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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205825

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205825

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205825
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantARCADIO ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 27 avril 2023, Mme H D divorcée G, agissant en son nom personnel, en sa qualité de tutrice de Mme B G, majeure protégée, et en qualité de représentante légale de sa fille mineure F G, M. A G, agissant en son nom personnel et en sa qualité de représentant légal de sa fille mineure F G, et M. K G, représentés par Me Arcadio, avocat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner les Hospices civils de Lyon à leur verser une indemnité de 12 450 653,92 euros à Mme B G, 45 000 euros à Mme H D, 45 000 euros à M. A G, 10 000 euros à M. K G et 10 000 euros à M. et Mme G en leur qualité de représentants légaux de leur fille Mme F G, en réparation des préjudices consécutifs à la faute commise dans la prise en charge de Mme H D lors de l'accouchement de Mme B G, le 15 juillet 2003 ;

2°) d'ordonner une expertise aux fins d'évaluer les frais d'aménagement du logement et d'allouer dans l'attente à Mme B G une somme de 80 000 euros à titre de provision ;

3°) de condamner les Hospices civils de Lyon aux dépens ;

4°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la cour administrative d'appel de Lyon a reconnu, par un arrêté du 6 novembre 2014 devenu définitif, que le retard d'extraction de l'enfant B G le 15 juillet 2003 constituait une faute dans l'organisation du service des Hospices civils de Lyon, à l'origine d'une perte de chance de 50 % d'éviter les préjudices subis ;

- ils ont droit à la réparation des préjudices suivants :

en ce qui concerne la victime directe :

. préjudices patrimoniaux temporaires : dépenses de santé exposées après l'arrêt de la cour administrative d'appel du 27 novembre 2014 et jusqu'au 15 juillet 2019 : 1 748,28 euros de frais de matériel et 11 815,57 euros de frais de consommables ; dépenses de santé exposées du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020 : 2 511,23 euros de frais de consommables ; frais d'assistance par une tierce personne, pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020 : 53 561,06 euros ;

. préjudices extra-patrimoniaux temporaires : déficit fonctionnel temporaire, partiel et total, pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020 : 5 185,50 euros ; préjudice esthétique temporaire, pour la période du 15 juillet 2003 au 10 juillet 2020 : 17 500 euros ; souffrances endurées, pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020 : 30 000 euros ;

. préjudices patrimoniaux futurs : dépenses de santé futures : 995 835 euros ; frais de médecin conseil : 2 290 euros ; préjudice scolaire et universitaire : 50 000 euros ; perte de revenus professionnels : 1 483 953,09 euros à titre principal, 1 090 275,30 euros à titre subsidiaire ; incidence professionnelle : 50 000 euros ; frais d'aménagement du logement : 80 000 euros à titre de provision ; frais d'aménagement du véhicule : 109 603,47 euros ; frais d'assistance par une tierce personne, pour la période postérieure au 10 juillet 2020 : 9 169 361,23 euros ;

. préjudices extra-patrimoniaux futurs : déficit fonctionnel permanent : 384 037,50 euros ; préjudice esthétique permanent : 25 000 euros ; préjudice sexuel : 40 000 euros ; préjudice d'établissement : 15 000 euros ; préjudice d'agrément : 25 000 euros ;

- en ce qui concerne l'adaptation du logement au handicap de B G, une expertise confiée à un expert architecte est nécessaire ; dans l'attente de l'issue de cette expertise, une provision doit leur être versée ;

en ce qui concerne les victimes indirectes :

- M. A G et Mme H D, père et mère de B G, ont droit chacun à 20 000 euros au titre du préjudice d'affection et 25 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement ;

- M. K G et Mme F G, frère et sœur de B G, ont droit chacun à 10 000 euros au titre du préjudice d'affection.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, les Hospices civils de Lyon, représentés par la SCP Deygas Perrachon et Associés, ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée avant dire droit et concluent au rejet partiel du surplus des prétentions de la requête, en sollicitant que les indemnisations sollicitées soient ramenées à de plus justes proportions.

Ils soutiennent que :

- l'autorité de la chose jugée attachée à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 novembre 2014 s'oppose à toute condamnation qui concernerait les préjudices personnels ou l'assistance par une tierce personne pour la période de la naissance de l'enfant jusqu'à ses seize ans ; les demandes suivantes seront donc rejetées : frais de " tierce personne temporaire ", dépenses de santé, préjudice esthétique temporaire, souffrances endurées, déficit fonctionnel temporaire ;

- ils ne s'opposent pas à la réalisation d'une expertise avant dire droit concernant les frais d'aménagement du logement ;

- la provision correspondant aux frais d'aménagement du logement ne pourra excéder 10 000 euros ;

- les demandes suivantes seront ramenées à de plus justes proportions, tenant compte du taux de perte de chance de 50 % : 5 000 euros pour chacun des frère et sœur au titre du préjudice d'affection, 15 000 pour chacun des parents au titre du préjudice d'affection, 10 000 euros pour chacun des parents au titre du préjudice d'accompagnement et des troubles dans les conditions d'existence ;

- en ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020, le coût horaire doit être de 13 euros, sur une année de 412 jours soit 14,67 euros ; les montants d'AEEH et de PCH devront être déduits ;

- en ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022, le coût horaire doit être de 14 euros, sur une année de 412 jours soit 15,80 euros ; les heures d'accueil en centre devront être déduites ; la rente accordée par l'arrêté de la cour administrative d'appel de Lyon devra être déduite ; les montants d'AEEH et de PCH devront être déduits ;

- en ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce à compter du 1er janvier 2023, le coût horaire doit être de 15,80 euros ; les heures d'accueil en centre devront être déduites ; les montants d'AEEH et de PCH devront être déduits ;

- en ce qui concerne les pertes de revenus professionnels, le salaire médian pour 2016 à retenir comme base est 1 789 euros ; les montants d'AAH devront être déduits ; aucune indemnité supplémentaire ne sera accordée pour incidence professionnelle ;

- en ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent, une indemnité de 250 000 euros, tenant compte du taux de perte de chance de 50 %, pourra être accordée ;

- les demandes suivantes seront ramenées à de plus justes proportions : préjudice esthétique : 20 000 euros, préjudice sexuel : 15 000 euros, préjudice d'établissement : 15 000 euros, préjudice scolaire et universitaire : 25 000 euros

- la demande formée au titre du préjudice d'agrément sera rejetée à titre principal ; à titre subsidiaire, 20 000 euros pourront être accordés ;

- les dépenses de santé futures seront remboursées sur justificatifs ;

- la demande au titre de l'aménagement du véhicule sera limitée à 15 000 euros et pour l'avenir à 2 142,50 euros annuels.

