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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206280

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206280

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206280
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDUGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2022 et 30 décembre 2022, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, enregistré le 19 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Duguey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'ordonner par un jugement avant-dire-droit une nouvelle expertise médicale de sa prise en charge aux hospices civils de Lyon le 28 avril 2015 et de ses suites ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme totale de 79 444,85 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge des hospices civils de Lyon les dépens ainsi que la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions du docteur F remettent en cause la teneur des conclusions du docteur G, de sorte qu'une nouvelle expertise doit être ordonnée ;

- les hospices civils de Lyon ont commis une faute, dès lors qu'elle a été mal positionnée et mal surveillée au cours de l'opération du 28 avril 2015 ;

- le défaut d'organisation et de fonctionnement des hospices civils de Lyon a contribué au retard de sa prise en charge le 28 avril 2015 qui est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les hospices civils de Lyon ont manqué à leur obligation d'information en ne lui indiquant pas que l'opération envisagée pouvait entraîner un risque de complication par apparition d'un syndrome des loges ;

- à titre subsidiaire, les préjudices directement imputables aux hospices civils de Lyon doivent être réparés comme suit :

* 2 100 euros au titre de l'assistance à tierce personne ;

*18 664,85 euros au titre des pertes de gains actuels ;

*15 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* 1 080 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 10 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 12 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 5 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

* 8 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 28 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Saône ne s'oppose pas, à titre principal, à la demande de contre-expertise et demande au tribunal de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 15 470,63 euros au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, les hospices civils de Lyon, représentés par la SCP Carnot avocats (Me Deygas), concluent au rejet partiel de la requête et demandent à ce que leur responsabilité soit limitée aux tiers des conséquences dommageables subies par la requérante.

Ils font valoir que :

- il est inutile d'ordonner une contre-expertise ;

- aucune faute médicale ne peut leur être reprochée, dès lors que toutes les précautions ont été prises pour éviter l'apparition du syndrome des loges ;

- ils s'en remettent à l'appréciation du tribunal quant à l'existence d'une faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service ;

- la responsabilité doit être limitée à 33 % ;

- aucun défaut d'information n'a été retenu par l'expert ;

- en tout état de cause, aucune perte de chance ne peut être liée à un défaut d'information dès lors que, même informée du risque de la survenue du syndrome des loges, Mme A n'aurait pas renoncé à l'opération du 28 avril 2015 ;

- la réalité et le montant des préjudices allégués ne sont pas établis.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 janvier 2023 par une ordonnance du 3 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public ;

- et les observations de Me Gneno-Guedan, substituant Me Deygas, représentant les hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 avril 2015, Mme B A a été hospitalisée aux hospices civils de Lyon afin de subir une vaginoplastie transgenre. Les suites de cette opération ont été immédiatement compliquées par l'apparition d'un syndrome des loges bilatérales justifiant la réalisation d'une aponévrotomie de décharges bilatérales le 29 avril 2015 et la fermeture de la couverture cutanée le 5 mai 2015. Le 18 avril 2017, Mme A a déposé une requête en référé expertise et, le 1er juin 2017, le docteur G a été désigné en qualité d'expert. Il a rendu son rapport le 1er décembre 2017. Par un courrier du 12 mai 2022, Mme A a présenté une demande indemnitaire préalable. Le 9 août 2022, les hospices civils de Lyon lui ont adressé une proposition indemnitaire en retenant un taux de perte de chance de 33 %. Estimant que la responsabilité des hospices civils de Lyon doit être pleine et entière, Mme A demande au tribunal, à titre principal, d'ordonner une nouvelle expertise et, à titre subsidiaire, de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme totale de 79 444,85 euros en réparation des préjudices subis. La caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône demande au tribunal de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 15 470,63 euros au titre de ses débours ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les conclusions de la requérante tendant à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée :

2. Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre d'une personne morale de droit public d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge la réalité du préjudice subi et le lien de causalité entre ces préjudices et une prise en charge hospitalière. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant, après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.

3. Si Mme A critique les conclusions de l'expertise rendue le 1er décembre 2017 et demande, à titre principal, d'ordonner une nouvelle expertise, il résulte de ce qui vient d'être dit que le juge ne saurait statuer sur cette demande avant de s'être prononcé sur le principe de la responsabilité imputée aux hospices civils de Lyon et avoir examiné les éléments se rapportant à la réalité et à l'étendue du préjudice invoqué afin de pouvoir se déterminer sur l'utilité d'une telle mesure.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le défaut d'information :

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ".

