mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203480 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARNOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mai et 5 décembre 2022, la société par actions simplifiées Sydo et la société civile immobilière Classy, représentées par Me Richon, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la métropole de Lyon à verser à la société Sydo la somme de 79 018,15 euros en réparation des préjudices que ses locaux situés rue Burdeau à Lyon ont subis ;
2°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le ruissellement des eaux de l'orage du 1er juillet 2020, dans une tranchée située au-dessus de leurs locaux, ont été à l'origine d'une infiltration d'eau à l'intérieur de ces locaux ;
- la responsabilité de la métropole de Lyon, maître d'ouvrage des travaux menés sur la place surplombant leurs locaux, est engagée ;
- elles n'ont commis aucune faute susceptible d'exonérer la métropole de Lyon de sa responsabilité ;
- l'orage du 1er juillet 2020 ne peut être qualifié d'évènement de force majeure ;
- la métropole de Lyon doit être condamnée à leur verser la somme de 50 149,55 euros au titre des travaux de remise en état et la somme de 28 868,60 euros au titre de la perte de mobilier.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin 2022 et 17 mars 2023, la métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot avocats (Me Deygas) conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Nouvetra, Asten et Gantelet-Galaberthier soient condamnées in solidum à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre et de mettre à la charge des sociétés requérantes et des sociétés Nouvetra, Gantelet-Galaberthier et Asten une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les victimes, qui ont acquis les locaux en ayant connaissance du défaut d'étanchéité de la dalle supérieure et n'ont pas effectué de travaux pour y remédier, ont commis une faute de nature à l'exonérer de toute responsabilité ;
- l'épisode pluvieux à l'origine du dommage revêt les caractéristiques d'un cas de force majeure ;
- à titre subsidiaire, les sociétés Nouvetra, Asten et Gantelet-Galaberthier doivent être condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, en application des clauses contractuelles des marchés dont elles étaient titulaires.
Par des mémoires, enregistrés les 27 octobre 2022 et 3 avril 2023, la société Gantelet-Galaberthier, représentée par son représentant légal, conclut à sa mise hors de cause et au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le dommage trouve sa cause dans le fort orage survenu le 1er juillet 2020 ;
- les victimes ont commis une faute en ne réalisant pas les travaux d'étanchéité préconisés dans l'acte de vente de leurs locaux ;
- elle n'est pas responsable de la réalisation de la tranchée, n'ayant pas assuré de travaux de terrassement sur la place Chardonnet.
Par un mémoire, enregistré le 20 juin 2023, la société Asten, représentée par la Selarl Duflot et associés (Me Duflot), conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le dommage trouve sa cause dans un cas de force majeure ;
- les victimes ont commis une faute en ne réalisant pas les travaux d'étanchéité préconisés dans l'acte de vente de leurs locaux ;
- elle n'a commis aucune faute dans la réalisation des travaux menés place Chardonnet ;
- à titre infiniment subsidiaire, sa part de responsabilité ne pourra être que minime.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de liaison préalable du contentieux, s'agissant des conclusions à fin d'indemnisation présentées pour la société Classy.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,
- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Richon, représentant les sociétés Classy et Sydo, de Me Leroy, substituant Me Deygas, représentant la métropole de Lyon, de Me Cusin-Rollet, substituant Me Duflot, représentant la société Asten et celles de Mme A, représentant la société Gantelet-Galaberthier.
