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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207660

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207660

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207660
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL BARRE LE GLEUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2022, la commune de Lamure-sur-Azergues, représentée par Me Piton, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de se prononcer sur les causes et les conséquences des désordres qui affectent la charpente des Halles de la mairie ;

2°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- elle a confié à un groupement de maîtrise d'œuvre, composé de l'EIRL Elisabeth D, mandataire, de la société Atelier Nao et de la société GEC Rhône Alpes, un marché de travaux consistant en la réalisation de halles communales et de la pergola de la mairie ;

- le lot n° 2 " Charpente " du marché a été confié à la société Farjot Toitures ;

- les travaux ont été réceptionnés avec réserves, lesquelles ont fait l'objet d'un procès-verbal de levée des réserves avec effet à la date du 17 octobre 2017 ;

- des désordres sont apparus en mars 2019, consistant notamment en une déformation des sablières ;

- une action de consolidation a été mise en œuvre par la société Farjot en 2019, sans que les désordres ne soient réglés ;

- de nombreuses réunions entre le maître d'ouvrage, la maîtrise d'œuvre, la société Farjot et les assureurs respectifs ont été organisées sans qu'une solution pérenne et définitive n'ait été trouvée ;

- elle a été contrainte de procéder à la fermeture des Halles au public à compter de février 2021 jusqu'au 4 décembre 2021 ;

- si les travaux de reprise réalisés par la société Farjot ont permis la réouverture des Halles, les désordres persistent encore à ce jour ;

- la permanence et l'aggravation de ces désordres sont de nature à affecter la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;

- une tentative de règlement amiable du différend adressée par courrier du 14 mars 2022 n'a pas abouti.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, Mme F D représentée par Me Barre, demande au juge des référés, d'une part, de juger qu'elle formule toutes protestations et réserves d'usage utiles sur la mesure d'instruction sollicitée et, d'autre part, de déclarer les opérations d'expertise communes et opposables à la compagnie Abeille Iard et Santé en sa qualité d'assureur responsabilité civile décennale de la société Farjot Constructions.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 et 26 décembre 2022, les sociétés Farjot Toitures et Abeille Iard et Santé, représentées par la SCP Reffay et Associés, demandent au juge des référés, d'une part, de constater qu'elles ne s'opposent pas, sous les plus expresses réserves de responsabilité et de garantie, à la demande d'expertise sollicitée et, d'autre part, de rendre la mesure d'expertise judiciaire commune et opposable à la société Mutuelle des architectes français en qualité d'assureur de Mme D, à la compagnie Euromaf en qualité d'assureur de la société Atelier Nao et à Me E en qualité de liquidateur judiciaire de la société Atelier Nao.

Elles soutiennent que :

- il apparait nécessaire que l'expertise judiciaire soit menée au contradictoire des assureurs des membres de l'équipe de maîtrise d'œuvre ;

- la société Atelier Nao ayant fait l'objet d'un jugement d'ouverture de liquidation judiciaire le 7 décembre 2022, il convient que l'expertise soit également menée au contradictoire du liquidateur judiciaire de cette société.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, la société GEC Rhône-Alpes, représentée par la SELARL Piras et Associés, formule toutes protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée.

Par un courrier, enregistré le 20 janvier 2023, M. C E, agissant en qualité de liquidateur de la société Atelier Nao, indique que faute de fonds disponibles suffisants, il ne sera ni présent ni représenté dans l'instance.

La requête a été régulièrement communiquée aux sociétés Atelier Nao, Mutuelle des architectes français et Euromaf qui n'ont pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme G, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La demande d'expertise présentée par la commune de Lamure-sur-Azergues, aux fins de déterminer les causes et les conséquences des désordres affectant la charpente des Halles communales, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

3. En l'espèce, rien ne s'oppose à ce que les opérations d'expertise soient également rendues communes et opposables aux sociétés Abeille Iard et Santé, Mutuelle des architectes français, Euromaf et à Me E.

4. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Par suite, les conclusions des défendeurs tendant à ce qu'il leur soit donné acte de leurs protestations et réserves doivent être rejetées.

5. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions de la commune de Lamure-sur-Azergues relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE

Article 1er : M. B A, domicilié chez Multiburo, Immeuble le Forum, 27 rue Maurice Flandrin, 69428 Lyon cedex 03, est désigné comme expert avec pour mission de :

1°- se rendre sur les lieux, entendre les parties, prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos, utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°- rechercher et préciser les liens contractuels unissant les parties, décrire les missions confiées à chacune des parties à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ; informer les parties qu'il est de leur intérêt d'appeler immédiatement telles entreprises dont la responsabilité serait mise en évidence au cours des premières opérations d'expertise ;

3°- préciser la chronologie des opérations de construction, ainsi que celles des opérations de réception, la nature des réserves dont cette réception aurait été assortie et les suites données à celles-ci ;

4°- décrire les désordres affectant l'ouvrage, en lien avec ceux indiqués ci-dessus, et en indiquer la nature et l'étendue ; pour chacun d'eux, déterminer la date de la première apparition, et préciser, si, à la date de la réception, il était apparent, ou tout au moins prévisible, en tout cas dans toutes ses conséquences ;

5°- fournir tous éléments permettant d'apprécier si chacun de ces désordres met l'ouvrage en péril ou le rendent impropre à sa destination, et donner son avis sur ce point ;

6°- donner son avis sur la ou les causes de chaque désordre (vice de conception, défaut de surveillance, faute d'exécution, manquement aux règles de l'art, qualité des matériaux utilisés, insuffisance d'entretien, ou tout autre cause) ; si les dommages sont dus à plusieurs causes, fournir tous éléments permettant d'apprécier dans quelle proportion ils sont imputables à chacune d'elles et donner son avis sur ce point ;

7°- décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres et à remettre l'ouvrage en l'état prévu par le marché ; en évaluer le coût et en fixer la durée compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés, et de l'exécution des travaux ;

8°- donner son avis sur l'existence d'améliorations et/ou de plus-values apportées à l'ouvrage par les préconisations des éventuelles solutions techniques ;

9°- donner son avis sur les préjudices de toute nature subis du fait desdits désordres et en évaluer le montant ;

10°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

11°- établir une synthèse non technique des réponses aux questions posées, et, s'il y a lieu, proposer une répartition motivée des responsabilités en pourcentage ;

12° - tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de la commune de Lamure-sur-Azergues, de la société Farjot Toitures, de l'EIRL Elisabeth D, de la société Atelier Nao, de la société GEC Rhône Alpes, de la société Abeille Iard et Santé en qualité d'assureur de la société Farjot Toitures, de la Mutuelle des architectes français en qualité d'assureur de Mme D, de la compagnie Euromaf en qualité d'assureur de la société Atelier Nao et de Me E en qualité de liquidateur judiciaire de la société Atelier Nao.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Lamure-sur-Azergues, aux sociétés Farjot Toitures, Elizabeth D, Atelier Nao, GEC Rhône Alpes, Abeille Iard et Santé, Mutuelle des architectes français, Euromaf, à Me E et à l'expert.

Fait à Lyon, le 24 janvier 2023.

Le juge des référés,

C. G

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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