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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203762

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203762

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 1ère chambre
Avocat requérantPEYRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mai 2022 et le 11 juillet 2022, M. E, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant légal de son fils mineur, A B, né le 2 décembre 2007, représenté par Me Peyret, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à payer à Adem B, sous administration légale de M. E, une indemnité de 4 078 euros en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge de son fils par cet établissement public de santé à compter du 28 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles les entiers dépens ainsi qu'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy est engagée pour retard, du 1er octobre 2020 au 15 octobre 2020, à diagnostiquer une appendicite chez l'enfant Adem B ;

- celui-ci a droit à une indemnité de 180 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire total durant six jours ;

- il a droit à une indemnité de 398 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II durant cinquante-trois jours ;

- il a droit à une indemnité de 3 000 euros en réparation des souffrances endurées de 2,5/7 ;

- il a droit à une indemnité de 500 euros en réparation de son préjudice scolaire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2022 et le 6 septembre 2022, le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles, représentés par la SELARL Carnot Avocats, concluent à ce que les prétentions indemnitaires du requérant et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire soient réduites à de plus justes proportions.

Ils font valoir que :

- ils s'en rapportent à l'appréciation du tribunal quant à l'engagement du service public hospitalier ;

- il conviendra d'appliquer aux montants des préjudices le taux de perte de chance de 80 % retenu par l'expert médical désigné par la Société hospitalière d'assurances mutuelles ;

- les frais médicaux postérieurs au 17 décembre 2020, date de consolidation de l'état de l'enfant Adem B, ne peuvent être remboursés à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire ;

- les frais pharmaceutiques relatifs aux pansements, qui sont sans aucun lien avec le parcours de soins de l'enfant, ne peuvent être remboursés à la caisse primaire d'assurance maladie ;

- s'agissant des autres frais pharmaceutiques, seule la prolongation du traitement laxatif serait imputable au retard de diagnostic ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire total durant six jours peut être fixée à 78 euros et celle du déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II, soit 25 %, durant cinquante-trois jours à 172,25 euros ;

- les souffrances endurées, évaluées à 2,5/7 par l'expert, seront indemnisés par la somme de 2 250 euros ;

- aucune indemnité n'est due au titre d'un préjudice allégué de scolarité, dès lors qu'il n'est aucunement établi ni même allégué qu'Adem B ait subi dans son parcours scolaire des conséquences liées au manquement reproché.

Par un mémoire, enregistré le 7 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire conclut à la condamnation du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles à lui payer une indemnité de 7 424,19 euros avec intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir et une somme de 1 114 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que le montant des prestations qu'elle a versées au titre des soins liés à la faute du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy s'élève à la somme de 7 424,19 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Drouet, président de la 1ère chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Drouet, président,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Leroy, avocat (SELARL Carnot Avocats), pour le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant légal de son fils mineur, A B, né le 2 décembre 2007, demande au tribunal de condamner in solidum le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles, assureur de ce centre hospitalier, à payer à Adem B, sous administration légale de M. E, une indemnité de 4 078 euros en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge de son fils par cet établissement public de santé à compter du 28 novembre 2020. Appelée en déclaration de jugement commun, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire conclut à la condamnation du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles à lui payer une indemnité de 7 424,19 euros avec intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir en remboursement de ses débours exposés pour le compte de l'enfant Adem B et une somme de 1 114 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise médicale amiable du docteur C, chirurgien viscéral désigné par la Société hospitalière d'assurances mutuelles, et n'est pas contesté par les défendeurs, qu'entre le 1er octobre 2020 et le 15 octobre 2020, les praticiens du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy n'ont pas diagnostiqué l'appendicite dont souffrait l'enfant Adem B alors que celui-ci s'était rendu avec son père à quatre reprises à compter du 28 novembre 2020 au service des urgences de cet établissement public de santé pour des douleurs abdominales et que ce retard de diagnostic de quinze jours constitue un manquement aux données acquises de la science. Dans ces conditions, ce retard a le caractère d'une faute de nature à engager la responsabilité du service public hospitalier. Par suite, M. E, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant légal de son fils mineur, A B, et la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire sont fondés à solliciter la condamnation du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles, assureur de ce centre hospitalier, à réparer les conséquences dommageables de ce retard de diagnostic fautif de quinze jours.

