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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204293

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204293

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204293
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantFERRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2022 et le 10 mars 2023, sous le n°2204293, M. A B, représenté par Me Ferron, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 11 709 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes des services du rectorat dans la gestion de sa procédure de licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le délai déraisonnable de versement de l'indemnité de licenciement, l'absence de réactivité des services du rectorat et l'envoi par erreur d'un titre exécutoire constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- il est fondé à demander la réparation de son manque à gagner à hauteur de 8 500 euros, de son préjudice moral à hauteur de 3 000 euros et l'indemnisation des frais exposés pour 209 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les services du rectorat n'ont commis aucune faute dans la gestion de la situation de M. B ;

- les préjudices invoqués ne sont ni établis, ni en lien avec les fautes alléguées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2022 et le 10 mars 2023, sous le n°2209174, M. A B, représenté par Me Ferron, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 11 709 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes des services du rectorat dans la gestion de sa procédure de licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le délai déraisonnable de versement de l'indemnité de licenciement, l'absence de réactivité des services du rectorat et l'envoi par erreur d'un titre exécutoire constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- il est fondé à demander la réparation de son manque à gagner à hauteur de 8 500 euros, de son préjudice moral à hauteur de 3 000 euros et l'indemnisation des frais exposés pour 209 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les services du rectorat n'ont commis aucune faute dans la gestion de la situation de M. B ;

- les préjudices invoqués ne sont ni établis, ni en lien avec les fautes alléguées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n°2020-1257 du 14 octobre 2020 ;

- le décret n°2021-384 du 2 avril 2021 ;

- le décret n°2021-541 du 1er mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a bénéficié d'un contrat unique d'insertion du 1er février 2017 au 31 janvier 2018, puis a été recruté comme accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) par contrats successifs du 7 février 2018 au 31 août 2022. Le 2 juillet 2020, il lui a été proposé, en lien avec une nouvelle organisation administrative de la gestion des personnels AESH, une modification de son contrat de travail pouvant impliquer un changement de lieu de travail à compter du 1er septembre 2020. M. B ayant refusé de signer l'avenant proposé, une procédure de licenciement a été engagée à son encontre. Par un arrêté du 3 février 2021, l'intéressé a été licencié à compter du 4 février 2021, cet arrêté indiquant son droit à une indemnité de licenciement. Au mois d'octobre 2021, M. B a perçu la somme de 914,75 euros au titre de cette indemnité. Par un courrier du 29 décembre 2021, l'intéressé a présenté une demande indemnitaire préalable en raison des fautes qui auraient été commises par le rectorat dans la gestion de son dossier. Par des décisions du 7 mars et 4 avril 2022, le recteur de l'académie de Lyon a refusé de faire droit à ses demandes. M. B demande au tribunal de prononcer la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 11 709 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par les services du rectorat dans la gestion de sa procédure de licenciement.

2. Les requêtes n°2204293 et n°2209174 présentées par M. B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. Aux termes de l'article 7 bis de la loi du 11 janvier 1984 : " Les administrations de l'Etat et les établissements publics de l'Etat autres que ceux à caractère industriel et commercial peuvent, pour mener à bien un projet ou une opération identifié, recruter un agent par un contrat à durée déterminée dont l'échéance est la réalisation du projet ou de l'opération. / Le contrat est conclu pour une durée minimale d'un an et une durée maximale fixée par les parties dans la limite de six ans. Il peut être renouvelé pour mener à bien le projet ou l'opération, dans la limite d'une durée totale de six ans. / Le contrat prend fin avec la réalisation de l'objet pour lequel il a été conclu, après un délai de prévenance fixé par décret en Conseil d'Etat. Toutefois, après l'expiration d'un délai d'un an, il peut être rompu par décision de l'employeur lorsque le projet ou l'opération pour lequel il a été conclu ne peut pas se réaliser, sans préjudice des cas de démission ou de licenciement. /Les modalités d'application du présent article, notamment les modalités de mise en œuvre d'une indemnité de rupture anticipée du contrat, sont prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Et selon les dispositions de l'article 51 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée à l'agent recruté pour une durée indéterminée ou à l'agent recruté pour une déterminée et licencié avant le terme de son contrat. (). ".

