mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205288 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL AD JUSTITIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, Mme A B, représentée par la Selarl Ad Justitiam (Me Thinon), demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Roanne à lui verser une indemnité d'un montant total de 77 066 euros, sous déduction de la somme versée à titre provisionnel par la société CN/HARDY à hauteur de 8 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la saisine du tribunal administratif et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge au sein de cet établissement à l'occasion de son accouchement par césarienne le 3 juin 2018 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roanne une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de Roanne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, constituée par l'oubli d'un champ opératoire au niveau abdominal lors de son accouchement par césarienne ;
- elle a subi, du fait de cette faute, plusieurs préjudices, dont elle demande la réparation suivante :
* préjudices patrimoniaux avant consolidation : assistance par une tierce personne : 17 887 euros ;
* préjudices extra-patrimoniaux temporaires : déficit fonctionnel temporaire, partiel et total, pour la période du 19 juin 2018 au 21 mai 2020 : 4 254 euros ; souffrances endurées : 35 000 euros ; préjudice esthétique temporaire : 8 000 euros ; préjudice sexuel : 1 500 euros.
* préjudices extra-patrimoniaux permanents : déficit fonctionnel permanent de 2,5 % : 4 425 euros ; préjudice esthétique permanent : 6 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2022, le centre hospitalier de Roanne, représenté par la Selarl RC avocats (Me Converset), conclut à ce que les indemnisations susceptibles d'être mises à sa charge soient ramenées à de plus justes proportions, à ce que la provision de 8 000 euros déjà versée vienne en déduction des sommes allouées à Mme B et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- la preuve de l'existence d'un préjudice sexuel, qui n'est pas retenu par l'expertise judiciaire, n'est pas établie, alors que l'absence de rapports sexuels durant les trois mois ayant suivi son opération est indemnisée au titre du déficit fonctionnel temporaire subi durant cette période ;
- il ne pourra pas être fait droit à la demande de remboursement des billets d'avion achetés pour faire venir la mère de la requérante afin de l'assister, dès lors qu'elle n'établit pas avoir pris en charge ces frais personnellement ;
- l'indemnisation des autres postes de préjudices devra être réduite à de plus justes proportions.
Par un mémoire, enregistré le 10 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Roanne à lui verser une somme totale de 49 079,14 euros en remboursement des dépenses auxquelles elle a été exposée du fait de la faute dont a été victime Mme B, avec intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roanne une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Roanne concernant les préjudices subis par Mme B des suites de sa prise en charge hospitalière du 3 juin 2018 est établie par le rapport d'expertise judiciaire produit à la cause ;
- elle a droit au remboursement des dépenses engagées en réparation de ces préjudices, correspondant à des dépenses de santé actuelles, pour un montant total de 49 079,14 euros ;
- le centre hospitalier de Roanne doit également être condamné à lui verser l'indemnité de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par ordonnance du 11 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1902147 du 24 avril 2019, par laquelle le juge des référés a désigné un expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance n° 2105306 du 2 novembre 2021, par laquelle le juge des référés a désigné un expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public ;
- et les observations de Me Roullet, représentant le centre hospitalier de Roanne.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 juin 2018, Mme B a accouché par césarienne, au centre hospitalier de Roanne. Dès son retour à domicile, le 7 juin suivant, elle s'est plainte de douleurs pelviennes importantes, de température et de leucorrhées anormales, qui l'ont conduite à être examinée au service des urgences gynécologiques du centre hospitalier de Roanne, le 19 juin 2018. Une infection a été diagnostiquée et elle a été hospitalisée jusqu'au 22 juin 2018. Le lendemain de sa sortie, Mme B a été reçue en consultation post natale par le gynécologue l'ayant opérée, qui n'a rien constaté d'anormal. Elle est retournée aux urgences gynécologiques du centre hospitalier de Roanne le 30 novembre 2018, en raison d'une réapparition des douleurs abdominales. La réalisation d'un scanner abdomino-pelvien a mis en évidence la présence d'un textilome surinfecté dans son abdomen, infiltrant les parois digestives sans perforation. Une laparotomie transversale sus-pubienne a été réalisée le lendemain, afin de retirer ce textilome. Trois jours plus tard, une laparotomie verticale sur toute la hauteur de l'abdomen de la patiente a été rendue nécessaire à la suite de la découverte d'une péritonite liée à une perforation. Mme B est restée hospitalisée jusqu'au 19 décembre 2018, et a ensuite conservé une dérivation intestinale à type de colostomie gauche jusqu'à la reprise de la laparotomie médiane, qui a été effectuée à la clinique de Renaison, le 13 février 2020.
