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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205150

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205150

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMADFAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Madfai, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'ordonner à l'administration d'admettre en déduction les sommes versées à titre de pension alimentaire à sa mère pour les années postérieures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mise en demeure qui lui a été adressée le 18 mars 2020 ne tient pas compte des dégrèvements prononcés le 1er avril 2020 ;

- l'administration ne pouvait remettre en cause le rattachement au foyer fiscal de sa fille B, devenue majeure le 4 janvier 2016, pour l'année 2016, alors qu'elle a admis, dans des circonstances similaires, le rattachement de son fils D au titre des années 2014 et 2015 ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction, au titre des années 2016 et 2017, des pensions alimentaires versées à sa mère, âgée de 80 ans, qui réside seule en Algérie, ne dispose d'aucune ressource et a besoin, du fait de son état de santé, d'une assistance ménagère.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut à la décharge des impositions et pénalités en litige à hauteur de la déduction, au titre de la pension alimentaire versées par M. C à sa mère, d'un montant supplémentaire de 4 008 euros pour l'année 2016 et de 4 192 euros pour l'année 2017 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- par une décision du 1er avril 2020, antérieure à l'introduction de la requête, il a procédé au dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du foyer fiscal de M. C à hauteur de 1 197 euros pour l'année 2016 et de 1 170 euros pour l'année 2017 ;

- le moyen relatif à la mise en demeure du 18 avril 2020, qui se rattache au contentieux du recouvrement, est inopérant dans le cadre de la présente instance ;

- la déduction, au titre de la pension alimentaire versée par M. C à sa mère, d'un montant supplémentaire de 4 008 euros pour l'année 2016 et de 4 192 euros pour l'année 2017 peut être admise ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- M. C n'est pas recevable à formuler des conclusions à fin de décharge s'agissant des années postérieures à 2017, en l'absence de réclamation contentieuse préalable.

Par ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.

En réponse à la demande formulée par le tribunal sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a produit, le 18 décembre 2023, des pièces pour compléter l'instruction.

Par une lettre du 20 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office suivants, tirés :

- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du foyer fiscal de M. C au titre des années 2016 et 2017 à hauteur des dégrèvements prononcés par décision du 1er avril 2020 ;

- du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du foyer fiscal de M. C au titre des années 2016 et 2017 à hauteur des dégrèvements prononcés par décision du 24 novembre 2022 ;

- de l'irrecevabilité des conclusions tendant à "condamner l'administration à admettre en déduction les sommes versées par M. C à titre de pension alimentaire () à sa mère () pour () les années postérieures", eu égard à leur objet.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle sur pièces, le foyer fiscal de M. C a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties d'intérêts de retard et de majorations, au titre des années 2016 et 2017, dont le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge. M. C demande également au tribunal d'ordonner à l'administration d'admettre en déduction les sommes versées à titre de pension alimentaire à sa mère pour les années postérieures.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 1er avril 2020, antérieure à l'introduction de la requête l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du foyer fiscal de M. C à hauteur de 1 197 euros au titre de l'année 2016 et de 1 170 euros au titre de l'année 2017. Dès lors, les conclusions à fin de décharge présentées par le requérant sont irrecevables dans cette mesure.

3. Par une décision du 24 novembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône a procédé au dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge du foyer fiscal de M. C à hauteur de 1 408 euros au titre de l'année 2016 et de 1 423 euros au titre de l'année 2017. Dès lors, les conclusions à fin de décharge présentées par le requérant ont, dans cette mesure, perdu leur objet et il n'y a, ainsi, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions et pénalités restant en litige au titre des années 2016 et 2017 :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis. () 3. Toute personne majeure âgée de moins de vingt et un ans, ou de moins de vingt-cinq ans lorsqu'elle poursuit ses études, ou, quel que soit son âge, lorsqu'elle effectue son service militaire ou est atteinte d'une infirmité, peut opter, dans le délai de déclaration et sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du 2° du II de l'article 156, entre : / 1° L'imposition de ses revenus dans les conditions de droit commun ; / 2° Le rattachement au foyer fiscal dont elle faisait partie avant sa majorité, si le contribuable auquel elle se rattache accepte ce rattachement et inclut dans son revenu imposable les revenus perçus pendant l'année entière par cette personne ; le rattachement peut être demandé, au titre des années qui suivent celle au cours de laquelle elle atteint sa majorité, à l'un ou à l'autre des parents lorsque ceux-ci sont imposés séparément. () ". Aux termes de l'article 196 de ce code : " Sont considérés comme étant à la charge du contribuable, que celle-ci soit exclusive, principale ou réputée également partagée entre les parents, à la condition de n'avoir pas de revenus distincts de ceux qui servent de base à l'imposition de ce dernier : / 1° Ses enfants âgés de moins de 18 ans ou infirmes ; () ". Aux termes de l'article 196 B du même code : " Le contribuable qui accepte le rattachement des personnes désignées au 3 de l'article 6 bénéficie d'une demi-part supplémentaire de quotient familial par personne ainsi rattachée. () ".