Par un mémoire enregistré le 11 avril 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône demande au tribunal :

1°) de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser une somme de 1 486 689,19 euros en réparation des prestations versées et des dépenses futures, exposées du fait de la faute dont a été victime B G ;

2°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon les dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité des Hospices civils de Lyon a été établie par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 novembre 2014 ; les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à réparer 50 % du préjudice subi par B G et ses proches ;

- elle a droit au remboursement de 50 % des dépenses de santé liées aux conséquences de la faute commise par les Hospices civils de Lyon, qui s'élèvent à 2 973 378,38 euros au titre des dépenses de santé postérieures au mois de janvier 2014.

Par une ordonnance du 7 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

Vu :

- le dossier de l'instance en référé n° 1906743 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Maubon,

- les conclusions de M. Borges-Pinto,

- les observations de Me Delmas, pour les requérants,

- les observations de Me Berset, pour les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 juillet 2003, Mme H G a donné naissance à B G, qui demeure atteinte d'infirmités d'origine cérébrale très importantes. Une première expertise a été ordonnée par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CRCI) de Rhône-Alpes, dont le rapport a été rendu en août 2006. Par un avis du 8 novembre 2006, la CRCI Rhône-Alpes a estimé que la responsabilité des Hospices civils de Lyon n'était pas engagée et que le dommage ne pouvait pas être indemnisé au titre de la solidarité nationale. Le 16 janvier 2009, M. et Mme G ont saisi le tribunal administratif de Lyon d'une requête tendant à la condamnation des Hospices civils de Lyon à réparer les préjudices subis du fait des conditions de la naissance de leur fille B. Par un premier jugement du 14 septembre 2010, le tribunal a ordonné une expertise, dont le rapport a été remis le 9 mars 2011. Un complément d'expertise a été ordonné par le tribunal par un jugement avant dire droit en date du 27 septembre 2011 et les experts ont déposé un rapport complémentaire le 20 février 2012. Par un jugement n° 0900509 du 27 novembre 2012, le tribunal administratif de Lyon, après avoir écarté un moyen tiré de l'irrégularité de la mission d'expertise complémentaire, a reconnu l'existence d'un lien de causalité entre la paralysie cérébrale de type tétraplégie spastique ayant affecté l'enfant et une asphyxie per-partum, a considéré comme non fautif le fait de ne pas avoir décidé à 16 heures 30 de pratiquer immédiatement une césarienne, a qualifié de faute dans l'organisation du service le délai de près de trente minutes pris pour l'extraction confiée à l'interne et a estimé à 50 % des préjudices la part à mettre à la charge des Hospices civils de Lyon. Le tribunal a fait partiellement droit aux demandes des époux G et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône, en condamnant les Hospices civils de Lyon, d'une part, à verser à M. et Mme G une somme de 114 177 euros au titre des frais de tierce personne échus à la date du jugement et des préjudices personnels de leur fille B jusqu'à ce qu'elle ait atteint l'âge de 16 ans ainsi qu'une rente annuelle de 8 000 euros au titre des frais de tierce personne et, d'autre part, à verser une somme de 216 821,65 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône en remboursement de ses débours relatifs aux dépenses de santé de B G du 15 juillet 2003 au 30 juin 2012. Ce jugement a été frappé d'appel. Par un arrêt du 27 novembre 2014, la cour administrative d'appel de Lyon, après avoir confirmé la régularité du complément d'expertise ordonné et l'existence d'un lien entre l'asphyxie per-partum dont a été victime l'enfant et les troubles moteurs et cérébraux subis par elle, a également estimé, d'une part, que les Hospices civils de Lyon n'ont pas commis de faute de nature à engager leur responsabilité en ne pratiquant pas, dès 16 heures 30, une césarienne très rapidement ou immédiatement, d'autre part, que le délai de près de vingt-huit minutes pris pour l'extraction confiée à l'interne à compter de l'installation de la patiente pour l'accouchement constitue une faute dans l'organisation du service et, enfin, que la perte de chance d'éviter tout ou partie des séquelles dont est restée atteinte l'enfant, correspondant à la fraction du dommage devant être mise à la charge des Hospices civils de Lyon, devait être évaluée à 50 %. La cour administrative d'appel a réformé partiellement le jugement du tribunal du 27 novembre 2012 : d'une part, elle a porté la somme que les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. et Mme G, en leur qualité d'ayants-droits de leur fille B, à 115 155 euros au titre des frais de tierce personne échus et des préjudices personnels de B jusqu'à ce qu'elle ait atteint l'âge de seize ans, et à 10 750 euros en ce qui concerne la rente annuelle à verser au titre des frais futurs d'assistance par une tierce personne ; d'autre part, elle a porté la somme que les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône au titre du remboursement de ses débours à 287 828,16 euros. Par la présente requête, Mme B G représentée par sa tutrice, la mère, le père, le frère et la sœur de B G sollicitent la condamnation des Hospices civils de Lyon à réparer les préjudices subis du fait de la faute commise le 15 juillet 2003, qui n'auraient pas été réparés par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 novembre 2014. La CPAM du Rhône demande quant à elle le remboursement des prestations versées et futures.

Sur le principe de la responsabilité et le taux de perte de chance :

2. Ni le lien de causalité entre une asphyxie per partum et l'infirmité motrice d'origine cérébrale dont est atteinte B G, ni le principe de la responsabilité pour faute des Hospices civils de Lyon du fait d'un délai excessif pris pour l'extraction de l'enfant à compter de l'installation de la patiente pour l'accouchement, ni le lien de causalité entre la faute identifiée et les préjudices subis par l'enfant, ni la fixation à 50 % de la part des dommages subis dont la réparation incombe aux Hospices civils de Lyon, qui ont été fixés par la cour administrative d'appel de Lyon dans son arrêt du 27 novembre 2014 devenu irrévocable, ne sont contestés dans le cadre de la présente instance.

Sur les préjudices indemnisables :

3. L'état de santé de B G tel que résultant des conséquences de l'asphyxie per partum dont elle a été victime le 15 juillet 2023 doit être regardé comme consolidé à la date du 10 juillet 2020, date de sa sortie du centre médico-chirurgical de rééducation où elle était accueillie à la suite d'une intervention chirurgicale réalisée en mai 2020 et à proximité de son dix-septième anniversaire, alors que sa croissance est terminée et que les possibilités d'amélioration de son état sont inexistantes.