2. Le 21 mars 2019, Mme B a introduit un recours en référé expertise devant le tribunal administratif de Lyon, et une expertise a été ordonnée par le juge des référés le 24 avril 2019. L'expert a déposé son rapport le 30 octobre 2019, en précisant ne pas pouvoir donner un avis sur les préjudices permanents de la requérante, en l'absence de consolidation de son état de santé. Le 6 juillet 2021, une nouvelle expertise a été ordonnée par le juge des référés à la demande de Mme B afin de déterminer ses préjudices après consolidation, et l'expert a rendu son rapport définitif le 13 mars 2022. Le 11 avril 2022, Mme B a adressé une demande indemnitaire au directeur du centre hospitalier de Roanne, pour un montant total de 77 066 euros. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le centre hospitalier sur cette demande. Dans la présente instance, Mme B recherche la responsabilité du centre hospitalier de Roanne à raison de la faute commise lors de son accouchement par césarienne du 3 juin 2018 et demande au tribunal de condamner l'établissement de santé public à réparer ses préjudices à hauteur de la somme totale de 77 066 euros. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, intervenant à l'instance, demande le remboursement des prestations servies à son assurée, pour la somme totale de 49 079,14 euros.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Roanne :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. En l'espèce, il est constant qu'un textilome, lésion développée autour d'un corps étranger textile, a été extrait de l'abdomen de la patiente lors de l'intervention du 1er décembre 2018. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, suite à son accouchement par césarienne, Mme B s'est plainte de douleurs et de leucorrhées anormales dès sa sortie d'hospitalisation, le 7 juin 2018, et que ces douleurs persistantes n'ont trouvé leur explication qu'à l'occasion du scanner réalisé le 30 novembre 2018, révélant la présence d'un corps étranger dans son abdomen. Il ne résulte ainsi ni de la chronologie des faits entre la césarienne initiale et la découverte du corps étranger, ni d'aucun autre élément de l'instruction que ce textilome aurait pu être introduit à une autre occasion que cette intervention, alors qu'il ressort du rapport d'expertise médicale du 30 octobre 2019, et qu'il n'est au demeurant pas contesté par le centre hospitalier en défense, qu'il s'agissait d'un champ opératoire oublié au décours de la césarienne pratiquée au centre hospitalier de Roanne le 3 juin 2018. La seule circonstance que les documents de traçabilité remplis par l'infirmier circulant au bloc et le compte-rendu opératoire mentionnent qu'il a été procédé au décompte exact des champs stériles utilisés, ne peut suffire à infirmer ce constat. En outre, s'il résulte du rapport de l'expertise médicale que la perception visuelle du champ opératoire oublié a été rendue plus difficile en raison de l'importante perte de sang subie par la patiente lors de sa césarienne, cette circonstance ne saurait exonérer le centre hospitalier de sa faute. Il résulte également de l'instruction que ce champ opératoire, présent dans l'abdomen de la patiente pendant plusieurs mois, a adhéré à son tube digestif et s'est infecté, ce qui a nécessité deux autres interventions consistant en une laparotomie verticale avec colostomie le 4 décembre 2019, et en une reprise de laparotomie médiane, le 13 février 2021. Par suite, l'oubli d'un champ opératoire textile lors de l'intervention du 1er décembre 2018, à l'origine exclusive du dommage subi par la requérante, est constitutif d'une faute médicale de nature à engager l'entière responsabilité du centre hospitalier de Roanne.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
5. Lorsque, au nombre des conséquences dommageables d'un accident engageant la responsabilité d'une personne publique, figure la nécessité pour la victime de recourir à l'assistance d'une tierce personne à domicile pour les actes de la vie courante, la circonstance que cette assistance serait assurée par un membre de sa famille est, par elle-même, sans incidence sur le droit de la victime à en être indemnisée.