5. Il résulte de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

6. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des propos repris dans le rapport d'expertise, du docteur D, qui a opéré la patiente, que Mme A n'a pas été informée avant l'opération du 28 avril 2015 sur l'existence du risque de syndrome des loges, qui pourtant constitue un risque connu. Par ailleurs, les hospices civils de Lyon n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de la délivrance de cette information préalable de la patiente. Dans ces conditions, Mme A est fondée à invoquer un manquement à l'obligation d'information.

7. Toutefois, il résulte également de l'instruction que la patiente a débuté sa transition sexuelle homme-femme dans la région parisienne en 2010 par une hormonothérapie toujours en cours et qu'après avoir suivi ce traitement pendant près de trois ans, elle a recherché un centre spécialisé dans la vaginoplastie transgenre, que son choix s'est porté sur les hospices civils de Lyon, référents en la matière, où elle a rencontré le docteur C, après avoir reçu, le 23 avril 2014, l'accord de la commission médicale en charge de son suivi. Celui-ci n'étant pas disponible avant douze à dix-huit mois, son collaborateur, le docteur D formé et habilité à cette chirurgie est alors intervenu à plus brève échéance à la demande de la patiente. Dans ces conditions, et compte tenu du fait que l'expert n'a retenu aucun préjudice en lien avec un défaut d'information, l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir qu'informée du risque de syndrome des loges, elle aurait refusé l'intervention. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le défaut d'information préalable lui a fait perdre une chance d'éviter la réalisation de l'intervention et que la responsabilité des hospices civils de Lyon doit être engagée sur ce fondement.

En ce qui concerne les autres fautes invoquées :

8. L'article L. 1110-5 du code de la santé publique dispose que : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". Et aux termes de l'article L. 1142-2 du même code : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

9. En premier lieu, le rapport d'expertise du 1er décembre 2017 conclut que l'intervention chirurgicale subie, le 28 avril 2015, par Mme A aux hospices civils de Lyon, à la suite de laquelle a été diagnostiqué un syndrome des loges, a été conforme aux règles de l'art et qu'aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du personnel médical.

10. Pour contester cette expertise, Mme A se prévaut du rapport critique de l'expert agréé, le docteur F, du 13 février 2021, qui affirme que le syndrome des loges est lié à un défaut d'installation et/ou de surveillance de la patiente pendant l'intervention qui a duré 276 minutes. Toutefois, il résulte de l'instruction que, pendant l'intervention, des manchons de confort à compression séquentielle ont été mis en place au niveau des deux jambes et que le chirurgien lui-même a fréquemment modifié les positions des membres inférieurs au cours de l'intervention. Dans ces conditions, toutes les précautions ont été prises pour empêcher la survenance du risque, qui est uniquement liée à la position obligatoire de la patiente pour ce type d'opération, et s'est réalisée en dehors de toute faute dans l'installation de la patiente ou tout défaut de surveillance. Ainsi, les éléments produits par la requérante ne sont pas suffisants pour remettre en cause l'expertise du 1er décembre 2017. Par suite, et en l'absence de toute faute médicale établie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité des hospices civils de Lyon doit être engagée sur un tel fondement.

11. En second lieu, il résulte du rapport d'expertise du 1er décembre 2017 que si Mme A s'est plainte de douleurs dans les membres inférieurs dès son retour au service urologie, vers 15 heures, le 28 avril 2015, puis à nouveau, le 29 avril à 1 heure 43, elle n'a pu être examinée par un chirurgien orthopédique que le 29 avril vers 18 heures 30, alors que ce dernier devait venir l'ausculter dès le 28 avril au soir et que, sur le constat de son absence, il avait été rappelé le 29 avril à 12 heures. Il résulte de cette chronologie des faits que le diagnostic du syndrome des loges, effectué plusieurs heures après les plaintes de la patiente, a été posé avec retard, ce qui a retardé d'autant la réalisation de l'aponévrotomie de décharges bilatérales nécessaire pour soigner la patiente et ce alors même qu'il résulte du rapport d'expertise qu'un tel syndrome doit être pris en charge le plus rapidement possible et qu'une intervention plus rapide aurait été profitable à la patiente. La circonstance que ce retard dans la prise en charge serait dû à l'organisation pavillonnaire de l'hôpital, le service d'urologie étant indépendant du service d'orthopédie, est dépourvue d'incidence sur le constat de son caractère fautif. Dans ces conditions, et alors au demeurant que les hospices civils de Lyon ne contestent pas ces éléments, Mme A est fondée à rechercher leur responsabilité en raison d'un défaut d'organisation et de fonctionnement du centre hospitalier.