En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :

Quant aux préjudices patrimoniaux pour la période antérieure au 10 juillet 2020 :

4. En premier lieu, Mme B G et la CPAM du Rhône sollicitent la condamnation des Hospices civils de Lyon à leur verser des sommes au titre de dépenses de santé. Il résulte de l'instruction que la somme que les Hospices civils de Lyon ont été condamnés à verser à la CPAM par l'arrêt de la cour administrative d'appel du 27 novembre 2014 correspondait à des débours relatifs à des frais hospitaliers jusqu'au 20 décembre 2013, des frais médicaux jusqu'au 31 décembre 2013, de frais pharmaceutiques jusqu'au 14 août 2012, des frais de transport jusqu'au 15 août 2013 et des frais d'appareillage jusqu'au 6 janvier 2014. La CPAM est donc recevable à solliciter un remboursement des débours exposés postérieurement à ces dates. En ce qui concerne les consorts G, la circonstance que la cour administrative d'appel ait noté que " M. et Mme G ne sollicitent aucune indemnisation au titre de ce chef de préjudice " ne fait pas obstacle à ce qu'ils sollicitent dans le cadre de la présente instance l'indemnisation de chefs de préjudice qui sont nés, se sont aggravés ou ne se sont révélés dans toute leur ampleur que postérieurement.

5. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. / () ". Il résulte de ces dispositions qu'il y a lieu de déterminer, pour chacun des postes de préjudices, le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il y a lieu, ensuite, de déterminer le montant de l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, le cas échéant, du partage de responsabilité avec la victime. Il y a lieu, enfin, d'allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde de l'indemnité mise à la charge du tiers étant, le cas échéant, accordé à la caisse.

6. D'une part, la CPAM du Rhône sollicite au titre des dépenses de santé actuelles, le remboursement des prestations suivantes : frais hospitaliers pour la période postérieure au 13 janvier 2014, frais médicaux pour la période postérieure au 29 septembre 2016, frais pharmaceutiques pour la période postérieure au 27 janvier 2014, frais de transport pour la journée du 18 septembre 2020 et frais d'appareillage pour la période postérieure au 6 novembre 2019, pour un montant total de 161 659,72 euros. Les consorts G sollicitent l'octroi d'une somme de 1 748,28 euros correspondant à l'achat le 28 novembre 2018 d'un chariot de sur-bain et ses accessoires (pieds et coussin). La CPAM n'ayant sollicité le remboursement d'aucune somme pour des frais d'appareillage pour la période de janvier 2014 à novembre 2019, il y a lieu de considérer que la somme de 1 748,28 euros réglée le 28 novembre 2018 est intégralement restée à la charge de la famille G. La nécessité des soins et matériels dont le remboursement est sollicité par la CPAM et par les requérants dans le cadre de la présente instance a été reconnue par l'expert désigné par le tribunal dans son rapport de novembre 2020, et leur montant est attesté, en ce qui concerne les prétentions de la CPAM, par le relevé des débours et l'attestation d'imputabilité établie par le médecin-conseil et, en ce qui concerne les prétentions des consorts G, par la facture du 28 novembre 2018 produite.

7. D'autre part, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'indemnisation de frais d'achat des consommables nécessaires à l'hygiène de cette dernière, correspondant à une alèse de lit par jour, quatre couches par jour, deux cents gants par mois, trois tubes de crème par mois et deux boites de sérum physiologique par mois, pour un montant de 11 815,57 euros pour la période du 27 novembre 2014 au 15 juillet 2019 et de 2 511,53 euros pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020. La CPAM ne sollicite l'octroi d'aucune somme correspondant au remboursement d'achats de cette nature. Mme B G n'est fondée à solliciter le versement d'une indemnité à ce titre qu'en ce qui concerne la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020, à propos de laquelle le rapport de l'expertise diligentée par le tribunal a permis de révéler ce préjudice dans toute son ampleur. Si la liste des consommables figurant dans ce rapport d'expertise de novembre 2020 a été contestée dans le cadre des opérations d'expertise, elle ne l'est plus dans le cadre de la présente instance, et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait excessive ou inadaptée à l'état de santé de Mme B G, qui a acquis la continence de jour mais pas de nuit. Cependant, la preuve de la réalité des dépenses exposées pour ces consommables n'est pas rapportée par la production de six factures établies en 2020 et 2021, en majorité postérieurement aux périodes considérées. Il y a toutefois lieu de faire une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, du préjudice lié à l'achat d'alèses, de couches, de gants, de tubes de crème et de sérum physiologique, pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020, à hauteur de 1 800 euros.

8. Le préjudice subi de dépenses de santé et d'hygiène s'établit donc à la somme de 161 659,72 euros en ce qui concerne la CPAM et 3 548,28 euros en ce qui concerne Mme B G, soit un total de 165 208 euros. Eu égard au taux de perte de chance de 50 %, les Hospices civils de Lyon ne pourront pas être condamnés à verser une somme supérieure à 82 604 euros. Eu égard à la priorité accordée à la victime, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser une somme de 3 548,28 euros à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G, et une somme de 79 055,72 euros à la CPAM du Rhône.

9. En deuxième lieu, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'indemnisation de frais d'assistance de cette dernière par une tierce personne. Elle n'est fondée à solliciter l'octroi d'une indemnité que pour la période postérieure au 15 juillet 2019, date du seizième anniversaire de B, la période jusqu'au 15 juillet 2019 ayant été indemnisée dans le cadre du contentieux engagé en 2009. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de Mme B G, qui ne dispose d'aucune autonomie, justifie une assistance par une tierce personne, correspondant à une aide non spécialisée pour sa surveillance, sa toilette et ses repas. L'expert désigné par le tribunal a évalué le besoin d'assistance, pour la période postérieure au 16 juillet 2019 et pour les jours où l'enfant est accueillie à domicile, à vingt-six heures par jour, réparties en six heures d'aide type aide-soignante, dix-huit heures d'aide type auxiliaire de vie et deux heures d'aide complémentaire type aide-soignante pour les transferts et les soins d'hygiène. Les experts désignés dans le cadre du contentieux engagé en 2009, qui ont remis un rapport en mars 2011 complété en février 2012, avaient quant à eux estimé que le besoin d'aide par une tierce personne devait être évalué pour la période allant des six ans aux seize ans de l'enfant, à six heures par jour les jours d'accueil à domicile et trois heures par jour les jours d'accueil en centre d'éducation motrice. Si la croissance de Mme B G, sa prise de poids et l'aggravation de certains de ses troubles, notamment de déglutition et respiratoires, justifient une assistance par une tierce personne plus importante à partir de ses seize ans, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B G nécessite d'assistance particulière durant la nuit. Ainsi, le besoin d'assistance doit être évalué à dix-huit heures par jour les jours où elle est accueillie à domicile, quatre heures par jour les jours où elle est accueillie en centre en externat et zéro heure les jours d'internat.

11. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme B G a justifié avant consolidation une assistance par une tierce personne durant la période du 16 juillet 2019 au 24 mai 2020, ayant été hospitalisée du 25 mai 2020 au 10 juillet 2020. Durant cette période de trois cent quatorze jours, qu'il faut réduire à trois cent sept pour tenir compte des hospitalisations des 28-29 août 2019, 12-14 février 2020 et 8-9 mars 2020, le besoin peut être évalué à 141 jours à dix-huit heures par jour et les 166 autres jours à zéro ou quatre heures par jour, et à un total de 2 934 heures. Il sera fait une exacte appréciation du montant des frais d'assistance par une tierce personne, l'aide nécessaire étant une aide non spécialisée, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération, tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur, fixé à 14,04 euros en 2019 et 14,21 euros en 2021, porté à 16 euros sur l'ensemble de la période afin de tenir compte des congés payés, soit un total de 46 944 euros, auquel il n'y a pas lieu d'ajouter les frais que Mme B G justifie avoir exposé pour l'emploi d'une assistante de vie, qui sont des frais de même nature. Il résulte de l'instruction que Mme B G a perçu des sommes de nature à réduire la part restée à sa charge des frais d'assistance par une tierce personne, du fait de la perception de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et de la composante " aides humaines " de la prestation de compensation du handicap (PCH), pour un montant total de 18 578,12 euros pour la période de juillet 2019 à juillet 2020. Le préjudice réparable s'élève donc à 28 365,88 euros. Eu égard au taux de perte de chance, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser une somme de 14 182,94 euros à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

Quant aux préjudices extra-patrimoniaux pour la période antérieure au 10 juillet 2020 :

12. Il résulte de l'instruction que la somme de 79 500 euros les Hospices civils de Lyon ont été condamnés à verser à M. et Mme G, en leur qualité d'ayants-droits de leur fille B alors mineure, par l'arrêt de la cour administrative d'appel du 27 novembre 2014, au titre " des préjudices personnels subis par B de sa naissance jusqu'à l'âge de 16 ans " correspondait, à hauteur de 75 000 euros, aux troubles dans les conditions d'existence résultant du déficit fonctionnel temporaire éprouvé par B jusqu'à l'âge de 16 ans, c'est-à-dire pour la période du 15 juillet 2003 au 15 juillet 2019 et, à hauteur de 4 500 euros, aux souffrances endurées durant cette même période, deux seuls chefs de préjudice alors invoqués.

13. L'autorité relative de la chose jugée ne peut être utilement invoquée en l'absence d'identité d'objet, de cause et de parties. L'autorité de chose jugée attachée au jugement rendu sur une demande indemnitaire porte sur l'ensemble des chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime, causés par le même fait générateur et dont elle supporte la charge financière, à l'exception de ceux qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, se sont aggravés ou ne se sont révélés dans toute leur ampleur que postérieurement à la première réclamation préalable de la victime ou de ceux qui ont été expressément réservés dans sa demande.

14. En premier lieu, Mme B G sollicite la condamnation des Hospices civils de Lyon à lui verser une indemnité au titre du déficit fonctionnel temporaire pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise de novembre 2020, que, pour cette période, l'état de Mme B G a correspondu à un déficit fonctionnel temporaire total lors des périodes d'hospitalisation et partiel à 95 % en dehors de ces périodes. Mme B G a été hospitalisée 54 jours entre le 16 juillet 2019 et le 10 juillet 2020, soit 307 jours à 95 % et 54 jours à 100 %. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi à hauteur de 5 500 euros. Il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 2 750 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

15. En deuxième lieu, Mme B G sollicite la condamnation des Hospices civils de Lyon à lui verser une indemnité au titre du préjudice esthétique temporaire pour la période du 15 juillet 2003 au 10 juillet 2020. Elle n'est fondée à solliciter une telle indemnité qu'en ce qui concerne la période postérieure au 15 juillet 2019 et jusqu'au 10 juillet 2020. Il résulte de l'instruction que l'aspect de B est celui d'une " grande handicapée ", en permanence en position assise dans un fauteuil ou couchée, totalement dépendante d'un tiers pour l'ensemble des actes de la vie quotidienne, alimentée depuis 2017 par gastrotomie, présentant des troubles de la déglutition et des mouvements involontaires incontrôlés. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, évalué à 6 sur une échelle de 7 par l'expert désigné par le tribunal pour la période à partir de la naissance, à hauteur de 1 500 euros pour la période d'environ une année considérée. Il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 750 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

16. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme B G, pour la période du 16 juillet 2019 au 10 juillet 2020, du fait de la souffrance morale lié à son incapacité physique et des souffrances physiques liées à l'opération d'arthrodèse vertébrale postérieure en mai 2020 compliquée d'un choc hémorragique et d'une désaturation en juin 2020, évaluées par l'expert à 6,5 sur une échelle de 7, en les évaluant à hauteur de 2 000 euros. Il y a par suite lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 1 000 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

17. En quatrième lieu, lorsque la victime se trouve privée de toute possibilité d'accéder dans des conditions usuelles à une scolarité, la seule circonstance qu'il soit impossible de déterminer le parcours scolaire qu'elle aurait suivi ne fait pas obstacle à ce que soit réparé le préjudice ayant résulté pour elle de l'impossibilité de bénéficier de l'apport d'une scolarisation. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme B G était incompatible avec le suivi de toute scolarité, préjudice qui ne s'est révélé dans toute son ampleur qu'à l'issue de l'expertise réalisée en 2020. Il sera fait une juste appréciation du préjudice scolaire en résultant en l'évaluant à hauteur de la somme de 100 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser une somme de 50 000 euros à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

Quant aux préjudices patrimoniaux pour la période postérieure au 10 juillet 2020 :

