lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206683 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2022, Mme B A, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 8 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de fixation d'une date de rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Rhône ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet du Rhône a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État en s'abstenant de lui fixer une date de rendez-vous pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour dans un délai de quatre mois à compter du 21 décembre 2020 ;
- cette faute lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence pouvant être évalués à la somme de 500 euros par mois à compter de l'expiration de ce délai, soit 8 000 euros à la date d'enregistrement de sa requête, somme à parfaire à la date de la liquidation de ses préjudices.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 19 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, d'une prévision d'enrôlement de l'affaire et d'une date prévisionnelle de clôture d'instruction à effet immédiat au plus tôt le 17 janvier 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue le 26 janvier 2024.
Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le 2 avril 2024, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que les parties versent au dossier tout élément de nature à éclairer le tribunal sur les suites données à la demande de Mme A depuis l'enregistrement de sa requête.
Mme A a produit, le 3 avril 2024, des pièces qui ont été communiquées au défendeur.
La préfète du Rhône a produit, le 3 avril 2024, des pièces qui ont été communiquées à la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gueguen a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 29 septembre 1997, est entrée en France le 26 juillet 2018, munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Après avoir sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture de la Loire le 16 novembre 2018, l'intéressée, qui s'était vue remettre une attestation de demande d'asile en " procédure Dublin ", s'est vue délivrer une attestation de demande d'asile en " procédure normale " et a déposé une demande de protection internationale le 23 août 2019 qui sera rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 janvier 2022. Le 21 décembre 2020, Mme A a déposé, sur le site internet " demarches-simplifiees.fr ", une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue d'y déposer un dossier de demande d'" admission exceptionnelle au séjour ". Suite à vingt-et-une relances effectuées sur ce même site internet entre les mois de février 2021 et de mars 2022, le 14 avril 2022, l'intéressée a, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance du 11 mai suivant, a rejeté sa requête pour défaut d'urgence. Enfin, par un courrier du 9 juin 2022, dont l'administration a accusé réception le 17 juin suivant, Mme A a formé une demande indemnitaire préalable auprès des services de la préfecture du Rhône qui a été implicitement rejetée. La requérante demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 8 000 euros, à parfaire, en réparation des troubles dans les conditions d'existence qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de fixation d'une date de rendez-vous pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture du Rhône.
2. Postérieurement à l'introduction de la requête, par un courriel du 17 janvier 2023, la préfète du Rhône a fixé à Mme A un rendez-vous en préfecture le 17 février suivant en vue du dépôt d'une première demande d'admission exceptionnelle au séjour, et l'intéressée s'est ainsi vue remettre un récépissé de demande de carte de séjour valide du 17 février au 16 août 2023 régulièrement renouvelé jusqu'au 9 mai 2024.
3. D'une part, l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 411-1 du même code, dispose que tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire d'un visa de long séjour ou d'un titre de séjour. L'article L. 311-4 de ce même code, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 431-3 dudit code, prévoit que : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sauf dans les cas expressément prévus par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. () ".
4. D'autre part, les articles R. 311-1 à R. 311-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises aux articles R. 431-2 et suivants du même code, organisent la procédure d'examen des demandes de titres de séjour susceptibles d'être présentées par des étrangers, autres que ceux qui sollicitent l'asile. L'article R. 311-1 de ce même code, dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 431-3 dudit code, dispose que la demande de titre de séjour doit être déposée, soit en préfecture ou dans les lieux désignés par le préfet de département, soit par voie postale dans l'hypothèse où l'autorité administrative l'aurait autorisée pour des catégories de titre déterminées. Selon l'article R. 311-2 du même code, dont les dispositions ont été reprises aux articles R. 431-4 à R. 431-8 dudit code, cette demande est présentée par l'intéressé " dans les deux mois de son entrée en France () " ou, s'il séjournait déjà en France, dans des délais qu'il définit. L'article R. 311-4 de ce même code, dont les dispositions ont été reprises à l'article R. 431-12 dudit code, prévoit que : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance () de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Enfin, l'article R. 311-6 du même code, dont les dispositions ont été reprises aux articles R. 431-14 et R. 431-15 dudit code, établit la liste des cas dans lesquels le récépissé autorise son titulaire à travailler.
5. Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.
