mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205008 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARNOT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. E G, son épouse Mme F G, leur fille Mme C G, cette dernière agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, A et B H, représentés par la Selarl Clapot Lettat (Me Lettat-Ouatah), demandent au tribunal :
1°) de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à verser à M. E G la somme totale de 5 959 771,53 euros, au titre des préjudices subis en lien avec sa prise en charge du 15 janvier 2017 et ses suites ;
2°) de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à verser à Mme F G la somme totale de 87 700,21 euros, en sa qualité de victime indirecte ;
3°) de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à verser à Mme C G la somme totale de 40 000 euros, en sa qualité de victime indirecte ;
4°) de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à verser à Mme A et M. B H la somme totale de 35 000 euros, en leur qualité de victime indirecte ;
5°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et des hospices civils de Lyon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- lors de la prise en charge de M. E G le 15 janvier 2017, le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en effectuant une fibrinolyse, qui n'était pas conforme aux données acquises de la science ;
- lors de la prise en charge de M. E G le 27 août 2018, les hospices civils de Lyon ont commis une faute de nature à engager leur responsabilité dès lors que la pose d'un cathéter sus-pubien n'a pas été conforme aux données acquises de la science ;
- ils sont fondés à solliciter la réparation des préjudices résultant tant de la prise en charge neurologique de M. G par le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse que de sa prise en charge urologique par les hospices civils de Lyon ;
- les préjudices de M. G doivent être évalués comme suit :
*2 483,25 au titre des dépenses de santé actuelles ;
*1 941,54 euros au titre des frais divers ;
*54 537,60 euros au titre de l'assistance à tierce personne temporaire ;
*19 545,66 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
*84 495,36 euros au titre des dépenses de santé futures ;
*5 191 605,20 euros au titre de l'assistance à tierce personne permanente ;
*15 527,92 euros au titre des frais de logement adapté ;
*31 635 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
*60 000 euros au titre des souffrances endurées ;
*30 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
*318 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
*50 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
*50 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
*50 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- les préjudices de Mme F G doivent être réparés comme suit :
*25 200,54 au titre des frais divers ;
*2 499,67 euros au titre de la perte de revenus ;
*40 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
*20 000 euros au titre des préjudices permanents exceptionnels dont les troubles dans les conditions d'existence ;
- les préjudices de Mme C G doivent être réparés comme suit :
*30 000 euros au titre du préjudice d'affection
*10 000 euros au titre des préjudices permanents exceptionnels dont les troubles dans les conditions d'existence ;
- les préjudices de Mme A et M. B H doivent être réparés comme suit :
*25 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
*10 000 euros au titre des préjudices permanents exceptionnels dont les troubles dans les conditions d'existence.
Par deux mémoires en intervention enregistrés le 25 juillet 2022 et le 9 août 2023, le ministre en charge de l'économie demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 59 009,25 euros en raison de la majoration versée à M. G au titre de l'assistance par une tierce personne.
Il fait valoir que du 9 janvier 2019 au 9 mars 2023, il a versé à M. G une majoration au titre de l'assistance par une tierce personne d'un montant total de 59 009,25 euros.
Par un mémoire en intervention enregistré le 4 juillet 2023, l'institut national des sciences appliquées de Lyon demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 68 121,55 euros au titre des sommes versées à M. G en raison de son arrêt maladie.
Il fait valoir que du 15 janvier 2017 au 31 décembre 2018, date de départ à la retraite de M. G, il lui a versé la somme totale de 68 121,55 euros, au titre de son arrêt maladie.
Par deux mémoires enregistrés le 17 juillet 2023 et le 9 décembre 2024, Mmes F et C G, cette dernière agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs, A et B H, représentées par Me Lettat-Ouatah informent le tribunal du décès de M. E G survenu le 9 mars 2023 et déclarent reprendre l'instance engagée par ce dernier.