18. En premier lieu, d'une part, en ce qui concerne les dépenses de santé futures, les préjudices dont Mme B G sollicite l'indemnisation, à hauteur de 735 279,30 euros pour des dépenses d'appareillage restant à sa charge, sont justifiés par la production de devis comportant la mention des montants sollicités ainsi que la part prise en charge par la caisse d'assurance maladie, dont le montant correspond à celui sollicité par la CPAM. Les sommes dont la CPAM sollicite le remboursement (44 939,73 euros de dépenses de santé échues, 2 114 525,36 euros de frais de santé futurs et 652 253,57 euros de frais d'appareillage futurs) sont justifiées par le relevé des débours et l'attestation d'imputabilité établie par le médecin conseil de la CPAM du Rhône. Il résulte de ces documents que les dépenses de santé futures hors appareillage correspondent à un montant annuel, à la date du présent jugement, de 34 715 euros, correspondant à 10 406,69 euros de frais hospitaliers, 434 euros de frais médicaux, 6 898,50 euros de frais infirmiers, 110,25 euros de frais de biologie et de radiographie, 2 881 euros de frais de rééducation et de kinésithérapie respiratoire, 6 380,92 euros d'assistance respiratoire et 7 603,64 euros de nutrition entérale. Il en résulte également que les frais futurs d'appareillage, dont la nécessité à titre viager pour l'état de santé de Mme B G a été reconnue par l'expertise réalisée à la demande du tribunal, correspondent à un montant annuel de 14 378,14 euros, correspondant à 2 745,21 euros à la charge de la CPAM pour un corset-siège à renouvellement annuel, 360,73 euros à la charge de la CPAM et 280,04 euros restant à charge de la requérante pour un verticalisateur à renouvellement décennal, 2 092,56 à la charge de la CPAM euros pour un matelas albatros à renouvellement annuel, 1 062,49 euros à la charge de la requérante pour un second matelas albatros à renouvellement biennal, 555,85 euros à la charge de la CPAM et 803,10 euros restant à charge de la requérante pour un fauteuil roulant et un fauteuil roulant pliant à renouvellement quinquennal, 2 124,97 euros restant à charge de la requérante pour une orthèse de maintien supplémentaire à renouvellement annuel, 655,20 euros à la charge de la CPAM pour un lit médicalisé à renouvellement annuel, 20,52 euros à la charge de la CPAM pour une chaise percée à renouvellement quinquennal, 886,62 euros à la charge de la requérante pour une chaise de douche à embase roulante à renouvellement quinquennal, 148,31 euros à la charge de la CPAM pour un matelas anti-escarres à renouvellement biennal, 380,58 euros pour un chariot de bains avec base roulante, 165,11 euros restant à charge de la requérante pour des coussins de calage à renouvellement sexennal et 2 096,85 euros à la charge de la requérante pour un dispositif de communication alternative à renouvellement septennal. Le total de 14 378,14 euros se répartit donc entre 6 578,39 euros à la charge de la CPAM et 7 799,75 euros à la charge de Mme B G.

19. D'autre part, en ce qui concerne les frais d'achat de consommables nécessaires à l'hygiène de Mme B G, celle-ci sollicite une somme de 260 555,70 euros, correspondant à la capitalisation du prix d'achat tous les mois d'un paquet d'alèses de lit, douze paquets de couches, trois boites de gants, trois tubes de crème et deux boites de sérum physiologique. Il ne résulte pas de l'instruction que la liste des consommables présentée par la requérante, reprise de celle figurant dans le rapport d'expertise, serait excessive ou inadaptée à l'état de santé de Mme B G. La réalité des dépenses exposées pour ces consommables est suffisamment établie par la production de six factures établies en 2020 et 2021, pour un montant mensuel de 212,41 euros et annuel de 2 548,92 euros.

20. Il y a lieu de déterminer tout d'abord le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il y a lieu, ensuite, de déterminer le montant de l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, le cas échéant, du partage de responsabilité avec la victime. Il y a lieu, enfin, d'allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde de l'indemnité mise à la charge du tiers étant, le cas échéant, accordé à la caisse.

21. Pour la période de trois ans huit mois et seize jours, soit 3,7125 années, du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement, il y a lieu tout d'abord de déterminer le montant du préjudice. En ce qui concerne les dépenses de santé échues hors appareillage, la CPAM sollicite dans son mémoire d'avril 2023 le remboursement de 20 811,90 euros de frais hospitaliers, 131,26 euros de frais de transport, 3 947,34 euros de frais médicaux et 895,96 euros de frais pharmaceutiques, moins 16 euros de franchises soit 25 770,46 euros. Pour la période d'environ un an allant d'avril 2023 jusqu'à la date du présent jugement, le préjudice doit être évalué à une fois le montant annuel de 34 715 euros déterminé au point 18. Il en résulte un montant de dépenses de santé hors appareillage pour la période du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement de 60 485,46 euros. En ce qui concerne les frais d'appareillage, la CPAM sollicite une somme de 19 169,27 euros pour la période allant jusqu'au mois de mars 2023, à laquelle il faut ajouter une fois 6 578,39 euros pour la période d'environ un an jusqu'à la date du présent jugement, soit un total de 25 747,66 euros. La requérante a quant à elle subi un préjudice de frais d'appareillage, pour cette période du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement, égal à 3,7125 fois 7 799,75 euros soit 28 956,59 euros. En ce qui concerne les consommables, il y a lieu de faire une exacte appréciation des dépenses exposées par Mme G à hauteur de 3,7125 fois 2 548,92 euros pour la période du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement, soit 9 462,87 euros. Il en résulte un préjudice total de dépenses de santé et d'hygiène pour cette période de 124 652,58 euros. Eu égard au taux de perte de chance de 50 %, les Hospices civils de Lyon ne pourront pas être condamnés à verser une somme supérieure à 62 326,29 euros. En application du principe de priorité accordée à la victime, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une somme de 38 419,45 (28 956,59 + 9 462,87) euros et à la CPAM du Rhône, le solde, soit 23 906,84 (62 326,29 - 38 419,45) euros.

22. Pour la période postérieure au présent jugement, le préjudice annuel est égal à la somme de 34 715 euros, de 14 378,14 euros et de 2 548,92 euros, soit 51 642,06 euros. Compte tenu de l'âge de la victime, le préjudice doit être réparé sous la forme de rentes viagères. Eu égard au taux de perte de chance de 50 %, les Hospices civils de Lyon ne pourront pas être condamnés à verser annuellement une somme supérieure à 25 821,03 euros. En application du principe de priorité accordée à la victime, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une rente viagère d'un montant annuel de 10 348,67 (2 548,92 +7 799,75) euros et à la CPAM du Rhône le solde soit une rente d'un montant annuel de 15 472,36 euros. Ces rentes seront versées par trimestres échus et leur montant sera revalorisé en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du même code.

23. En deuxième lieu, Mme B G sollicite le remboursement au titre des frais divers d'honoraires de médecin conseil, en produisant des notes d'honoraires correspondant à des prestations d'analyse du dossier et d'assistance à expertise médicale, dont sont entièrement redevable les Hospices civils de Lyon, sans la faute desquels ces procédures n'auraient pas dû être engagées. Les Hospices civils de Lyon seront en conséquence condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une somme de 2 290 euros.

24. En troisième lieu, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'indemnisation de frais d'assistance de cette dernière par une tierce personne. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de Mme B G, qui ne dispose d'aucune autonomie, justifie une assistance par une tierce personne, correspondant à une aide non spécialisée pour sa surveillance, sa toilette et ses repas. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le besoin d'assistance doit être évalué à dix-huit heures par jour les jours où elle est accueillie à domicile, cinq heures par jour les jours où elle est accueillie en centre en externat à partir de 9 heures, quatre heures par jour les jours où elle est accueillie en centre en externat à partir de 8 heures et zéro heure les jours d'internat.

