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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206651

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206651

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206651
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantALBISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, la société Ambulance adéquate, représentée par Me Albisson, demande au tribunal :

1°) de condamner les Hospices civils de Lyon (HCL) à lui verser une somme de 55 258,26 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2022, en paiement de factures établies au titre des transports de patients réalisés entre le 17 mars 2020 et le 28 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge des HCL une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à demander le paiement de quatre-vingt-quatorze factures, établies sur la base de l'article 15 de la convention tarifaire passée entre l'association des transports sanitaires urgents du Rhône et les HCL, correspondant au transport de patients atteints de la covid-19 ou suspectés d'être atteints vers les hôpitaux de la région lyonnaise entre mars et mai 2020 et pour lesquels elle a été missionnée par le centre de réception et de régulation des appels du service d'aide médicale d'urgence " centre 15 " du Rhône, pour un montant total de 36 369,33 euros ;

- elle est également fondée à demander le paiement de quarante-huit factures établies entre septembre 2020 et mars 2022, pour un montant total de 5 253,86 euros, relatives aux attentes de plus d'une heure des ambulanciers avant la prise en charge des patients par les services des urgences des hôpitaux des HCL ou l'attente de renforts des sapeurs-pompiers, de SOS médecin, du service mobile d'urgence et de réanimation ou même de la police ;

- elle est aussi fondée à demander le paiement de cent dix factures, pour un montant total de 13 635,07 euros, relatives aux déplacements et transports de patients non assurés sociaux, étrangers ou sans papier, réalisés entre septembre 2021 et mars 2022 par ses ambulanciers après avoir été sollicités par le service d'aide médicale d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, les HCL concluent au rejet de la requête.

Ils font valoir que :

- ils n'ont commis aucune faute de nature à engager leur responsabilité en refusant de régler les factures en cause ;

- la société requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 86-11 du 6 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-1005 du 16 décembre 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Albisson, représentant la société Ambulance adéquate.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ambulance adéquate a vainement demandé aux Hospices civils de Lyon (HCL) le paiement de factures établies au titre des transports de patients réalisés entre le 17 mars 2020 et le 28 mars 2022. Elle demande la condamnation des HCL à lui verser la somme de 55 258, 26 euros correspond au montant total de ces factures.

2. Aux termes de l'article L. 6311-1 du code de la santé publique : " L'aide médicale urgente a pour objet, le cas échéant avec le concours des services d'incendie et de secours dans le cadre de leurs opérations de secours, de faire assurer aux malades, blessés et parturientes, en quelque endroit qu'ils se trouvent, les soins d'urgence appropriés à leur état ". Aux termes de l'article L. 6311-2 du même code : " () / Un centre de réception et de régulation des appels est installé dans les services d'aide médicale urgente. Ce centre peut être commun à plusieurs services concourant à l'aide médicale urgente. Il est organisé avec les professionnels de santé du territoire exerçant en secteur ambulatoire et en établissement de santé participant à l'organisation et au fonctionnement du service d'accès aux soins mentionné à l'article L. 6311-3. / () / Les services d'aide médicale urgente et les services concourant à l'aide médicale urgente sont tenus d'assurer le transport des patients pris en charge dans le plus proche des établissements offrant des moyens disponibles adaptés à leur état, sous réserve du respect du libre choix. ". Aux termes de l'article R. 6311-2 du même code : " Pour l'application de l'article R. 6311-1, les services d'aide médicale urgente : / 1° Assurent une écoute médicale permanente ; / 2° Déterminent et déclenchent, dans le délai le plus rapide, la réponse la mieux adaptée à la nature des appels ; / () / 4° Organisent, le cas échéant, le transport dans un établissement public ou privé ou dans un lieu de soins au sein du secteur ambulatoire figurant sur la liste arrêtée par le directeur général de l'agence régionale de santé en faisant appel à un service public ou à une entreprise privée de transports sanitaires (). ". Enfin, aux termes de l'article R. 6311-8 du même code, qui reprend les dispositions anciennement applicables de l'article 11 du décret du 16 décembre 1987 relatif aux missions et à l'organisation des unités participant au Service d'aide médicale urgente appelées S.A.M.U. : " Les centres de réception et de régulation des appels permettent, grâce notamment au numéro d'appel unique dont ils sont dotés, de garantir en permanence l'accès immédiat de la population aux soins d'urgence et la participation des médecins d'exercice libéral au dispositif d'aide médicale urgente. / La participation de ceux-ci, comme celle des autres intervenants, au dispositif d'aide médicale urgente est déterminée par convention (). ". Il résulte de ces dispositions qu'il entre dans la mission des centres de réception et de régulation des appels chargés d'assurer une mission d'aide médicale urgente de recourir, en tant que de besoin, à une entreprise privée de transports sanitaires. Conformément aux dispositions actuellement codifiées à l'article R. 6311-8 et afin de permettre la meilleure réalisation des missions d'aide médicale urgente, une convention peut être conclue avec les médecins d'exercice libéral, mais également avec toute autre catégorie d'intervenants, comme notamment les entreprises privées de transports sanitaires, afin de déterminer leurs modalités de participation au bon exercice de ces missions.

