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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205305

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205305

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205305
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL NAKACHE - PEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 11 juillet 2022 et 3 juillet 2023, M. A C, M. E C et Mme D B, représentés par la Selarl Nakache Perez (Me Perez), demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner les hospices civils de Lyon à verser à M. A C la somme de 411 250,17 euros, au titre des préjudices subis ;

2°) de les condamner à verser à Mme D B et M. E C la somme totale de 21 554,14 euros, au titre de leurs préjudices matériel et d'affection ;

3°) de mettre à la charge des hospices civils de Lyon les dépens ainsi que la somme de 3 000 euros à verser à M. A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, sur le même fondement, celle de 1 500 euros chacun à verser à Mme D B et à M. E C.

Ils soutiennent que :

- le taux horaire de l'assistance à tierce personne doit être fixé à 20 euros avant la consolidation et 21 euros après la consolidation ;

- l'aide apportée par les parents pendant les périodes de soins et d'hospitalisation doit être indemnisée au titre de l'assistance à tierce personne ;

- le déficit fonctionnel temporaire ne peut pas être inférieur à 10% et doit être indemnisé sur la base de 30 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire total ;

- le taux des souffrances endurées doit être fixé à 6/7 et a minima à 5/7 ;

- le préjudice esthétique temporaire ne saurait être inférieur à un taux de 2/7 ;

- les préjudices de M. A C doivent être fixés comme suit :

*1080 euros de frais d'expertise ;

*25,87 euros au titre des frais de copies ;

*102 875 euros au titre de l'assistance à tierce personne temporaire ;

*150 392,80 au titre de l'assistance à tierce personne permanente ;

*20 000 euros au titre de l'incidence professionnelle

* 31 876,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 50 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 15 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 30 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 10 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- le préjudice matériel de M. E C et Mme D B doit être évalué à 1 554,14 euros et leur préjudice d'affection à 10 000 euros chacun.

Par deux mémoires en intervention enregistrés le 30 septembre 2022 et le 5 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône demande au tribunal de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 6 514,47 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale.

Elle fait valoir que :

- l'hospitalisation au centre de Romans Ferrari du 23 avril 2012 est imputable à la faute commise lors de la prise en charge du patient le 18 septembre 1999, quand bien même elle n'a pas été reprise par l'expert dans son rapport ;

- il n'y a pas lieu de déduire 9 jours d'hospitalisation imputables à l'état initial du patient dès lors qu'elle ne sollicite pas l'indemnisation de l'hospitalisation initiale du patient, trop ancienne pour la chiffrer, mais qu'elle demande uniquement l'indemnisation des débours des hospitalisations imputables à la faute qui sont intervenues en 2011 et 2012 et des consultations médicales effectuées de 2015 à 2016.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2023, les hospices civils de Lyon (HCL), représentés par la Selarl Carnot Avocats (Me Prouvez), demandent à ce que les prétentions des parties soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que les montants des provisions déjà allouées soient déduits.

Ils font valoir que :

En ce qui concerne les prétentions des victimes

S'agissant de la victime directe

- les dépenses de santé actuelles doivent être rejetées en l'absence de tout justificatif ;

- les demandes portant sur la tierce personne jusqu'aux trois ans de l'enfant doivent être rejetées ;

- la demande supplémentaire d'assistance à tierce personne au titre des transports doit être rejetée dès lors que ces frais doivent être indemnisés au titre des frais divers et qu'il ne peut pas y avoir de double indemnisation ;

- le taux horaire de l'assistance à tierce personne doit être fixé à 10 euros ;

- aucune indemnité ne sera versée au titre de l'assistance à tierce personne permanente et de l'incidence professionnelle, ces chefs de préjudice ayant été écartés par l'expert ;

- au titre du déficit fonctionnel temporaire, il convient de déduire la journée d'hospitalisation non imputable à la faute ainsi que les 53 jours d'hospitalisation qui auraient dû avoir lieu en l'absence de toute complication ;

- le taux des souffrances endurées doit être fixé à 4/7 et celui des préjudices esthétiques temporaire et permanent à 2/7 ;

- les préjudices doivent être indemnisés comme suit :

*10 792,50 euros au titre de l'assistance à tierce personne ;

*12 123,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

*6 150 euros au titre des souffrances endurées ;

*2 500 euros au titre des préjudices esthétiques temporaire et permanent ;

*13 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- la provision de 5 000 euros doit être déduite ;