25. Il résulte de l'instruction que, à compter du 10 juillet 2020 et jusqu'à la fin de l'année 2022, Mme B G a été accueillie quarante semaines par an dans un centre spécialisé qui l'accueillait cinq jours par semaine à partir de 8 heures dont deux jours en internat. Le besoin d'assistance par une tierce personne est donc pour cette période de 48 heures les semaines d'accueil en centre et de 126 heures les semaines d'accueil à domicile : le besoin annuel, tant que Mme B G est demeurée accueillie en semi-internat dans un centre spécialisé, est donc de 3 432 heures soit un besoin quotidien moyen de 9,4 heures. Pour la période de 905 jours du 10 juillet 2020 au 31 décembre 2022, dont il faut déduire 14 jours d'hospitalisation, il sera fait une exacte appréciation du besoin d'assistance par une tierce personne à 8 375,4 heures, et du montant des frais afférents, l'aide nécessaire étant une aide non spécialisée, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur fixé à 14,70 euros et porté à 16,60 euros pour tenir compte des congés payés, soit un total de 139 031,64 euros, auquel il n'y a pas lieu d'ajouter les frais que Mme B G justifie avoir exposé pour l'emploi d'une assistante de vie, qui sont des frais de même nature. Pour la période de 196 jours du 1er janvier 2023 au 15 juillet 2023, les requérants indiquent que Mme B G a été accueillie en pension complète du dimanche soir au vendredi soir durant les 28 semaines de cette période, pour laquelle le besoin d'assistance par une tierce personne a donc été de 1 120 heures. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, sur la base d'un taux horaire de rémunération fixé à 18 euros, à hauteur de 20 160 euros. À partir du 16 juillet 2023, les requérants exposent que Mme B G sera accueillie dans un centre spécialisé cinq jours par semaine à partir de 9 heures, toutes les semaines sauf 25 jours par an. À partir de cette date, le besoin moyen doit en conséquence être évalué à dix-huit heures par jour 25 jours par an et à soixante-et-une heures par semaine, ou 8,7 heures par jour, les 340 autres jours de l'année, soit un besoin annuel de 3 408 heures et un besoin journalier moyen de 9,33 heures. Pour la période de 255 jours du 16 juillet 2023 à la date du présent jugement, le besoin en assistance par une tierce personne est donc de 2 379 heures. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, sur la base d'un taux horaire de rémunération fixé à 18,30 euros, à hauteur de 43 535,70 euros. Il en résulte un préjudice total pour la période du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement de 202 727,34 euros.

26. Il résulte de l'instruction que Mme B G a perçu des sommes de nature à réduire la part restée à sa charge des frais d'assistance par une tierce personne, du fait de la perception de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et de la composante " aides humaines " de la prestation de compensation du handicap (PCH) jusqu'à ses vingt ans soit durant trente-six mois sur les quarante-cinq mois de la période, pour un montant total de 55 866,52 euros pour la période de juillet 2020 à mars 2024. Le préjudice subi s'élève donc à 146 860,83 euros. Eu égard au taux de perte de chance, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser une somme de 73 430,41 euros à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

27. Pour la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de déduire chaque année 22 journées d'hospitalisation, dont la nécessité future pour l'état de santé de Mme B G ressort de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la CPAM du Rhône, du besoin annuel. Le préjudice annuel correspond au coût de 3 198 heures d'assistance par une tierce personne, calculé sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des cotisations sociales dues par l'employeur et des congés payés annuels fixé à 18,41 euros, soit un montant annuel de 58 875,18 euros. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B G percevrait des sommes de nature à réduire les frais d'assistance par une tierce personne. Compte tenu du taux de perte de chance, les Hospices civils de Lyon seront condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une rente viagère, d'un montant annuel à la date du présent jugement de la moitié de la somme précitée soit 29 437,59 euros, attribuée tant que le mode d'accueil de Mme B G demeure inchangé. Cette rente sera versée par trimestres échus et son montant sera revalorisé en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du même code.

28. En quatrième lieu, lorsque la victime se trouve, du fait d'un accident corporel survenu dans son jeune âge, privée de toute possibilité d'accéder dans les conditions usuelles à la scolarité et à une activité professionnelle, la circonstance qu'il n'est pas possible, eu égard à la précocité de l'accident, de déterminer le parcours scolaire et professionnel qui aurait été le sien ne fait pas obstacle à ce que soit réparé le préjudice, qui doit être regardé comme certain, résultant pour elle de la perte des revenus qu'une activité professionnelle lui aurait procurés et de la pension de retraite consécutive, ainsi que ses préjudices d'incidence scolaire et professionnelle. Dans un tel cas, il y a lieu de réparer tant le préjudice professionnel que la part patrimoniale des préjudices d'incidence scolaire et professionnelle par l'octroi à la victime d'une rente de nature à lui procurer, à compter de sa majorité et sa vie durant, un revenu équivalent au salaire médian. Cette rente mensuelle doit être fixée sur la base du salaire médian net mensuel de l'année de la majorité de la victime, revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Doivent en être déduits les éventuels revenus d'activité ainsi que, le cas échéant, les sommes perçues au titre de l'allocation aux adultes handicapés, ou au titre de pensions ou de prestations ayant pour objet de compenser la perte de revenus professionnels. Cette rente n'a, en revanche, pas pour objet de couvrir la part personnelle des préjudices d'incidence scolaire et d'incidence professionnelle, qui doit faire l'objet d'une indemnisation distincte.

29. D'une part, s'agissant de la période allant de la majorité de Mme B G, née le 15 juillet 2003, jusqu'à la date du présent jugement, soit trente-deux mois et demi, celle-ci a droit au versement d'une indemnité en capital au titre de la perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension, préjudice incluant également la part patrimoniale des préjudices d'incidence scolaire et d'incidence professionnelle qu'elle a subis. Il y a lieu de calculer cette indemnité en se basant sur le salaire mensuel médian net, qui était dans le secteur privé selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) de 2 012 euros en 2021, en appliquant à chaque échéance annuelle le coefficient de revalorisation mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale auquel renvoie l'article L. 434-17 du même code (1,018 au 1er avril 2022 et 1,056 au 1er avril 2023), et en additionnant ce salaire médian revalorisé pour chacun des mois écoulés entre le 15 juillet 2021 et la date du présent jugement. Il en résulte un préjudice d'un montant de 67 635,59 euros. Il y a lieu de déduire les sommes perçues au titre de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), ainsi que toute prestation ayant vocation à compenser l'incapacité dans laquelle se trouve Mme B G de se procurer des ressources, du montant de l'indemnité à la charge des Hospices civils de Lyon, qui ne pourra pas être supérieure à la moitié de cette somme soit 33 817,79 euros. Par suite, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une somme de 33 817,79 euros sous déduction des montants des aides visant à compenser l'absence de revenus professionnels perçues à partir du 15 juillet 2021, dont la tutrice de Mme B G devra justifier en produisant les justificatifs des sommes perçues à ce titre ou des attestations de non perception des aides issues des organismes sociaux concernés.

