mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2202724 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL COTESSAT-BUISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 11 avril 2022 et le 18 janvier 2023, Mme A B, représentée par la Selarl Cabinet Cotessat-Buisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a rejeté son recours gracieux, de requalifier sa démission en rupture de son contrat de travail aux torts exclusifs du département de l'Ain et d'enjoindre à celui-ci de lui délivrer une attestation destinée à Pôle Emploi conforme à la législation, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de condamner le département de l'Ain à lui verser la somme de 47 659 euros en réparation des préjudices résultant du harcèlement moral et des pertes financières subis ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Ain la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les faits de harcèlement moral dont elle a fait l'objet à compter du mois de janvier 2021 sont de nature à engager la responsabilité de son employeur ;
- l'absence de tâches confiées par son employeur à compter du mois de janvier 2021 est constitutive d'une rupture de son contrat de travail à l'initiative de celui-ci et l'acceptation de sa démission par son employeur est assimilable à un licenciement, pour lequel elle est en droit de demander l'indemnité de 12 659 euros correspondante ;
- le préjudice moral né du harcèlement moral subi peut être évalué à 5 000 euros et le préjudice né de la rupture abusive de son contrat de travail peut être évalué à 30 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2021, le département de l'Ain, représenté par la Selarl Abeille et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête n'est pas fondée dès lors que le harcèlement moral allégué n'est pas constitué et que la démission de la requérante ne peut lui être imputé ;
- le préjudice allégué n'est pas établi ;
- les mentions figurant sur l'attestation destinée à Pôle Emploi ne sont pas erronées.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard-Rendolet,
- les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique,
- et les observations de Me Many pour Mme B ainsi que celles de Me Viguier pour le département de l'Ain.
Considérant ce qui suit :
1. Assistante familiale précédemment employée par le département de l'Ain, Mme B, dont les conclusions principales doivent en l'espèce être regardées comme tendant à cette seule fin, demande au tribunal de condamner son employeur à l'indemniser des préjudices résultant du harcèlement moral qu'elle estime avoir subi dans l'exercice de ses fonctions et justifiant sa démission au mois de décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, il y a lieu de tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
3. Pour soutenir qu'elle a été victime de harcèlement moral et que la responsabilité de son employeur est engagée à ce titre, Mme B fait valoir les conditions dans lesquelles le département de l'Ain, à compter du mois de janvier 2021, a suspendu le placement de deux jeunes filles à son domicile qu'elle assurait jusqu'alors dans le cadre de ses fonctions d'assistante familiale et ne lui a plus confié d'autres mineurs jusqu'à sa démission, les informations contradictoires qui lui ont été données par sa hiérarchie au cours de l'année 2021 concernant la possibilité d'un nouveau placement de mineurs à son domicile, l'engagement à son encontre d'une procédure disciplinaire et l'organisation d'une enquête sociale concernant sa famille conduite au cours de l'été 2021. Il résulte toutefois de l'instruction que l'interruption du placement des deux mineures concernées chez Mme B puis l'engagement d'une procédure disciplinaire ont répondu à l'expression par celles-ci de difficultés relationnelles rencontrées dans leur famille d'accueil et à la nécessité de prévenir, le cas échéant, toute autre difficulté. Pour regrettable qu'ait été l'état d'incertitude dans lequel Mme B a été laissée par le département de l'Ain au cours de l'année 2021 s'agissant d'une éventuelle reprise de l'accueil de mineurs à son domicile et de l'aboutissement de la procédure disciplinaire la concernant, qui a finalement été abandonnée après que les services du département de l'Ain l'ont informée par erreur qu'un blâme lui avait été infligé, les éléments avancés ne suffisent pas pour caractériser le harcèlement moral dont la requérante fait état ou un exercice anormal du pouvoir hiérarchique. Pour éprouvante qu'elle ait pu être pour l'intéressée et ses proches, l'organisation d'une enquête sociale menée du 8 juin au 23 août 2021 par les services du département de l'Ain, qui ont conclu à l'absence de maltraitance ou de carence éducative, doit être regardée comme inspirée par des motifs légitimes, lesdits services ayant été saisis d'un signalement et des déclarations des deux mineures accueillies jusqu'alors au sein du foyer de la requérante faisant état de maltraitances et de graves négligences dans l'éducation des enfants, ces mêmes faits justifiant également que, dans l'attente et alors que la requérante avait d'ailleurs également pu exprimer son intention de ne plus exercer les fonctions en cause, d'autres mineurs ne lui soient pas confiés au cours de l'année 2021. Dans ces conditions, le département de l'Ain ne saurait être regardé comme ayant fautivement laissé des agissements constitutifs de harcèlement moral se perpétrer et Mme B n'est en conséquence pas fondée à demander l'indemnisation du préjudice résultant du harcèlement moral qu'elle estime avoir subi et en raison duquel elle expose avoir démissionné.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales de la requête de Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante présentées sur leur fondement et dirigées contre le département de l'Ain, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions formées par le département de l'Ain au titre des frais d'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B et les conclusions présentées par le département de l'Ain sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, conseillère.
Le rapporteur,
F-X. Richard-Rendolet
Le président,
A. Gille
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
Le greffier,
Y. Mesnard
La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026