Elles demandent également au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et son assureur, la société Relyens Mutual Insurance, à leur verser la somme totale de 1 666 164,61 euros, au titre des préjudices subis par M. G en lien avec sa prise en charge du 15 janvier 2017, somme évaluée avant application du taux de perte de chance de 85,5% ;
2°) de condamner in solidum les hospices civils de Lyon et leur assureur à leur verser la somme de 20 000 euros, au titre des souffrances endurées par M. G au titre de sa prise en charge du 27 août 2018, somme évaluée avant application du taux de perte de chance de 85,5% ;
5°) de statuer sur ce que de droit sur la mise en cause de l'ONIAM ;
6°) de déclarer le jugement commun et opposable à la CPAM du Rhône, à la mutuelle MGEN et à l'assureur la SHAM ;
7°) de mettre à la charge du centre hospitalier Fleyriat, in solidum avec les HCL, ou qui d'autre mieux le devra à leur verser la somme de 3.000 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse doit être engagée dans la limite d'une perte de chance évaluée à 85,5% dès lors que la prise en charge de M. G le 15 janvier 2017 n'a pas été conforme aux règles de l'art ;
- la responsabilité pour faute des HCL doit être engagée dès lors que la prise en charge de M. G le 27 août 2018 n'a pas été conforme aux règles de l'art ;
- elles s'en remettent à l'appréciation du tribunal s'agissant de la mise en cause de l'ONIAM ;
- les dépenses de santé futures doivent être évaluées à 16 193,43 euros et l'assistance à tierce personne permanente à 708 600 euros ;
- les préjudices d'affection de Mmes F et C G et celui des petits-enfants, A et B H, doivent être doublement indemnisés au titre de la survie de M. G et au titre par la suite du décès de celui-ci ;
- les souffrances endurées par M. G en raison de la faute commise par les HCL doivent être évaluées à 20 000 euros ;
- elles maintiennent le surplus des moyens déjà présentés.
Par un mémoire en intervention enregistré le 18 septembre 2023, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche renvoie le tribunal aux écritures produites par l'institut national des sciences appliquées de Lyon.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2023, le 10 décembre 2024 et le 9 janvier 2025, les hospices civils de Lyon et leur assureur, la société Relyens Mutual Insurance, représentés par la Selarl Carnot Avocats (Me Deygas), concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir que :
- la demande de condamnation in solidum est infondée et injustifiée, dès lors qu'une personne publique ne peut pas être tenue solidairement responsable d'une dommage avec le tiers qui est seul responsable de la faute à l'origine du dommage, qu'il appartient au juge de déterminer, en cas de pluralité de fautes, si chacune porte en elle le dommage et que, en toute hypothèse, une personne publique ne peut pas être rendue solidairement débitrice de sommes correspondant à des préjudices qui ne lui sont pas imputables ;
- il n'existe aucun lien entre la faute reprochée et les préjudices de M. G ;
- en l'absence de faute, les conclusions des requérantes, de l'ONIAM et de la MGEN doivent être rejetées.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2023 et le 9 janvier 2025, le centre hospitalier de Fleyriat de Bourg-en-Bresse et son assureur, la société Relyens Mutual Insurance, représentés par la Selarl Rebaud avocat (Me Rebaud), conclut, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal ordonne une mesure de contre-expertise ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que les prétentions des parties soient ramenées à de plus justes proportions et qu'un taux de perte de chance soit appliqué ;
4°) en tout état de cause, de réduire dans de larges proportions la demande formulée par les consorts G au titre des frais d'instance.
