jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203723 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAVISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mai 2022 et 17 août 2022, Mme B D et M. A C, représentés par Me Lavisse, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le maire de Châtillon d'Azergues ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de la société Free Mobile portant sur la pose d'un pylône supportant une antenne relais, d'une armoire technique et de clôtures, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux du 18 février 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon d'Azergues la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir en tant que propriétaires d'une maison située à 250 mètres du projet depuis laquelle il est visible, ce projet impactant fortement la vue dont ils disposent depuis leur jardin et leur terrasse ;
- le projet n'a pas été soumis pour accord au gestionnaire de voirie ;
- il n'a pas fait l'objet d'une autorisation de défrichement, en méconnaissance de l'article L. 341-7 du code forestier et de l'article 8 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Châtillon d'Azergues ;
- le dossier de déclaration préalable est insuffisant et a faussé l'appréciation du service instructeur puisqu'il ne contient pas les dimensions des équipements techniques, que ces derniers et les clôtures ne figurent pas sur les documents graphiques, tout comme les constructions avoisinantes, que le chemin d'accès figurant au dossier n'existe pas, que les défrichements nécessaires ne sont pas décrits dans le formulaire Cerfa et que le dossier ne permet pas d'identifier les caractéristiques et le traitement des accès ;
- la société Free Mobile a obtenu la décision attaquée par fraude en mentionnant sciemment sur les plans de sa demande un chemin d'accès qui n'existe pas et en ne mentionnant pas les travaux de défrichement à réaliser sur le terrain d'assiette ;
- le projet est incompatible avec les dispositions applicables aux espaces boisés classés des articles L. 113-1 et suivants du code de l'urbanisme ;
- le projet ne respecte pas les dispositions de l'article N 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stationnement ;
- le projet ne respecte pas les dispositions de l'article N 13 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux plantations ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 11-3 du titre 6 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux clôtures ;
- le projet crée un risque pour la sécurité des biens et des personnes en retenant un accès non carrossable, en plein cœur d'un bois, qui ne permet pas le passage des véhicules de secours et qui, positionné en plein virage d'une voie située hors agglomération, engendre un risque pour la sécurité publique ; il méconnaît ainsi l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et ne respecte pas les prescriptions de l'article 11 du titre 6 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la commune de Châtillon d'Azergues, représentée par le cabinet ASEA, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme D et M. C le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par Mme D et M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la société Free Mobile, représentée par le cabinet PAMLAW-Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme D et M. C le versement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par Mme D et M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 février 2024, la clôture de l''instruction a été fixée au 1er mars 2024.
Une pièce a été produite pour Mme D et M. C le 3 mai 2024 et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code forestier ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté n° 1261-2005 du préfet du Rhône du 17 janvier 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chapard,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Lavisse, pour Mme D et M. C, requérants,
- et les observations de Me Bennani, pour la commune de Châtillon d'Azergues.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé le 22 novembre 2021 en mairie de Châtillon d'Azergues une déclaration préalable pour la pose d'un pylône supportant une antenne relais, d'une armoire technique et de clôtures. Par arrêté du 21 décembre 2021, le maire de Châtillon d'Azergues ne s'est pas opposé à cette déclaration. Mme D et M. C demandent l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux du 18 février 2022.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet litigieux s'effectue depuis le chemin rural " Boyeux ", qui rejoint plus au sud la route départementale D 118. Il n'a ainsi pas pour effet de créer ou modifier un accès à une voie publique dont la gestion ne relèverait pas de la commune de Châtillon d'Azergues. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le maire a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 423-53 en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de la société Free Mobile sans saisir préalablement une autre autorité gestionnaire de voirie.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 341-7 du code forestier : " Lorsque la réalisation d'une opération ou de travaux soumis à une autorisation administrative, à l'exception de celles prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier et au chapitre V du titre V du livre V du code de l'environnement, nécessite également l'obtention d'une autorisation de défrichement, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance de cette autorisation administrative. " Aux termes de l'article L. 341-1 du même code : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / () ". Aux termes de l'article L. 341-3 du même code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation. / () ". En application de l'article L. 342-1 de ce code : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivants : / 1° Dans les bois et forêts de superficie inférieure à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'État, sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie, ajoutée à la leur, atteint ou dépasse ce seuil ; / () ".
5. Le terrain d'assiette du projet est situé dans un espace boisé, le bois de Nuelles. Si les requérants soutiennent que ce bois présente une superficie de plus de 4 hectares, seuil à partir duquel l'obtention d'une autorisation de défrichement est nécessaire, en application de l'arrêté visé ci-dessus du préfet du Rhône du 17 janvier 2005, ils ne le démontrent pas. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier de déclaration préalable que le projet, qui s'implante à l'est du bois, sur un espace qui ne comporte qu'une végétation basse et broussailleuse, n'entraînera l'abattage d'aucun arbre. Il n'implique ainsi pas la destruction d'un état boisé et ne met pas fin à la destination forestière de l'espace boisé au sein duquel il s'implante. Mme D et M. C ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le projet de la société Free Mobile nécessite l'obtention d'une autorisation préalable de défrichement.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " " La déclaration préalable précise : / a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / c) La nature des travaux ou du changement de destination ; / d) S'il y a lieu, la surface de plancher et la destination et la sous-destination des constructions projetées () ; / () La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R.* 423-1 pour déposer une déclaration préalable. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. " Selon l'article R. 431-36 de ce code : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création () d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public (), le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".
7. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
8. Les plans joints à la déclaration déposée en mairie par la société Free Mobile, qui sont à l'échelle, font apparaître les équipements techniques qui accompagnent l'antenne projetée. Ils comportent aussi un tableau des surfaces par équipement qui renseigne sur leurs dimensions. Si ces équipements techniques et les clôtures du projet ne sont pas visibles sur les deux documents graphiques d'insertion joints au dossier de déclaration préalable, le service en charge d'instruire cette déclaration pouvait néanmoins apprécier ces composantes grâce au " plan d'implantation projet ", qui représente ces éléments techniques, et au " plan d'élévation projeté nord ", qui fait apparaître la clôture, sa hauteur et sa composition. Les constructions avoisinantes, dont la plus proche est située à plus d'une centaine de mètres au sud du projet, de l'autre côté du bois, qui n'apparaissent pas sur les documents graphiques d'insertion produits par la pétitionnaire, pouvaient néanmoins être identifiées grâce à la photographie aérienne du site jointe au dossier. Par ailleurs, les plans produits matérialisent un chemin d'accès existant qui dessert la parcelle depuis le chemin rural " Boyeux ". De plus, l'autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire et l'autorité administrative n'ayant, par suite, pas à vérifier l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance de son projet, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'accès existant au terrain d'assiette matérialisé au dossier de déclaration n'existerait pas, ce point ne ressortant en outre d'aucun autre élément du dossier. Enfin, si Mme D et M. C soutiennent que le dossier déposé en mairie aurait dû faire apparaître la nécessité de défricher le terrain d'assiette, toutefois, ce dossier comporte une photographie de l'emplacement exact du projet, permettant d'observer un terrain recouvert d'une végétation basse de sous-bois, et indique à juste titre qu'aucun arbre ne sera abattu. Dans ces conditions, le service instructeur disposait des éléments suffisants pour apprécier, de manière non faussée, la conformité du projet de la société Free Mobile à la réglementation applicable.
9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'aucune fraude ne peut être reprochée à la société Free Mobile dans la composition de son dossier de déclaration préalable.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. " Aux termes de l'article L. 113-2 de ce code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. / () ".
11. Le projet de la société pétitionnaire s'implante sur une parcelle située dans un vaste espace boisé classé. Comme cela a été dit aux points 5 et 8, ce projet n'implique l'abattage d'aucun arbre. Les photographies produites par les requérants, qui montrent, dans une zone boisée, la présence d'une mini-pelle mécanique, d'un broyeur et d'un ouvrier tenant une tronçonneuse, ne permettent pas de démontrer le contraire. De plus, le projet de la société Free Mobile crée une emprise au sol totale relativement réduite, de moins de 12 mètres carrés. Dans ces conditions, Mme D et M. C ne sont pas fondés à soutenir qu'il compromet la conservation et la protection de l'espace boisé classé dans le périmètre duquel il s'implante.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article N 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Châtillon d'Azergues : " Réalisation d'aires de stationnement / Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions doit être assuré en dehors des voies publiques. / () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux, qui porte sur la pose d'un pylône supportant une antenne relais, d'une armoire technique et de clôtures, ne crée pas de besoin de stationnement particulier, l'ouvrage recevant une simple visite annuelle d'un agent technique. Il n'est, en outre, pas implanté en limite d'une voie publique mais est desservi par un chemin d'accès privé. Dans ces conditions, il ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article N 12 du règlement en ne prévoyant pas d'aire de stationnement.
14. En septième lieu, aux termes de l'article N 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les abords de la construction doivent être traités avec un soin particulier afin de participer à son insertion dans le site, à l'amélioration du cadre de vie et à la gestion de l'eau. / Ainsi : / a) Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations au moins équivalentes. / () c) Des rideaux de végétation (arbuste, haie vive) doivent être prévus afin d'atténuer l'impact des annexes ou aires de stockages extérieurs. / () ".
15. Le projet en cause sera réalisé sur une parcelle située au sein d'un espace boisé, le bois de Nuelles. Comme cela a été dit aux points 5 et 8, le dossier de déclaration préalable déposé en mairie par la société Free Mobile montre que le terrain d'assiette est recouvert d'une végétation basse et indique qu'aucun arbre ne sera abattu pour construire les installations projetées. L'insertion du projet sur le site est assurée par sa faible emprise au sol et par le fait qu'il est entièrement entouré d'arbres. Si les requérants soutiennent qu'il ne prévoit pas de créer des rideaux de végétation, comme l'imposent les dispositions précitées de l'article N 13 du règlement, cette obligation ne vise que les annexes et les aires de stockage extérieures, ce que ne comporte pas le projet en litige. Par suite, Mme D et M. C ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Châtillon d'Azergues a méconnu l'article N 13 précité en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de la société Free Mobile.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article 11 du titre 6 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions, à l'aménagement de leurs abords et aux prescriptions de protection : " () Clôtures / Les dispositions suivantes s'appliquent aux clôtures séparatives des terrains comme à celles à édifier en bordure de voies. / () ".