S'agissant des victimes indirectes

-la somme de 1 554,14 sera allouée au titre des frais de déplacement ;

- aucun préjudice d'affection n'est indemnisable à raison des séquelles elles-mêmes et de leur caractère limité ;

- les troubles dans les conditions d'existence des parents ont déjà été indemnisés à hauteur de 1 000 euros chacun ;

- les montants sollicités au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être ramenés à de plus justes proportions ;

En ce qui concerne la créance de la CPAM

- la demande formulée au titre de l'hospitalisation du 23 avril 2012 qui n'est pas évoquée dans le rapport d'expertise et n'est pas justifiée dans l'attestation d'imputabilité doit être rejetée ;

- il convient de déduire 9 jours d'hospitalisation imputables à l'état de santé initial du patient.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2023 par une ordonnance du 10 juillet précédent.

Vu :

- l'arrêt n°06LY00638 du 5 mai 2009 ;

- le jugement n°0400353 du 10 février 2006 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Gneno-Gueydan, substituant Me Prouvez, représentant les hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Agé d'un mois, M. A C a été admis, le 18 septembre 1999, au service des urgences des hospices civils de Lyon (HCL) en raison d'une pyélonéphrite à col et staphylocoque doré. Dans la nuit du 19 septembre suivant, aux alentours de 23h, il a été perfusé avec intraveineuse au dos de la main droite. A 23h45, un interne de garde a constaté une lésion de la face dorsale de la main provoquée par la diffusion du produit antibiotique dans les tissus sous cutanés autour du point de perfusion. Une incision de décharge a été réalisée le 23 septembre suivant. A la suite de cet accident, le patient a subi de nombreux soins, et notamment une greffe de peau le 19 octobre 1999 et une lipostructure en deux temps les 23 juin 2016 et 27 février 2017. Par un jugement n°0400353 du 10 février 2006, le tribunal a jugé que les HCL avait commis une faute de nature à engager leur responsabilité et qu'en l'absence de consolidation de l'état de santé du patient, il ne pouvait pas être statué sur son préjudice définitif. Par une ordonnance du 27 août 2020, le juge des référés a ordonné la poursuite des opérations d'expertise. Le rapport d'expertise définitif a été déposé le 17 décembre 2020. Les requérants ont adressé une demande indemnitaire préalable aux HCL le 4 avril 2022 qui est demeurée sans réponse. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner les HCL à verser à M. A C la somme de 411 250,17 euros, au titre des préjudices subis ainsi que la somme totale de 21 554,14 euros à verser à Mme D B et M. E C, au titre de leurs préjudices matériel et d'affection. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône demande au tribunal de condamner les HCL à lui verser la somme de 6 514,47 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale.

Sur la responsabilité des hospices civils de Lyon :

2. Il résulte de l'instruction que, lors de son hospitalisation aux hospices civils de Lyon du 18 au 25 septembre 1999, M. A C a présenté des séquelles liées à la diffusion, par intraveineuse, de l'antibiothérapie dans les tissus sous cutanés de la main droite. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire du 23 juin 2004 que si la pose de la perfusion aux alentours de 23h le 19 septembre 1999 et la prise en charge de l'enfant à la suite de la découverte des séquelles ont été réalisées conformément aux règles de l'art, l'absence de contrôle du retour veineux et l'absence de surveillance de la bonne marche de la perfusion avant que celle-ci ne prenne fin vers 23h45 peuvent être mis en cause. Par un jugement n°0400353 du 10 février 2006, le tribunal a jugé qu'aucun contrôle du bon fonctionnement de l'intraveineuse n'a été effectué avant que les cris de l'enfant n'alertent le personnel soignant et que ce défaut de contrôle, qui n'était pas contesté en défense, constituait une faute de nature à engager la responsabilité des HCL. Ainsi, s'étant déjà prononcé sur les fautes invoquées par les requérants, le tribunal a épuisé sa compétence sur ce point. Par suite, le présent jugement a simplement pour objet l'évaluation des préjudices qu'ils ont subis en lien avec la faute retenue.