Il fait valoir que :
- à titre principal, sa responsabilité ne peut pas être engagée dès lors qu'aucune faute dans l'organisation et le fonctionnement de son service n'est caractérisée, que le médecin qui a pris en charge M. G est seulement tenu à une obligation de moyens et que les préjudices de la victime doivent être indemnisés au titre de la solidarité nationale ;
- à titre subsidiaire, compte tenu des difficultés à interpréter les données de l'imagerie, de la contradiction existante entre l'avis des experts et celui de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux et de l'absence d'évaluation d'un taux de perte de chance et de précisions dans les préjudices subis, une expertise judiciaire doit être ordonnée ;
- à titre infiniment subsidiaire :
*un taux de perte de chance doit être fixé et il ne peut pas être de 85,5% ;
*les frais de télévision, d'étiopathie, de consommables, de matériel médical, d'achat d'un poêle à granulés, la pose de fenêtres et de volets roulants, le préjudice d'agrément doivent être rejetés ;
*les frais liés aux copies de dossier médical doivent être limités aux seuls frais engagés pour obtenir le dossier médical détenu par ses services, les frais liés aux dossiers détenus dans les autres établissements de soins ne relevant de sa charge ;
*les pertes de gains professionnels doivent être ramenées à la réalité du préjudice et être réduites dans de larges proportions ;
*l'assistance à tierce personne temporaire doit être évaluée sur la base d'une aide de huit heures par jour, d'un taux horaire de 13 euros ; qu'elle doit être ramenée à la réalité du préjudice et que les aides perçues doivent être déduites ;
*l'assistance à tierce personne permanente doit être évaluée sur la base d'une aide de douze heures par jour, d'un taux horaire de 14 euros ; qu'elle doit être ramenée à la réalité du préjudice et que les aides perçues doivent être déduites ; et qu'en l'état de l'instruction, ce chef de préjudice doit être rejeté ;
*les frais de logement adapté doivent être limités aux dépenses effectivement réglées par M. G ;
*le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées, le préjudice esthétique temporaire, le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent et le préjudice sexuel, les préjudices d'affection constitués aussi bien par la survie que par le décès de M. G et les troubles dans les conditions d'existence des membres de sa famille doivent être ramenés à de plus justes proportions ;
*la créance du ministère en charge de l'économie devra être limitée à hauteur du taux de perte de chance à fixer ;
*la créance de la MGEN devra être limitée à hauteur du taux de perte de chance à fixer et au titre des frais d'optique et des pertes de gains professionnels actuels et futurs elle devra être rejetée.
Par un courrier du 4 octobre 2024, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office la responsabilité sans faute de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), en raison de la survenance d'un accident médical non fautif.
Une réponse à ce moyen d'ordre public, présentée pour les consorts G, a été enregistrée le 17 octobre 2024 et communiquée.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la Selarl Birot-Ravaut et Associés (Me Ravaut) demande au tribunal de prononcer sa mise hors de cause et de statuer sur les dépens.
Il fait valoir que :
- l'hémorragie cérébrale dont a été victime M. G relève d'une indication injustifiée imputable au centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, exclusive d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;
- la perforation de l'intestin grêle dont a été victime M. G relève d'une maladresse fautive imputable aux hospices civils de Lyon ;
- en tout état de cause, les séquelles présentées par M. G à la suite de l'hémorragie cérébrale ne remplissent pas la condition d'anormalité du dommage, requise par les textes ;
- en tout état de cause, les séquelles présentées par M. G à la suite de la perforation de l'intestin grêle ne remplissent pas la condition de gravité du dommage, requise par les textes.
Par deux mémoires enregistrés le 20 décembre 2024 et le 23 janvier 2025, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN), représentée par la SCP Lecat et associés (Me Lecat), demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les HCL ainsi que leurs assureurs respectifs à lui verser la somme totale de 50 507,95 euros en remboursement des prestations versées à M. G en lien avec ses prises en charge du 15 janvier 2017 et du 27 oût 2018 ;
2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, des HCL et de leurs assureurs respectifs la somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance.
Elle fait valoir qu'elle a engagé la somme de 50 507,95 euros au titre des prestations mutualistes versées à la victime, M. G en lien avec ses prises en charges du 15 janvier 2017 et du 27 août 2018 par le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les HCL.
La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, régulièrement mise en cause le 18 décembre 2023, n'a pas produit à l'instance.
