jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206815 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GUITTON-DADON |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2206815 le 9 septembre 2022, le 3 juillet 2023 ainsi que les 28 mars et 11 juillet 2024, la société Smart Ps, représentée par la Selarl Guitton et Dadon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Lyon à lui verser la somme de 2 238 394,47 euros assortie des intérêts légaux à compter du 10 mai 2022 en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la méconnaissance par la commune des obligations résultant de l'accord-cadre conclu avec elle le 6 août 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lyon la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les prestations en litige et confiées à d'autres prestataires relevaient du lot n°4 dont elle est titulaire ;
- elle bénéficiait d'une exclusivité pour assurer les prestations en cause et la commune a méconnu le principe de loyauté des relations contractuelles ;
- le contrat conclu pour l'ouverture et la fermeture de 28 jardins publics est illégal dès lors que la société attributaire ne dispose pas de l'agrément prévu à l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure ;
- compte tenu de sa marge, le préjudice subi s'établit à hauteur de 274 121,13 euros pour les prestations relatives au centre de vaccination de Gerland, à 91 762,84 euros pour les prestations relatives au zoo du parc de la Tête d'or et à 1 872 510,50 euros pour les prestations relatives à la sécurisation des jardins publics.
Par des mémoires en défense enregistrés le 2 octobre 2023 et le 24 avril 2024, la commune de Lyon, représentée par la Selarl Paillat Conti et Bory, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Smart Ps au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société Smart Ps n'a pas formé de mémoire en réclamation dans les deux mois à compter de la naissance du différend ainsi que l'exige l'article 37. 2 du CCAG FCS ;
- elle n'a pas méconnu ses obligations contractuelles ;
- le préjudice allégué n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant.
La commune de Lyon a produit un mémoire le 7 août 2024, qui n'a pas été communiqué.
II. Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 28 mars et 31 octobre 2024 sous le n° 2403076, la société Smart Ps, représentée par la Selarl Guitton et Dadon, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Lyon à lui verser la somme de 2 238 394,47 euros assortie des intérêts légaux à compter du 10 mai 2022 en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la méconnaissance par la commune des obligations résultant de l'accord-cadre conclu avec elle le 6 août 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lyon la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les prestations en litige et confiées à d'autres prestataires relevaient du lot n°4 dont elle est titulaire ;
- elle bénéficiait d'une exclusivité pour assurer les prestations en cause et la commune a méconnu le principe de loyauté des relations contractuelles ;
- le contrat conclu pour l'ouverture et la fermeture de 28 jardins publics est illégal dès lors que la société attributaire ne dispose pas de l'agrément prévu à l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure ;
- compte tenu de sa marge, le préjudice subi s'établit à hauteur de 274 121,13 euros pour les prestations relatives au centre de vaccination de Gerland, à 91 762,84 euros pour les prestations relatives au zoo du parc de la Tête d'or et à 1 872 510,50 euros pour les prestations relatives à la sécurisation des jardins publics.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, la commune de Lyon, représentée par la Selarl Paillat Conti et Bory, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Smart Ps au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend aux mêmes fins que la requête n° 2206815 et que la société Smart Ps n'a pas formé de mémoire en réclamation dans les deux mois à compter de la naissance du différend ainsi que l'exige l'article 37.2 du CCAG FCS ;
- la ville de Lyon n'a pas méconnu ses obligations contractuelles ;
- le préjudice allégué n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2024 par une ordonnance du 2 octobre précédent.
Vu les pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacroix,
- les conclusions de Mme Allais, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mathevon pour la société Smart Ps, ainsi que celles de Me Conti pour la commune de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 6 août 2019, la commune de Lyon a confié à la société Smart Ps le lot n° 4 d'un accord-cadre de services portant sur des prestations de sécurité et de gardiennage ponctuelles sur différents sites et sur des prestations de télésurveillance. La société Smart Ps demande la condamnation de la commune de Lyon à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la méconnaissance par la ville de ses obligations contractuelles en confiant à d'autres prestataires des missions relevant selon elle du lot dont elle était titulaire.
2. Les requêtes n° 2206815 et n° 2403076 de la société Smart Ps tendent aux mêmes fins, sont relatives à un même contrat et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Aux termes de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG FCS), approuvé par l'arrêté du 19 janvier 2009 et applicable au marché en litige en vertu de l'article 6 de son cahier des clauses administratives particulières : " 37.1. Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 37.2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion () ". Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, résultant d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de ce dernier et faisant apparaître le désaccord, le titulaire doit présenter un mémoire de réclamation dans un délai de deux mois, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat.
4. Au soutien de sa demande, la société Smart Ps fait valoir que les missions de gardiennage et de surveillance confiées à une autre société dans le contexte de la pandémie de Covid-19 s'agissant du centre de vaccination installé au stade de Gerland et de la gestion de l'entrée du zoo du parc de la Tête d'Or auraient dû lui être confiées au titre du lot n°4 dont elle était titulaire et que le marché conclu par ailleurs avec une association en vue d'assurer l'ouverture et la fermeture de différents parcs et jardins de la ville à compter du mois de novembre 2019 relevait également du périmètre de l'accord-cadre conclu avec elle.
5. Il résulte de l'instruction que, faisant suite à différents échanges avec la société requérante et son conseil, en réponse à un courrier recommandé adressé par celui-ci faisant état des doléances de la requérante relatives aux prestations mentionnées au point précédent et après une réunion des parties intéressées du 10 janvier 2022 relative au périmètre du lot n° 4, l'adjointe aux finances et à la commande publique de la commune de Lyon, par un courrier du 14 février 2022, a explicité les motifs pour lesquels la commune considérait que lesdites prestations ne relevaient pas de ce périmètre. Alors que cette prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de la collectivité a fait naître un différend au sens du 2 de l'article 37 du CCAG cité au point 3 et a été régulièrement notifiée le jour même au conseil de la requérante, qui devait en l'espèce être regardé comme ayant reçu mandat de la société Smart Ps pour laquelle il déclarait agir, il est constant qu'aucun mémoire en réclamation n'a été communiqué par cette société au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois suivant la naissance de ce différend. Dans ces conditions et alors que les demandes indemnitaires dont la requérante fait état ne lui ont été présentées que par des correspondances du 10 mai 2022 puis du 28 novembre 2023, la commune de Lyon est fondée à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 37 du CCAG FCS pour soutenir que les requêtes de la société Smart Ps ne sont pas recevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la société requérante présentées sur leur fondement et dirigées contre la commune de Lyon, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la société Smart Ps le versement à la commune de Lyon de la somme de 1 400 euros au titre des frais exposés dans l'instance n° 2206815. Il n'y a en revanche pas lieu en l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par cette même commune au titre de l'instance n° 2403076.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2206815 et la requête n° 2403076 de la société Smart Ps sont rejetées.
Article 2 : Dans l'instance n° 2206815, la société Smart Ps versera la somme de 1 400 euros à la commune de Lyon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Dans l'instance n° 2403076, les conclusions de la commune de Lyon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Smart Ps et à la commune de Lyon.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
La rapporteure,
A. Lacroix
Le président,
A. GilleLa greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
2 - 2403076
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026