Sur l'évaluation des préjudices de M. A C

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 17 décembre 2020 que l'extravasation dont le patient a été victime, c'est-à-dire la diffusion accidentelle de l'antibiotique dans les tissus sous cutanés, a abouti, compte tenu des protocoles mis en place en 1999, à une brûlure du troisième degré, avec nécrose des tissus, qui a eu un impact sur le maintien des fonctions de la main et sur son aspect esthétique. Le patient a alors dû subir une intervention chirurgicale le 23 septembre 1999 consistant en une réfection de pansement sous anesthésie générale pour mini incision de décharge dorsale du produit injecté par perfusion et mise à plat de la zone. Par la suite, il a subi une nouvelle intervention chirurgicale, le 5 octobre 1999, consistant en une excision de la peau au niveau de la face dorsale de la main, puis une greffe de peau au niveau de la face dorsale avec prise de greffe au niveau de la face antérieure de l'abdomen le 19 octobre 1999. Il a bénéficié d'une cure thermale du 8 au 30 avril 2000 et a régulièrement été admis au centre de réadaptation pédiatrique Romans Ferrari notamment pour des séances de rééducations actives et passives. Il a également bénéficié d'un suivi pédopsychiatrique. Et devant la persistance d'une adhérence à la partie centrale de la greffe, le patient a subi une lipostructure en deux temps les 23 juin 2016 et 27 février 2017. Compte tenu de la dernière consultation auprès du chirurgien à l'issue de cette dernière intervention, la date de consolidation de son état de santé doit être fixée au 14 juin 2017.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux

4. En premier lieu, si M. C entend se prévaloir de dépenses de santé qui seraient restées à sa charge, il ne l'établit pas. Par suite, ce chef de préjudice doit être rejeté.

5. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que le patient a eu recours à un médecin expert lors de l'expertise du 4 novembre 2020 afin de déterminer la nature et l'importance des conséquences dommageables de l'accident dont il a été victime. Et, il ressort de la facture du même jour, qu'il a exposé à ce titre des frais pour un montant de 1 080 euros restés à sa charge. D'autre part, il justifie également, avoir engagé des frais de copies de dossiers médicaux pour un montant total non contesté de 25,87 euros dont il est bien fondé à solliciter le remboursement. Par suite, il y a lieu de condamner les HCL à lui verser la somme de 1 105,87 euros, en réparation du préjudice tenant aux frais divers.

6. En troisième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

7. Il résulte du rapport d'expertise précité qu'outre le fait qu'un nourrisson nécessite une aide continue, dans la situation de M. C, une aide complémentaire et spécifique a été nécessaire pour la mise en place et le retrait des gants compressifs et attelles ainsi que pour les besoins fondamentaux de la vie quotidienne. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, les HCL ne sont pas fondés à demander à ce que la période comprise entre la date de l'accident et les trois ans de l'enfant soit exclue du calcul de l'indemnité due au titre de l'aide humaine. Par ailleurs, et contrairement à ce que font valoir les requérants, l'assistance à tierce personne n'a pas vocation à durer dans le temps dès lors qu'elle doit seulement être adaptée aux besoins de la victime. Ainsi, si M. C éprouve quelques gênes dans sa vie quotidienne, il demeure néanmoins autonome de sorte que les requérants ne sont pas fondés à demander à ce que l'assistance par tierce personne soit indemnisée au-delà des périodes identifiées par l'expert, et alors que les gênes invoquées sont indemnisées par ailleurs, notamment au titre du déficit fonctionnel permanent. Enfin, contrairement à ce que font valoir les requérants, l'expert n'a pas identifié une assistance par tierce personne pendant les séances de soins, qui d'ailleurs ne se justifierait pas dès lors que les soins sont prodigués par un personnel médical dédié, mais a seulement admis l'indemnisation des transports aux séances de rééducation. Toutefois, le juge n'étant pas lié par les dires d'expert sur ce point, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de retenir une assistance par tierce personne à ce titre, le chef de préjudice pouvant être indemnisé au titre des frais de transport des victimes indirectes, tel qu'elles le demandent d'ailleurs. Par suite et compte tenu de l'expertise judiciaire, l'état de santé de M. C résultant de la faute a justifié une assistance par une tierce personne, qui doit être évaluée à une heure par jour pendant 2 ans, 9 mois et 9 jours, soit 1 009 jours, à trente minutes par jour pendant 18 mois et 16 jours, soit 564 jours et à quinze minutes par jour pendant 8 ans, 1 mois et 85 jours, soit 3 037 jours.

8. Il s'ensuit qu'il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'indemnisant sur la base, d'une part, d'un taux horaire moyen de rémunération, tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur, fixé à 12 euros, dès lors que l'aide nécessaire n'est pas spécialisée, et, d'autre part, d'une année de 412 jours, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés, soit un total de 27 771,06 euros.