En ce qui concerne la perte de chance :

12. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

13. Le rapport d'expertise du 1er décembre 2017 précise que le retard de la prise en charge de la patiente est responsable du tiers des séquelles. Pour contester ce taux de perte de chance, Mme A fait valoir que, au-delà du retard dans sa prise en charge, son préjudice résulte d'un défaut de surveillance durant l'intervention. Toutefois, et comme indiqué au point 10, aucune faute médicale de surveillance n'étant établie, la requérante n'est pas fondée à demander à ce que l'entière responsabilité des hospices civils de Lyon soit engagée. Pour autant, d'une part, il résulte de ce qui précède que la patiente a dû se plaindre à plusieurs reprises avant d'être auscultée par un chirurgien orthopédique. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise précité que le retard dans la prise en charge de la patiente lui a fait perdre une chance d'éviter le dommage auquel elle a été exposée, dès lors qu'une intervention plus précoce du diagnostic " ne pouvait qu'être plus bénéfique ". Dans ces conditions, la perte de chance de Mme A, qui doit être évaluée à une fraction du dommage subi déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue, doit être fixée dans les circonstances de l'espèce à 35 %.

Sur les préjudices :

14. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte du rapport d'expertise du 1er décembre 2017 que son état de santé antérieur à la date de consolidation, qui doit être fixée au 31 août 2015, date de reprise du travail par la patiente, aurait justifié un soutien par une assistance par une tierce personne. Toutefois, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la requérante n'a eu recours à aucune aide humaine même familiale, elle n'est pas fondée à demander à être indemnisée au titre de ce chef de préjudice.

15. En deuxième lieu, sur la base de ses avis d'imposition de 2013 et 2014, Mme A justifie avoir perçu une rémunération annuelle moyenne d'un montant de 50 130 euros. Par ailleurs, au titre de l'année 2015, la requérante a perçu 28 423 euros, de sorte que ses pertes de gains actuels se sont élevées à la somme de 21 707 euros dont il ne résulte pas des éléments de l'instruction qu'elle ait été compensée par des indemnités ou autre allocation. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer la perte de revenus de Mme A à une telle somme.

16. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la requérante exerce le métier de décoratrice de théâtre qui exige une station debout prolongée, la sollicitation régulière des membres inférieurs par exemple avec la montée sur des escabeaux ainsi que le port de charges lourdes ou l'utilisation d'échafaudages. Compte tenu des douleurs d'allodynie et de type neuropathique dont elle souffre à l'effleurement du dos des deux pieds et au niveau des cicatrices, qui sont reprises dans l'examen clinique du rapport d'expertise judiciaire, la requérante établit une augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable à la faute retenue. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer le préjudice lié à cette incidence professionnelle à la somme de 10 000 euros.

17. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise que la requérante a subi un déficit fonctionnel temporaire total de quinze jours dont sept jours sont imputables à la chirurgie initiale, la vaginoplastie transgenre, de sorte que huit jours demeurent directement imputables à la faute retenue. Par ailleurs, la patiente a également subi un déficit fonctionnel temporaire directement imputable à la faute à hauteur de 50 % pendant 21 jours, à hauteur de 25 % pendant 58 jours et à hauteur de 10 % pendant 30 jours. Sur la base d'une indemnisation fixée à 16 euros par jour d'incapacité temporaire totale, il y a lieu d'évaluer l'ensemble de chef de préjudice à la somme de 576 euros.

18. En cinquième lieu, l'expert judiciaire a évalué les souffrances endurées par la patiente à un taux de 3 sur 7 en tenant compte des douleurs postopératoires au niveau des membres inférieurs, qui étaient prédominantes à gauche, des soins infirmiers d'une durée de dix jours et de séances de kinésithérapie qui ont duré pendant deux mois. Par ailleurs, le rapport critique du docteur F porte le taux de ce chef de préjudice à 3,5 sur 7 en prenant en considération la dimension psychologique des souffrances endurées par la patiente. Dans ces conditions, et afin de tenir compte de l'ensemble des souffrances endurées, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.

