jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203021 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. B A, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 90 000 euros, assortie des intérêts moratoires à compter du 11 février 2022, en réparation des préjudices causés par l'illégalité de la décision implicite de rejet opposée par le préfet du Rhône à la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 10 septembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, annulée pour atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et le retard pris par l'autorité administrative dans l'exécution du jugement rendu le 18 mars 2021 par le tribunal administratif de Lyon sont constitutifs d'une double faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- ces fautes lui ont causé des troubles dans les conditions d'existence, compte tenu de la précarité de sa situation, de la privation de la possibilité de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille et mener une vie privée et familiale normale et de l'impossibilité de circuler librement et de voyager, et ce pendant une durée de 30 mois ; ce préjudice doit être réparé à hauteur de 1 000 euros par mois ; il a également subi un préjudice économique lié à l'impossibilité de travailler, pendant cette même durée ; compte tenu du salaire qui lui a été versé depuis qu'il peut travailler, ce préjudice doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros par mois.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 25 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1976, déclare être entré en France en juin 2009. Le 10 septembre 2018, il a sollicité auprès de la préfecture du Rhône la délivrance d'un premier titre de séjour en se prévalant de ses attaches familiales en France. Par un jugement du 18 mars 2021, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision implicite née du silence conservé sur sa demande, au motif qu'elle portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, et a enjoint au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 90 000 euros, assortie des intérêts moratoires, en réparation des préjudices causés par l'illégalité de la décision implicite de rejet opposée par le préfet du Rhône à la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 10 septembre 2018 et la faute résultant du retard à procéder à la délivrance d'un titre de séjour à la suite du jugement du 18 mars 2021.
2. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger qui en a fait la demande constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard, pour autant qu'il en soit résulté pour lui un préjudice direct et certain. L'illégalité de la décision implicite de rejet née sur la demande de M. A, sanctionnée par le jugement du 18 mars 2021, présente un caractère fautif de nature à ouvrir à l'intéressé un droit à indemnisation. En outre, par ce jugement, le tribunal administratif de Lyon a enjoint au préfet du Rhône de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il résulte toutefois de l'instruction qu'une carte de séjour temporaire n'a été délivrée à M. A que le 26 juillet 2021, soit avec près de deux mois de retard. Le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à justifier ce retard. M. A est donc fondé à soutenir que le retard dans l'exécution du jugement précité est lui aussi constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. En premier lieu, M. A, qui a été muni le 26 juillet 2021 d'un titre de séjour, justifie avoir travaillé en qualité d'ouvrier, durant la période du 30 août au 29 octobre 2021, pour un salaire mensuel brut d'environ 1 700 euros. Il établit ainsi que le refus illégal de lui délivrer un titre de séjour l'a privé d'une chance d'exercer un emploi salarié. Toutefois, il n'apporte pas la preuve de ce qu'il aurait exercé un tel emploi de manière continue pendant la période de 30 mois qui s'est écoulée entre la décision implicite illégale et la délivrance du titre de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice économique subi par M. A durant cette période en lui allouant une somme de 4 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement.
4. En second lieu, M. A invoque également des troubles dans les conditions d'existence, tenant à la précarité de sa situation, à l'impossibilité de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille et de mener une vie privée et familiale normale, ainsi qu'à la limitation de sa liberté de circulation. Toutefois, le silence gardé par l'autorité préfectorale ayant fait naître une décision implicite de rejet sur sa demande, le sentiment d'incertitude invoqué par le requérant est sans lien avec l'illégalité de cette décision. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément pour établir qu'il aurait été empêché de voyager. En revanche, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se serait vu remettre des récépissés l'autorisant à travailler et compte tenu du retard à délivrer un titre de séjour à l'intéressé et de ce qui a été dit au point précédent, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis durant la période de 30 mois en litige en lui allouant une somme de 1 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
F.-M. CLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026