9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que, si M. C, qui est apte et exerce une activité professionnelle, doit être plus prudent dans l'accomplissement de certains actes, il n'est pas empêché dans leur réalisation. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé ne lui permettrait pas d'espérer un déroulement de carrière normal. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander à ce qu'il soit indemnisé au titre de l'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C a subi un déficit fonctionnel temporaire évalué dans le rapport d'expertise à 100% pendant 54 jours, à 50% pendant 15 mois et 18 jours, soit 474 jours, à 35% pendant 17 mois et 21 jours, soit 538 jours, à 20% pendant 18 mois et 16 jours, soit 564 jours, à 10% pendant 8 ans 1 mois et 85 jours, soit 3037 jours et à 5% pendant 4 ans 11 mois et 10 jours, soit 1806 jours.

11. D'une part, les HCL soutiennent qu'il y a lieu de retirer les journées d'hospitalisation liées à l'état de santé initial du patient. Toutefois, l'expert a retenu au titre de l'année 1999, seulement 10 jours d'hospitalisation. Or, il résulte de l'instruction et notamment de la notification provisoire des débours de la CPAM produite par les requérants que ces 10 jours d'hospitalisation sont imputables à la faute retenue. Ainsi, la demande des HCL doit être rejetée. D'autre part, les requérants font valoir que le taux du déficit fonctionnel permanent ayant été fixé à 9%, celui du déficit fonctionnel temporaire ne peut être inférieur à 10%. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'expert a fixé des périodes de déficit fonctionnel temporaire à 5% eu égard à l'état de santé du patient entre deux périodes d'hospitalisation ou de soins. Ainsi, en l'absence d'élément permettant de remettre en cause cette expertise, la demande des requérants doit être rejetée. De même, si les requérants font valoir que le déficit fonctionnel temporaire évalué à 10% a couru pendant 13 ans et 95 jours, ils n'apportent aucun élément au soutien de leurs allégations permettant de remettre en cause l'appréciation de l'expert.

12. Dans ces conditions et compte tenu des taux et périodes retenus au point 0, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de M. C, en l'évaluant, s'agissant d'une période comprise entre 1999 et 2017, sur la base d'une indemnisation de 16 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire total, à la somme totale de 16 000 euros.

13. En deuxième lieu, les requérants font valoir qu'une cotation de 4 sur une échelle allant à 7 ne reflète pas la réalité des souffrances morales et physiques subies par M. C. Toutefois, il résulte de l'instruction que pour fixer ce taux, le rapport d'expertise a tenu compte de la durée de déficit fonctionnel temporaire total limitée à deux mois, aux deux interventions chirurgicales intervenues pendant l'enfance, l'une très courte de mise à plat et l'autre de greffe, que les autres gestes, très courts, consistaient en la réfection du pansement, que les deux dernières interventions ont eu lieu 16 ans plus tard et ont été séparées de plusieurs mois et qu'il n'y a pas eu 400 séances de rééducation mais un peu moins de 200. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de s'écarter de la cotation retenue par l'expert. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la victime une somme de 7 000 euros.

14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de M. C en lien avec la faute a été évalué à 9% en raison de la raideur modérée du poignet et des métacarpo-phalangiennes, de la perte de force, certes non négligeable par rapport au côté gauche (de l'ordre de 20%) mais qui, compte tenu de la puissance de base du patient, est en pratique quotidienne peu importante, des douleurs ressenties lors de certains mouvements et des répercussions psychologiques de ce traumatisme survenu en période néo-natale. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la victime, compte tenu de son sexe et de son âge à la date de consolidation, une somme de 18 000 euros.

15. En dernier lieu, d'une part, il résulte du rapport d'expertise du 17 décembre 2020, que M. C a subi un préjudice esthétique temporaire imputable à l'accident médical fautif en raison du port des attelles et de vêtements compressifs. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. C a également subi un préjudice esthétique permanent en raison de la cicatrice sus pubienne longitudinale de 32 cm, fine, d'excellente trophicité, correspondant à la zone de greffe et de la zone greffée de la face dorsale de la main droite, visible, à courte distance, de petite taille, légèrement pigmentée, évalué à 2 sur une échelle de 7 par l'expert. Par suite, il sera fait une juste appréciation des préjudices esthétiques temporaire et permanent, en allouant à la victime une somme totale de 3 000 euros.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les HCL doivent être condamnés à verser à M. A C la somme totale de 72 876,93 euros, de laquelle il conviendra de déduire, le cas échéant, la provision de 5 000 euros allouée par le jugement n°0400353 du 10 février 2006 susvisé.