6. Si l'expertise judiciaire fait état de la circonstance que la mère de Mme B est venue à deux reprises en métropole depuis Mayotte, où elle réside, afin d'aider la requérante à s'occuper de ses enfants suite à ses opérations, et souligne que le " couple a eu besoin de se faire aider au moment des hospitalisations de décembre ", elle n'a cependant pas déterminé ni évalué le besoin d'une assistance par tierce personne de la requérante. Il résulte toutefois de l'instruction que l'expert a évalué le déficit fonctionnel temporaire de Mme B à 20 % du 24 juin 2018 au 29 novembre 2018, et du 20 décembre 2018 au 19 janvier 2019, en raison des douleurs subies avant l'ablation du champ opératoire de son abdomen et des suites des interventions subies en décembre 2018. Il s'ensuit que, en dehors des périodes au cours desquelles elle a été hospitalisée, l'état de santé de Mme B a justifié un besoin d'assistance par une tierce personne qui peut être évaluée à une heure par jour durant une période de 172 jours en 2018 et de 19 jours en 2019. L'aide nécessaire étant une aide non spécialisée, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération, tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur, fixé à 13,83 euros pour la période de 172 jours en 2018, et fixé à 14,04 euros pour la période de 19 jours en 2019, rapporté sur une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés, soit un total de 2 986,18 euros [(1 x 172 x 13,83 x (412/365)) + (1 x 19 x 14,04 x (412/395))]. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée aurait perçu une aide finançant l'assistance par une tierce personne à domicile durant cette période, le centre hospitalier de Roanne doit être condamné à verser à Mme B une somme de 2 986,18 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne à domicile.
S'agissant des frais divers :
7. Mme B sollicite le versement de la somme de 1 227 euros en indemnisation du prix des billets d'avion qu'elle aurait achetés à sa mère afin qu'elle vienne l'assister depuis Mayotte. Toutefois, les dates et les montants apparaissant sur les billets d'avion, factures et prélèvements bancaires qu'elle produit ne sont pas cohérents entre eux, ni avec les dates retenues par l'expertise judiciaire et avec la somme dont elle sollicite l'indemnisation. Par suite, ces documents ne permettent pas d'établir avec certitude la réalité de son préjudice.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant des préjudices personnels temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert judiciaire, qui n'est pas remis en cause par le centre hospitalier sur ce point, éclairé par le dossier médical de Mme B, que, en raison des fautes imputables au centre hospitalier de Roanne, la requérante a supporté avant la consolidation de son état de santé, fixée au 21 mai 2020, une période de déficit fonctionnel temporaire total de trente-quatre jours du 19 juin 2018 au 22 juin 2018, puis du 30 novembre 2018 au 19 décembre 2018, et enfin du 12 février 2020 au 21 février 2020, correspondant à ses journées d'hospitalisation supplémentaires liées à ses douleurs abdominales, puis à l'ablation du champ opératoire oublié, et aux suites chirurgicales rendues nécessaires pour soigner l'infection due à l'oubli de ce champ opératoire. Elle a ensuite supporté une période de déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 20 %, du 23 juin 2018 au 29 novembre 2018, correspondant aux suites anormales de sa césarienne avant l'enlèvement du champ opératoire oublié, puis du 20 décembre 2018 au 19 janvier 2019, correspondant au premier mois suivant ses interventions de décembre 2018, une période de déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 15 % du 19 janvier 2019 au 11 février 2020, correspondant à la période ayant suivi sa colostomie avant sa dernière opération, puis du 22 février 2020 au 21 mars 2020, suivant sa dernière opération, et une période de déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 10 % du 22 mars 2020 au 21 mai 2020, des suites de cette dernière intervention avant consolidation de son état de santé. En retenant une valorisation du déficit fonctionnel temporaire total de l'ordre de 500 euros par mois, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, qui comprend le préjudice sexuel temporaire, en l'évaluant sur la période concernée à la somme globale de 2 260 euros.
Quant aux souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction que Mme B a enduré des souffrances physiques du fait de la présence d'un corps étranger dans son abdomen pendant près de six mois, ainsi qu'en raison de la réalisation de trois interventions chirurgicales douloureuses rendues nécessaires par cet oubli, évaluées en dernier lieu par l'expert judiciaire à 5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en les évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à la somme totale de 15 000 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le centre hospitalier de Roanne à verser à Mme B une somme de 15 000 euros à ce titre.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
10. Il résulte de l'instruction que Mme B a enduré un préjudice esthétique temporaire du fait du port d'une poche durant plus d'un an suite à sa colostomie et en raison de cicatrices abdominales disgracieuses et chéloïdes, en dehors de la cicatrice liée à sa césarienne. Ce préjudice a été évalué par l'expert judiciaire à 3 sur une échelle de 7, et cette évaluation n'est pas contestée en défense. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 3 600 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le centre hospitalier de Roanne à verser à Mme B une somme de 3 600 euros à ce titre.