Sur la réparation des préjudices :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, du décompte des débours établi par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et de l'attestation d'imputabilité rédigée par un médecin-conseil de l'échelon de la Loire du service médical d'Auvergne-Rhône-Alpes de l'assurance maladie, que ladite caisse a supporté pour le compte de l'enfant Adem B des frais d'hospitalisation du 18 octobre 2020 au 23 octobre 2020, d'un montant de 7 136,41 euros, strictement imputables au retard de diagnostic fautif, cette imputabilité tenant compte du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire a droit à cette somme de 7 136,41 euros.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, du décompte des débours établi par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et de l'attestation d'imputabilité rédigée par un médecin-conseil de l'échelon de la Loire du service médical d'Auvergne-Rhône-Alpes de l'assurance maladie, que ladite caisse a supporté pour le compte de l'enfant Adem B des frais médicaux et infirmiers du 7 novembre 2020 au 17 décembre 2020 et le 22 mars 2021, d'un montant de 243,29 euros, strictement imputables au retard de diagnostic fautif, cette imputabilité tenant compte du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard. Par suite, et alors même que l'état de l'enfant Adem B était consolidé au 17 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire a droit à cette somme de 243,29 euros.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, du décompte des débours établi par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et de l'attestation d'imputabilité rédigée par un médecin-conseil de l'échelon de la Loire du service médical d'Auvergne-Rhône-Alpes de l'assurance maladie, et n'est pas sérieusement contesté par les défendeurs, que ladite caisse a supporté pour le compte de l'enfant Adem B des frais pharmaceutiques du 23 octobre 2020 au 27 novembre 2020, d'un montant de 44,49 euros, strictement imputables au retard de diagnostic fautif, cette imputabilité tenant compte du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire a droit à cette somme de 44,49 euros.

7. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire total, strictement imputable au retard de diagnostic relevé à l'encontre du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy, compte tenu du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard, a été subi par l'enfant Adem B pendant six jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant in solidum ledit centre hospitalier et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à payer à Adem B, sous administration légale de son père, une indemnité de 80 euros de ce chef.

8. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II, soit 25 %, strictement imputable au retard de diagnostic relevé à l'encontre du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy, compte tenu du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard, a été subi par l'enfant Adem B pendant cinquante-trois jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant in solidum ledit centre hospitalier et la Société hospitalière d'assurances mutuelles à payer à Adem B, sous administration légale de son père, une indemnité de 175 euros de ce chef.

9. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'enfant Adem B a subi des souffrances physiques et morales évaluées à 2,5/7 par l'expert, strictement imputables au retard de diagnostic relevé à l'encontre du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy, compte tenu du taux de 80 % retenu par l'expert du fait de ce retard. Par suite, Adem B a droit, en réparation de ce chef de préjudice, à une indemnité de 2 500 euros.

10. En dernier lieu, si le requérant sollicite pour son fils la réparation d'un préjudice de scolarité, il ne résulte pas de l'instruction que l'enfant Adem B ait subi dans son parcours scolaire des conséquences dommageables liées au retard fautif de diagnostic relevé à l'encontre du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'indemnisation de ce préjudice allégué doivent être rejetées comme mal fondées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles doivent condamnés in solidum à payer à Adem B, sous administration légale de M. E, une indemnité totale de 2 755 euros et doivent condamnés à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une indemnité totale de 7 424,19 euros.

Sur les intérêts :

12. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire tendant à ce que l'indemnité qui lui est allouée porte intérêts à compter de la date du présent jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

13. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge in solidum du centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

14. D'autre part, aux termes du neuvième de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. " En vertu de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022, les montants minimal et maximal de cette indemnité forfaitaire de gestion sont fixés respectivement à 110 euros et 1 114 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022.

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles doivent être condamnés à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une somme de 1 114 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

DÉCIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés in solidum à payer à Adem B, sous administration légale de M. E, une indemnité de 2 755 (deux mille sept cent cinquante-cinq) euros.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Ardèche Nord et la Société hospitalière d'assurances mutuelles verseront in solidum à M. E une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et la Société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une indemnité de 7 424,19 euros (sept mille quatre cent vingt-quatre euros et dix-neuf centimes) et une somme de 1 114 (mille cent quatorze) euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E et des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, au centre hospitalier Le Corbusier de Firminy et à la Société hospitalière d'assurances mutuelles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. DrouetLa greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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