Sur l'évaluation des préjudices de M. E C et Mme D B

17. En premier lieu, les requérants sollicitent le remboursement des frais de transports postérieurs au jugement n°0400353 du 10 février 2006, pour la période comprise entre le 7 mars 2006 et le 25 mars 2016, dont la réalité et le montant ne sont pas contestés, à hauteur de 1 554,14 euros. Ils sont fondés par suite à solliciter le versement d'une telle somme.

18. En second lieu, si dans son jugement n°0400353 du 10 février 2006, le tribunal avait estimé que compte-tenu de la nature des blessures de leur fils consécutive à la faute des HCL, les requérants n'avaient pas subi de préjudice moral, il est constant que depuis ce jugement, l'état de santé de leur fils en lien avec la faute a nécessité de nombreux soins sur plusieurs années, justifiant leur accompagnement aux différentes séances de rééducation, comme il vient d'être reconnu au point précédent, et qu'ils ont été exposés aux souffrances endurées par leur fils évaluées à 4 sur 7. Par suite et contrairement à ce que font valoir les HCL, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection des parents à hauteur de 1 000 euros chacun, soit la somme totale de 2 000 euros.

19. Il résulte de ce qui précède que les HCL doivent être condamnés à verser à M. E C et à Mme D B la somme totale de 3 554,14 euros.

Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône

En ce qui concerne les débours

20. La CPAM du Rhône fait valoir que sa créance s'élève à la somme de 6 514,47 euros. Pour contester ce montant, les HCL soutiennent qu'il convient de déduire l'hospitalisation du 23 avril 2012. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil du 12 mai 2021, que l'hospitalisation au centre de Romans Ferrari du 23 avril 2012 est imputable à la faute commise lors de la prise en charge du patient le 18 septembre 1999, et ce d'autant que, contrairement à ce que font valoir les HCL, cette hospitalisation a été prise en compte par l'expert dans son rapport. Par ailleurs et contrairement à ce que soutiennent les HCL, il n'y a pas lieu de déduire de cette créance neuf jours d'hospitalisation liés à l'état de santé initial du patient dès lors qu'il résulte de la notification définitive des débours du 29 août 2022 que la CPAM ne sollicite pas l'indemnisation de l'hospitalisation initiale du patient, qu'elle estime trop ancienne pour la chiffrer, mais qu'elle demande uniquement l'indemnisation des débours des frais hospitaliers imputables à la faute qui sont intervenus entre le 28 février 2011 et le 6 novembre 2012 et des frais médicaux effectués du 24 juillet 2015 au 25 mars 2016. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge des HCL l'intégralité de la somme supportée par la CPAM du Rhône.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation

21. D'une part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte (). ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

22. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

23. La CPAM du Rhône demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter, du 30 août 2022, date à laquelle les conclusions de la caisse ont été enregistrées au greffe du tribunal et de l'assortir de leur capitalisation, à échéance annuelle, à compter du 30 août 2023.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion

24. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe le montant et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à 1 191 euros.

25. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM du Rhône, il y a lieu de condamner les HCL à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

26. Il résulte de tout ce qui précède les HCL doivent être condamnés à verser à la CPAM du Rhône la somme de 6 514,47 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 août 2022 et de leur capitalisation à compter du 30 août 2023 au titre des débours ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais d'instance et les dépens :

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des hospices civils de Lyon le versement à M. A C, Mme D B et M. E C d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

28. En vertu des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens, tels que les frais d'expertise, sont mis à la charge de la partie perdante. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal par l'ordonnance n°2001557 du 27 août 2020 à la charge définitive des hospices civils de Lyon.

D E C I D E :

Article 1er : Les hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. A C la somme totale de 72 876,93 euros, de laquelle il conviendra de déduire, le cas échéant, la provision de 5 000 euros allouée par le jugement n°0400353 du 10 février 2006.

Article 2 : Les hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. E C et à Mme D B la somme totale de 3 554,14 euros.

Article 3 : Les hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône la somme de 6 514,47 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 août 2022 et de leur capitalisation à compter du 30 août 2023 au titre des débours ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les hospices civils de Lyon verseront à M. A C, Mme D B et M. E C une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

Article 5 : Les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal par l'ordonnance n°2001557 du 27 août 2020 sont mis à la charge définitive des hospices civils de Lyon.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B, à M. E C, aux hospices civils de Lyon et à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

V. Jorda

La présidente,

A-S. BourLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière

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