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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204687

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204687

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204687
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juin 2022 et le 30 janvier 2023 (non communiqué), M. et Mme A, représentés par la société DBKM avocats (Me Moutoussamy), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Loire a prononcé une amende administrative d'un montant de 952 euros à leur encontre ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer l'amende ;

3°) de mettre à la charge du département de la Loire une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'indu n'est pas fondé, dès lors qu'ils ne perçoivent pas l'intégralité du loyer afférent à un immeuble mais seulement la partie correspondant aux parts détenues dans la société civile immobilière propriétaire du logement ;

- le département a méconnu le principe de personnalité des peines en prononçant une amende conjointe.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. A a commis des manœuvres frauduleuses en ne déclarant pas l'ensemble de ses ressources ;

- l'amende prononcée est justifiée et son montant approprié.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Soubié, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Soubié, première conseillère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été allocataire du revenu de solidarité active et de la prime exceptionnelle de fin d'année dans le département de la Loire. Avec son épouse, ils demandent l'annulation de la décision du 22 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental a prononcé une amende administrative d'un montant de 952 euros à leur encontre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer, eu égard à son office de juge de plein contentieux, sur les manquements qui sont à l'origine du prononcé de cette sanction et de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

3. Pour prononcer une amende administrative, le président du conseil départemental de la Loire a retenu que M. A avait sciemment omis de déclarer ses revenus locatifs à compter du mois de juillet 2019.

4. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code (). / Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans. ". Il résulte de ces dispositions qu'une amende administrative peut être infligée à l'allocataire qui a perçu indûment le revenu de solidarité active à la suite de fausses déclarations ou d'omissions délibérées. La fausse déclaration ou l'omission délibérée doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu d'apprécier si les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, et de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration ou une omission délibérée.

5. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() .". Aux termes de l'article R. 262-7 dudit code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision. " ; " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.().". Il résulte de ces dispositions que pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources qu'il perçoit.

6. M. et Mme A contestent avoir omis de déclarer les loyers encaissés par la société civile immobilière dans laquelle M. A détient des parts, au-delà des quoteparts détenues dans cette société. Toutefois, si M. A soutient ne disposer que d'un tiers des parts de la société, il n'apporte aucun élément de nature à justifier des parts détenues ni de la réalité des revenus qui lui ont été distribués effectivement au vu de ses parts. A cet égard, si les requérants soutiennent que les revenus locatifs perçus au montant allégué de 264 euros par mois leur auraient ouvert droit malgré tout au revenu de solidarité active, cette circonstance n'est pas de nature à les décharger de leur obligation déclarative. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Les requérants se prévalent du principe de personnalité des peines et de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui feraient obstacle au prononcé d'une amende conjointe à leur encontre.

8. Il résulte des dispositions des articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles que le revenu de solidarité active a pour objet de porter les ressources de l'ensemble du foyer à un niveau garanti. Par suite, alors même qu'un seul des membres du foyer a été désigné comme allocataire, les sommes qui ont été indûment perçues au titre de l'allocation peuvent en principe être récupérées, en tout ou partie, tant auprès de l'allocataire que de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, lorsque cette personne a été prise en compte pour le calcul du revenu garanti. En cas de mariage, eu égard à l'objet de l'allocation et à son mode de calcul, les conjoints sont tenus solidairement au remboursement de l'indu à raison du bénéfice qu'ils en ont l'un et l'autre retiré. Il en va de même pour l'acquittement de l'amende administrative prévue par l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles. Or, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A n'aurait tiré aucun bénéfice du revenu de solidarité active perçu par son époux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'amende et de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du département de la Loire, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B A et au département de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La magistrate désignée,

A-S. Soubié

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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