19. En sixième lieu, le rapport d'expertise judiciaire précise que la patiente a subi un préjudice esthétique temporaire de deux mois, dès lors qu'elle a dû se déplacer avec une canne sans pour autant fixer de taux particulier. Par ailleurs, eu égard aux cicatrices impliquées par les suites de la complication liées au syndrome de loge, l'expert judiciaire a fixé le taux du préjudice esthétique permanent à 1,5 sur une échelle de 7, en estimant que ce préjudice était compris entre très léger et léger. A l'inverse, le rapport critique du docteur F précise que le taux des préjudices esthétiques temporaire et permanent ne peut pas être inférieur à 3 sur 7. Il résulte en effet de l'instruction, notamment des photographies produites et du rapport de l'expert judiciaire, que les cicatrices opératoires d'aponévrotomie le long de la loge antéro-externe de chaque jambe sont verticales sur leur tiers moyen, longue de 15 cm à droite et de 18 cm à gauche et allant jusqu'à 5 mm de large. Dans ces conditions, il y a lieu de faire une juste appréciation globale de ces chefs de préjudices en les évaluant ensemble à la somme totale de 5 500 euros.

20. En septième lieu, si la requérante fait valoir que pour l'évaluation de son déficit fonctionnel permanent, l'expert judiciaire n'a pas pris en compte la dimension psychologique de son état de santé, il résulte du rapport du 1er décembre 2017 que celui-ci s'est exclusivement fondé sur les conséquences somatiques et psychologiques de la complication pour fixer le déficit fonctionnel permanent à 9 %. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ce taux doit être réévalué. Par suite, et eu égard à la circonstance que la patiente était âgée de cinquante-trois ans à la date de consolidation de son état de santé, il y a lieu d'évaluer ce chef de préjudice à la somme de 12 600 euros, tel que cela est d'ailleurs proposé par les deux parties.

21. En huitième lieu, il résulte des attestations produites et du rapport critique du docteur F que Mme A avait une pratique régulière du ski et de la randonnée et que la faute retenue a eu un impact sur ses activités de loisirs. Dans ces conditions, et alors que le rapport d'expertise judiciaire ne retient aucun préjudice d'agrément, la requérante est fondée à se prévaloir d'un tel chef de préjudice dont une juste appréciation sera faite à hauteur de 1 000 euros.

22. En neuvième et dernier lieu, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus lors d'une intervention ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a pu subir du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité, notamment en prenant certaines dispositions personnelles. L'existence d'un tel préjudice ne se déduit pas de la seule circonstance que le droit du patient d'être informé des risques de l'intervention a été méconnu : il appartient à la victime d'en établir la réalité et l'ampleur. En l'espèce, la requérante, qui se contente de rappeler l'existence d'un tel préjudice et de l'évaluer à la somme de 5 000 euros sans explication aucune, n'établit ni la réalité, ni l'ampleur d'un préjudice d'impréparation. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir de ce chef de préjudice.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner le complément d'expertise sollicité, que les préjudices de Mme A peuvent être évalués à la somme totale de 35 676 euros. Dans ces conditions, et après application du taux de perte de chance de 35 % fixé au point 13, il y a lieu de condamner les hospices civils de Lyon à verser à Mme A une somme totale de 12 486,60 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône :

24. En premier lieu, la requérante ne fait pas état de dépenses de santé qui seraient restées à sa charge. Il résulte du relevé définitif des débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil que la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône demande, quant à elle, le remboursement des débours qu'elle a engagés au titre des frais d'hospitalisation du 6 au 13 mai 2015, des soins médicaux du 15 au 28 mai 2015 et d'une consultation spécialisée du 3 juillet 2015 d'un montant total de 15 470,63 euros correspondant à la prise en charge de la patiente en lien direct avec la faute retenue. Par suite, et après application du taux de perte de chance de 35 % retenu au point 13, il y a lieu de condamner les hospices civils de Lyon à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône la somme de 5 414,72 euros au titre de ses débours.

25. En second lieu, l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe le montant maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à 1 191 euros. Eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône, il y a lieu de condamner les hospices civils de Lyon à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens et les frais liés au litige :

26. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des hospices civils de Lyon le versement à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

27. D'autre part, il y a lieu de mettre les dépens, qui comprennent les frais et honoraires de l'expertise ordonnée dans l'instance n° 1703070 par le juge des référés du tribunal, à la charge des hospices civils de Lyon, partie perdante, sur le fondement de l'article R. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à Mme A la somme de 12 486,60 euros (douze mille quatre cent quatre-vingt-six euros et soixante centimes) en réparation de ses préjudices.

Article 2 : En application des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à verser à Mme A ainsi que les dépens sont mis à la charge des hospices civils de Lyon.

Article 3 : Les hospices civils de Lyon verseront à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône une somme de 5 414,72 euros (cinq mille quatre cent quatorze euros et soixante-douze centimes) au titre de ses débours ainsi que la somme de 1 191 euros (mille cent quatre-vingt-onze euros) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, aux hospices civils de Lyon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

V. JordaLa présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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