jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207778 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLT DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 22 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Bardet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle la maire de Thoiry l'a mis en demeure de procéder à l'enlèvement de l'ensemble du fumier entreposé sur les parcelles cadastrées section G n° 616 et n° 1640 et a ordonné le versement d'une amende administrative pour un montant de 15 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Thoiry la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision ne pouvait être valablement prise sur le fondement de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, dès lors que le fumier en litige est un sous-produit d'une exploitation agricole et non un déchet ;
- c'est à tort que le maire a mis en œuvre les pouvoirs qu'il tient au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, la situation relevant exclusivement de l'application du règlement sanitaire départemental ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 24 novembre 2022 et le 16 février 2024, la commune de Thoiry, représentée par Me Thiry, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Thoiry soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés : M. A ne démontre pas avoir la qualité d'exploitant agricole, il ne justifie pas davantage de la réutilisation du fumier qu'il entrepose, lequel relève effectivement de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ; de plus, le fumier en cause, entreposé à moins de 50 mètres d'un cours d'eau, a une incidence globale nocive pour l'environnement ou la santé humaine, de sorte qu'il ne peut être regardé comme un sous-produit animal ;
- subsidiairement, et en tout état de cause, le dépôt de fumier ne respecte pas davantage les prescriptions fixées par le règlement sanitaire départemental ni par le plan local d'urbanisme intercommunal du pays de Gex.
Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 13 mars 2024 et n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,
- les conclusions de M. Habchi,
- et les observations de Me Bardet représentant M. A et de Me Thiry représentant la commune de Thoiry.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 juillet 2022, le service départemental d'incendie et de secours a constaté un départ de feu sur un dépôt de fumier et de bois entreposé sur les parcelles G 616 et G 1640 de la commune de Thoiry, propriétés de M. A. Le 18 juillet 2022, la maire de Thoiry a mis en demeure M. A de prévenir tout nouveau risque d'incendie. En l'absence de réponse de l'intéressé, et suite à de nouveaux départs de feu ayant nécessité plusieurs interventions du SDIS, la maire de Thoiry a, le 29 juillet 2022, sur le fondement de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, informé M. A la mise en œuvre d'une procédure contradictoire et l'a invité à présenter ses observations sur les manquements relevés à la législation sur la gestion des déchets. M. A n'ayant pas donné suite à ce courrier, la maire a, par la décision en litige du 18 août 2022, mis en demeure l'intéressé de procéder à l'enlèvement de l'ensemble du fumier dans un délai de vingt jours, a fixé une astreinte de 1 500 euros par jour de retard, et a infligé à M. A une amende administrative d'un montant de 15 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'environnement : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. / Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. () " Selon l'article L. 541-1-1 du même code, constitue un déchet " toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'environnement : " Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : () 4° Ordonner le versement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € courant à compter d'une date fixée par la décision jusqu'à ce qu'il ait été satisfait aux mesures prescrites par la mise en demeure. () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 541-4-1 du code de l'environnement : " Ne sont pas soumis aux dispositions du présent chapitre : () les sous-produits animaux ou les produit dérivés () ". Selon l'article L. 541-4-2 : " Une substance ou un objet issu d'un processus de production dont le but premier n'est pas la production de cette substance ou cet objet ne peut être considéré comme un sous-produit et non comme un déchet au sens de l'article L. 541-1-1 que si l'ensemble des conditions suivantes est rempli : l'utilisation ultérieure de la substance ou de l'objet est certaine ; () la substance ou l'objet n'aura pas d'incidences globales nocives pour l'environnement ou la santé humaine () ".
5. Il se déduit des dispositions précitées que, pour apprécier si un bien constitue ou non un déchet, il y a notamment lieu de prendre en compte le caractère suffisamment certain d'une réutilisation du bien sans opération de transformation préalable. Lorsque des biens se trouvent, compte tenu en particulier de leur état matériel, de leur perte d'usage et de la durée et des conditions de leur dépôt, en état d'abandon sur un terrain, ils peuvent alors être regardés comme des biens dont leur détenteur s'est effectivement défait et présenter dès lors le caractère de déchets au regard de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement. Notamment, lorsque les circonstances révèlent que la réutilisation de ces biens sans transformation n'est pas suffisamment certaine, les seules affirmations du propriétaire indiquant qu'il n'avait pas l'intention de se défaire de ces biens, ne sont pas susceptibles de remettre en cause leur qualification comme déchet.
