mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204807 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | REBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin 2022 et le 10 février 2023, M. C B et Mme D B, agissant en qualité de représentant légaux de leurs fils F, et Mme D B, agissant également en son nom propre, représentés par Me Flandin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier Le Vinatier à verser à M. F B la somme de 1 500 euros, au titre de son préjudice moral ;
2°) de condamner le centre hospitalier Le Vinatier à verser à Mme D B la somme de 1 500 euros, au titre de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Le Vinatier la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en violation des dispositions de l'article L.246-1 du code de l'action sociale et des familles, le centre hospitalier Le Vinatier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en suspendant de ses fonctions Mme G, assistante familiale thérapeutique de leur fils ;
- le centre hospitalier Le Vinatier a méconnu ses obligations contractuelles, en procédant à l'arrêt injustifié de la prise en charge de leur fils ;
- les préjudices et leur lien de causalité avec les fautes reprochées sont établis ;
- le préjudice moral de M. F B doit être évalué à la somme de 1 500 euros ;
- le préjudice moral de Mme D B doit être évalué à la somme de 1 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 décembre 2022, 14 mars et 27 novembre 2023, le centre hospitalier Le Vinatier, représenté en dernier lieu par Me Rebaud, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens ainsi qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- aucune faute ne peut être retenue à son encontre sur le fondement des dispositions de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il n'est pas l'une des personnes publiques visées par cet article ;
- sa responsabilité pour faute ne peut pas être engagée dès lors que sa décision du 14 septembre 2021 suspendant Mme G de ses fonctions est légale, en application de la loi du 5 août 2021 et tel que cela a été tranché par le tribunal dans son jugement définitif n° 2107542 du 9 octobre 2023 ;
- sa responsabilité contractuelle ne peut pas être engagée dès lors qu'il n'a pas méconnu ses obligations contractuelles ;
- le lien de causalité entre les préjudices allégués et la prétendue faute n'est pas établi ;
- la réalité des préjudices allégués n'est démontrée ni dans son principe ni dans son quantum.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 janvier 2024 par une ordonnance du 28 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;
- l'arrêté du 1er octobre 1990 relatif à l'organisation et au fonctionnement des services d'accueil familial thérapeutique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda, conseillère,
- les conclusions de Mme Fullana-Thévenet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Flandin, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Souffrant d'un trouble relevant du spectre autistique, M. F B, né le 8 janvier 2010, était accueilli trois demi-journées par semaine par Mme G, assistante familiale thérapeutique agréée, dans le cadre d'un contrat du relais accueil familial thérapeutique qu'elle a conclu le 29 janvier 2018 avec le centre hospitalier Le Vinatier et M. et Mme B. Le 16 septembre 2021, le centre hospitalier a suspendu Mme G au motif qu'elle ne justifiait pas de sa situation au regard de son obligation vaccinale. Par une ordonnance n° 2107630 du 18 octobre 2021, le juge des référés a ordonné la suspension de cette décision et l'accueil de F a pu reprendre le 4 novembre 2021. Par un courrier du 23 février 2022, M. et Mme B ont demandé au centre hospitalier Le Vinatier de les indemniser pour les préjudices moraux subis par F et sa mère durant la période d'interruption de cette prise en charge. Ce courrier étant demeuré sans réponse, par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier Le Vinatier à verser à M. F B et à Mme D B la somme de 1 500 euros, chacun, au titre de leur préjudice moral respectif.
2. Aux termes de l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles, " E personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social () ". D'une part, cet article impose à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées d'assurer, dans le cadre de leurs compétences respectives, une prise en charge, qui va au-delà d'une simple obligation de moyens, effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état comme à l'âge des personnes atteintes du syndrome autistique. D'autre part, en application de cet article, lorsqu'un enfant autiste ne peut être pris en charge par l'une des structures désignées par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, à la demande des parents, en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de l'Etat dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cet enfant bénéficie effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée. Toutefois, il n'en est pas ainsi notamment lorsque les établissements désignés refusent d'admettre l'enfant pour un autre motif que le manque de place disponible ou lorsque les parents estiment que la prise en charge effectivement assurée par un établissement désigné par la commission n'est pas adaptée aux troubles de leur enfant.
3. Par ailleurs, l'article L. 441-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que " Le président du conseil départemental organise le contrôle des accueillants familiaux, de leurs remplaçants et le suivi social et médico-social des personnes accueillies ". Et l'article L. 443-10 du même code précise que : " Les obligations incombant au président du conseil départemental en vertu de l'article L. 441-2 sont assumées par l'établissement ou le service de soins. Les accueillants familiaux thérapeutiques employés par cet établissement ou service sont des agents non titulaires de cet établissement ou service ".
4. Enfin, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B.- A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail () ".
5. En premier lieu, dès lors que l'article L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles impose une obligation d'accueil des personnes atteintes du syndrome autistique à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées, les requérants ne sauraient se prévaloir utilement de ces dispositions à l'encontre du centre hospitalier Le Vinatier, établissement public de santé non visé par ces dispositions.
6. En deuxième lieu, si les parents du jeune F soutiennent que le centre hospitalier Le Vinatier a commis une faute dans la prise en charge de leur fils, dès lors que la décision du 16 septembre 2021 suspendant de ses fonctions Mme G, fondée sur les dispositions précitées de la loi du 5 août 2021, est irrégulière, il résulte de l'instruction que l'enfant n'a pas été accueilli du 16 septembre au 4 novembre 2021 par Mme G, assistante familiale thérapeutique agréée, au motif que cette dernière ne s'était pas conformée à son obligation vaccinale et non en raison d'un manque de place disponible. Or il résulte de l'instruction, et notamment du jugement du tribunal administratif de Lyon n°2107542 du 9 octobre 2023, devenu définitif en l'absence de recours, que le centre hospitalier Le Vinatier a pu légalement suspendre Mme G de ses fonctions pour ce motif. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le centre hospitalier Le Vinatier aurait commis une faute dans la prise en charge de leur fils.
7. En dernier lieu, les requérants soutiennent que le centre hospitalier Le Vinatier a manqué à son obligation contractuelle dès lors qu'il a irrégulièrement suspendu de ses fonctions Mme G, par une décision du 16 septembre 2021, en violation du contrat tripartite conclu pour la prise en charge de leur fils. Toutefois et comme il vient d'être dit, en application des textes rappelés aux points 3 et 4, cette suspension était légale. Si les requérants font valoir que le centre hospitalier Le Vinatier aurait dû les informer en amont et leur proposer une solution alternative, d'une part, et contrairement à ce qu'ils soutiennent, il résulte de l'instruction qu'ils ont été préalablement informés de la situation par un courrier du 14 septembre 2021 et, d'autre part, il ne résulte d'aucune clause du contrat que le centre hospitalier avait l'obligation de leur proposer une autre solution et ce d'autant que, le contrat étant tripartite, il ne pouvait pas substituer une remplaçante à Mme G. Par suite, en l'absence de manquement à ses obligations contractuelles, la responsabilité du centre hospitalier Le Vinatier ne peut pas être engagée sur ce fondement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme B, tant au nom de leur fils F qu'au nom propre de Mme B, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, et alors au demeurant que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier Le Vinatier présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier du Vinatier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D B et au centre hospitalier Le Vinatier.
Délibéré après l'audience du 17 septembre2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente ;
Mme Jorda, conseillère ;
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
V. JordaLa présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026