mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204944 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET AKTHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 1er mars 2024, M. A B, représenté par la SELARL Akthis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance et la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration fiscale a commis une erreur de droit en appliquant le 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts dès lors qu'elle n'établit ni même n'allègue qu'il y avait une confusion de patrimoine entre le contribuable et l'association ;
- elle ne pouvait considérer qu'il était seul maître de l'affaire alors que l'organe dirigeant de l'association était composé de plusieurs personnes ;
- il ne pouvait être considéré comme seul maître de l'affaire au 31 décembre 2015 ni comme maître de l'affaire au 31 décembre 2016 et ne pouvait donc être présumé bénéficiaire effectif des recettes de l'association ;
- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de l'association est radicalement viciée ;
- le service vérificateur n'a procédé à aucune constatation matérielle des faits ni comparé la situation de l'association avec celle de clubs ayant la même activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une lettre du 5 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'administration ne pouvait légalement, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, imposer entre les mains de M. B au titre des années 2015 et 2016 des sommes supérieures aux bénéfices de l'association D'Lys retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés au titre des mêmes années.
Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office ont été enregistrées le 8 mars 2024 pour M. B et ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rizzato, première conseillère,
- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Besson pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Le D'Lys qui exploite un club de libertinage a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A la suite de ces opérations de contrôle, l'administration a notifié à l'association Le D'Lys des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016 et des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 24 juillet 2018, M. B s'est, quant à lui, vu notifier des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2016. Il demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ".
En ce qui concerne les revenus distribués en 2015 :
3. Il résulte de l'instruction que M. B a présidé l'association Le D'Lys à compter de sa création et jusqu'en novembre 2016 et qu'il disposait du pouvoir d'engager l'association et de la représenter vis-à-vis des tiers, de l'engager financièrement et de signer les documents sociaux la concernant durant l'année 2015. Alors que le requérant, qui se borne à faire valoir que l'association disposait d'un bureau, ne contredit pas ces éléments, l'administration établit la qualité de seul maître de l'affaire de M. B durant l'année 2015. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à le regarder comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par l'association Le D'Lys, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
4. Il résulte également de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification adressée à l'association Le D'Lys que le service vérificateur a rejeté la comptabilité de cette association au motif que celle-ci n'a présenté aucune comptabilité au cours des opérations de contrôle et que s'agissant de la tenue de la comptabilité informatique, les tickets récapitulatifs de fin de journée (tickets Z) et les tickets de caisse n'ont été communiqués que partiellement. Le requérant ne conteste pas que la comptabilité ainsi présentée au cours des opérations de vérification n'était pas probante.
5. Pour reconstituer le bénéfice réalisé par l'association, le vérificateur a constaté, s'agissant du chiffre d'affaires relatif aux entrées, que la clientèle se répartissait en trois catégories, couple, homme seul et femme seule, selon les proportions respectives 50%, 25% et 25% qu'il a fixées unilatéralement en l'absence d'indication du contribuable. Il a relevé que les couples bénéficient d'une bouteille offerte avec leur entrée les vendredis et samedis. A partir du nombre de bouteilles de mousseux achetées par l'établissement, soit 570 en 2015 et 510 en 2016 et du nombre de soirées dans l'année, le service a ainsi reconstitué la composition totale de la clientèle et les recettes correspondantes à partir des prix communiqués par l'établissement. Il a également, s'agissant des ventes de boissons alcoolisées, pris en compte les factures d'achat dont il disposait et retenu un taux de perte de 10%. Le chiffre d'affaires ainsi reconstitué a été fixé à 32 166 euros au titre de l'année 2015 et le bénéfice, tenant compte des frais et charges admis en déduction, à 10 114 euros.
6. Le requérant, qui ne propose aucune méthode alternative, se borne à indiquer que la méthode retenue est irréaliste et ne peut traduire le fonctionnement réel du club, s'agissant notamment de la répartition des entrées par soirée et par catégorie. Toutefois, il n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère radicalement vicié ou excessivement sommaire de la méthode suivie par le vérificateur qui a suffisamment pris en considération les éléments dont il disposait.
7. Toutefois, l'administration, qui s'est fondée sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ne pouvait légalement imposer dans les mains de M. B que les bénéfices de l'association Le D'Lys retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés, n'ayant été ni mis en réserve ni incorporés au capital. Elle ne pouvait ainsi, après avoir relevé que les bénéfices retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés de l'association au titre de l'année 2015 étaient d'un montant de 10 114 euros, décider d'imposer à hauteur d'un montant de 39 082 euros, sans méconnaître le champ d'application des dispositions citées au point 2. Par suite, le montant des bénéfices de l'association Le D'Lys, qualifiés de revenus distribués sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, doit être ramené à 10 114 euros au titre de l'année 2015.
En ce qui concerne les revenus distribués en 2016 :
8. Il résulte de l'instruction que M. B a quitté la présidence de l'association en novembre 2016 et ne disposait plus du pouvoir bancaire à compter du 25 novembre 2016. L'administration n'établit pas qu'il était toujours maître de l'affaire postérieurement à cette date. Elle ne rapporte ainsi pas la preuve qu'il est le bénéficiaire des revenus réputés distribués le 31 décembre 2016 de l'association. L'administration fiscale, qui s'est fondée sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ne pouvait légalement imposer dans les mains de M. B les bénéfices de l'association Le D'Lys retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2016.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B doit être déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2015 dans la mesure indiquée au point 7 ci-dessus et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2016 et des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. B tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 2 : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi que des pénalités mises à sa charge au titre de l'année 2015 dans la mesure résultant des points 7 à 9 du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
C. Rizzato
Le président,
M. Clément
La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026