vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205404 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | RIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2022, le 10 octobre 2023 et le 9 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Lebrun, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 111 496,88 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son accident de service du 15 décembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- l'accident dont elle a été victime en service, le 15 décembre 2018, engage la responsabilité pour faute de l'administration, qui est tenue de réparer l'intégralité de son préjudice ; à titre subsidiaire, elle est fondée à solliciter, sur le fondement de la responsabilité sans faute, l'indemnisation des préjudices qui ne seraient pas indemnisés par l'allocation temporaire d'invalidité ;
- elle est fondée à solliciter l'indemnisation des préjudices suivants : s'agissant de préjudices patrimoniaux : 150 euros au titre de ses frais de santé, 500 euros s'agissant de ses frais de déplacement, respectivement 1 560,83 euros et 1 444,05 euros pour les pertes de gains professionnels actuels et futurs, 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ; s'agissant de ses préjudices extrapatrimoniaux : 6 242,20 euros pour le déficit fonctionnel temporaire, 2 000 euros pour le préjudice esthétique temporaire, 10 000 euros au titre des souffrances endurées, 27 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 10 000 euros pour le préjudice d'agrément, 2 000 euros pour le préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2024, la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est conclut à ce que l'indemnisation allouée à Mme B n'excède pas la somme de 25 577,80 euros et au rejet du surplus de la requête.
Elle fait valoir que :
- la responsabilité pour faute de l'administration n'est pas contestée ;
- les pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle sont déjà réparés par le versement d'une allocation temporaire d'invalidité ;
- certains préjudices ne sont pas justifiés ou sont excessivement évalués.
Des observations ont été enregistrées pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer le 16 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n°96-370 du 3 mai 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo,
- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,
- et les observations de Me Bellache, substituant Me Lebrun, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, alors gardienne de la paix affectée à la circonscription de sécurité publique de Lyon, a été blessée à la cheville droite et au mollet par une grenade tirée par un de ses collègues, lors d'une intervention le 15 décembre 2018, au cours d'une manifestation. Par un arrêté du 26 février 2019, l'administration a reconnu le caractère imputable au service de sa blessure. Par une ordonnance du 27 novembre 2020, le tribunal a diligenté une expertise médicale sur l'état de santé de Mme B, l'expert ayant rendu son rapport le 12 avril 2021. Par une demande du 11 mars 2022, Mme B a sollicité l'indemnisation de ses préjudices. En l'absence de réponse à cette demande, la requérante demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 111 496,88 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son accident de service du 15 décembre 2018.
Sur la responsabilité de l'État :
2. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
3. Pour déterminer si l'accident de service ayant causé un dommage à un fonctionnaire est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, de sorte que ce fonctionnaire soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par l'Etat de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service.
4. Le 15 décembre 2018, lors d'une intervention au cours d'une manifestation, Mme B a été victime, de l'explosion d'une grenade de type " MP7 ", manipulée par l'un de ses collègues, qui lui a occasionné des blessures au mollet et à la cheville droite. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par l'administration, d'une part, que cet accident résulte d'une mauvaise manipulation d'un lanceur de grenade cougar par l'un de ses collègues, et d'autre part, que les préjudices, dont la requérante demande réparation, présentent un lien direct et certain avec cet accident reconnu imputable au service dont ils résultent. Par suite Mme B est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'administration et la réparation des préjudices subis en découlant.
Sur les préjudices de Mme B :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux
5. En premier lieu, Mme B soutient avoir conservé à sa charge la somme de 150 euros correspondant à des soins de chiropractie réalisés en septembre et octobre 2020. Toutefois, elle ne justifie par aucun élément versé au débat de la réalité du reste à charge allégué. Par suite, sa demande à ce titre ne peut qu'être rejetée.
6. En deuxième lieu, si la requérante fait état de nombreux déplacements pour effectuer ses soins et sollicite à ce titre la somme de 500 euros, elle ne justifie pas davantage avoir supporté personnellement lesdits frais. Par suite, sa demande doit également être rejetée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 723-4 du code de la sécurité intérieure : " Par son engagement, le sapeur-pompier volontaire participe, sur l'ensemble du territoire, aux missions de sécurité civile de toute nature, confiées principalement aux services d'incendie et de secours () ". L'article L. 723-5 du même code prévoit que " L'activité de sapeur-pompier volontaire, qui repose sur le volontariat et le bénévolat, n'est pas exercée à titre professionnel mais dans des conditions qui lui sont propres. ". L'article L. 723-9 prévoit enfin que " L'activité de sapeur-pompier volontaire est à but non lucratif. Elle ouvre droit à des indemnités horaires ainsi qu'à des prestations sociales et de fin de service. ". Selon l'article 11 de la loi du 3 mai 1996 susvisée : " Le sapeur-pompier volontaire a droit, pour l'exercice de ses fonctions et de ses activités au sein des services d'incendie et de secours, à des indemnités () ".
