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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204052

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204052

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204052
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantAUGOYARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mai 2022 et le 24 février 2023, Mme A B, représentée par Me Augoyard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser :

- la somme de 55 000 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises par l'administration dans le déroulement de sa carrière ;

- la somme de 55 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait d'agissements fautifs de sa hiérarchie alors qu'elle occupait le poste de documentaliste au collège Pierre de Ronsard de Mornant ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'État a commis des fautes dans le déroulement de sa carrière, à l'origine d'un préjudice financier et d'un préjudice moral qui peuvent être évalués à la somme de 55 000 euros ;

- elle a été victime de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie alors qu'elle occupait les fonctions de documentaliste au collège Pierre de Ronsard à Mornant, son préjudice moral pouvant être évalué à 5 000 euros et son préjudice de carrière à 50 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 octobre 2022 et 31 mars 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la requête sommaire ne contenait aucun moyen ;

- à titre subsidiaire, les demandes de Mme B sont infondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-643 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de Me Augoyard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a intégré le corps des instituteurs en novembre 1988. Le 1er septembre 2015, l'intéressée a été détachée, à sa demande, dans le corps des professeurs documentalistes certifiés au collège Pierre de Ronsard à Mornant. A compter du 1er septembre 2020, elle a été placée en congé de longue maladie, puis en congé de longue durée à partir du 1er septembre 2021. Par un courrier du 27 décembre 2021, la requérante a déposé une demande indemnitaire auprès des services du rectorat de Lyon, qui a été rejetée le 18 mars 2022. Mme B demande au tribunal de prononcer la condamnation de l'État à lui verser la somme de 55 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de manquements de l'État dans la gestion de sa carrière et la somme de 55 000 euros, en réparation des faits de harcèlement moral qu'elle aurait subis alors qu'elle occupait le poste de documentaliste au collège Pierre de Ronsard de Mornant.

2. En premier lieu, Mme B soutient que l'administration aurait commis des fautes dans le déroulement de sa carrière, et évoque de manière générale et peu circonstanciée une rupture d'égalité et un défaut d'information, d'accompagnement et de suivi. Toutefois, si la requérante produit des courriers adressés au ministre de l'éducation nationale, le 14 septembre 2019 et au médiateur de l'éducation nationale, le 24 novembre 2020, ces seuls éléments qui manifestent son sentiment d'injustice salariale, ne précisent pas les obligations que les services de l'éducation nationale auraient méconnues et ne justifient pas que des fautes auraient été commises dans le déroulement de sa carrière. Par suite, sa demande d'indemnisation présentée à ce titre doit être rejetée.

3. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels agissements répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Mme B allègue avoir été victime de faits de sa hiérarchie pouvant recevoir la qualification de harcèlement moral alors qu'elle était documentaliste au sein du collège Pierre de Ronsard de Mornant. Toutefois si l'intéressée soutient notamment avoir été progressivement mise à l'écart, et à compter de l'année 2017, avoir été " rabaissée " par la principale de son collège aussi bien en conseil d'administration que lors d'entretiens bilatéraux, indique avoir saisi une organisation représentative du personnel de cette situation, précise qu'un entretien a eu lieu le 4 juillet 2017 et que la relation avec sa supérieure s'est dégradée par la suite la conduisant à être placée en arrêt de travail, souffrant d'anxiété, d'une part, les allégations de Mme B ne sont étayées par aucune pièce versée au dossier de nature à établir la réalité des agissements dont elle indique avoir été victime et d'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait fait état de ses difficultés auprès de ses supérieurs ou du rectorat, la production d'avis d'arrêts de travail faisant état d'une " anxiété généralisée " ou d'une situation de " harcèlement au travail ", qui ne permettent pas d'établir un lien entre son état de santé et des faits précis et circonstanciés, demeurant insuffisante pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral au cours de la période considérée. Par suite, la demande d'indemnisation présentée par la requérante, à ce titre, doit également être rejetée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation de Mme B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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