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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207640

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207640

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207640
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantLARGERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2022 et 12 janvier 2023, la société EXEL Façades, représentée par Me Boucher, demande au juge des référés :

1°) de condamner la commune de Saint-Sauveur-en-Rue à lui verser, à titre de provision, la somme de 5 018,82 euros assortie des intérêts moratoires, outre la somme de 40 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Saint-Sauveur-en-Rue a décidé de réaliser un pôle Enfance Jeunesse - Ecole et MAM ; la maîtrise d'œuvre a été confiée au cabinet AA GROUP ;

- le lot n° 5 Façades lui a été attribué, pour un prix global et forfaitaire de 123 703,66 euros HT ;

- à plusieurs reprises lors de l'exécution des prestations, la maîtrise d'œuvre et le maître d'ouvrage lui ont demandé des prestations complémentaires, en indiquant que des avenants seraient ultérieurement conclus ; les demandes de travaux supplémentaires et les devis correspondant n'ont pas été contestés lors de l'exécution des travaux ;

- elle a demandé la rédaction d'un avenant et il lui a été répondu le 14 janvier 2022 qu'il était en cours ;

- la réception des travaux est intervenue avec réserves le 19 janvier 2021 ; les réserves ont été levées le 26 janvier 2022 ;

- Le 31 mars 2022, le maître d'œuvre a sollicité la signature d'un document intitulé " réception des travaux " afin de procéder au paiement du solde du marché ;

- bien qu'elle eût déjà adressé le document le 14 avril 2022 au maître d'œuvre, le maître d'ouvrage l'a mise en demeure le 13 mai 2022 de transmettre son DGD, ce qu'elle a fait le 8 juin 2022 ;

- le 1er juillet 2022, la commune lui a demandé de modifier ce décompte, sur certains postes et d'y intégrer des pénalités ;

- par courrier du 19 juillet 2022, reçu le 26 juillet 2022, elle a mis en demeure la commune de procéder à l'établissement du décompte général et définitif dans le délai d'un mois ;

- en l'absence de réponse, elle a demandé, par courrier du 8 septembre 2022, le paiement du solde du marché, soit 5 018,82 euros et elle a reçu une réponse négative le 14 septembre 2022 ;

- elle détient à l'encontre de la commune une créance non sérieusement contestable de ce montant ;

- elle peut, en effet, se prévaloir d'un DGD tacite ;

- elle a en effet transmis au maître d'œuvre et au maître d'ouvrage son projet de décompte le 14 avril 2022 ;

- puis, elle l'a, à nouveau notifié, le 19 juillet 2022, par pli reçu le 26 juillet par la commune ;

- le délai au terme duquel intervient un DGD tacite est donc échu ;

- postérieurement, le 3 octobre 2022, la commune lui a adressé des mises en demeure de lever des réserves, alors que les réserves avaient été levées le 4 avril 2022 ;

- le bâtiment a été inauguré le 30 avril 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, la commune de Saint-Sauveur-en-Rue, représentée par Me Largeron, conclut :

1°) au rejet de la requête, subsidiairement à ce que la somme de 5 018,82 euros soit mise sous séquestre ;

2°) à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société EXEL Façades, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il existe une contestation sérieuse sur la créance de la société EXEL Façades ;

- la société EXEL Façades, en retard par rapport au planning d'exécution des travaux s'est vue appliquée des pénalités de retard, outre des pénalités pour absence à 8 réunions de chantier ;

- les prestations effectuées par la société EXEL Façades ont été réceptionnées avec réserves, par décision du 19 janvier 2022 ;

- le 25 février 2022, le maître d'œuvre constatait, dans un document faisant état de l'avancement des levées de réserves, que des réserves du lot n°5 dont EXEL Façades n'étaient pas levées ;

- au 30 septembre 2022, puis au 28 octobre 2022, le maître d'œuvre constatait à nouveau que les réserves du lot n°5 n'étaient toujours pas levées ;

- la commune a adressé un mail le 13 mai 2022, notamment, à la société EXEL Façades afin que la société transmette son projet de décompte final ;

- le 8 juin 2022, la société EXEL Façades a transmis une première fois par mail au maître d'œuvre son décompte final daté du 14/04/2022 ;

- le maître d'œuvre a refusé ce décompte final dans un mail adressé à EXEL Façades le 1er juillet 2022 précisant qu'il n'était pas possible de traiter le décompte final sans avoir au préalable validé l'avenant des plus et moins-values par rapport au marché initial ; également le maître d'œuvre précise que les pénalités qui ont été appliquées à l'entreprise au cours de l'exécution du chantier n'apparaissent pas sur ce projet de décompte final ; il demande à EXEL Façades de présenter un avenant et un décompte final tenant compte de ces éléments ;

- l'acte d'engagement valant CCAP du marché a clairement dérogé aux dispositions de l'article 13.4. du CCAG Travaux ; il prévoit à l'article 12.1.2, deux dérogations aux articles 13.4.4 et 13.4.2 du CCAG-travaux ;

- d'une part, il est indiqué une dérogation au délai de notification du décompte général par le pouvoir adjudicateur (30 jours au lieu de 10 jours) et l'ajout d'une procédure particulière de notification par le titulaire au maître d'œuvre et au pouvoir adjudicateur pour se prévaloir d'un décompte général et définitif tacite en l'absence de notification par le représentant du pouvoir adjudicateur ;

- d'autre part, il est indiqué, que lorsque la réception est prononcée avec réserves et que les réserves ne sont pas levées au moment de l'établissement du décompte général, le représentant du pouvoir adjudicateur ne signe le projet de décompte général qu'après la levée des dernières réserves, et que le projet de décompte général, devenu le décompte général, est notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur avant la plus tardive des deux dates, en l'espèce 30 jours à compter de la levée de la plus tardive des réserves ;

- ainsi, en cas de réception avec réserves, le pouvoir adjudicateur n'étant en mesure de signer le projet de décompte général qu'après la levée des dernières réserves, la combinaison de cette procédure à celle édictée précédemment en dérogation à l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux, conduit à faire obstacle à ce que le titulaire puisse se prévaloir de la procédure de décompte général tacite avant la levée de la plus tardive des réserves ;

- les courriers d'EXEL Façades sont donc sans effet, tant que la dernière réserve n'a pas été levée ;

- or la société EXEL Façades n'apporte pas la preuve de la levée des réserves ;

- elle ne peut donc se prévaloir d'un DGD tacite ;

- subsidiairement, le décompte de la société EXEL Façades est contesté, car il n'incorpore pas les moins-values et pénalités ;

- les devis de travaux supplémentaires de la société EXEL Façades n'ont pas été acceptés.

Par ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics,

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés publics de travaux ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation

du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement non daté, mais suivi d'un ordre de service du 6 septembre 2019, la commune de Saint-Sauveur-en-Rue a attribué à la société EXEL Façades le lot n°5 façades du marché de construction du pôle Enfance Jeunesse - Ecole et MAM. Estimant pouvoir se prévaloir d'un décompte général et définitif, la société EXEL Façades demande au juge des référés de condamner la commune de Saint-Sauveur-en-Rue à lui payer la somme provisionnelle de 5 018,82 euros.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. D'une part, aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) des marchés de travaux, dans sa version du 3 mars 2014 : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final () ". Selon l'article 13.3.2 du même document : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur () dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". L'article 13.4.2 du même document stipule : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ". Enfin, son article 13.4.4 stipule : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé (). / Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. () Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. () Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde ".

4. D'autre part, l'acte d'engagement, signé des deux parties, déroge à ces dispositions et prévoit que " par dérogation à l'article 13.3.2 du CCAG Travaux, le titulaire transmet au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur son projet de décompte final à compter de la plus tardive de ces dates : - date de notification de la décision de réception selon les dispositions de l'article 13.3.2 du CCAG - date de remise des documents demandés en application des articles 40 du CCAG et 15 ci-dessous - date d'application de la retenue définitive dans les conditions définies à l'article 15 ci-dessous. Par dérogation à l'article 13.4.4 du CCAG Travaux : - le pouvoir adjudicateur disposera d'un délai de 30 jours à compter de la réception du projet de décompte général signé par le titulaire pour lui notifier le décompte général, - Lorsque le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, il indique expressément dans son envoi vouloir faire application des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG et qu'en l'absence de notification du décompte général par le représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai de 30 jours de la réception des documents, le décompte général deviendra tacitement le décompte général et définitif. A défaut de cette indication, en l'absence de notification du décompte général dans ce délai, le décompte général signé par le titulaire ne pourra devenir le décompte général et définitif. Dans le cas d'une réception avec réserves : Par dérogation à l'article 13.4.2 du CCAG Travaux, lorsque la réception est prononcée avec réserves et que les réserves ne sont pas levées au moment de l'établissement du décompte général, le représentant du pouvoir adjudicateur ne signe le projet de décompte général qu'après la levée de la dernière des réserves ".

5. Il résulte de l'instruction que le 6 décembre 2021, la société EXEL Façades informait le maître d'œuvre que les travaux étaient entièrement terminés. Le 19 janvier 2022, un document a été établi, intitulé " réception des travaux ", comportant, sans conclusion, des photos indiquant, par lot, les travaux à reprendre ou terminer. Le 26 janvier 2022, la société EXEL transmettait des photos au maitre d'œuvre, démontrant, selon elle, qu'elle avait levé les réserves. Puis, le 11 février 2022, elle demandait au maître d'œuvre de lui notifier pour la réception des travaux : le EXE 4 (réception entre MOE et Entreprise), le EXE 5 (proposition de réception auprès de la MOA) et le EXE 6 (acceptation de la réception par la MOA) et pour la levée des réserves le EXE 8 (levée des réserves entre MOE et Entreprise) et le EXE 9 (proposition de levée des réserves MOE et MOA). Le 25 février 2022, un document intitulé " levée de réserves " était établi comportant, à nouveau, sans conclusion, des photos indiquant, par lot, les travaux à reprendre ou terminer. Le 31 mars 2022, le maître d'œuvre demandait à la société EXEL Façades de signer le document du 19 janvier 2022, ce que faisait la société EXEL Façades le 4 avril 2022, en rappelant que selon elle, les réserves avaient été levées. Le 23 juin 2022, la société EXEL Façades adressait une lettre recommandée avec accusé de réception, reçue le 27 juin 2022 par le maître d'œuvre, mettant celui-ci en demeure de procéder à la rédaction du procès-verbal de levée des réserves dans un délai de quinze jours et lui demandant d'établir le décompte général. A la même date, par un courrier citant les stipulations des articles 13.4.2 du CCAG Travaux et 12.1.2 de l'acte d'engagement, la société EXEL transmettait à la commune son décompte final et lui demandait d'établir le décompte général, dans un délai de 30 jours, au-delà duquel son décompte final deviendrait définitif. Le 1er juillet 2022, le maître d'œuvre contestait le décompte de l'entreprise. Par courriers recommandés du 19 juillet 2022, adressés à la commune et au maître d'œuvre, la société EXEL Façades, corrigeait son décompte sur certains des points soulevés par le maître d'œuvre, contestait le surplus et, rappelant les stipulations des articles 13.4.2 du CCAG Travaux et 12.1.2 de l'acte d'engagement, faisait valoir qu'au-delà d'un délai de trente jours ce décompte deviendrait définitif. Elle continuait à réclamer le procès-verbal de levée des réserves. Le 8 septembre 2022, par courrier adressé à la commune, citant à nouveau les stipulations des articles 13.4.2 du CCAG Travaux et 12.1.2 de l'acte d'engagement, et faisant valoir que le délai au-delà duquel le décompte général devient définitif était échu, elle mettait en demeure la commune à la payer.

6. Il résulte de ce qui précède que la société EXEL Façades, acceptant certaines contestations du maître d'œuvre en date du 1er juillet 2022, a transmis le 19 juillet 2022 à ce dernier et à la commune un nouveau décompte final. A la réception le 26 juillet de ce document, le représentant du pouvoir adjudicateur disposait d'un délai de 30 jours, soit jusqu'au 25 août 2022 pour établir un décompte général. C'est au-delà du 25 août 2022 que la société EXEL Façades pouvait, en application de l'article 13.4.4 du CCAF notifier au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé et rappeler que ce décompte deviendrait, après un nouveau délai de 30 jours, s'achevant le 24 septembre 2022, un décompte général et définitif tacite par application des dispositions des articles 13.4.2 du CCAG Travaux et 12.1.2 de l'acte d'engagement. Dans ces conditions la société EXEL Façades n'est, en tout état de cause, pas fondée à se prévaloir d'un décompte général et définitif tacite et sa créance à l'encontre de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue n'est pas non sérieusement contestable.

7. Par suite, les conclusions aux fins de condamnation de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue à lui payer une provision, présentées par la société EXEL Façades doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, à verser à la société EXEL Façades. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société EXEL Façades une somme à verser à la commune de Saint-Sauveur-en-Rue, au titre des frais du litige.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société EXEL Façades est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue, fondées l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société EXEL Façades et à la commune de Saint-Sauveur-en-Rue.

Fait à Lyon, le 14 février 2023

La juge des référés,

A. Wolf

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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