Par une ordonnance du 9 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 24 janvier 2025 à 16h30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Pontille, substituant Me Lettat-Ouatah, représentant les consorts G, ainsi que celles de M. I représentant l'institut national des sciences appliquées, celles de Me Louveau substituant Me Rebaud, représentant le centre hospitalier de Bourg en Bresse et celles de Me Berset, substituant Me Deygas, représentant les hospices civils de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 janvier 2017, M. E G, né le 13 novembre 1956, a été victime d'engourdissements et a présenté un déficit hémi-corporel droit. Il a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, où une fibrinolyse a été réalisée. Présentant une respiration bruyante, une hémiplégie droite et une aphasie, un scanner cérébral a été réalisé montrant une hémorragie cérébrale. Son état de santé s'aggravant, il a été transféré au service réanimation où il a été placé sous assistance respiratoire. Une trachéotomie et une gastrotomie ont été réalisées le 17 février 2017. Le 19 octobre 2017, il a été admis au service de rééducation post réanimation aux hospices civils de Lyon (HCL). A la suite d'un bilan urodynamique effectué le 28 mai 2018, une prothèse endo-urétrale et un cathéter sus-pubien ont été posés le 27 août 2018. Le 31 août 2018, il a été opéré en urgence pour prendre en charge une perforation de l'intestin grêle et permettre la pose d'un nouveau cathéter sus-pubien, qui a été retiré le 17 septembre 2018. Le 16 mai 2019, les requérants ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a missionné trois médecins à fins d'expertise, lesquels ont rendu leur rapport du 24 février 2020 le 3 mars 2020. Par un avis du 18 septembre 2020, la CCI s'est déclarée incompétente pour émettre un avis quant à la prise en charge du patient par les HCL en l'absence de gravité du dommage et, adoptant une position contraire à celle des experts, elle a écarté la responsabilité du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et n'a retenu aucun accident médical non fautif ni aucune infection nosocomiale. M. E G étant décédé le 9 mars 2023, son épouse, Mme F G, et sa fille, Mme C G, cette dernière agissant tant en son nom qu'au nom de ses enfants mineurs, ont déclaré le 17 juillet 2023 poursuivre l'instance. Dans le dernier état de leurs écritures, les consorts G demandent au tribunal de condamner in solidum le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et son assureur à leur verser la somme totale de 1 666 164,61 euros et les HCL et leur assureur à leur verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis en lien avec les prises en charge de M. E G par ces établissements. Le ministre en charge de l'économie demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les HCL à lui verser la somme de 59 009,25 euros en raison de la majoration versée à M. G au titre de l'assistance par une tierce personne et l'institut national des sciences appliquées de Lyon demande au tribunal de les condamner à lui verser la somme de 68 121,55 euros au titre des sommes versées à M. G en raison de son arrêt maladie. La mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN) demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse et les HCL ainsi que leurs assureurs respectifs à lui verser la somme totale de 50 507,95 euros en remboursement des prestations versées à M. G en lien avec ses prises en charge du 15 janvier 2017 et du 27 août 2018.
Sur les conclusions à fins indemnitaires tendant à l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ".
3. Il appartient au juge saisi par la victime d'un accident médical de conclusions indemnitaires invoquant la responsabilité pour faute d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, de déterminer si l'accident médical a été directement causé par la faute invoquée et, dans ce cas, si l'acte fautif est à l'origine des dommages corporels invoqués ou seulement d'une perte de chance de les éviter. Si l'acte fautif n'est pas la cause directe de l'accident, il lui appartient de rechercher, le cas échéant d'office, si le dommage subi présente le caractère d'anormalité et de gravité requis par le II de l'article L. 1142 1 du code de la santé publique et doit, par suite, faire l'objet d'une réparation par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale.
4. D'une part, prenant appui sur les conclusions du rapport d'expertise du 24 février 2020, les consorts G soutiennent que le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse a commis une faute, dès lors que la fibrinolyse pratiquée le 15 janvier 2017 à 20h03 n'était pas conforme aux règles de l'art. Ils font valoir que la fibrinolyse a été réalisée au-delà du délai recommandé de quatre heures trente après constatation des symptômes de l'accident vasculaire cérébral (AVC). Toutefois, il résulte de l'instruction que, le 15 janvier 2017, M. G a été victime d'engourdissements et a présenté un déficit hémi-corporel droit, au réveil de sa sieste, aux alentours de 16h, qu'il a été pris en charge par le service des urgences à 19h20, et qu'au regard des résultats de l'IRM encéphalique effectuée à 19h38, une fibrinolyse a été réalisée à partir de 20h03, soit dans le délai de quatre heures trente porté à la connaissance du service médical. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment des observations médicales du docteur D du 14 septembre 2020, que les experts ont retenu une indication non conforme de la fibrinolyse, non en raison du délai d'exécution, mais sur la base de l'interprétation de l'IRM montrant un signal minime en FLAIR au sein d'une zone d'ischémie. Les requérants soutiennent alors que la présence de ce signal constitue une contre-indication à la fibrinolyse, dès lors que, selon le rapport d'expertise du 24 février 2020, la présence d'un signal permet de déduire que l'AVC a été constitué plus tôt, c'est-à-dire bien avant 16h. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour arriver à cette conclusion, les experts, pourtant qualifiés, ont dû solliciter l'avis hyperspécialisé d'un autre spécialiste. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte de l'instruction que, en l'absence d'un signal FLAIR d'hyperintensité marquée, M. G, victime d'un AVC, remplissait les critères cliniques et radiologiques pour effectuer la fibrinolyse, et qu'en effectuant cette intervention à partir de 20h03 pour des symptômes identifiés aux alentours de 16h, et alors que la lecture de l'IRM d'interprétation difficile dans les circonstances particulières de l'espèce était incompatible avec les contraintes de l'urgence, qui imposaient une prise de décision rapide, y compris dans un service spécialisé dans la prise en charge de ces situations, le centre hospitalier n'a pas manqué aux règles de l'art. Par suite, en l'absence de faute, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse soit engagée.