Quant au préjudice sexuel :
11. Si l'expert a reconnu, dans son premier rapport, l'existence d'un préjudice sexuel, constitué par l'absence de rapports sexuels durant les trois mois suivant sa troisième opération, le préjudice sexuel temporaire a toutefois été inclus dans l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de la requérante. Par suite, il n'y a pas lieu d'allouer une somme à Mme B en réparation de ce préjudice.
S'agissant des préjudices personnels permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
12. Il résulte de l'expertise que Mme B, née le 16 avril 1987, et ainsi âgée de trente-trois ans à la date de la consolidation de son état de santé, le 21 mai 2020, est atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 2,5 %, lié à des douleurs pariétales cicatricielles situées au niveau de la fermeture de la colostomie, entièrement imputables à la faute retenue contre le centre hospitalier, et non contestées en défense. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 000 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le centre hospitalier de Roanne à verser à Mme B une somme de 3 000 euros à ce titre.
Quant au préjudice esthétique permanent :
13. Il résulte de l'instruction que Mme B a enduré un préjudice esthétique permanent du fait de cicatrices abdominales chéloïdes et sur peau brune, liées à la prise en charge des complications fautives de sa césarienne. Ce préjudice a été évalué par l'expert judiciaire à 2,5 sur une échelle de 7, et cette évaluation n'est pas contestée en défense. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 2 600 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le centre hospitalier de Roanne à verser à Mme B une somme de 2 600 euros à ce titre.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Roanne doit être condamné à verser une somme totale de 29 446,18 euros à Mme B, de laquelle il convient de déduire la provision de 8 000 euros déjà versée par son assureur, comme le reconnaît d'ailleurs la requérante, soit un montant final de 21 446,18 euros.
Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
15. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire justifie, par un état détaillé de ses débours et une attestation d'imputabilité du médecin conseil, avoir pris en charge des frais hospitaliers pour un montant total de 42 986,02 euros lors des hospitalisations de Mme B du 19 au 21 juin 2018, du 30 novembre 2018 au 19 décembre 2018 et du 12 au 21 février 2020, des frais médicaux du 23 juin 2018 au 19 mars 2020, pour un montant de 3 392,87 euros, des frais pharmaceutiques du 21 juin 2018 au 10 mars 2020, pour un montant de 794,45 euros, des frais d'appareillage du 18 décembre 2018 au 29 janvier 2020, pour un montant de 1 855,80 euros, ainsi que des frais le 8 juin 2020, après consolidation, d'un montant de 50 euros. Il résulte de l'instruction que l'ensemble de ces dépenses, dont ni la réalité, ni les montants ne sont contestés par le centre hospitalier, sont en lien direct avec l'oubli du champ opératoire dans l'abdomen de Mme B. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Roanne la somme totale de 49 079,14 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire en remboursement de ses débours.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-7 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
17. En premier lieu, d'une part, Mme B a droit, comme elle le demande, aux intérêts de la somme de 21 446,18 euros à compter de la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal, soit le 11 juillet 2022. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme B a demandé pour la première fois la capitalisation de ses intérêts le 11 juillet 2022, à l'occasion de l'introduction de sa requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 11 juillet 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
18. En second lieu, si la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire demande que les sommes qui lui seront allouées soient assorties des intérêts de retard à compter du jugement à intervenir, une telle demande est dépourvue d'objet, dès lors que, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article 1231-7 du code civil, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année (). ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 dispose : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".
20. Le plafond de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale a été réévalué par l'arrêté du 18 décembre 2023 visé ci-dessus. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, dont le tiers du montant total des remboursements obtenus par le présent jugement dépasse ce plafond, a droit au montant de l'indemnité forfaitaire de gestion actualisé, plafonné à 1 191 euros. Par suite, le centre hospitalier de Roanne doit être condamné à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une somme de 1 191 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Sur les frais d'instance :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Roanne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Roanne versera à Mme B une somme totale de 21 446,18 euros (vingt et un mille quatre cent quarante-six euros et dix-huit centimes) en réparation de ses préjudices, compte tenu de la provision déjà versée. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juillet 2022. Les intérêts échus à la date du 11 juillet 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier de Roanne versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire une somme de 49 079,14 euros (quarante-neuf mille soixante-dix-neuf euros et quatorze centimes) en remboursement de ses débours, et une somme de 1 191 euros (mille cent quatre-vingt-onze euros) au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : Le centre hospitalier de Roanne versera à Mme B une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et au centre hospitalier de Roanne.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026