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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204231

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204231

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204231
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET VIA JURIS TAX LAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, M. B A, représenté par Me Babin, demande au tribunal :

1°) la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvement sociaux et de contribution additionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'administration fiscale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'interprétation stricte des dispositions de l'article 150-0 B ter du code général des impôts apparaît contraire aux objectifs poursuivis par le législateur ; si la doctrine ne prévoit aucune dérogation au principe de réinvestissement dans le délai de deux ans à compter de la cession, ce réinvestissement peut se heurter à de nombreuses difficultés extérieures à la volonté du contribuable ; le législateur n'a pas voulu rompre avec la jurisprudence développée par le Conseil d'Etat à propos du report d'imposition antérieur ; il résulte des débats parlementaires que l'exigence de réinvestissement à hauteur de 50 % du prix de cession tend à éloigner le dispositif des objectifs de lutte contre les schémas abusifs et de favoriser l'investissement dans l'activité économique, alors qu'un pourcentage fixé entre un tiers et 39 % apparaît comme suffisant pour répondre à ceux-ci ;

- en l'espèce, ce réinvestissement s'élevait à 47 % du produit de la cession à la date du 12 juillet 2018 et à 88 % deux mois après l'expiration de ce délai ; l'absence de franchissement du seuil de 50 % dans les deux ans suivant la cession résulte de circonstances indépendantes de sa volonté.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2022, la directrice du contrôle fiscal centre-Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2023 par ordonnance du 21 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle sur pièce, M. et Mme B A se sont vus notifier le 25 février 2021 une proposition de rectification comportant des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à raison d'une plus-value imposable de 597 436 euros au titre de l'année 2018 correspondant à la remise en cause du report d'imposition d'une plus-value d'apport en application du 2° du I de l'article 150-0 B ter du code général des impôts. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 31 août 2021. A la suite du rejet de sa réclamation préalable, M. A demande la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvement sociaux et de contribution additionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes du 1 du I de l'article 150-0 A du code général des impôts : " () les gains nets retirés des cessions à titre onéreux () de valeurs mobilières, de droits sociaux () de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes du I de l'article 150-0 B ter du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : I. - L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. Le contribuable mentionne le montant de la plus-value dans la déclaration prévue à l'article 170. Ces dispositions sont également applicables lorsque l'apport est réalisé avec soulte à condition que celle-ci n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus. Toutefois, la plus-value est, à concurrence du montant de cette soulte, imposée au titre de l'année de l'apport. Il est mis fin au report d'imposition à l'occasion :1° De la cession à titre onéreux, du rachat, du remboursement ou de l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport ;2° De la cession à titre onéreux, du rachat, du remboursement ou de l'annulation des titres apportés, si cet événement intervient dans un délai, décompté de date à date, de trois ans à compter de l'apport des titres. Toutefois, il n'est pas mis fin au report d'imposition lorsque la société bénéficiaire de l'apport cède les titres dans un délai de trois ans à compter de la date de l'apport et prend l'engagement d'investir le produit de leur cession, dans un délai de deux ans à compter de la date de la cession et à hauteur d'au moins 50 % du montant de ce produit : a) Dans le financement de moyens permanents d'exploitation affectés à son activité commerciale au sens des articles 34 ou 35, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière. Les activités de gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier sont exclues du bénéfice de cette dérogation ; b) Dans l'acquisition d'une fraction du capital d'une ou de plusieurs sociétés exerçant une activité mentionnée au a du présent 2°, sous la même exclusion, et répondant aux conditions prévues au c du 3° du II de l'article 150-0 D ter. Le réinvestissement ainsi opéré doit avoir pour effet de lui conférer le contrôle de chacune de ces sociétés au sens du 2° du III du présent article ; c) Ou dans la souscription en numéraire au capital initial ou à l'augmentation de capital d'une ou de plusieurs sociétés répondant aux conditions prévues au premier alinéa du b et au c du 3° du II de l'article 150-0 D ter. Le non-respect de la condition de réinvestissement met fin au report d'imposition au titre de l'année au cours de laquelle le délai de deux ans expire. "

3. Il résulte de l'instruction que la société HAB Partner a été créée le 12 juillet 2016 et que M. B A a, à cette date, apporté à cette dernière 172 actions de la société Adista, cet apport ayant été rémunéré par 1 000 actions HAB Parner au prix de 1 435 445 euros. Cette opération a fait l'objet d'une déclaration 2074-I " déclaration des plus-values en report d'imposition en 2016 " et le montant de plus-value après abattement d'un montant de 499 523 euros a été reporté à la ligne 3WG (plus-values réalisées après abattement) de la déclaration 2042 C au titre des revenus 2016. 72 des 172 actions Adista apportées le 12 juillet 2016 ont été vendues dès le 18 juillet 2016 à la société Adista holding pour un montant de 600 844 euros et la plus-value réalisée dégagée par cette opération s'est élevée à 597 436 euros. Pour remettre en cause le report d'imposition de la plus-value d'apport, le service a relevé que les 72 titres Adista ont été cédés dans le délai de trois ans de l'apport et que la condition, prévue par les dispositions du 2° du I de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, de réinvestissement du produit de 50 % de la cession, soit 300 442 euros, dans un délai de deux ans à compter de celle-ci, soit le 18 juillet 2018, n'avait pas été respectée.

4. Il résulte des dispositions claires précitées, sans qu'il soit besoin de se référer aux travaux parlementaires, qu'en cas de cession à titre onéreux des titres apportés dans un délai de trois ans à compter de l'apport des titres, le maintien du report d'imposition de la plus-value réalisée est conditionné au réinvestissement dans un délai de deux ans à compter de la date de la cession et à hauteur d'au moins 50 % du montant de ce produit, et que le non-respect de la condition de réinvestissement met fin au report d'imposition au titre de l'année au cours de laquelle le délai de deux ans expire. En l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que 72 des 172 titres de la société Adista apportés le 12 juillet 2016 par M. A à la société HAB Parner ont été cédés dès le 18 juillet 2016 à la société Adista holding pour un montant de 600 844 euros, soit avant l'expiration du délai de trois ans à compter de l'apport de titres, et que le produit de cette cession n'était réinvesti qu'à hauteur de 47 % à la date du 12 juillet 2018. Par suite, le service a pu à bon droit estimer que la condition de réinvestissement du produit de 50 % de la cession n'était pas respectée et mettre fin pour ce motif au report d'imposition au titre de l'année 2018, sans que M. A ne puisse utilement faire valoir que l'absence de franchissement du seuil de 50 % dans les deux ans suivant la cession résulte de circonstances indépendantes de sa volonté en raison de la période estivale peu favorable à la conclusion d'accord d'investissement au regard des montants en jeu, ce dont il ne justifie au demeurant pas, ni que 88 % du produit de la cession était effectivement réinvesti deux mois après l'expiration du délai.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge en droits et pénalités des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvement sociaux et de contribution additionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice du contrôle fiscal centre-Est

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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