours en décembre 2015, n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, avoir subi un préjudice financier durant cette période compte-tenu de la rémunération qu'elle a perçu par ailleurs au cours de sa période d'éviction. Elle n'est ainsi pas fondée à demander le versement d'une somme quelconque à ce titre.

En ce qui concerne le préjudice financier résultant de ses frais de justice :

10. D'une part, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait, comme en l'espèce, qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.

11. D'autre part, les frais d'avocats non compris dans les dépens exposés devant le juge judiciaire ne constituent pas, pour l'agent poursuivi, un préjudice réparable en dehors du régime de la protection fonctionnelle. Ainsi, Mme B, qui n'établit ni même ne soutient avoir sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, ne peut demander à être indemnisée des frais d'avocat qu'elle a exposés dans l'instance à laquelle elle a été partie devant le jugement judiciaire.

12. Enfin, et en tout état de cause, les pièces produites par la requérante, qui ne comportent aucune précision sur les procédures concernées, ne permettent pas d'établir l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la faute imputée au département de la Loire et les dépenses engagées pour sa défense devant le conseil de discipline.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander le remboursement de ses frais d'avocat.

En ce qui concerne le préjudice professionnel de Mme B :

14. Si Mme B soutient que les illégalités fautives commises par son employeur l'ont privée d'un avancement au grade de directeur territorial, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit.

En ce qui concerne le préjudice moral :

15. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points 5, 9 et 13 et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le département aurait commis une faute en portant plainte contre Mme B compte-tenu des éléments dont il disposait, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B, tenant compte des circonstances de son éviction temporaire, en lui accordant la somme globale de 3 000 euros à ce titre.

Sur les frais liés au litige :

16. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme B tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département de la Loire doivent être rejetées.

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le département de la Loire demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Loire le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E:

Article 1er : Le département de la Loire versera la somme de 3 000 euros à Mme B en réparation de son préjudice moral.

Article 2 : Le département de la Loire versera la somme de 1 500 euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Loire.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. Clément

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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