5. Il est constant qu'avant sa majorité, intervenue le 4 janvier 2016, la fille de M. C, B, était rattachée au foyer fiscal de sa mère, auprès de laquelle elle réside en Algérie. En application des dispositions du 2° du 3 de l'article 6 du code général des impôts, elle ne pouvait, ainsi, opter, pour la période du 5 janvier au 31 décembre 2016, pour le rattachement au foyer fiscal de son père, imposé séparément, une telle option étant seulement susceptible d'être exercée au titre des années suivantes. Par suite, l'administration a fait une correcte application des dispositions précitées en remettant en cause le rattachement au foyer fiscal de la fille de M. C au titre de l'année 2016.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; () ".

7. Ainsi qu'il a été dit plus haut, la remise en cause du rattachement au foyer fiscal de M. C de sa fille B au titre de l'année 2016 repose sur les dispositions du 2° du 3 de l'article 6 du code général des impôts. Le courrier du 17 avril 2018 par lequel l'administration a répondu aux observations présentées par le foyer fiscal de M. C sur la proposition de rectification du 22 avril 2017 concernant les revenus des années 2014 et 2015 ne contient aucune interprétation de ces dispositions précises. Par suite, le requérant n'est pas fondé à s'en prévaloir sur le fondement du premier alinéa l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. Par ailleurs, dans ce courrier, l'administration prend position sur le rattachement, à compter de sa majorité, du fils de M. C, D, au titre des années 2014 et 2015. Par suite, le requérant ne saurait s'en prévaloir sur le fondement de 1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales pour contester la remise, en cause, par l'administration du rattachement de sa fille B à son foyer fiscal au titre de l'année 2016.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 156 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : / () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : / () 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil à l'exception de celles versées aux ascendants quand il est fait application des dispositions prévues aux 1 et 2 de l'article 199 sexdecies ; () ". Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Selon l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. ".

10. Le foyer fiscal de M. C a déduit de son revenu net annuel la pension alimentaire versée à la mère de ce dernier, qui réside en Algérie, pour un montant de 10 000 euros en 2016 et en 2017. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la situation de celle-ci justifierait, compte-tenu du niveau de vie en Algérie, le versement d'une pension alimentaire supérieure à celle admise en déduction par l'administration en dernier lieu, soit 7 419 euros pour l'année 2016 et 7 637 euros pour l'année 2017. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'intégralité de la pension alimentaire déclarée aurait dû être admise en déduction s'agissant des années considérées.

11. En troisième lieu, si le requérant soutient que les montants figurant sur la mise en demeure datée du 18 mars 2020 qui lui a été adressée sont erronés à ce jour du fait des dégrèvements prononcés le 1er avril 2020, sa contestation sur ce point se rattache au contentieux du recouvrement et est par suite inopérante dans le cadre du présent litige relatif à l'assiette des impositions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu laissées à la charge de son foyer fiscal au titre des années 2016 et 2017.

Sur les conclusions portant sur les années postérieures :

13. La réclamation contentieuse présentée par M. C le 16 novembre 2021 doit être regardée comme portant exclusivement sur les suppléments d'impôt sur le revenu et les pénalités réclamés au titre des années 2016 et 2017. Le requérant n'est, dès lors, pas recevable à demander au juge de l'impôt de se prononcer sur les impositions qui ont été ou seront établies au titre d'années postérieures.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. C demande au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de son foyer fiscal à hauteur de la somme totale de 1 408 euros pour l'année 2016 et de 1 423 euros pour l'année 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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