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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203061

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203061

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203061
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 21 avril 2022 et le 30 janvier 2023 (ce dernier n'ayant pas été communiqué), M. B A, représenté par la société DBKM avocats (Me Moutoussamy), demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision du 25 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a rejeté ses recours contre deux titres de perception émis pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active et sa demande indemnitaire préalable ;

- les avis de sommes à payer émis le 15 mars 2021 émis pour le recouvrement des sommes de 9 524,93 euros et de 128,82 euros relatives à un indu de revenu de solidarité active ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer le solde de l'indu de revenu de solidarité active ;

3°) d'enjoindre au département de la Loire de lui restituer les sommes retenues au titre du recouvrement de l'indu ;

4°) d'enjoindre au département de la Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Loire de lui verser le revenu de solidarité active, la prime d'activité et la prime de noël à compter de septembre 2020 ;

5°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- sa contestation de l'indu est recevable ;

- la matérialité de l'indu n'est pas établie ;

- l'indu n'est pas fondé, dès lors qu'il ne perçoit pas l'intégralité du loyer afférent à un immeuble mais seulement la partie correspondant aux parts détenues dans la société propriétaire du logement ;

- la décision du 2 septembre 2021 est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année n'est pas fondé compte tenu de l'absence de bien fondé de l'indu de revenu de solidarité active ;

- la décision du 26 septembre 2020 est irrégulière en la forme, en l'absence de signature et de motivation ;

- il a droit au versement du revenu de solidarité active, de la prime d'activité et de la prime de noël à compter du mois de septembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 est fondé ;

- M. A ne peut pas prétendre au versement de la prime exceptionnelle de fin d'année 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'indu de revenu de solidarité active est bien fondé ;

- la procédure de recouvrement est régulière ;

- le tribunal n'est pas compétent pour se prononcer sur les moyens dirigés contre la saisie à tiers détenteur.

Par un courrier du 30 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de :

- la tardiveté des conclusions dirigées contre la décision d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 ;

- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le rejet du recours gracieux formé contre les titres exécutoires émis le 15 mars 2021, dès lors que ce rejet est purement confirmatif.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Soubié, première conseillère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été allocataire du revenu de solidarité active et de la prime exceptionnelle de fin d'année dans le département de la Loire. Par une décision du 21 septembre 2020, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 524,93 euros constitué entre les mois d'avril 2019 et d'août 2020. Par une décision du 26 septembre 2020, la même autorité a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 d'un montant de 152,45 euros. Deux titres exécutoires ont été émis le 15 mars 2021 pour le recouvrement des indus de revenu de solidarité active d'un montant respectivement de 9 524,93 euros et de 128,82 euros. M. A a formé un recours à l'encontre de ces titres le 6 novembre 2021. Ce recours a été rejeté par une décision du président du conseil département de la Loire du 25 mars 2022. M. A demande l'annulation de cette décision et de ces titres.

Sur la compétence du tribunal :

2. Si le département de la Loire soutient que le tribunal administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur les moyens dirigés contre l'avis de saisie à tiers détenteur, il ne résulte pas des termes de la requête que le requérant aurait entendu contester cet avis. Les conclusions sont en effet dirigées contre les titres exécutoires révélés par l'avis de saisie. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / () / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / (). ". Ces dispositions ne soumettent pas la recevabilité de l'action dont dispose un débiteur pour contester un titre exécutoire à un recours préalable obligatoire et n'ont ni pour objet, ni pour effet d'exclure l'exercice par le débiteur d'un recours administratif, qu'il soit gracieux ou hiérarchique, qui, introduit dans le délai de recours contentieux, interrompt ce délai.

4. Le recours formé par M. A en date du 6 novembre 2021 à l'encontre des titres exécutoires n'étant pas un recours préalable obligatoire, le rejet de ce recours par une décision du 25 mars 2022 est purement confirmatif et ne peut faire l'objet d'un recours contentieux. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 25 mars 2022 sont irrecevables et doivent être rejetées.

5. Si M. A doit être regardé comme contestant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 mis à sa charge par une décision du 26 septembre 2020, il résulte de l'instruction que M. A a contesté cet indu par une requête enregistrée le 7 novembre 2021. Il avait ainsi nécessairement connaissance de cette décision à la date du 7 novembre 2021, cette décision mentionnant par ailleurs les voies et délais de recours. Ainsi, les conclusions présentées contre la décision du 26 septembre 2020 et enregistrées le 21 avril 2022 sont tardives et doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenu de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il appartient au juge d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation. Dans ce dernier cas, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.

7. D'une part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.(). ". Aux termes de l'article R. 262-7 dudit code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision. " ; " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.(). ". Il résulte de ces dispositions que pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources qu'il perçoit.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".

9. Lorsque l'allocataire est propriétaire de parts d'une société civile immobilière, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que les bénéfices d'une telle société qui ne lui auraient pas été distribués puissent être, à raison des parts détenues, regardés comme constitutifs pour lui d'une ressource. Dans cette hypothèse, il y a lieu, pour déterminer le montant des ressources retirées par l'allocataire de ses parts détenues dans une telle société, de tenir compte des seuls bénéfices de la société dont il a effectivement disposé, c'est-à-dire qui lui ont été distribués, et à défaut de bénéfices distribués, d'évaluer ces ressources sur la base forfaitaire, applicable aux capitaux non productifs de revenus, prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, en appliquant le taux de 3 % à la valeur de ces parts.

10. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. A a pour origine la prise en compte de ressources qu'il n'a pas déclarées, à savoir des revenus fonciers perçus au titre de la location d'un logement par une société civile immobilière dont il détient une partie du capital. Pour l'ensemble de la période litigieuse, la caisse d'allocations familiales de la Loire verse au débat les déclarations trimestrielles de ressources transmises de l'intéressé, lesquelles ne mentionnent aucun revenu, alors que le requérant indique dans un courrier adressé à la caisse d'allocations familiales et dans un autre adressé au président du conseil départemental avoir perçu un tiers du loyer encaissé par la société civile immobilière, sans toutefois justifier du nombre de parts détenues et du montant du revenu réellement encaissé au titre de ces parts. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales a pu à bon droit réviser les droits de M. A au revenu de solidarité active et mettre à sa charge l'indu litigieux pour lequel ont été émis les titres exécutoires litigieux. Par suite, les titres en litige ne sont pas fondés sur des faits matériellement inexacts ni établis au vu d'une créance irrégulière au regard des dispositions du code de l'action sociale et des familles.

11. M. A conteste avoir perçu le revenu de solidarité active au niveau retenu par le conseil départemental. Il résulte de l'instruction que celui-ci a perçu le revenu de solidarité active pour un montant de 769,09 euros en août 2020. Au vu de ce montant et en l'absence de toute argumentation plus précise du requérant, il n'est pas établi que la créance du conseil départemental dont le recouvrement est poursuivi serait supérieure aux sommes réellement perçues par le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires du 15 mars 2021 et de décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions dirigées contre les titres exécutoires, n'implique aucune mesure d'exécution, au surplus pour des primes qui ne sont pour certaines pas en litige dans la présente instance. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du département de la Loire, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département de la Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

A-S. Soubié

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de la Loire chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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