30. D'autre part, s'agissant de la période postérieure au présent jugement, le préjudice sera réparé par le versement d'une rente. Il y a lieu de calculer le montant de cette rente à partir du montant du salaire médian net tel que revalorisé selon la méthode indiquée au point précédent, qui conduit à un montant mensuel net de 2 162,92 euros à la date du présent jugement, qui peut être arrondi à 2 165 euros et à un montant annuel de 25 980 euros. Les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à verser une rente d'un montant annuel de la moitié de cette somme soit 12 990 euros. Cette rente, avec jouissance au jour du présent jugement, sera versée par trimestres échus et son montant sera revalorisé chaque année au 1er avril, en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du même code. Les sommes perçues par Mme B G au titre de prestations compensant la perte de revenus professionnels ou de pensions d'invalidité ou de retraite, notamment l'allocation aux adultes handicapées (AAH), viendront en déduction de cette rente. Il conviendra à ce titre que la tutrice de Mme B G produise chaque trimestre les justificatifs des sommes perçues à ce titre ou des attestations de non perception des aides issues des organismes sociaux concernés.

31. Enfin, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle du handicap de Mme B G, qui ne pourra jamais travailler, à hauteur de 100 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser une somme de 50 000 euros à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

32. En sixième lieu, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'indemnisation de frais d'aménagement du véhicule au handicap de celle-ci. Il résulte de l'instruction que l'acquisition d'un véhicule susceptible de permettre le transport de Mme B G et de son fauteuil est nécessaire. Mme B G produit un devis établi en juillet 2021, dont il résulte que les frais nets d'aménagement s'élèveraient à environ 10 000 euros. Il sera fait une juste appréciation des frais d'aménagement du véhicule, y compris le surcoût lié à l'acquisition d'un véhicule plus volumineux que celui nécessité par une famille de cinq personnes, à hauteur de 21 000 euros. Il y a lieu, en l'absence de circonstances particulières, de prendre en compte un renouvellement du véhicule tous les sept ans et non tous les six ans. Il en résulte un préjudice de 3 000 euros annuels, dont seule la moitié pourra être mise à la charge des Hospices civils de Lyon. Pour la période du 10 juillet 2020 à la date du présent jugement, il y a lieu d'accorder le versement de 3,7125 fois 1 500 euros, soit 5 568,75 euros. Pour la période postérieure au présent jugement, il y a lieu d'accorder une rente annuelle d'un montant de 1 500 euros au jour du présent jugement. Cette rente, avec jouissance au jour du présent jugement, sera versée par trimestres échus et son montant sera revalorisé chaque année au 1er avril, en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du même code.

33. En septième lieu, en ce qui concerne les frais d'aménagement du logement au handicap, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite à titre principal la réalisation d'une expertise et l'allocation d'une provision.

Quant aux préjudices extra-patrimoniaux pour la période postérieure au 10 juillet 2020 :

34. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise de novembre 2020, que l'état de Mme B G correspond à un déficit fonctionnel permanent, à compter de la consolidation de son état fixée au 10 juillet 2020, de 95 %, en raison d'une altération massive des fonctions intellectuelles supérieures, d'une tétraparésie choréoathétosique et spastique avec déformations orthopédiques et d'une invalidité fonctionnelle quasi-totale. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre à hauteur de 600 000 euros. Il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 300 000 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

35. En deuxième lieu, Mme B G sollicite la condamnation des Hospices civils de Lyon à lui verser une indemnité au titre du préjudice esthétique permanent. Il résulte de l'instruction que l'aspect de B est celui d'une " grande handicapée ", en permanence en position assise dans un fauteuil ou couchée, totalement dépendante d'un tiers pour l'ensemble des actes de la vie quotidienne, alimentée depuis 2017 par gastrotomie, présentant des troubles de la déglutition et des mouvements involontaires incontrôlés. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent, évalué à 6 sur une échelle de 7 par l'expert désigné par le tribunal, à hauteur de 25 000 euros. Il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 12 500 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

36. Enfin, du fait de son handicap et son état, Mme B G subit un préjudice d'agrément constitué notamment par l'impossibilité de pratiquer des activités sportives ou de loisirs, un préjudice sexuel constitué par l'impossibilité d'avoir une activité sexuelle, et un préjudice d'établissement constitué par l'impossibilité d'envisager une vie familiale normale. Il sera fait une juste appréciation de ces chefs de préjudice en fixant à un total de 100 000 euros l'indemnité due à ces titres. Il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser la moitié de cette somme, soit 50 000 euros, à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G.

En ce qui concerne les préjudices des proches de la victime :

37. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection, des troubles dans les conditions d'existence et de l'incidence professionnelle subis par les parents de Mme B G du fait de l'état de leur fille en les évaluant globalement à la somme de 60 000 euros pour la mère, dont le domicile a été fixé comme lieu de résidence de Mme B G par la convention de divorce du 16 juin 2022, et de 50 000 euros pour le père. Les Hospices civils de Lyon seront par suite condamnés à verser 30 000 euros à Mme H D et 25 000 euros à M. A G.

38. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis par le petit frère et la petite sœur de Mme B G du fait de l'état de leur sœur en les évaluant globalement à la somme de 10 000 euros chacun. Les Hospices civils de Lyon seront par suite condamnés à verser 5 000 euros M. J, né le 7 janvier 2005 et 5 000 euros à Mme F G, née le 15 mars 2007, sous administration légale de ses parents Mme H D et M. A G.

39. Il résulte de tout ce qui précède que les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G, d'une part, une somme de 638 257,63 euros, sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de financer l'aide humaine à lui apporter ainsi que des aides ayant pour objet de compenser l'impossibilité pour elle de se procurer des revenus d'activité, et, d'autre part, des rentes, d'un montant annuel de 10 348,67 euros au titre des dépenses de santé et d'hygiène futures, d'un montant annuel de 29 437,59 euros sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de financer l'aide humaine à apporter à Mme B G au titre des frais d'assistance par une tierce personne future, d'un montant annuel de 12 990 euros sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de compenser l'impossibilité pour elle de se procurer des revenus d'activité au titre des pertes de revenus professionnels, et d'un montant annuel de 1 500 euros au titre des frais d'aménagement du véhicule. Les Hospices civils de Lyon doivent également être condamnés à verser une indemnité de 30 000 euros à Mme H D, une indemnité de 25 000 euros à M. A G, une indemnité de 5 000 euros à M. J et une indemnité de 5 000 euros à Mme F G sous administration légale de ses parents. Enfin, les Hospices civils de Lyon doivent être condamnés à payer à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une somme de 102 962,56 euros ainsi qu'une rente d'un montant annuel de 15 472,36 euros au titre des dépenses de santé futures.

