mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204539 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GIROUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 15 juin 2022 et le 29 novembre 2023, l'EURL Metalic, représentée par la Selarl Aj Partenaire, agissant par Me Sapin et Me Lapierre, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2016, 2017 et 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période courant du mois de janvier 2016 au mois de décembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant des exercices clos en 2017 et 2018, elle conteste la remise en cause du caractère déductible de certaines charges ; concernant les factures Beaulieux et Avocatlink portant sur le contentieux B/Eiffage ou Diagonale, il résulte des conclusions rédigées par Me Baulieux que les honoraires n'ont pas été engagés dans l'intérêt exclusif de M. A B mais également dans l'intérêt de l'entreprise ;
- dans sa décision n° 464667 du 17 octobre 2023, le Conseil d'Etat a annulé la décision du 20 novembre 2018 rejetant sa demande d'agrément des transferts de déficits opérés suite à la transmission universelle de patrimoine au titre de l'exercice clos en 2017 ; cette décision du Conseil d'Etat, eu égard à ses motifs, lui ouvre en conséquence un véritable droit au transfert des déficits concernés dès lors que ce refus d'agrément du 20 novembre 2018 ne relève pas de l'exercice d'un pouvoir discrétionnaire par l'administration (BOI SJ-AGR20-30-10-10 n°360 en date du 7 octobre 2013 ).
Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 septembre 2022 et le 7 mai 2024, la directrice du contrôle fiscal centre-Est conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions.
Elle soutient que :
- le litige a perdu son objet en cours d'instance à hauteur du dégrèvement de 193 540 euros intervenu le 7 mai 2024 ;
- les moyens soulevés par la société requérante, pour le surplus des conclusions, ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Metalic, qui exerce une activité de fabrication d'équipements pour autobus et cars, de mobilier urbain, de plateformes et hayons rabattables pour poids-lourds et véhicules utilitaires, et une activité de découpe et tôlerie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité de l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées portant sur les exercices clos en 2016, 2017 et 2018, au terme de laquelle, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis à sa charge. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 24 décembre 2020. A la suite du rejet partiel de ses deux réclamations préalables, l'EURL Metalic demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle reste assujettie au titre des exercices 2016 à 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018.
Sur l'étendue du litige :
2. L'administration fiscale a prononcé le 7 mai 2024, par une décision postérieure à l'introduction de la requête, un dégrèvement à hauteur d'un montant de 193 540 euros, dégrèvement correspondant, selon son mémoire en défense du 7 mai 2024, à la prise en compte des déficits reportables constatés dans la comptabilité de la SAS Fonderie Rhône au profit de l'EURL Metalic à hauteur de 912 355 euros. Dans cette mesure, il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante.
Sur le surplus des conclusions aux fins de décharhe:
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. ". Les charges pouvant être admises en déduction du bénéfice imposable, en application des dispositions précitées de l'article 39 du code général des impôts, doivent avoir été exposées dans l'intérêt direct de l'entreprise ou se rattacher à sa gestion normale, correspondre à une charge effective et être appuyées de justificatifs. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne lesdites charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'en a retirée l'entreprise. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. Il résulte de l'instruction, que le service a réintégré dans les résultats de la société requérante, au titre des exercices 2017 et 2018, les sommes respectives de 3 700 euros HT et de 6 800 euros HT correspondant à des factures d'honoraires d'avocat émises par le fournisseur " Avolink " et " Baulieux " libellées au nom de M. A B, concernant les affaires " B/Diagonale " et " B Eiffage ", au motif qu'elle n'avait pas d'intérêt propre à les prendre en charge.
5. La société requérante fait valoir que ces honoraires d'avocat correspondent au besoin de son exploitation dès lors qu'ils ont trait à une procédure diligentée par M. B devant le tribunal de Grande instance de Lyon, dans laquelle elle a été appelée à la cause, à l'encontre de la société Eiffage immobilier concernant la vente d'un tènement immobilier où se trouve le local dans lequel elle exerce son activité. Toutefois, en se bornant à produire un extrait des conclusions de Me Baulieux où elle apparaît en qualité de défenderesse aux côtés de M. A B et de l'EURL Laser Force, dans le cadre de l'assignation de la société Eiffage immobilier Centre-Est par M. A B intervenue le 26 janvier 2018, conclusions desquelles il résulte que ce litige porte sur la caducité de la promesse unilatérale de vente faite par M. B à la société Eiffage immobilier centre-est concernant un bien immobilier appartenant à M. B en son nom personnel, totalement étranger aux actifs de l'EURL Metalic, et que la seule demande qui la concerne est faite " à titre infiniment subsidiaire " et concerne son " droit au maintien dans les lieux jusqu'au paiement de l'indemnité d'éviction de 1 500 000 euros de sorte que son éventuelle expulsion ne pourra intervenir qu'après le versement de ladite somme, bien évidemment à défaut de départ volontaire ", la société requérante n'établit pas que les dix factures d'honoraires en litige émises en 2017 et 2018, toutes libellées au nom personnel de M. A B, auraient été émises en contrepartie de ces écritures particulières de Me Baulieux, ni en tout état de cause qu'elles ont été engagées dans l'intérêt de son exploitation.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
6. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est () a) Celle qui figure sur les factures () ". Aux termes de l'article 272 du même code : " () 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture () ". Aux termes l'article 283 dudit code : " () 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée () ". En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui n'est pas le fournisseur réel de la marchandise ou de la prestation effectivement livrée ou exécutée. Dans le cas où l'auteur de la facture est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et se présente comme tel à ses clients, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y est mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer. Si l'administration apporte des éléments suffisants en ce sens, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur cette opération, sans qu'il ne puisse être exigé de lui des vérifications qui ne lui incombent pas. Un assujetti n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe portée sur des factures correspondant à des biens ou à des prestations de services qui ne lui ont pas été effectivement fournis, dès lors qu'il ne pouvait en ignorer l'existence.
7. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a procédé au rappel de taxe sur la valeur ajoutée indûment déduite par l'EURL Metalic afférente à aux dépenses mentionnées précédemment, portant sur des factures établies émises par le fournisseur " Avolink " et " Baulieux " libellées au nom de M. A B. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que les dépenses en litige, ont été engagées pour des biens et services utilisés par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise. Dans ces conditions, l'administration fiscale apporte la preuve qui lui incombe du caractère non déductible de la taxe grevant ces services dans la mesure où, n'étant pas utilisés pour les besoins des opérations imposables, en l'occurrence l'activité économique de l'exploitation, le coefficient d'admission de ces biens et services est nul. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rappelé la taxe sur la valeur ajoutée y afférente déduite à tort.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Metalic n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'imposition restant en litige.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à l'EURL Metalic d'une somme de 1 400 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions aux fins de décharge de l'EURL Metalic à hauteur de la somme de 193 540 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions aux fins de décharge est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 400 euros à l'EURL Metalic en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Metalic et à la directrice du contrôle fiscal centre-Est
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026