Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204286

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204286
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a condamné l'État à verser 500 euros à Mme A, ressortissante albanaise, pour le préjudice subi en raison du délai excessif (plus de deux ans) mis par la préfecture du Rhône pour la convoquer au dépôt de sa demande de titre de séjour. Cette carence a été jugée fautive, engageant la responsabilité de l'État, sur le fondement du droit à voir sa situation examinée dans un délai raisonnable, conformément au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a également accordé 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, Mme B A, représentée par la Selarl BS2A Bescou - Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à parfaire en réparation du préjudice résultant de son absence de convocation par le préfet du Rhône en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'absence de réponse du préfet du Rhône à sa demande de rendez-vous est constitutif d'une faute ;

- le préjudice de jouissance subi peut être évalué à 1 000 euros par mois.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la faute alléguée n'est pas constituée et que ni le préjudice invoqué ni le lien de causalité entre celui-ci et la faute prétendument commise ne sont établis.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille,

- et les observations de Me Guillaume pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante albanaise née en 1977, Mme A a souhaité déposer une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Rhône. Cette demande étant au nombre de celles dont les services de l'Etat ont subordonné le dépôt à la présentation personnelle du demandeur lors d'un rendez-vous devant lui-même être sollicité en ligne sur la plateforme numérique dénommée " demarches-simplifiees.fr ", Mme A s'est acquittée de cette formalité le 21 décembre 2020. Elle demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'absence de réponse à cette demande de rendez-vous.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Eu égard aux conséquences de la détention du récépissé qui est en principe remis à l'étranger intéressé après le dépôt de sa demande de titre de séjour et au droit de celui-ci de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombait à l'autorité administrative, qui ne soutient pas que sa démarche était abusive ou dilatoire, de recevoir Mme A afin qu'elle présente sa demande de titre de séjour et de procéder le cas échéant à l'enregistrement de celle-ci dans un délai raisonnable.

3. Alors que sa demande de rendez-vous a été formée au mois de décembre 2020, il résulte de l'instruction que Mme A n'a été convoquée en préfecture en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour qu'au mois de février 2023. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que le délai excessif mis par les services préfectoraux pour la convoquer est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

4. Au soutien de ses prétentions, Mme A fait valoir l'état d'incertitude dans lequel elle s'est durablement trouvée s'agissant de son droit au séjour en France et justifie des démarches réitérées qu'elle a vainement effectuées en vue de l'obtention d'un rendez-vous jusqu'à l'introduction de sa requête. Alors qu'il est constant qu'ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutée au mois de décembre 2015, Mme A est entrée en France en 2016 et que celle-ci n'a elle-même engagé les démarches en vue de sa convocation en préfecture qu'au mois de décembre 2020, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la requérante du fait de l'absence durable de réponse à sa demande de rendez-vous en condamnant l'Etat à lui verser à ce titre la somme de 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 500 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le président, rapporteur,

A. GilleL'assesseur le plus ancien,

F.-X. Richard-Rendolet

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier