mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205889 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GHACHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 31 juillet 2022 et le 31 août 2023, l'EURL Au comptoir de la caisse, représentée par Me Gashi, demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;
2°) de condamner l'administration fiscale aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- elle justifie d'éléments concrets permettant de remettre en cause l'impartialité et la neutralité de la vérificatrice ;
- le rejet de comptabilité des trois exercices est totalement injustifié ;
- s'agissant des factures considérées comme fictives, elle conteste le rejet des loyers facturés par la SCI Karsab qui ont été engagées dans son intérêt ;
- s'agissant des factures qualifiées de complaisance, elle conteste le rejet des factures émises par le cabinet d'avocat Brumm et associés, la SARL Dizing, M. N O, l'entreprise de conciergerie Auchagri qui correspondent bien à des prestations rendues au bénéfice de la société ;
- le rejet des charges déductibles pour absence de pièces justificatives n'est pas justifié au regard de la loi et de la doctrine (BOI-BIC-CHG-10-20) ; le rejet des frais de repas n'est pas plus justifié ;
-si certaines factures ont été établies au nom de M. A, ces dépenses ont bien été engagées dans l'intérêt de la société; toutes les dépenses facturées à d'autres entités et payées par la société ont également été engagées dans son intérêt,
- la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses et celle de 40 % pour manquements délibérés ne sont pas justifiées ; il en de même de l'amende de 50 % pour factures de complaisance.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 4 septembre 2023 par une ordonnance du 6 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Au comptoir de la caisse, qui exerce une activité d'achat-revente, entretien réparation et maintenance de caisses enregistreuses tactiles et de logiciels de caisse, de systèmes de vidéosurveillance, de matériel et mobilier de bureau et dont le gérant et unique associé est M. F A, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue au 30 avril 2018 en matière de taxes sur le chiffre d'affaires ayant conduit, selon la procédure de rectification contradictoire, à des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. A la suite de l'avis favorable de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires rendu le 20 septembre 2019, les impositions ont été mises en recouvrement le 16 décembre 2019. Après avoir obtenu, suite à sa première réclamation, le dégrèvement de l'amende pour factures fictives prévue à l'article 1731-I 2 du code général des impôts et de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses sur les factures de complaisance, la seconde réclamation de la société a été rejetée par une décision du 16 septembre 2021. L'EURL Au comptoir de la caisse demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge sur la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017.
Sur la régularité de la procédure :
2. La société requérante soutient que la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet trouve son origine dans la volonté de Mme J, ancienne compagne de M. A, de se venger suite à leur rupture amoureuse et à l'échec d'un contrat d'association et que Mme J entretenait une relation amicale avec la vérificatrice dont elle a fait connaissance lors du contrôle de l'une de ses sociétés, laquelle a manqué à son obligation d'impartialité. Toutefois, l'EURL Au comptoir de la Caisse ne démontre pas, par la seule production d'une attestation sur l'honneur de Mme E, ancienne amie de Mme J, établie pour les besoins de la cause et de copies d'écran de messagerie téléphonique instantanée entre ces deux personnes, que Mme J aurait été à l'initiative, par l'intermédiaire de la vérificatrice, de l'engagement de la vérification de comptabilité de L'EURL Au comptoir de la caisse, ni que la vérificatrice aurait communiqué des informations particulières à Mme J durant les opérations de contrôle menées auprès de l'EURL Au comptoir de la caisse, ni qu'elle aurait été influencée par cette dernière dans le déroulement de ses investigations, notamment sur les demandes de droit de communication auprès des clients ou des fournisseurs, dont la société dirigée par Mme J faisait au demeurant partie. Il ne résulte pas plus de l'instruction que la vérificatrice aurait fait preuve d'une animosité particulière à l'encontre de M. A durant les opérations de contrôle. Par ailleurs, si la société requérante fait valoir que la vérificatrice connaissait Mme J depuis le contrôle de l'une de ses sociétés, il ne résulte toutefois pas des éléments produits à l'instance que la vérificatrice entretenait avec Mme J une relation amicale d'une intensité et d'une proximité particulière et qu'elle ne pouvait pas ignorer, dans ce contexte, le conflit personnel et financier entre Mme J et M. A dont fait état ce dernier, de nature à la regarder comme pouvant être suspectée de partialité à l'égard de M. A lors de ce contrôle.
Sur le bien-fondé des impositions:
3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".
4. Les impositions supplémentaires en litige ont été établies conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 20 septembre 2019. Il en résulte qu'en application des dispositions précitées, si l'administration supporte la charge de la preuve des graves irrégularités privant la comptabilité de l'EURL Au comptoir de la Caisse de toute valeur probante sur la période vérifiée, ladite société supporte en revanche la charge de la preuve de l'exagération des bases de son imposition.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
S'agissant du rejet de comptabilité :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () Aux termes de l'article 242 nonies de l'annexe II au code général des impôts : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : ()7° Un numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue ; la numérotation peut être établie dans ces conditions par séries distinctes lorsque les conditions d'exercice de l'activité de l'assujetti le justifient ; l'assujetti doit faire des séries distinctes un usage conforme à leur justification initiale ; "
7. Il résulte notamment des termes de la proposition de rectification du 20 décembre 2017 adressée à la SARL Entre Nous que, pour rejeter la comptabilité de l'EURL Au Comptoir de la Caisse, le service a relevé que, sur l'ensemble de la période vérifiée, les traitements informatiques réalisés ont permis d'établir, premièrement, que la numérotation des factures n'est pas chronologique, que 66 numéros de factures sont absents des données de facturation, rompant ainsi la séquentialité et que 39 numéros de factures sont utilisés deux ou trois fois, rompant également la numérotation séquentielle, deuxièmement que 5 factures, 922 factures ou avoirs, 116 factures et 11 factures n'ont pas été comptabilisées au titre des exercices clos respectifs les 31 décembre 2015, 2016, 2017 et 2018, et qu'ainsi la société ne répond pas aux obligations fixées par l'article 242 nonies A 7° de l'annexe II au code général des impôts et par les articles L. 123-12 et suivants du code de commerce, troisièmement, que la comptabilité fait apparaitre des écritures comptables portant sur des achats dépourvues de pièces justificatives en méconnaissance des articles 911-3 et 922-2 du plan comptable général et de l'article 54 du code général des impôts, ou portant sur des achats justifiés par des factures émises à destination d'autres entités que l'EURL ACDC en méconnaissance des principes comptables édictés par le plan comptable général, quatrièmement que les écritures comptables ont été tardivement validées au titre des exercices clos le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2016 ne permettant pas d'assurer le caractère définitif, au moment du dépôt de la déclaration de résultats, des enregistrements du livre-journal et du livre inventaire en méconnaissance de l'article 921-3 du plan comptable général et de l'article 38 quater de l'annexe III au code général des impôts, cinquièmement que le bilan d'ouverture de l'exercice 2018 ne correspond pas au bilan de clôture de l'exercice clos le 31 décembre 2017 en méconnaissance des dispositions de l'article 112-2 du plan comptable général, sixièmement l'existence de plusieurs comptes courants d'associés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 et de l'exercice en cours au 30 avril 2018, alors que la société est à associé unique, en méconnaissance des dispositions de l'article 944-45 du plan comptable général, et enfin l'existence d'écritures erronées au titre de l'exercice en cours au 30 avril 2018.
8. En se bornant à faire valoir que le rejet de comptabilité des trois exercices est totalement injustifié en l'absence de toute dissimulation, que les quelques erreurs commises, sont la conséquence d'erreurs humaines ou informatiques involontaires et portent sur un montant minime au vu de la taille de l'entreprise et de son chiffre d'affaires et que la comptabilité ne peut être rejetée ni sur la base de non comptabilisation de factures, ni sur la base des numérotations et chronologies de factures, la société requérante ne remet pas utilement en cause les constatations du service vérificateur précédemment rappelées. L'administration justifie ainsi que la comptabilité de la société est entachée de graves irrégularités remettant en cause sa valeur probante.
S'agissant des factures fictives :
9. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 12 décembre 2018, ainsi que de la réponse aux observations du contribuable du 27 mars 2019, que le service vérificateur a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante les charges correspondant au règlement de factures de loyers, émises par la SCI Karsab, dont le représentant légal est également M. F A, d'un montant trimestriel de 4 500 euros au titre des années 2015 et 2016 et d'un montant mensuel de 1 500 euros au titre des mois de janvier à mai de l'année 2017, pour la location d'un appartement situé au rez-de-chaussée d'un immeuble composé de 4 niveaux situé au 56 rue Berthelot à Valence (26 000), au titre de laquelle aucun contrat de bail n'a été présenté au cours des opérations de contrôle, en estimant qu'il s'agissait de loyers fictifs dès lors que l'immeuble concerné était en travaux au moins jusqu'au 24 novembre 2015, que le mandat de gestion conclu le 24 novembre 2015 avec l'agence Century 21 AIC de Valence, portant sur quatre appartements à usage d'habitation, fait état d'un seul appartement effectivement loué à M. D L et décrit exclusivement des locaux à usage d'habitation, dont les loyers compris entre 450 et 500 euros sont nettement inférieurs aux loyers en litige, qu'un appartement au rez-de-chaussée a été loué à M. C R à partir du 22 novembre 2016 jusqu'au mois de février 2017 et que l'acte de vente notarié du 14 juin 2017 confirme que les locaux sont à usage d'habitation, alors par ailleurs que la société ACDC n'a jamais déclaré la création d'un établissement à Valence au greffe du tribunal de commerce, ni aux services fiscaux, qu'aucune facture d'électricité mentionnant un lieu de consommation à Valence n'a été fournie à l'appui de la comptabilité alors que tel est le cas pour son agence située à Clermont-Ferrand et qu'aucune publication sur la page facebook de la société ne mentionne l'existence d'une agence à Valence, ni même sa fermeture, alors que tel est le cas pour les agences de Clermont-Ferrand et de Nice. En se bornant à produire une plaquette commerciale mentionnant notamment l'agence de Valence, un listing de clients installés dans le département de la Drôme, une déclaration préalable de travaux déposée le 19 avril 2017 à la mairie de Valence, une attestation non datée d'un agent immobilier de l'agence Century 21 de Valence, présenté comme en charge de la vente de l'immeuble intervenu le 14 juin 2017, indiquant sans plus de précisions, que le rez-de-chaussée de l'immeuble était à usage de bureaux, un procès-verbal d'installation d'un photocopieur à cette adresse le 26 novembre 2015 établi par la société @Xens XeroX, une attestation de M. O, agent commercial, du 22 février 2021 indiquant qu'il a installé du matériel informatique à cette adresse avec M. A, qu'il a développé la partie commerciale dans ses locaux et a signé le 3 décembre 2015 un contrat dans ces locaux avec un client, la société le Rabelais représentée par son gérant, M. S W, lequel atteste également s'être rendu dans ses locaux à plusieurs reprises au cours des mois de novembre et décembre 2015 pour des démonstrations et devis ainsi que pour la finalisation du contrat le 3 décembre 2015, ainsi qu'une attestation de M. G du 26 février 2021 selon laquelle il s'est rendu à cette adresse le 8 décembre 2015 pour la signature de son contrat, la société requérante, qui a indiqué lors des opérations de contrôle n'avoir aucun salarié affecté dans cette agence, ne remet pas utilement en cause le faisceau d'indices relevé par l'administration l'ayant conduit à estimer qu'elle n'a jamais occupé de local à Valence au titre des années 2015 et 2016 et des cinq premiers mois de l'année 2017 et que les charges déduites à ce titre sont constitutives de loyers fictifs.
11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante des commissions versées le 4 avril 2016 à M. P K en qualité d'apporteur d'affaires d'un montant de 1 215,90 euros pour l'affaire " Cockpit " et d'un montant de 299,07 euros pour l'affaire " Domaine de la tour ", soit la somme totale de 1 514,97 euros sur une facture d'un montant total de 2 238,87 euros, au motif que ces opérations ont finalement été annulées et qu'aucun contrat n'a d'ailleurs été conclu. Si la société requérante fait valoir que le paiement de ces commissions trouve sa justification dans le fait que les négociations menées par M. K étaient très avancées lorsque les contrats ont été annulés, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur l'absence de réalisation par M. K de la prestation d'apporteur d'affaires facturée à la société requérante, et donc sur le caractère fictif de la prestation rémunérée.
12. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante, en raison de leur caractère fictif, quatre factures portant sur des commissions d'apport concernant les affaires " G gastronomie ", " 33 cité ", " chocolats voisins " et " Milano " versées en 2015 et 2016 d'un montant total de 7 500 euros à l'autoentreprise Same, exploitée par Mme M I à l'adresse du domicile qu'elle partageait avec M. F A jusqu'à leur séparation le 16 octobre 2017, Mme I ayant exercé les fonctions de directrice des ventes et contrôleuse de gestion au sein de l'EURL ACDC jusqu'au 15 octobre 2015, date à laquelle son contrat de travail a fait l'objet d'une rupture conventionnelle, et alors que les déclarations de revenus souscrites par le couple au titre des années 2015 et 2016 ne font pas état de revenus en provenance de l'autoentreprise Same. Alors que la société n'a présenté aucun contrat concernant l'affaire " chocolat voisins ", elle n'établit pas la réalité de la prestation d'apporteur d'affaires facturée par la société Same le 22 mars 2016 en se bornant à produire un bon de livraison du 29 septembre 2016 faisant référence à une facture émise au nom de " Chocolats Voisin " le 14 février 2017. En outre, s'agissant de la commission de 2 000 euros versée le 17 novembre 2015 à la société Same au titre de l'affaire " G gastronomie ", la société requérante ne démontre pas plus la réalité de la prestation d'apporteur d'affaires prétendument réalisée par la société Same en se bornant à produire un devis établi le 17 novembre 2015 ainsi qu'un échange de mails entre Mme I et M. A du 16 octobre 2015. Par ailleurs, si un contrat a été conclu le 21 décembre 2015 avec le restaurant " 33 Cité ", le gérant de cette société, en réponse au droit de communication du service, a indiqué qu'étant dans la restauration depuis 30 ans, il avait eu maintes fois l'opportunité de rencontrer des représentants de la société ACDC, sans confirmer avoir eu à traiter avec Mme I, ni avoir été spécifiquement démarché par l'intéressée. Enfin, s'agissant de la facture d'un montant de 1 500 euros établie le 4 mai 2016 concernant " Milano ", il résulte de l'instruction que cette société est cliente de la société requérante depuis le mois de février 2014, ce que ne pouvait ignorer Mme I, alors directrice des ventes de la société.
13. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante la somme de 18 000 euros au titre d'une facture émise le 6 octobre 2015 par M. H O au titre d'un rachat d'un contrat, M. A ayant indiqué que l'opération n'avait en définitive pas eu lieu, ce qu'a confirmé M. O en réponse au droit de communication. Alors que M. H O exerce la profession déclarée de marabout, guérisseur et rebouteux, la société requérante, qui fait valoir que l'opération d'achat de matériels a bien eu lieu, avant d'être annulée, n'établit pas la réalité de la prestation facturée en se bornant à produire un avoir du même montant émis seulement le 18 février 2021 par M. O.
14. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante la somme de 3 700 euros au titre d'une facture émise le 9 juin 2015 par la SARL BLS Confluence (restaurant Selcius) portant sur l'organisation d'un séminaire pour 50 personnes le 9 juin 2015 en l'absence de précisions fournies sur l'identité des 50 participants au séminaire du 9 juin 2015 et en l'absence de document produit sur l'organisation de ce séminaire ainsi que sur la validation de la prestation retenue auprès du restaurant ainsi que les modalités d'organisation de ce séminaire, alors qu'au vu des informations transmises par la 11ème brigade de vérification de la Dircofi Centre-Est, la comptabilité de la SARL BLS Confluence comporte, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, un compte fournisseur " EURL ACDC " n'enregistrant aucune opération de vente, un compte client " F A " comportant 8 écritures pour un montant total de 2 909 euros TTC, mais ne comporte aucun compte client " EURL ACDC " et que la facture litigieuse n'a donc pas été comptabilisée par son émetteur. Si la société requérante fait valoir que ce repas a été organisé dans un objectif de développement et de fidélisation de ses agents commerciaux, clients, partenaires et fournisseurs, elle n'établit pas la réalité de cette prestation compte tenu des éléments relevés par le service en se bornant à produire des attestations générales établies pour les besoins de la cause par l'assistante de direction et le président de la SARL BLS Confluence.
S'agissant des factures de complaisance :
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante la somme de 2 400 euros au titre de l'année 2015 et celle de 3 345 euros au titre de l'année 2016 au titre de quatre factures émises par le cabinet d'avocat Brumm et associés au titre d'un abonnement juridique en estimant qu'il s'agissait de factures de complaisance, les prestations facturées ayant en réalité trait à des litiges privés concernant M. F A, dès lors, premièrement, que si les factures du 12 février 2015 d'un montant de 1 500 euros, du 23 décembre 2015 d'un montant de 1 500 euros, du 29 janvier 2016 d'un montant de 1 560 euros et du 22 juillet 2016 d'un montant de 1 785 euros font référence à " un abonnement juridique ", la société n'a produit aucun document justifiant de le réalité de cet abonnement, alors que la seconde facture mentionne également l'affaire " A F/Sofiana ", portant sur un litige opposant à M. A à la SARL Sofiana Image et Son, qui n'est ni un client ni un fournisseur de l'EURL ACDC, à propos d'une facture du 30 septembre 2013 d'un montant de 10 114,39 euros établie au nom de M. A et à l'adresse de son domicile relative à l'achat d'un vidéoprojecteur et d'un home cinéma, et les autres factures correspondant en réalité à un litige opposant M. F A à Mme M I, mère de ses deux enfants, dans le cadre de leur séparation, comme en témoigne un courrier de ce cabinet d'avocats du 19 septembre 2016. Si la société fait valoir qu'au vu de sa taille et de son chiffre d'affaires, une assistance juridique lui était indispensable, elle ne produit aucun élément probant de nature à établir la réalité de cette prestation d'abonnement juridique.
16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante cinq factures émises par la SARL Dizing d'un montant total de 49 500 euros TTC, société dirigée par Mme Q de V exerçant l'activité d'architecte et décorateur d'intérieur en estimant qu'il s'agissait de factures de complaisance, les prestations facturées portant en réalité sur la réalisation de travaux d'aménagement de la résidence principale de M. A. Si la société requérante allègue que les travaux réalisés au domicile de M. A par la SARL Dizing ont été réalisés gratuitement en raison de la relation intime qu'entretenaient alors M. A et Mme S V et que les prestations facturées par la SARL Dizing correspondent à des rémunérations versées à Mme V en contrepartie de l'accord de nouveaux clients et de l'organisation d'un salon, il résulte de l'instruction que Mme S V n'a jamais fait état, en réponse au droit de communication, de prestations d'apporteurs d'affaires, les pièces produites par la société requérante ne suffisant en tout état de cause pas à démontrer la réalité des prestations prétendument réalisées par la SARL Dizing au profit de l'EURL ACDC.
17. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante au titre de l'année 2016 six factures émises par M. N O, apporteur d'affaires, d'un montant total de 14 694,23 euros en les regardant comme des factures de complaisance au seul motif que celles-ci ont donné lieu à des paiements au profit de M. H O et de Mme U O, parents de M. N O. Toutefois, alors que l'administration n'a pas remis en cause dans la proposition de rectification et dans la réponse aux observations du contribuable la réalité de la prestation réalisée par M. N O au bénéfice de la société requérante, et qu'elle se borne seulement dans son mémoire en défense à " s'interroger fortement sur la nature véritable des prestations facturées, voire sur leur existence réelle ", l'administration n'était pas fondée à réintégrer le montant de ces factures dans le résultat imposable de la société requérante.
18. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante des factures émises par la société Auchagbri au titre des frais de conciergerie pour montant total de 15 643 euros HT et de 3 129 euros de taxe sur la valeur ajoutée, au regard des informations obtenues auprès de la gérante de l'entreprise dans le cadre du droit de communication, laquelle a indiqué avoir émis, sur demande expresse de M. A, une facture récapitulative mensuelle non détaillée intégrant, pour une somme estimée à 12 000 euros TTC, des dépenses personnelles de M. A, alors que dans le cadre du débat oral et contradictoire et à plusieurs reprises par écrit, le société n'a jamais été en mesure de satisfaire à la demande du service tendant à l'obtention du détail des prestations facturées, et que les recherches entreprises par la gérante de la société Auchagbri, dans ses courriels et SMS suite au droit de communication, ont permis de révéler l'existence de prestations rendues à M. A sur sa demande et consistant en des prestations de coaching et en des prestations d'organisation de déplacements à Paris avec hôtel et transports, d'un séjour au château de Bagnols, d'un séjour à Disneyland Paris, d'un voyage à Marrakech, de la réservation d'une table au restaurant Coste et dans un restaurant à Paris 16ème. En se bornant à produire, d'une part, une attestation de la gérante de société Auchagbri du 23 février 2021 établie pour les besoins de la cause indiquant que M. A, gérant de la société ACDC, était titulaire d'un abonnement à la conciergerie de 2015 à 2017 et qu'à ce titre les missions effectuées étaient exclusivement à caractère professionnel, et d'autre part les conditions générales de vente de la société Auchagri, la société requérante ne remet pas utilement en cause les constatations du service l'ayant amené à estimer à bon droit que les factures en litige présentaient le caractère de factures de complaisance.
S'agissant des autres charges :
19. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le service a, en l'absence de pièces justificatives, réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante diverses charges à hauteur des sommes de 17 194,39 euros en 2015, 11 121,18 euros en 2016 et 35 751,59 euros en 2017. Si la société requérante fait valoir de manière générale que ces dépenses ont été engagées dans l'intérêt de l'exploitation, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, alors qu'elle ne peut par ailleurs utilement se prévaloir à ce titre des énonciations du BOI-BIC-CHG-10-20 en tant qu'elles font référence aux dispositions de l'article 302 septies A ter du CGI, dont elle ne relève pas, offrant aux contribuables qui optent pour la comptabilité super-simplifiée la possibilité d'évaluer de façon forfaitaire certaines dépenses et les dispensant de produire les justificatifs relatifs à certains frais généraux accessoires.
20. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le résultat imposable de la société requérante des factures établies au bénéfice d'autres entités que l'EURL ACDC, et donc non engagées dans son intérêt, à hauteur des sommes de 8 499,53 euros en 2015, 3427,53 euros en 2016 et 15 575,11 euros en 2017. Si la société fait valoir que ces factures, bien qu'établies au nom de M. A, correspondent à des dépenses engagées dans son intérêt et qu'il s'agit principalement de notes de frais de salariés et de débours engagés au nom et pour le compte de partenaires commerciaux, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations de nature à démontrer que ces factures correspondent effectivement à des charges engagées dans son intérêt.
21. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante certaines dépenses à hauteur des sommes de 3 239,44 euros en 2015, 2 254,52 euros en 2016 et 911,44 euros en 2017, dont des frais de déplacements à l'étranger et des produits pour enfant, en estimant qu'elles n'ont pas été engagées dans l'intérêt de la société. La société requérante ne produit aucune pièce probante de nature à remettre en cause les constatations du service à ce titre.
22. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante certains frais de repas à hauteur des sommes de 9 683,09 euros en 2015, 14 208,01 euros en 2016 et 13 257,81 euros en 2017 en l'absence de mention de l'identité des participants et du motif sur les justificatifs produits. En se bornant à faire valoir que 60 % du chiffre d'affaires de la société est effectuée par M. F A, le premier commercial de l'entreprise, et à produire des tickets de caisse ou des factures de restaurant épars complétés pour les besoins de la cause de façon manuscrite, de manière peu lisible par la mention en des termes très généraux de motifs du repas et de ses participants, sans faire le moindre rapprochement avec les sommes totales susvisées qui n'ont finalement pas été retenues par le service, la société requérante n'apporte pas de justificatifs suffisamment précis permettant de regarder les frais de repas en litige comme des dépenses professionnelles.
S'agissant du chiffre d'affaires non comptabilisé :
23. Il résulte de l'instruction que le service a réintégré dans le bénéfice imposable de l'EURL Au comptoir de la caisse, au titre de factures non comptabilisées, les sommes de 435 euros HT en 2015, 31 784 euros HT en 2016 et 196 euros HT en 2016. La société requérante ne fait valoir aucun moyen spécifique à l'encontre de cette rectification.
24. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est seulement fondée à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés portant sur la réintégration de son bénéfice imposable de la somme de 14 694,23 euros au titre de l'exercice clos en 2016.
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
25. En premier lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est () a) Celle qui figure sur les factures () ". Aux termes de l'article 272 du même code : " () 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture () ". Aux termes l'article 283 dudit code : " () 4. Lorsque la facture ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée () ". En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui n'est pas le fournisseur réel de la marchandise ou de la prestation effectivement livrée ou exécutée. Dans le cas où l'auteur de la facture est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et se présente comme tel à ses clients, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y est mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer. Si l'administration apporte des éléments suffisants en ce sens, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur cette opération, sans qu'il ne puisse être exigé de lui des vérifications qui ne lui incombent pas. Un assujetti n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe portée sur des factures correspondant à des biens ou à des prestations de services qui ne lui ont pas été effectivement fournis, dès lors qu'il ne pouvait en ignorer l'existence.
26. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale, qui a refusé la déductibilité des factures fictives et des factures de complaisance précitées et les a réintégrées dans le résultat imposable de la société, a également refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé certaines de ces factures pour un montant total de 4 577 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 11 149 euros au titre de l'exercice clos en 2016, sur le fondement des dispositions précitées. S'agissant des factures fictives, la société requérante n'était pas en droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée portée sur celles-ci dès lors qu'elle ne pouvait ignorer que les prestations de services correspondantes ne lui ont pas été effectivement fournis. Il est de même s'agissant des factures de complaisance émises par le cabinet d'avocat Brumm et associés, par la SARL Dizing et par la société Auchagbri dont elle a été destinataire, et dont elle ne pouvait ignorer au regard de ce qui a été dit précédemment la dissimulation de l'identité du client. Concernant les factures émises par M. N O, si l'administration ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il s'agissait de factures de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer, au seul motif que ces factures ont donné lieu à des paiements au profit de M. H O et de Mme U O, parents de M.N O, il est constant que ces factures n'ont donné lieu à aucune taxe sur la valeur ajoutée déduite à tort et, par voie de conséquence, à aucun rappel de taxe sur la valeur ajoutée.
27. En deuxième lieu, la taxe grevant les dépenses supportées par un assujetti ne peut être déduite qu'à la triple condition que ces dépenses soient exposées pour les besoins d'opérations ouvrant droit à déduction, que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante figure distinctement sur une facture établie conformément aux dispositions de l'article 289 du code général des impôts et, par suite, à celles des articles 242 nonies et 242 nonies A de l'annexe II au même Code, à condition, en application des dispositions de l'article 271, II-1 que la taxe puisse légalement figurer sur ladite facture.
28. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a procédé au rappel de taxe sur la valeur ajoutée indûment déduite par l'EURL ACDC afférente à certaines dépenses, mentionnées précédemment, comptabilisées en charge dépourvues de pièces justificatives ou portant sur des factures établies au bénéfice d'autres entités, ainsi qu'aux dépenses non engagées dans l'intérêt de l'entreprise, y compris les frais de repas. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que les dépenses en litige, soit sont dépourvues de pièces justificatives, soit ont été engagées pour des biens et services utilisés par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise. Dans ces conditions, l'administration fiscale apporte la preuve qui lui incombe du caractère non déductible de la taxe grevant ces biens et services dans la mesure où, n'étant pas utilisés pour les besoins des opérations imposables, en l'occurrence l'activité économique de l'exploitation, le coefficient d'admission de ces biens et services est nul. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rappelé la taxe sur la valeur ajoutée y afférente déduite à tort.
29. En dernier lieu, la société requérante ne fait état d'aucun moyen spécifique au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée en litige résultant de factures non comptabilisées.
30. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge.
Sur les pénalités :
31. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : / 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ; () ". Il résulte du I de l'article 1737 du code général des impôts que l'administration peut mettre l'amende ainsi prévue à la charge de la personne qui a délivré la facture ou à la charge de la personne destinataire de la facture si elle établit que la personne concernée a soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom. En revanche, cet article ne sanctionne pas le paiement effectué au profit de tiers, bénéficiaires effectifs des sommes mentionnées sur les factures concernées.
32. Pour justifier de la pénalité prévue au I de l'article 1737 du code général des impôts aux rehaussements portant sur les factures de complaisance, l'administration a relevé, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le contrôle a mis en évidence des faits de fourniture de factures de complaisance. Toutefois, si l'administration a pu à bon droit mettre cette amende à la charge de la société requérante au titre des factures émises par le cabinet d'avocat Brumm et associés, par la SARL Dizing et par la société Auchagbri dont elle a été destinataire, et dont elle ne pouvait ignorer au regard de ce qui a été dit précédemment la dissimulation de l'identité du client, elle n'était en revanche pas fondée à retenir cette amende au titre des six factures émises par M. N O en se fondant, sans clairement remettre en cause la réalité des prestations réalisées et facturées par M. O au bénéfice de l'EURL Au Comptoir de la Caisse, sur le seul fait que leur paiement par la société requérante avait été effectué au bénéfice de tiers. Il y a en conséquence lieu, dans cette mesure, de décharger l'amende mise à la charge de la société requérante.
33. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis. ". Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.
34. Il résulte de l'instruction que, pour appliquer aux rehaussements portant sur les rappels de droit correspondant aux factures fictives, la majoration prévue au c de l'article 1729 du code général des impôts, restant seule en litige suite à l'abandon de l'application de celle-ci sur les factures de complaisance, l'administration fiscale a relevé qu'il est démontré que certaines factures comptabilisées par la société requérante sont appuyées de pièces justificatives constitutives de factures fictives, que la présentation de ces dernières manifeste clairement l'intention d'éluder une partie de l'impôt en majorant indûment les charges déductibles du résultat fiscal, et a également pour effet de créer une situation de nature à égarer le cabinet d'expertise-comptable dans un premier temps, puis l'administration fiscale dans un second temps, en donnant l'apparence d'une opération économique réelle entre les deux entités figurant sur les factures, et de dissimuler l'identité réelle du véritable bénéficiaire des prestations facturées ou des paiements réalisés. Au regard de ce qui a été dit précédemment sur le bien-fondé des rehaussements, et alors que la société requérante ne peut utilement se prévaloir du fait qu'elle n'est pas l'auteur de ces factures, c'est à bon droit que l'administration a appliqué sur les impositions résultant de ces factures fictives la pénalité de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue au c. de l'article 1729 précité du code général des impôts.
35. En troisième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir la mauvaise foi du contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet de ses déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
36. Pour justifier de l'application de la pénalité pour manquement délibéré au rehaussement portant sur le chiffre d'affaires non comptabilisé, les dépenses sans pièces justificatives, les dépenses facturées à d'autres entités, les autres dépenses non engagées dans l'intérêt de la société ainsi que les frais de repas, l'administration s'est fondée sur le fait qu'en raison de leur montant, de leur caractère répété et de leur importance, les manquements précédemment révélés ne peuvent pas résulter d'une simple négligence mais d'une volonté délibérée d'échapper à l'impôt, qu'en raison de sa qualité de gérant et d'associé unique, M. A ne pouvait pas ignorer que ces dépenses avaient été engagées alors qu'elles n'étaient pas liées à l'activité de la société, et que, par ailleurs, les irrégularités comptables relevées au titre de la période vérifiée, qui ont systématiquement minoré le chiffre d'affaires et majoré les charges permettent d'établir le manquement. Au vu de ces éléments, non sérieusement remis en cause par la société requérante, laquelle ne peut utilement se prévaloir s'agissant d'impositions mises à sa charge de ce qu'elle aurait été dans les faits dirigée par Mme B J durant la période 2015-2017, et au regard de ce qui a été dit précédemment, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, dont elle a la charge, que la société requérante a sciemment tenté d'éluder tout ou partie des impositions dont elle est redevable.
37. Il résulte de ce qui précède que l'EURL est seulement fondée à demander la décharge de l'amende de l'article 1731 I A en tant qu'elle a été appliquée aux factures émises par M. N O.
Sur les dépens :
38. En l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions présentées par l'EURL Au comptoir de la Caisse sur le fondement de l'article R.761-1 du code de justice administrative doivent être, en tout état de cause, rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
39. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La base imposable à l'impôt sur les sociétés de L'EURL Au comptoir de la caisse au titre de l'exercice clos en 2016 est réduite de la somme de 14 694,23 euros.
Article 2 : L'EURL Au comptoir de la caisse est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 et des pénalités correspondantes en conséquence de la réduction de sa base d'imposition telle que définie à l'article 1er ci-dessus.
Article 3 : L'EURL Au comptoir de la caisse est déchargée de l'amende de l'article 1731 I A en tant qu'elle a été appliquée aux factures émises par M. N O.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Au comptoir de la caisse et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience le 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026