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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206080

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206080

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206080
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantGHACHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Ghachi, demandent au tribunal :

1°) la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de condamner l'administration fiscale aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Ils soutiennent que :

- le service n'a pas motivé les montants redressés en base dans ses propositions de rectification et n'a pas joint les pièces justificatives lui ayant permis d'étayer la détermination du chiffre d'affaires reconstitué ;

- le service vérificateur a refusé la communication des pièces justificatives permettant d'étayer la reconstitution du chiffre d'affaires de la société, l'empêchant ainsi de se défendre pleinement ; ils sollicitent la communication de la copie intégrale de l'ensemble des demandes effectuées par le service dans le cadre de son droit de communication, ainsi que de l'ensemble des résultats et documents recueillis ;

- au titre de la reconstitution du chiffre d'affaires de l'année 2017, le service insiste sur la part importante en espèce du chiffre d'affaires sans apporter aucune justification sur la quotité de cette part dans le cadre de son activité ; la reconstitution de chiffre d'affaires est imprécise dès lors que la détermination du tarif moyen et que les charges retenues sont contestables, notamment s'agissant des charges payées en l'espèce dont le montant retenu est différent sur les deux exercices ;

- au titre de la reconstitution du chiffre d'affaires de l'année 2016, la part de paiement en espèces est excessive et incohérente avec la part retenue au titre de l'exercice 2017 ; la détermination du tarif moyen est également imprécise ; il n'est apporté aucun élément justifié et probant concernant le montant retenu des charges payées en espèce distinct de celui retenu au titre de l'exercice 2017 ;

- ils n'ont pas appréhendé ces sommes considérées comme désinvesties au niveau de la société ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2023 par une ordonnance du 10 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU R-Line location, anciennement dénommée SASU Royal Cars et créée le 25 novembre 2015, dont M. A B a été associé unique et président jusqu'au 31 janvier 2018, a pour activité principale la location de véhicules de luxe avec ou sans chauffeur. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 15 novembre 2017 au 9 janvier 2018 ayant donné lieu, par deux propositions de rectification des 4 mai 2018, à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. M. et Mme A B ont également fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2015 et 2016 à la suite duquel, par une proposition de rectification du 1er août 2018, des rehaussements leur ont été notifiés au titre de rappels sur salaires de l'année 2015, de revenus imposés dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée pour les années 2015 et 2016, et de revenus distribués de l'année 2016 pour un montant en base de 66 705 euros en provenance de C et imposables, au nom du foyer fiscal, à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Ils ont également été informés, par une seconde proposition de rectification du 1er août 2018, de rehaussements au titre de revenus distribués de l'année 2017, pour un montant en base de 68 266 euros, en provenance de la même société et imposables, au nom du foyer fiscal, à l'impôt sur le revenu dans la catégorie de revenus de capitaux mobiliers. Les impositions résultant des différents rehaussements ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2018. Par une réclamation du 30 décembre 2011, M. et Mme B ont uniquement contesté les impositions mises à leur charge au titre des revenus distribués de C en 2016 et 2017. A la suite du rejet de leur réclamation préalable, M. et Mme B demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 au titre des revenus distribués.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ".

3. Il résulte de l'instruction que les deux propositions de rectification du 1er août 2018, au titre, pour la première, des années 2015 et 2016 et, pour la seconde, de l'année 2017, adressées à M. et Mme B comportent la désignation des impôts concernés ainsi que des années et bases d'imposition et indiquent notamment que M. B a été regardé comme le bénéficiaire des revenus distribués et de distributions occultes constatées lors de la vérification de comptabilité de C. Si ces propositions de rectifications ne mentionnent pas les modalités de détermination de ces revenus distribués, elles renvoyaient expressément sur ce point aux propositions de rectification du 4 mai 2018 consécutives à la vérification de la comptabilité de C, elles-mêmes suffisamment motivées, dont il n'est pas contesté par les requérants qu'elles étaient jointes aux propositions de rectification qui leur ont été adressées en leur nom personnel. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des propositions de rectification doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".