8. Mme B sollicite respectivement les sommes de 1 560,83 euros et 1 444,05 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels et futurs résultant de l'impossibilité de bénéficier des indemnités de sapeur-pompier volontaire jusqu'à son avis d'aptitude du 25 février 2021. Toutefois, ainsi qu'il résulte expressément des dispositions précitées de l'article L. 732-5 du code de la sécurité intérieure, l'activité de sapeur-pompier volontaire n'étant pas exercée à titre professionnel, sa demande au titre de la perte de gains professionnels ne peut qu'être rejetée.
9. En dernier lieu, Mme B sollicite la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en raison de la perte de chance d'obtenir une promotion professionnelle et de poursuivre son activité de sapeur-pompier volontaire. Toutefois, s'il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise médicale que l'intéressée avait réussi la première unité de valeur pour devenir brigadier-chef et que l'accident ne lui a pas permis de passer la deuxième unité de valeur dans les meilleures conditions, elle ne justifie ni de ce qu'elle disposait de chances sérieuses d'obtenir le grade de brigadier-chef, ni davantage de ce que l'accident l'aurait empêché de repasser l'examen en question. Enfin, si Mme B indique avoir dû arrêter son activité de sapeur-pompier, elle ne justifie pas que cette situation serait en lien avec l'accident en cause, dès lors qu'elle a été déclarée apte à l'exercice de cette activité par un certificat médical du 25 février 2021. Par suite, la demande de Mme B tendant à la condamnation de l'Etat au titre de l'incidence professionnelle doit être rejetée.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
10. En premier lieu, il résulte de l'expertise médicale que le déficit fonctionnel temporaire de Mme B a été évalué à 30% pour la période allant du 15 décembre 2018 au 28 mars 2019, à 100 % pour la journée du 29 mars 2019 en raison d'une opération chirurgicale, à 40% pour la période courant du 30 mars 2019 au 1er juillet 2019, et à 15% jusqu'à la date de consolidation de son état de santé fixée le 4 février 2020. Par suite, en admettant de fixer à 17 euros le taux journalier, Mme B est fondée à obtenir la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 927,80 euros, sans qu'il soit nécessaire de majorer cette somme du préjudice résultant de l'arrêt de ses activités sportives qui sera réparé au titre du préjudice d'agrément.
11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a dû utiliser des cannes canadiennes dès son accident, puis une botte amovible pendant huit semaines après son intervention chirurgicale, tout en continuant le port des cannes canadiennes. L'expert médical a par ailleurs indiqué que son préjudice esthétique permanent, constitué par une cicatrice malléolaire, était minime, l'estimant à 1 sur 7. Il sera par suite fait une juste appréciation de ses deux préjudices en versant à la requérante une somme totale de 1 000 euros.
12. En troisième lieu, l'expert médical a évalué les souffrances endurées par Mme B, qui a subi un traumatisme violent ayant nécessité une intervention chirurgicale et des soins de suite importants, au taux de 3 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant à l'intéressée une somme de 5 000 euros.
13. En quatrième lieu, l'expert a fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme B au 5 février 2020 et un taux de déficit fonctionnel permanent à 12%, en raison des séquelles conservées. Compte tenu de l'âge de Mme B à la date de cette consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 17 800 euros proposée par la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est en défense.
14. En dernier lieu, la requérante sollicite le versement de la somme de 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément et indique qu'elle a dû mettre fin à sa pratique de nombreux sports et à son activité de sapeur-pompier volontaire. Toutefois, si l'expert médical a relevé un arrêt de ces activités à la date de son expertise, il a précisé que " ces activités vont pouvoir être reprises progressivement ", Mme B ayant été déclarée apte à l'exercice de son activité de sapeur-pompier par un certificat médical en date du 25 février 2021. Il sera par suite fait une juste appréciation de ce préjudice d'agrément en lui accordant le versement d'une somme de 2 000 euros.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme totale de 27 727,80 euros.
Sur les frais du litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme totale de 27 727,80 euros.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
Le greffier
JP. Duret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026