17. Il ressort du plan d'implantation du projet joint au dossier de déclaration préalable de la société Free Mobile que les clôtures envisagées ne sont pas édifiées en limite parcellaire, pas plus qu'en bordure d'une voie. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article 11 du titre 6 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux clôtures.
18. En neuvième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " Aux termes de l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Desserte des terrains par les voies publiques et privées / () les accès doivent être localisés et configurés en tenant compte des éléments suivants : / - la topographie et la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération ; / - la nature des voies sur lesquelles les accès sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (distance de visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; / - le type de trafic généré par l'opération (fréquence journalière et nombre de véhicules accédant à la construction, type de véhicules concernés) ; / - les conditions permettant l'entrée et la sortie des véhicules dans le terrain sans manœuvre sur la voie de desserte. / () Les voies publiques ou privées permettant l'accès aux constructions, doivent avoir des caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elles supportent, aux opérations qu'elles doivent desservir et notamment à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. "
19. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. En conséquence, le juge exerce un contrôle normal sur la conformité à ces dispositions de la décision attaquée.
20. Le terrain d'assiette du projet est accessible par un chemin d'accès existant, matérialisé au dossier de déclaration. Il ne ressort d'aucune des pièces de ce dossier ou de celles produites par les parties que ce chemin, qui rejoint un chemin rural quelques dizaines de mètres plus au sud en longeant un champ, ne serait pas praticable. Le procès-verbal d'huissier daté du 6 avril 2022 produit par les requérants relève d'ailleurs que " le déplacement est entièrement possible à cet endroit, sans difficulté ". Le chemin rural débouche ensuite sur la route départementale D 118, sur une portion suffisamment droite pour offrir des conditions de visibilité satisfaisantes, le projet entraînant en outre un trafic particulièrement limité. Dans ces conditions, le maire de Châtillon d'Azergues n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article N 3 du règlement du plan local d'urbanisme en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de la société Free Mobile.
21. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article 11 du titre 6 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions, à l'aménagement de leurs abords et aux prescriptions de protection : " L'aspect et l'implantation des constructions doivent s'intégrer dans le paysage en respectant la morphologie des lieux. / En particulier, l'implantation des constructions devra s'intégrer dans l'ordonnancement de la structure urbaine (rues, parcellaire, bâti existant, etc. ). / Les constructions dont l'aspect général est d'un type régional affirmé étranger à la région, sont interdites (exemple : mas provençal, chalet, style Louisiane, etc. ). / Les éléments agressifs par leur couleur ou par leurs caractéristiques réfléchissantes sont interdits. / Les mouvements de sols susceptibles de porter atteinte au caractère d'un site sont interdits. / Ainsi, la conception des constructions devra être adaptée à la configuration du terrain et non l'inverse, par exemple par la réalisation de murs ou murets de soutènement, en rapport avec les logiques architecturales. / () ".
22. Pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 19, il est exercé un contrôle normal sur la conformité aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la décision attaquée.
23. Comme cela a été dit précédemment, le projet litigieux s'implante dans une zone boisée, le bois de Nuelles. La zone est vallonnée et entourée de prairies et de terres agricoles. Le hameau le plus proche est le hameau Le Suc, où résident les requérants. Si ce dernier est typique de la région car composé de maisons en pierres dorées, il se situe toutefois à plusieurs centaines de mètres du terrain d'assiette à vol d'oiseau et il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait particulièrement visible depuis ce secteur. Compte tenu de la végétation abondante qui entoure le projet, seule l'extrémité du pylône, d'une hauteur de 36 mètres, sera visible depuis les environs. Son insertion est favorisée par le choix d'un pylône en treillis de teinte gris mousse qui participe à le rendre plus discret dans son environnement. Dans ces conditions, compte tenu de la qualité du site d'implantation de la construction et des effets limités que cette dernière a sur ce site, Mme D et M. C ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Châtillon d'Azergues a commis une erreur d'appréciation en ne s'opposant pas à la déclaration préalable de la société Free Mobile.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Châtillon d'Azergues du 21 décembre 2021 et de la décision implicite rejetant leur recours gracieux du 18 février 2022.
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme D et M. C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Châtillon d'Azergues, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à leur charge le versement d'une somme de 1 400 euros à chacune des parties défenderesse au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et M. C est rejetée.
Article 2 : Mme D et M. C verseront à la commune de Châtillon d'Azergues une somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mme D et M. C verseront à la société Free Mobile une somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et M. A C, à la commune de Châtillon d'Azergues et à la société Free Mobile.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Jean-Pascal Chenevey, président,
- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
- Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
M. Chapard
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026