Une note en délibéré, présentée pour les sociétés Sydo et Classy, a été enregistrée le 30 juin 2023 et non communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière Classy est nue-propriétaire d'un immeuble situé 31 rue Burdeau dans le 4ème arrondissement de Lyon, dont l'usufruit revient à la société Sydo. Cette dernière y exerce une activité tertiaire, les locaux étant ainsi affectés à un usage de bureaux. Lors d'un fort épisode orageux intervenu le 1er juillet 2020, ces locaux ont été inondés et le faux-plafond de la cuisine s'est effondré, en raison d'un ruissellement d'eaux en provenance de la place Chardonnet, qui surplombe le local. Par un courrier du 24 janvier 2022, les sociétés Classy et Sydo ont adressé à la métropole de Lyon une demande préalable d'indemnisation des préjudices subis du fait de cette inondation. A la suite du rejet de cette demande, ces sociétés demandent au tribunal de condamner la métropole de Lyon à verser à la société Sydo la somme de 79 018,15 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le régime de responsabilité :
2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers en raison tant de leur existence que de leur fonctionnement. En cas de dommage accidentel causé à des tiers par une opération de travaux publics, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, soit au maître de l'ouvrage, soit à l'entrepreneur, soit à l'un et à l'autre in solidum. La mise en jeu de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics présentant un caractère accidentel à l'égard d'une victime ayant la qualité de tiers par rapport à un ouvrage public ou à une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par cette victime de l'existence d'un dommage directement en lien avec cet ouvrage ou cette opération. Les personnes mises en cause doivent alors, pour s'exonérer de leur responsabilité, établir que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure, sans que puisse utilement être invoqué le fait du tiers.
En ce qui concerne la personne responsable :
3. Il résulte de l'instruction qu'à la date de survenance du dommage des travaux étaient réalisés par la métropole de Lyon en vue du réaménagement de la place Chardonnet et notamment qu'une tranchée n'avait pas été rebouchée par les entreprises intervenant sur ce chantier. Les eaux de ruissellement se sont engouffrées dans cette tranchée, puis ont pénétré à l'intérieur des locaux de la société Sydo, situés en contrebas, via la dalle supérieure de l'immeuble, entraînant notamment l'inondation des locaux et la chute d'un faux-plafond au niveau de la cuisine. Il s'ensuit que le dommage en litige, qui présente un caractère accidentel, est imputable à la métropole de Lyon, maître d'ouvrage des travaux publics menés sur la place Chardonnet.
En ce qui concerne les causes exonératoires invoquées par la métropole de Lyon :
S'agissant de la force majeure :
4. Pour soutenir que l'orage intervenu le 1er juillet 2020 a constitué un cas de force majeure, la métropole de Lyon se prévaut de ce que des niveaux d'eau de 41,4 mm en 18 minutes et de 32,8 mm en 18 minutes ont été relevés respectivement aux stations de Loyasse et des Batières, situées dans le 5ème et le 9ème arrondissement de Lyon, correspondant à des périodes de retour de 100 ans et de 50 à 100 ans. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, alors que le département du Rhône avait été placé en alerte orange aux orages par les services de Météo France, qu'un tel évènement, du fait notamment de sa prévisibilité, aurait revêtu les caractéristiques d'un cas de force majeure.
S'agissant de la faute des victimes :
5. Il résulte de l'instruction que les locaux des sociétés Classy et Sydo, qui étaient précédemment des locaux de stockage, leur ont été cédés par la métropole de Lyon par un acte de vente du 27 mars 2015, lequel signalait un défaut d'étanchéité des dalles supérieures des volumes numéros 3 et 4, surplombant les locaux et supportant la montée d'escalier et le mur de soutènement de la place Chardonnet et précisait qu'il appartenait aux preneurs de se prémunir des infiltrations extérieures et de supporter la charge de l'entretien de l'étanchéité de la dalle supérieure, de l'étanchéité des escaliers et de l'étanchéité des murs de soutènement. D'une part, la société Sydo, usufruitière des locaux, ne conteste pas ne pas avoir engagé de travaux en vue de remédier à ce défaut d'étanchéité de la dalle supérieure. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise dit " dégâts des eaux " n°3 que l'absence d'étanchéité de la dalle supérieure a contribué à la réalisation du dommage. Dès lors, en s'abstenant de réaliser de tels travaux, la société Sydo a commis une faute de nature à exonérer la métropole de Lyon à concurrence de 50 % de sa responsabilité.