3. Sur le fondement des dispositions précitées du code de la santé publique et en s'inspirant des orientations définies par la circulaire ministérielle DGS/SQ 2 n° 98-483 du 29 juillet 1998 relative à la participation des transporteurs privés à l'aide médicale urgente, les HCL, auxquels est rattaché un centre de réception et de régulation des appels et qui agissaient en tant que siège d'un service d'aide médicale urgente, ont conclu le 28 août 2001 une convention, modifiée ultérieurement par avenants, avec l'association de réponse à l'urgence ATSU 69, organisation professionnelle dont fait notamment partie la société requérante. Cette convention porte sur l'organisation de la réponse à l'urgence. En tant qu'elle porte sur l'organisation du service public, elle présente un caractère réglementaire pour les membres de l'association professionnelle.

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article 15 de cette convention : " Par ailleurs, toute mission demandée par le CRRA [(centre de réception et de régulation des appels)] non remboursable par l'assurance maladie ou accident fera l'objet d'une facturation définie en annexe 5 ". L'annexe 5 à cette convention prévoit en particulier le champ d'application de ce régime spécifique de facturation : " Cas : Double intervention, déplacement inutile (erreur d'adresse), refus d'hospitalisation. ". Ces dispositions visent ainsi à permettre qu'un transporteur sanitaire privé, sollicité sur une base erronée par le centre de réception et de régulation des appels et qui ne peut dès lors obtenir la prise en charge normale de son intervention dans le cadre général défini par le code de la sécurité sociale, puisse obtenir la rémunération de sa prestation. Elles n'ont en revanche pas pour objet et ne pourraient d'ailleurs avoir légalement pour effet de permettre une nouvelle facturation de dépenses pour lesquelles un mécanisme de prise en charge est déjà institué.

5. La société Ambulance adéquate demande d'une part la condamnation des HCL à régler des factures d'un montant total de 36 369,33 euros portant sur le transport de patients atteints de la Covid-19 ou suspectés d'en être atteints vers les hôpitaux de la région lyonnaise. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces prestations correspondraient au cas spécifique visé par les dispositions précitées de l'article 15 de la convention du 28 août 2001 et de son annexe 5. Cette convention ne permettait dès lors pas à la société de facturer des prestations aux HCL à ce titre. Par ailleurs, la circonstance que certaines factures auraient été payées est sans incidence sur le bien-fondé de sa demande.

6. La société Ambulance adéquate demande d'autre part la condamnation des HCL au paiement de la somme de 5 253,86 euros qu'elle lui a facturée pour l'attente de plus d'une heure des ambulanciers avant la prise en charge des patients par les services des urgences des hôpitaux des HCL ou l'attente de renforts des sapeurs-pompiers, de SOS médecin, du service mobile d'urgence et de réanimation ou de la police, ainsi que de la somme de 13 635,07 euros en règlement de cent dix factures relatives à des prestations de déplacements et de transports de patients non assurés sociaux, étrangers ou sans papier, réalisées par ses ambulanciers après avoir été sollicités par le service d'aide médicale urgente. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces prestations devraient être prises en charge au titre de la convention du 28 août 2001 et notamment qu'elles correspondraient au cas spécifique visé par les dispositions précitées de l'article 15 de cette convention et de son annexe 5. Cette convention ne permettait dès lors pas davantage à la société requérante de facturer des prestations aux HCL à ces titres.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Ambulance adéquate n'est pas fondée à demander la condamnation des HCL à lui verser une quelconque somme au titre des factures litigieuses. Sa requête doit être rejetée, dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ambulance adéquate est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Ambulance adéquate et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,La présidente,

E. ReniezC. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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