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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207354

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207354

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207354
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 septembre 2022 et 9 mai 2023, la société Orange, représentée par Me Prudhon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Eiffage Route Centre Est à lui verser la somme de 17 359,13 euros, outre les intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2021 et leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la société Eiffage Route Centre Est une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la société Eiffage Route Centre Est est engagée en raison de la faute commise lors de travaux effectués le 7 septembre 2020 dans la commune de Tarare ;

- elle a subi un dommage résultant des atteintes portées à son réseau ;

- elle a subi un préjudice financier estimé à 17 359,13 euros résultant des travaux de remise en état du réseau ;

- aucune faute ne peut lui être imputée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, la société Eiffage Route Centre Est, représentée par la Selarl Piras et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'information communiquée par la société Orange était insuffisante ;

- les ouvrages du réseau n'étaient pas implantés, ni signalés conformément aux règles de l'art ;

- la réalité du préjudice n'est pas établie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 15 février 2012 pris en application du chapitre IV du titre V du livre V du code de l'environnement relatif à l'exécution de travaux à proximité de certains ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques de transport ou de distribution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soubié, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Prudhon, représentant la société Orange.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orange demande la condamnation de la société Eiffage Route Centre Est à réparer les dommages qu'elle a causés à son réseau lors de travaux d'aménagement de l'espace urbain réalisés pour le compte de la commune de Tarare.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux, ainsi que son sous-traitant ayant réalisé les travaux publics en cause sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages accidentels causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre, d'une part, les travaux publics et, d'autre part, le dommage dont il se plaint.

3. Aux termes de l'article R. 554-22 du code de l'environnement : " I. - Les exploitants sont tenus de répondre, sous leur responsabilité, dans le délai de neuf jours, jours fériés non compris, après la date de réception de la déclaration de projet de travaux dûment remplie. Ce délai est porté à quinze jours, jours fériés non compris, lorsque la déclaration est adressée sous forme non dématérialisée. La réponse, sous forme d'un récépissé, est adressée au déclarant. Elle lui apporte toutes informations utiles pour que les travaux soient exécutés dans les meilleures conditions de sécurité, notamment celles relatives à la localisation des ouvrages existants considérés et celles relatives aux précautions spécifiques à prendre selon la nature des opérations prévues et selon la nature, les caractéristiques et la configuration de ces ouvrages. Elle signale le cas échéant les dispositifs importants pour la sécurité qui sont situés dans l'emprise des travaux (). II. - L'exploitant peut, à son initiative ou en application de l'arrêté prévu au VI du présent article, apporter tout ou partie des informations nécessaires, notamment celles relatives à la localisation de l'ouvrage, dans le cadre d'une réunion sur site (). " Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 15 février 2012 susvisé : " Les exploitants qui établissent les récépissés visés aux articles R. 554-22 et R. 554-26 du code de l'environnement indiquent la précision de la localisation géographique des différents tronçons en service de leurs ouvrages concernés par le récépissé, selon les trois classes de précision définies à l'article 1er et conformément aux dispositions prévues à l'article 7. Le cas échéant, ils indiquent également s'il reste dans l'emprise des travaux des branchements non cartographiés munis d'affleurants visibles ou dotés de dispositifs automatiques de sécurité supprimant tout risque pour les personnes en cas d'endommagement, dans les conditions prévues à l'article 7-1 (). Pour tout ouvrage, tronçon d'ouvrage ou branchement mis en service postérieurement au 1er juillet 2012, l'exploitant est tenu d'indiquer et garantir la classe de précision A. " Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " I. - Dans le cas où l'exploitant fournit des plans avec le récépissé de déclaration, il applique les dispositions suivantes : 1° Il fournit un plan des ouvrages ou tronçons d'ouvrages qu'il exploite dans l'emprise des travaux indiquée par le déclarant. Ce plan est coté, à une échelle assurant la lisibilité nécessaire, cohérente avec la classe de précision, tronçon par tronçon, et avec l'échelle du plan fourni par le déclarant ; 2° Le plan mentionne la catégorie de l'ouvrage au sens de l'article R. 554-2 du code de l'environnement, la date des dernières modifications, () ; 5° Le plan comporte l'indication des classes de précision des différents tronçons en service représentés ainsi que, le cas échéant, les étiquettes prévues au 2° du I de l'article 8 du présent arrêté (). ".

4. Il résulte de l'instruction que, le 7 septembre 2020, les salariés de la société Eiffage Route Centre Est ont endommagé des conduites comprenant des câbles de cuivre et des fibres optiques appartenant à la société Orange, en effectuant des travaux de fouille du béton préalablement à la réalisation des travaux d'aménagement de l'espace public. La société Eiffage Route Centre Est ne conteste pas être responsable de ce dommage mais fait valoir que la société Orange a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité, en lui fournissant en réponse à sa déclaration d'intention de commencement des travaux des informations insuffisamment précises au regard des règles posées par les dispositions citées au point 3.

5. Il résulte du récépissé de déclaration d'intention de commencement des travaux que la société Orange a transmis à la société Eiffage Route Centre Est des plans de son réseau, d'une précision B ou C, selon le tronçon considéré. Le récépissé mentionnait la réalisation de travaux sur le réseau et la nécessité de prendre contact avec ses services. Si la société Eiffage Route Centre Est fait valoir que la société Orange ne lui a pas fourni des informations avec le niveau de précision A défini par l'arrêté du 15 février 2012 précité qui s'imposait pour les ouvrages réalisés à compter de 2012 et qu'aucun grillage avertisseur n'avait été installé, il ne résulte pas de l'instruction que les conduites téléphoniques en litige auraient été installées après 2012, ni qu'un grillage avertisseur aurait dû être obligatoirement installé pour signaler les conduites téléphoniques. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les salariés de la société Eiffage Route Centre Est auraient pris contact avec les services de la société Orange avant d'effectuer une fouille du béton dans l'emprise du projet, comme l'avait recommandé la société Orange. Dans ces conditions, la société Eiffage Route Centre Est ne peut pas se prévaloir d'une faute de la société Orange. Par suite, la société Orange est fondée à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Route Centre Est pour les dommages causés à son réseau.

En ce qui concerne le préjudice :

6. La société Orange fait valoir un préjudice résultant de l'intervention en urgence de ses salariés et des travaux de réparation de son réseau. Il résulte de l'instruction que la société Orange a, d'une part, exposé des frais liés à la rémunération du technicien intervenu à la suite du dommage et à l'achat de matériel pour effectuer des travaux d'urgence, d'autre part, fait appel à un sous-traitant pour réparer le réseau. Au vu des documents produits, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 17 359,13 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Eiffage Route Centre Est doit être condamnée à verser à la société Orange la somme de 17 359,13 euros, laquelle portera intérêts à compter du 24 novembre 2021, date de la réception de la mise en demeure de payer, et leur capitalisation à compter du 24 novembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Eiffage Route Centre Est le versement à la société Orange de la somme de 1 400 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La société Eiffage Route Centre Est est condamnée à verser à la société Orange la somme de 17 359,13 euros (dix-sept mille trois cent cinquante-neuf euros et treize centimes), laquelle portera intérêts à compter du 24 novembre 2021 et leur capitalisation à compter du 24 novembre 2022.

Article 2 : La société Eiffage Route Centre Est versera à la société Orange la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société Eiffage Route Centre Est au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Orange et à la société Eiffage Route Centre Est.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

A-S. Soubié

La présidente,

V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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