5. Il s'ensuit que les conclusions à fins indemnitaires tendant à l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en Bresse présentées par les consorts G, la mutuelle générale de l'éducation nationale, le ministre en charge de l'économie et l'institut national des sciences appliquées doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins indemnitaires tendant à l'engagement de la responsabilité des hospices civils de Lyon :
En ce qui concerne la responsabilité des hospices civils de Lyon
6. Il résulte du rapport d'expertise du 24 février 2020 que si, compte tenu du bilan urodynamique de M. G du 28 mai 2018, la pose d'une prothèse endo-urétrale était indiquée, la perforation de l'intestin grêle, dont il est a été victime, lors de l'intervention du 27 août 2018, est survenue à raison de la pose du cathéter sus-pubien qui a été réalisée sans vérifier l'existence d'un globe vésical, qu'une échographie aurait permis de visualiser. Dès lors, il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté en défense que la pose du cathéter sus-pubien, ayant conduit à la perforation de l'intestin grêle, n'a pas été faite dans les règles de l'art. Par suite, les consorts G sont fondés à soutenir que les HCL ont commis une faute, lors de l'intervention du 27 août 2018, de nature à engager leur responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices
7. Si le rapport d'expertise du 24 février 2020 conclut à l'absence de séquelle urologique ou autre propre à la faute des HCL et donc à l'absence de majoration des déficits fonctionnels temporaire et permanent du patient et si la CCI, dans son avis du 18 septembre 2020, ajoute qu'aucune majoration des préjudices professionnels ne peut être imputable à la perforation de l'intestin grêle, il résulte de l'instruction et notamment de cet avis de la CCI que la faute des HCL a entrainé une majoration des douleurs endurées par M. G. Dans ces conditions, les consorts G, qui n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause ces expertises, sont seulement fondés à demander l'indemnisation des souffrances endurées par la victime et entrées dans son patrimoine avant son décès. La CCI ayant évalué ces souffrances endurées à deux sur une échelle de sept pendant une période d'un mois à compter du 27 août 2018, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
8. Dès lors que, comme indiqué au point précédent, le seul préjudice imputable à la faute des HCL est une majoration des souffrances endurées par M. G, les conclusions à fins indemnitaires présentées par la mutuelle générale de l'éducation nationale, le ministre en charge de l'économie et l'institut national des sciences appliquées à l'encontre des HCL doivent être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de prononcer la mesure d'expertise sollicitée par le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, que les HCL et leur assureur doivent être condamnés in solidum à verser à Mmes F et C G la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices subis par M. E G en lien avec sa prise en charge urologique réalisée le 27 août 2018.
Sur les frais liés au litige et les dépens :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge solidaire des hospices civils de Lyon et de leur assureur le versement à Mmes F et C G d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance. En revanche, les conclusions présentées par la MGEN contre le centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, les HCL et leurs assureurs respectifs au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
11. Par ailleurs, en l'absence de dépens, les conclusions présentées à cette fin par l'ONIAM ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les hospices civils de Lyon et leur assureur verseront in solidum à Mmes F et C G la somme de 2 000 euros en réparation des préjudices subis par M. E G en lien avec sa prise en charge urologique réalisée le 27 août 2018.
Article 2 : Les hospices civils de Lyon et leur assureur verseront in solidum à Mmes F et C G une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mmes F et C G, au centre hospitalier Fleyriat de Bourg-en-Bresse, aux hospices civils de Lyon, à la société Relyens Mutual Insurance, à la mutuelle générale de l'éducation nationale, au ministre chargé de l'économie, au ministre chargé de l'enseignement supérieur, à l'institut national des sciences appliquées de Lyon, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, première conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
V. JordaLa présidente,
A-S. BourLa greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la ministre en charge de la santé en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026