4. En premier lieu, s'il résulte de l'instruction qu'il s'est écoulé plus de huit mois entre le licenciement de M. B et le versement effectif en octobre 2021 de son indemnité de licenciement, ni les dispositions de la loi du 11 janvier 1984, ni celles du décret du 17 janvier 1986, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, ne fixent de délai pour le versement de l'indemnité en cause. Il ne résulte pas davantage de l'arrêté de licenciement du 3 février 2021, ni d'aucun élément de l'instruction, que l'indemnité de M. B devait lui être versée avec sa paye de février 2021, ni que les services du rectorat auraient consenti une promesse de versement dans un délai déterminé. Enfin, il est constant que le licenciement de M. B est intervenu au cours de la période d'urgence sanitaire instaurée par le décret n°2020-1257 du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire, et que des contraintes fortes pesaient sur les administrations de l'État au cours de cette période. Dès lors, et quand bien même la procédure de licenciement en cause aurait concerné plusieurs agents, la seule circonstance que l'indemnité de licenciement aurait été versée plus de huit mois après l'arrêté de licenciement ne révèle pas, dans les circonstances de l'espèce, une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que les services du rectorat auraient manqué de diligence et de réactivité dans le traitement de son dossier. Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier des courriers électroniques versés au débat par le rectorat en défense, que celui-ci a saisi dès le 7 janvier 2021 les services de la direction régionale des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes afin que l'indemnité de licenciement puisse être versée dans les meilleurs délais, et que des échanges réguliers ont eu lieu entre administrations en raison de difficultés de calcul du montant de l'indemnité, l'interlocuteur de la direction régionale des finances publiques indiquant dans un courrier électronique du 22 janvier 2021, la nécessité d'un arbitrage de la direction générale de l'administration et de la fonction publique. Par ailleurs, les services du rectorat ont accusé réception le 26 mars 2021 de la demande de M. B du 15 mars 2021, lui indiquant que son dossier était en cours de traitement, qu'une réponse lui serait apportée prochainement, et ont procédé le 30 mars, le 10 mai et le 21 juin 2021 à une relance des services de la direction générale des finances publiques pour connaître l'état d'avancement du dossier, l'instruction mettant en évidence que son traitement a pu être retardé du fait des contraintes pesant sur l'administration pour gérer la crise de la Covid-19 et de demandes de pièces complémentaires de la direction régionale des finances publiques. Enfin, il a été à nouveau confirmé par courrier à M. B, le 27 septembre 2021, que ses indemnités lui seraient prochainement versées. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que les services du rectorat auraient manqué de diligence ou de réactivité dans le traitement du dossier de M. B.

6. En dernier lieu, si M. B a été destinataire, au cours du mois de septembre 2021, d'un titre exécutoire du 9 septembre 2021 faisant état d'une somme due de 735,19 euros en raison d'un indu sur rémunération au titre de la paye du mois de juillet 2021, il résulte de l'instruction, d'une part, que l'intéressé a contacté par téléphone les services du rectorat qui lui ont indiqué que l'émission du titre résultait d'une erreur informatique et qu'il n'était pas redevable de la somme, et d'autre part qu'il a été destinataire d'un courrier du 27 septembre 2021 du directeur académique des services de l'éducation nationale de la Loire l'informant qu'il ne devait pas tenir compte de ce titre de perception et qu'une actualisation de sa situation était en cours. Dans ces circonstances, et quoique regrettable que soit l'envoi de ce titre exécutoire, M. B n'est pas fondé à soutenir que son émission serait constitutive d'une faute engageant la responsabilité de l'État.

7. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées, en ce comprises ses conclusions au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E

Article 1er : Les requêtes n° 2204293 et n° 2209174 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, où siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bertolo

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2204293 - 2209174

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