6. En l'espèce, la requérante soutient que le préfet du Rhône a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État, en s'abstenant de lui fixer une date de rendez-vous pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour " dans un délai de (quatre) mois " à compter du 21 décembre 2020, et que cette " carence de l'administration " lui a causé " un trouble dans ses conditions d'existence ", en la plaçant " dans une situation particulièrement difficile, empreinte tout à la fois de fragilité et d'angoisse ", qu'il incombera " de réparer aussi longtemps qu'un rendez-vous ne lui sera pas fixé ". Alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les dispositions des articles R.* 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour, désormais reprises aux articles R.* 432-1 et R. 432-2 du même code, ne sont pas applicables aux demandes de rendez-vous en préfecture en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour, dès lors que Mme A a déposé sa demande sur le site internet " demarches-simplifiees.fr ", le 21 décembre 2020, et qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que la préfète du Rhône a fixé à l'intéressée, le 17 janvier 2023, un rendez-vous en préfecture le 17 février suivant, les préjudices que la requérante estime avoir subis doivent en tout état de cause être appréciés sur la période comprise entre le 21 décembre 2020 et le 17 février 2023. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme A n'a déposé sa demande de rendez-vous en vue du dépôt d'une première demande d'admission exceptionnelle que plus de deux années après la date à laquelle elle est entrée sur le territoire français, le 26 juillet 2018, plus de dix-huit mois après la naissance de son fils dans le 4ème arrondissement de Lyon, le 10 juin 2019, et plus de seize mois après le dépôt de sa demande d'asile en " procédure normale " le 23 août 2019. En outre, si la requérante fait état de ce qu' " en ne pouvant déposer (sa) demande de titre de séjour " elle n'a pu " bénéficier d'un document provisoire de séjour justifiant son maintien sur le territoire français " et être ainsi être protégée " contre une mesure d'éloignement ", il résulte toutefois de l'instruction que l'intéressée s'était vue délivrée une " attestation de demande d'asile " en " procédure normale " par les services de la préfecture de la Loire le 12 octobre 2020 et qu'elle disposait en tout état de cause du droit de se maintenir en France jusqu'au 25 janvier 2022, date à laquelle l'OFPRA a statué sur sa demande de protection internationale. Par ailleurs, alors qu'elle ne produit pas le moindre élément de nature à établir qu'elle aurait fait l'objet de contrôles de sa situation administrative sur la période comprise entre le 25 janvier 2022 et le 17 février 2023 ou qu'elle aurait connu une dégradation de son état de santé liée à la crainte de faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur cette même période, si Mme A soutient qu'elle n'a pas été en mesure de " justifier de l'engagement de démarches de régularisation " du fait de la " carence de l'administration ", elle ne verse au débat aucun élément de nature à étayer d'éventuelles difficultés sociales et professionnelles liées à l'absence de fixation d'un rendez-vous en préfecture avant le 17 février 2023, notamment en matière de recherche d'emplois. Enfin, si la requérante soutient que l' " absence de fixation " d'un tel rendez-vous ne lui a pas permis de " soumettre () sa situation " à l'administration et d'" espérer la délivrance d'un titre de séjour ", en versant au débat l'acte de naissance de son fils mineur né de sa relation avec un compatriote titulaire d'une carte de résident de dix ans en cours de renouvellement et dont elle est séparée depuis le mois de novembre 2021, le carnet de santé de cet enfant mineur, un avis d'imposition pour l'année 2019, une attestation de droits à l'assurance maladie et à la complémentaire santé solidaire, valide du 22 mai 2020 au 21 mai 2021, une attestation d'élection de domicile auprès du centre communal d'action sociale (CCAS) de la ville de Lyon, valide du 8 novembre 2021 au 7 novembre 2022, ainsi qu'un unique document daté du 11 décembre 2020 relatif à la contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils par son père, ces éléments ne sont pas de nature à établir qu'elle disposerait de chances sérieuses d'obtenir son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, et à supposer même que l'absence de fixation d'un rendez-vous par l'autorité préfectorale, dans un délai que Mme A estime raisonnable, puisse constituer un dysfonctionnement des services de la préfecture du Rhône de nature à engager la responsabilité de l'État, le lien de causalité direct et certain entre la faute qui aurait été ainsi commise et les troubles dans les conditions d'existence dont la requérante entend se prévaloir ne saurait, en tout état de cause, être établi.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
Le rapporteur,
C. Gueguen
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026