5. Il résulte des termes des propositions de rectification du 1er août 2018 adressées à M. et Mme B en leur nom personnel, auxquelles étaient jointes les propositions de rectification du 4 mai 2018 adressées à la SASU R-Line Location, que celles-ci mentionnent la teneur et l'origine des renseignement et documents obtenus de tiers sur lesquels le service vérificateur s'est fondé pour établir les impositions en litige. En outre, il est constant que M. et Mme B n'ont pas effectué de demande, préalablement à la mise en recouvrement des impositions en litige, tendant à la communication des documents obtenus par le service auprès de ces tiers. La circonstance qu'il n'aurait pas été satisfait à leur demande à ce titre formulée pour la première fois dans leur réclamation contentieuse du 30 décembre 2021 est à cet égard sans incidence, alors qu'il n'y a en l'espèce par ailleurs pas lieu d'ordonner la production de ces documents à l'instance. Par suite, les requérants ne sont en tout état de cause pas fondés à soutenir que le service vérificateur aurait à tort refusé de leur communiquer les pièces justificatives permettant d'étayer la reconstitution du chiffre d'affaires reconstitué de la société.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : c. Les rémunérations et avantages occultes ; ".

7. Il résulte de l'instruction qu'après avoir rehaussé le bénéfice imposable de C, en conséquence de la reconstitution de son chiffre d'affaires au titre des exercices clos 2016 et 2017, l'administration fiscale a regardé les bénéfices imposables respectifs de C de 52 172 euros et de 10 862 euros au titre des exercices clos en 2016 et en 2017 comme des revenus distribués à M. B en sa qualité de maître de l'affaire sur le fondement des dispositions de l'article 109 1 1° du code général des impôts et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée respectifs de 14 533 euros et de 37 364 euros au titre des exercices clos en 2016 et en 2017 comme des distributions occultes au bénéfice de M. B sur le fondement des dispositions précitées de l'article 111 c du code général des impôts en sa qualité de maître de l'affaire. M. et Mme B contestent la reconstitution du chiffre d'affaires, ainsi que l'appréhension des revenus distribués.

En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires de C :

8. Il résulte de l'instruction que pour procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de C sur la base de son activité principale de location de véhicules de luxe sans chauffeur, à défaut d'avoir pu consulter les pièces justificatives des recettes en raison d'une opposition à contrôle fiscal et après avoir considéré que les encaissements bancaires de la société ne sauraient être considérés comme équivalents à son chiffre d'affaires en raison notamment de l'important volume des paiements en espèce constatés dans l'exercice d'une activité de location de véhicules de luxe, le service a d'abord déterminé la flotte automobile de la société sur la base de 6 à 12 véhicules selon les mois, au regard notamment des informations obtenues auprès de la SAS Tekanova, auprès de laquelle le SASU Royal Cars avait fait installer des dispositifs de géolocalisation sur ses véhicules proposés à la location. C n'ayant publié aucun tarif de location sur son site Facebook, ni sur l'annonce publiée sur le site Leboncoin le 12 janvier 2018, et le service ayant en outre estimé que les tarifs à la journée sur le site internet www.royalcars-officiels.fr, tous précédés de la mention " à partir de ", n'étaient pas suffisamment probants en l'absence de précision sur kilométrage inclus et le coût du kilomètre supplémentaire et alors qu'il est usuel que les locations portent essentiellement sur les week-ends, le service a déterminé un tarif de location " week-end " arrêté à 1 670,76 euros TTC à partir de tarifs consultés sur les sites internet de plusieurs sociétés de location de véhicules de luxe. En outre, il résulte de l'instruction qu'afin de déterminer le résultat imposable de l'exercice clos en 2017, le service a retenu un montant de charges déductibles respectif de 62 553,14 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de 168 237,38 euros au titre de l'exercice clos en 2017, au regard des documents obtenus dans le cadre de la mise en œuvre du droit de communication, de débits bancaires identifiés, ce montant intégrant, afin de faire preuve de réalisme économique, des charges payées en espèce d'un montant forfaitaire de 2 000 euros mensuel au titre de l'exercice clos en 2016 et de 1 000 euros mensuel au titre de l'exercice clos 2017.

