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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208048

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208048

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208048
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP SOULIE COSTE-FLORET & AUTRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, les sociétés Allianz Iard et F. Distribution, représentées par la SCP Soulie et Coste Floret (Me Esquelisse) demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 34 033,35 euros à la société Allianz Iard et la somme de 417 euros à la société F. Distribution en réparation des préjudices qu'elles ont subis lors du pillage, le 8 décembre 2018, du magasin " Free " situé 3 place du Peuple à Saint-Etienne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat doit être engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ou, subsidiairement, sur le fondement de la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;

- elles ont subi un préjudice constitué, pour la société Allianz Iard, par le remboursement des dommages liés au bris de la devanture, à la détérioration de l'aménagement et du contenu du magasin, au vol de matériel et au paiement des frais d'expertise, pour un montant total de 34 033,35 euros, et, pour la société F. Distribution, par le paiement de la franchise d'assurance pour un montant de 417 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de la Loire conclut à ce que seule la somme de 26 388,07 euros soit mise à la charge de l'Etat.

Il soutient que seule la somme de 26 388,07 euros peut être mise à la charge de l'Etat au bénéfice de la société Allianz Iard, subrogée dans les droits de la société F. Distribution.

Par un courrier du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la société F. Distribution dès lors qu'elle n'a pas présenté elle-même de demande préalable.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- et les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société F. Distribution, qui exploite un magasin " Free " situé 3 place du Peuple à Saint-Etienne dans la Loire, ainsi que la société Allianz Iard, son assureur, demandent l'indemnisation des préjudices qu'elles ont subis du fait du pillage de ce magasin en marge d'une manifestation des " gilets jaunes " le 8 décembre 2018.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société F. Distribution :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. / () ". Il résulte de ces dispositions que la subrogation légale de l'assureur dans les droits et actions de l'assuré, prévue par l'article L. 121-12 du code des assurances, est subordonnée au seul paiement à l'assuré de cette indemnité en exécution du contrat d'assurance, et ce dans la limite de la somme versée. D'autre part, aux termes de l'article L. 127-1 du code des assurances : " Est une opération d'assurance de protection juridique toute opération consistant, moyennant le paiement d'une prime ou d'une cotisation préalablement convenue, à prendre en charge des frais de procédure ou à fournir des services découlant de la couverture d'assurance, en cas de différend ou de litige opposant l'assuré à un tiers, en vue notamment de défendre ou représenter en demande l'assuré dans une procédure civile, pénale, administrative ou autre ou contre une réclamation dont il est l'objet ou d'obtenir réparation à l'amiable du dommage subi ".

3. Si la subrogation légale prévue par l'article L. 121-12 du code des assurances permet à la société Allianz Iard de rechercher la responsabilité de tout tiers responsable du dommage subi par son assurée, la société F. Distribution, pour obtenir l'indemnisation de la somme de 32 233, 35 euros qu'elle justifie lui avoir versée en application du contrat multirisque conclu entre elles ainsi que des frais d'expertise de 1 800 euros dont elle s'est acquittée dans le cadre de la procédure et qui constitue un préjudice financier qui lui est propre, en revanche elle ne lui donnait pas par elle-même mandat pour obtenir réparation de la somme de 417 euros restée à la charge de la société F. Distribution au titre de la franchise contractuelle, qui constitue un préjudice propre à cette dernière. Il ne résulte pas de l'instruction que la société F. Distribution ait par ailleurs donné mandat en ce sens à la société Allianz Iard, que ce soit par les stipulations contractuelles auxquelles elle a souscrit ou par un acte exprès. Ainsi, en l'absence de toute demande indemnitaire préalable présentée par la société F. Distribution, le contentieux n'est pas lié la concernant, alors même que la somme de 417 euros qu'elle demande a été mentionnée dans la demande indemnitaire préalable que la société Allianz Iard a adressée au préfet de la Loire le 6 décembre 2019. Il suit de là que les conclusions indemnitaires présentées par la société F. Distribution sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société Allianz Iard :

En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ".

5. Il résulte de l'instruction qu'une manifestation des " gilets jaunes " a eu lieu le 8 décembre 2018 place du Peuple à Saint-Etienne et qu'en marge de cet évènement, le magasin " Free " a fait l'objet d'un pillage et de dégradations volontaires, qui ont été constatés par un huissier de justice. Il ne résulte pas de l'instruction que ces délits, qui se sont inscrits dans le prolongement de la manifestation, seraient le résultat d'une action préméditée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Allianz Iard est fondée, comme le reconnaît d'ailleurs le préfet de la Loire en défense, à engager la responsabilité de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.

En ce qui concerne les préjudices :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise diligentée à la demande de la société Allianz Iard à laquelle les services de la préfecture ont été associés, que les dommages sont constitués de matériel volé, du bris de la vitrine et de la détérioration des aménagements intérieurs et qu'ils peuvent être évalués, après application d'un coefficient de vétusté et déduction de la franchise d'un montant de 417 euros, à la somme de 26 585, 84 euros. Il y a lieu d'ajouter à cette somme les frais d'expertise d'un montant de 1 800 euros qui ont un lien direct avec les dommages subis.

8. En revanche, la somme de 5 647,51 euros correspondant à l'indemnité dite " différée ", versée par la société Allianz Iard le 25 juillet 2019 et qui correspond à la " vétusté récupérable " prise en charge en application du contrat d'assurance, ne présente pas de lien direct avec les dégradations commises à l'occasion de la manifestation du 8 décembre 2018 et n'entre donc pas dans le champ de l'indemnisation due par l'Etat.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Allianz Iard, subrogée dans les droits de la société F. Distribution, peut prétendre à une indemnité de 28 385, 84 euros. Il y a lieu de condamner l'Etat à lui verser cette somme.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à la société Allianz Iard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 28 385, 84 euros à la société Allianz Iard en réparation des préjudices qu'elle a subis.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Allianz Iard et F. Distribution, au préfet de la Loire et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère ;

Mme de Tonnac, conseillère.

La rapporteure,

C. FeronLa présidente,

V. Vaccaro-PlanchetRendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

N°2208048

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