6. En l'espèce, pour contester la mise en œuvre par la maire de Thoiry de la procédure instituée par l'article L. 541-3 précité du code de l'environnement, M. A fait valoir qu'il est exploitant agricole et que le fumier entreposé sur sa parcelle ne peut être regardé comme un déchet mais doit être qualifié de sous-produit animal conformément à l'article L. 541-4-2 de ce code.
7. En premier lieu, M. A n'apporte aucune pièce en vue de justifier de l'utilisation du fumier entreposé sur ses parcelles. En effet, il n'apporte aucune indication sur la provenance de ce fumier, pas plus que sur les conditions dans lesquelles il est récolté puis entreposé, et ne justifie pas davantage de ce qu'il en ferait un usage dans le cadre de son activité de paysagiste alors qu'en outre, le volume particulièrement élevé de fumier entreposé, estimé à près de 325 m3 par les services communaux sans aucune contestation sérieuse de la part de M. A, ne permet pas de faire le lien avec les besoins de son activité.
8. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il est également exploitant agricole et que ce fumier serait utilisé en épandage sur les terres qu'il cultive, il ne l'établit pas par les quelques pièces qu'il produit. En effet, outre que M. A est inscrit au répertoire SIRENE comme paysagiste, l'intéressé, qui ne décrit à aucun moment l'activité qu'il exercerait comme exploitant agricole, ne produit aucune pièce permettant de connaître la nature autant que le volume de cette activité. La seule attestation d'affiliation à la Mutuelle Sociale Agricole est insuffisante à cet égard, les dispositions du code rural et de la pêche maritime rattachant les jardiniers et " toutes les personnes qui, n'ayant pas la qualité d'entrepreneur, sont occupées par des groupements et sociétés de toute nature ou des particuliers à la mise en état et à l'entretien des jardins ", ainsi que les opérateurs de travaux forestiers, au régime de protection sociale des professions agricoles. Est également insuffisant l'accusé réception d'enregistrement en préfecture d'un dossier au titre de la politique agricole commune, qui fait apparaître qu'aucune pièce n'était jointe à la demande, et dont l'issue n'est pas révélée par l'intéressé. Enfin, si M. A justifie être propriétaire de trois bovins, il n'apporte aucune indication sur le lieu et les conditions d'élevage de ces bovins, ni encore sur les conditions de transport du fumier entreposé loin de toute exploitation agricole.
9. Ainsi, en l'absence de toute utilisation certaine du fumier entreposé sur les parcelles de M. A, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par de simples allégations non assorties d'éléments probants, de l'application du régime dérogatoire pour les sous-produits animaux. Le requérant étant ainsi réputé avoir l'intention de se défaire de ce fumier, la maire de Thoiry pouvait valablement regarder le dépôt de fumier comme un déchet au sens des dispositions précitées du code de l'environnement, et mettre en œuvre les pouvoirs qu'elle tient de ces dispositions pour en assurer l'enlèvement.
10. Au surplus, il résulte de l'instruction que le fumier en cause est entreposé à moins de 50 mètres d'un cours d'eau, sans aucun dispositif d'étanchéité au sol et sans équipement de récupération des eaux de ruissellement. Dès lors, et à supposer que la réutilisation certaine du fumier soit démontrée, la commune pouvait valablement le qualifier de déchet et non de sous-produit animal au motif qu'il est susceptible d'engendrer des incidences nocives sur l'environnement et la santé humaine.
11. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que la maire a seulement entendu faire application des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, et ainsi mettre en œuvre les pouvoirs de police qui sont les siens en matière de gestion des déchets. Si la décision autant que les courriers adressés à M. A évoquent également des manquements à la règlementation des installations classées pour la protection de l'environnement, ces considérations ne constituent pas le motif de la décision en litige, et les dispositions des articles L. 511-1 et suivants du code de l'environnement relatives à la police des installations classées n'en constituent pas la base légale. Il s'ensuit que le moyen par lequel M. A soutient que ni le dépôt de fumier, ni son élevage de trois bovins, n'entrent dans les prévisions de la nomenclature des installations classées, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige et ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
12. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision serait entachée d' " erreur manifeste d'appréciation " sans assortir son moyen d'aucune précision, M. A ne met pas le tribunal en mesure de se prononcer sur son bien-fondé. Le moyen doit donc être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Thoiry, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera une somme de 3 000 euros à la commune de Thoiry au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Thoiry.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
E. de Lacoste Lareymondie
Le président,
T. Besse
La greffière
S. Lecas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026