9. Les requérants font valoir que la reconstitution du chiffre d'affaires est imprécise en ce que le service ne précise pas ce que représente la part des paiements en espèces qu'il estime importante dans l'exercice d'une activité de location de véhicules de luxe, que le tarif moyen de location retenu par le service est exagéré dès lors qu'il prend en compte d'autres marques de véhicules que celles issues de l'analyse des sites Facebook et Leboncoin et du site internet de la société, et ne retient pas certaines marques de véhicules pourtant identifiées sur ces sites et qu'il correspond au prix pratiqué en haute saison, que le montant forfaitaire retenu au titre des charges payées en espèce de 2 000 euros par mois en 2016 et de 1 000 euros par mois en 2017 n'est pas justifié au regard du montant retenu des recettes en espèce, alors que ce forfait retenu est par ailleurs moins important en 2017 qu'en 2016, exercice où le chiffre d'affaires retenu est pourtant moins important. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que C s'étant opposée au contrôle fiscal, le service n'a pu consulter les pièces justificatives des recettes et que si le service a relevé, dans le cadre de la reconstitution de recettes, que les encaissements bancaires de la société ne pouvaient à eux-seuls relever le chiffre d'affaires de la société en raison notamment de l'important volume des paiements en espèce habituellement constatés dans l'exercice d'une activité de location de véhicules de luxe, ce constat ne saurait en tout état de cause révéler le caractère insuffisamment précis de la méthode de reconstitution mise en œuvre telle que décrite au point précédent. En outre, si les requérants contestent le tarif moyen de location tel que déterminé par le service, ils ne produisent aucun élément permettant d'identifier l'ensemble des modèles de véhicules qui ont été effectivement mises en location par C, ni le prix de location effectivement pratiqué, et ne remettent ainsi pas utilement en cause les modalités de détermination du tarif moyen de location retenues par le service. Enfin, la seule circonstance que le service ait retenu, afin de faire preuve de réalisme économique, au titre des charges déductibles d'un montant total de 62 553,14 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de 168 237,38 euros au titre de l'exercice clos en 2017, de charges payées en espèce d'un montant forfaitaire de 2 000 euros mensuel au titre de l'exercice clos en 2016, et de 1 000 euros mensuel au titre de l'exercice clos 2017, n'est pas à elle seule, en l'absence de tout élément produit par les requérants, de nature à remettre en cause, le montant globalement retenu au titre de ces charges, ni en conséquence le résultat imposable reconstitué. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires mise en œuvre par le service serait excessivement sommaire, ou radicalement viciée.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :

10. D'une part, la qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard. D'autre part, Il résulte du c) de l'article 111 du code général des impôts que l'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.

11. Il résulte de l'instruction, que M. B, était associé unique et président de C jusqu'au 31 janvier 2018. Le service a pu en conséquence à bon droit le regarder au titre des années en litige comme le maître de l'affaire de cette société, et en conséquence, estimer qu'il avait appréhendé les distributions en litige.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir l'existence d'un manquement délibéré du contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet de ses déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

13. Pour justifier de l'application de la pénalité pour manquement délibéré aux rectifications en litige portant sur les revenus distribués, l'administration a relevé qu'en sa qualité d'associé unique et représentant légal de C, M. B ne pouvait pas ignorer la défaillance déclarative de la société en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés, ni que les sommes ainsi prélevées ou laissées à sa disposition étaient imposables à l'impôt sur le revenu en tant que revenus distribués et auraient donc dû être déclarées. Au vu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, dont elle a la charge, que M. B a sciemment tenté d'éluder tout ou partie des impositions dont il est redevable.

Sur les dépens :

14. En l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions présentées par M. et Mme B sur le fondement de l'article R.761-1 du code de justice administrative doivent être, en tout état de cause, rejetées

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne Rhône-Alpes et du département du Rhône

Délibéré après l'audience le 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N° 2205848

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