Sur les conclusions aux fins d'expertise et de versement d'une provision :

40. D'une part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ". Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'indemnisation de frais d'aménagement du logement au handicap de celle-ci, en demandant qu'une expertise soit ordonnée avant-dire-droit afin de déterminer l'ampleur de ce préjudice. Il résulte de l'instruction que les époux G ont acquis en mai 2014 un terrain situé à Saint-Didier-de-la-Tour (Isère) pour y édifier une maison d'habitation et que ce bien a été attribué à Mme D lors de leur divorce en juin 2022. Dans leur mémoire produit le 27 avril 2023, les consorts G exposent que la maison, hors d'eau et hors d'air, n'est toutefois pas encore habitable, dans l'attente du versement des sommes nécessaires à l'aménagement du logement conformément aux préconisations de l'expert désigné par le tribunal. Celui-ci, qui a estimé nécessaire l'aménagement d'un accès en fauteuil roulant depuis l'extérieur, d'un accès au véhicule de transport sous abri, de passages de porte adaptés, d'une chambre suffisamment spacieuse, d'une salle de bains attenante adaptée et suffisamment spacieuse et d'un studio pour héberger une tierce personne, s'est notamment s'interrogé sur la nécessité de prévoir un système de transfert plafonnier entre la chambre et la salle de bains, eu égard aux mouvements choréoathétosiques de B G, et a invité le tribunal à désigner un expert architecte et un sapiteur ergothérapeute. Les pièces du dossier ne permettent pas, en l'état de l'instruction, de déterminer le montant du préjudice correspondant aux frais d'aménagement du logement nécessités par l'état de santé de Mme B G, y compris le coût d'acquisition d'un rail-plafonnier et d'un lève-malade sollicité à hauteur de 8 823,97 euros. Il y a dès lors lieu d'ordonner la réalisation d'une expertise, aux fins précisées dans le dispositif du présent jugement.

41. D'autre part, Mme D en sa qualité de tutrice de Mme B G sollicite l'octroi d'une provision afin de financer les travaux d'aménagement de la maison. Elle produit des devis pour un montant total de 18 938,53 euros, non compris le coût d'acquisition d'un rail-plafonnier et d'un lève-malade évalué à 8 823,97 euros dont la nécessité est contestable ainsi qu'il a été vu au point précédent. L'existence d'un préjudice constitué par les frais d'aménagement du logement de Mme D pour l'accueil à domicile de Mme B G n'est pas sérieusement contestable à hauteur de la moitié de cette somme afin de tenir compte du taux de perte de chance, soit environ 9 500 euros. Il y a par suite lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à verser à Mme D une somme de 9 500 euros à titre provisionnel, à valoir sur le montant de l'indemnité correspondant au préjudice d'aménagement du logement.

Sur les autres conclusions des parties :

42. Les autres conclusions présentées dans le cadre de la présente instance, en particulier celles de la CPAM tendant à l'application du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, celles relatives à la charge des dépens et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont réservées jusqu'en fin d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une indemnité de 638 257,63 euros (six cent trente-huit mille deux cent cinquante-sept euros et soixante-trois centimes), sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de financer l'aide humaine à lui apporter ainsi que des aides ayant pour objet de compenser l'impossibilité pour elle de se procurer des revenus d'activité.

Article 2 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G des rentes viagères d'un montant annuel de 10 348,67 euros au titre des dépenses de santé et d'hygiène futures, d'un montant annuel de 29 437,59 euros sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de financer l'aide humaine à apporter à Mme B G au titre des frais d'assistance par une tierce personne future, d'un montant annuel de 12 990 euros sous déduction des sommes perçues au titre des aides ayant pour objet de compenser l'impossibilité pour elle de se procurer des revenus d'activité au titre des pertes de revenus professionnels, et d'un montant annuel de 1 500 euros au titre des frais d'aménagement du véhicule. Ces rentes seront versées par trimestres échus et leur montant sera revalorisé en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme H D, une indemnité de 30 000 (trente mille) euros.

Article 4 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. A G une indemnité de 25 000 (vingt-cinq mille) euros.

Article 5 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. J une indemnité de 5 000 (cinq mille) euros.

Article 6 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme H D et M. A G, en leur qualité d'administrateur légal du patrimoine de leur fille Mme F G, une indemnité de 5 000 (cinq mille) euros.

Article 7 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une indemnité de 102 962,56 euros (cent deux mille neuf cent soixante-deux euros et cinquante-six centimes).

Article 8 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône une rente viagère d'un montant annuel de 15 472,36 euros (quinze mille quatre cent soixante-douze euros et trente-six centimes). Cette rente sera versée par trimestres échus et son montant sera revalorisé en application de l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 9 : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme H D en sa qualité de tutrice de Mme B G une somme de 9 500 (neuf mille cinq cents) euros à titre d'indemnité provisionnelle, à valoir sur le montant de l'indemnité correspondant au préjudice d'aménagement du logement.

Article 10 : Avant de statuer sur la demande de condamnation des Hospices civils de Lyon à indemniser les consorts G des frais d'aménagement du logement au handicap, il sera procédé à une expertise, qui sera confiée à un architecte et un ergothérapeute désignés par la présidente du tribunal. Les experts, qui accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, auront pour mission de :

1°) prendre connaissance du dossier et de tous documents concernant l'état et les conditions de vie de Mme B G, détenus par les Hospices civils de Lyon ou produits par sa famille, d'examiner cette dernière ;

2°) se rendre au domicile de Mme B G et procéder à la description du logement ;

3°) donner un avis motivé sur les aménagements et améliorations rendus nécessaires par le handicap et l'état de l'intéressée ;

4°) donner son avis motivé sur la nature et le coût des travaux nécessaires pour aménager le logement ;

5°) préciser les références et les normes sur lesquelles l'expertise se fonde, en retranscrivant au besoin des extraits de la littérature technique pertinents ;

6°) de manière générale, donner toutes précisions et toute information utile de nature à éclairer le tribunal.

L'expertise aura lieu en présence de Mme B G, de ses parents Mme H D et M. A G, des Hospices civils de Lyon et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 11 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 12 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et aux Hospices civils de Lyon.

Copie en sera adressée au docteur I C.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,

G. Maubon

Le président,

H. Drouet La greffière,

J.-P. Duret

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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