Sur les préjudices :
6. En premier lieu, la société Sydo sollicite l'indemnisation de la perte de mobiliers dégradés lors de l'inondation, dont la liste qu'elle dresse dans ses écritures n'est pas contestée en défense. Alors que la société ne peut utilement demander l'indemnisation que de matériels lui appartenant, elle sollicite notamment l'indemnisation de la perte d'un téléphone fixe acquis en 2016, d'une imprimante multifonctions acquise en 2010, d'un écran acquis en 2019, de deux ordinateurs portables acquis en 2017 et 2020 et de plusieurs tablettes acquises en 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, eu égard notamment à l'ancienneté de ces matériels, en le fixant à la somme de 8 000 euros. Eu égard au partage de responsabilité retenu au point 5, la société Sydo est fondée à solliciter une somme de 4 000 euros à ce titre.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'inondation intervenue dans ses locaux le 1er juillet 2020, la société Sydo a dû faire installer du 7 juillet 2020 au 7 août 2020 des déshumidificateurs, dont elle justifie le coût par des factures de 6 426 euros et de 1 836 euros. Par ailleurs, la société requérante a également fait procéder à des travaux de remise en état des locaux, pour un montant de 31 346,93 euros, de remise en état de la cuisine, pour un montant de 2 620,62 euros et de réparation de l'installation électrique pour un montant de 4 923,60 euros, qu'elle justifie par la production de plusieurs factures. En revanche, si la société requérante se prévaut d'une note d'honoraires du 23 mars 2021 établie pour la conception et le suivi des travaux, elle ne justifie pas que celle-ci aurait été acquittée. Par suite, la société Sydo est seulement fondée, eu égard au partage de responsabilité retenu au point 5 du présent jugement, à demander la condamnation de la métropole de Lyon à lui verser la somme de 23 581,57 euros à ce titre.
8. Il résulte de ce qui précède que la métropole de Lyon est condamnée à verser la somme totale de 27 581,57 euros à la société Sydo.
Sur l'appel en garantie :
9. Il résulte de l'instruction que, d'une part, un marché public de travaux a été conclu le 19 janvier 2018 entre la métropole de Lyon et les sociétés Nouvetra et Gantelet-Galaberthier en vue de reprendre l'étanchéité sur voutes de la place Chardonnet, dont celles-ci ont sous-traité la réalisation à la société Asten, et que, d'autre part, un marché public de travaux a également été passé au mois de septembre 2018 pour la réalisation des travaux de voirie et d'espaces publics sur la place Chardonnet, entre la métropole de Lyon et Beylat TP, co-traitant et mandataire solidaire d'un groupement conjoint, et sept autres co-traitants, dont la société Asten, chargée des travaux de terrassement. Toutefois, la métropole de Lyon n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'une de ces sociétés, ou les trois, auraient commis une faute dans la réalisation de ces travaux. Dans ces conditions, la métropole de Lyon n'est pas fondée à se prévaloir de la garantie contractuelle pour appeler en garantie les sociétés Nouvetra, Gantelet-Galaberthier et Asten.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Sydo, Classy, Nouvetra, Gantelet-Galaberthier et Asten, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la métropole de Lyon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la métropole de Lyon une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés par les sociétés Sydo et Classy et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La métropole de Lyon est condamnée à verser à la société Sydo la somme de 27 581,57 (vingt-sept mille cinq cent quatre-vingt-un euros et cinquante-sept centimes) euros.
Article 2 : Les conclusions de la métropole de Lyon à fin d'appel en garantie des sociétés Nouvetra, Gantelet-Galaberthier et ASTEN sont rejetées.
Article 3 : La métropole de Lyon versera aux sociétés Sydo et Classy la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la métropole de Lyon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Sydo, Classy, Nouvetra, Gantelet-Galaberthier, Asten, Beylat TP et à la métropole de Lyon.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
P. Boulay
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
S. Rivoire
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026