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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208445

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208445

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208445
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET PIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, M. C B demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Villefranche-sur-Saône à prendre en charge sa consommation d'eau, d'électricité et de gaz liée à l'occupation de son logement concédé pour nécessité absolue de service, et à lui rembourser ces charges de manière rétroactive à compter du 31 octobre 2017 ;

2°) de condamner la commune de Villefranche-sur-Saône à appliquer un abattement de 30 % sur l'avantage en nature que représente la concession de logement dont il bénéficie pour nécessité absolue de service et de régulariser sa situation par un rappel fiscal sur les trois dernières années avec une indemnisation des années précédentes.

Il soutient que :

- il est fondé à obtenir la prise en charge de la consommation d'eau, d'électricité et de gaz afférente au logement concédé par la commune pour nécessité absolue de service ;

- il aurait dû bénéficier d'un abattement de 30 % sur l'avantage en nature que représente cette concession de logement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, la commune de Villefranche-sur-Saône, représentée par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à l'application d'un abattement de 30 % sur l'avantage en nature que représente la concession de logement pour nécessité absolue de service dont il bénéficie, dès lors qu'une erreur était intervenue en 2022 uniquement et que celle-ci a fait l'objet d'une régularisation sur le bulletin de paie du requérant pour le mois de novembre 2022 ;

- la prise en charge des charges locatives sollicitée par le requérant n'est pas autorisée par les textes fixant le régime des concessions de logement pour nécessité absolue de service.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n°90-1067 du 28 novembre 1990 ;

- le décret n° 2012-752 du 9 mai 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A, magistrate rapporteure,

-les conclusions de Mme Fullana Thevenet, rapporteure publique,

- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial de 2ème classe au sein de la commune de Villefranche-sur-Saône, exerce les fonctions de gardien du Palais des sports de la commune et dispose, à ce titre, d'une concession de logement pour nécessité absolue de service par arrêté du 6 septembre 2016, notifié le 19 septembre suivant.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Villefranche-sur-Saône indique dans ses écritures en défense que le bulletin de paie de M. B pour le mois de novembre 2022 a permis la prise en compte de l'abattement applicable aux logements occupés par nécessité de service à hauteur de 30 % et de rectifier l'erreur intervenue dans le système de gestion de la commune en 2022 ayant eu pour conséquence temporaire de surévaluer l'avantage en nature correspondant à la concession de logement dont bénéficie le requérant. Par suite, et alors que l'intervention de cette régularisation n'est pas sérieusement contestée par M. B, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par la commune en défense doit être accueillie.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L.2222-11 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les conditions d'attribution d'un logement de fonction par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics sont régies par les dispositions de l'article 21 de la loi n° 90-1067 du 28 novembre 1990. ". Aux termes de l'article L.721-1 du code général de la fonction publique créé par l'ordonnance n°2021-1574 du 24 novembre 2021 et qui abroge l'article 21 de la loi n°90-1067 du 28 novembre 1990 : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics mentionnés à l'article L.4 fixent la liste des emplois pour lesquels un logement de fonction peut être attribué gratuitement ou moyennant une redevance par la collectivité ou l'établissement public concerné, en raison notamment des contraintes liées à l'exercice de ces emplois. / La délibération précise les avantages accessoires liés à l'usage du logement. / L'autorité territoriale prend une décision individuelle en application de cette délibération. ".

4. Dans l'exercice de la compétence qui leur est reconnue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 21 de la loi du 28 novembre 1990 puis de l'article L.721-1 du code général de la fonction publique, les collectivités territoriales doivent se conformer au principe de parité entre les agents relevant des diverses fonctions publiques dont s'inspire l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Elles ne peuvent par suite légalement attribuer à leurs agents des prestations, venant en supplément de leur rémunération, qui excéderaient celles auxquelles peuvent prétendre des agents de l'Etat occupant des emplois soumis aux mêmes contraintes. Il leur appartient notamment, en ce qui concerne les avantages accessoires liés au logement, d'en arrêter la liste sans procurer aux agents, à ce titre, une prestation plus favorable que celle dont bénéficierait un fonctionnaire de l'Etat placé dans la même situation. Toutefois, ce principe de parité n'a ni pour objet ni pour effet d'obliger les collectivités territoriales et groupements à accorder à leurs agents les mêmes avantages que ceux qui sont attribués aux agents de l'Etat placés dans des situations équivalentes et il est ainsi loisible à une collectivité territoriale de subordonner le bénéfice d'un avantage en nature à des conditions plus restrictives que celles qui sont applicables aux fonctionnaires de l'Etat.

5. Aux termes de l'article R.2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R.2124-71 du même code : " Le bénéficiaire d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte supporte l'ensemble des réparations locatives et des charges locatives afférentes au logement qu'il occupe, déterminées conformément à la législation relative aux loyers des locaux à usage d'habitation, ainsi que les impôts ou taxes qui sont liés à l'occupation des locaux. Il souscrit une assurance contre les risques dont il doit répondre en qualité d'occupant. ". Enfin, l'article 10 du décret du 9 mai 2012 portant réforme du régime des concessions de logement prévoit que : " Les dispositions des articles R. 2124-66 et R. 2124-67 du code général de la propriété des personnes publiques ne sont pas applicables au logement des fonctionnaires régis par les dispositions des décrets du 14 mars 1964 et du 29 juillet 1964 susvisés, qui sont affectés sur un poste territorial, ou de ceux occupant des emplois mentionnés aux 1° et 3° de l'article 2 du décret du 17 octobre 2007 et à l'article 5 du décret du 31 mars 2009 susvisés. Les fonctionnaires mentionnés au précédent alinéa bénéficient de concessions de logement par nécessité absolue de service. La gratuité du logement ainsi accordé s'étend aux meubles et à la fourniture du chauffage, de l'eau, du gaz et de l'électricité. ". Il résulte des dispositions précitées que la gratuité des avantages accessoires et notamment des charges locatives relatives à la consommation d'eau, de gaz, et d'électricité, n'est plus permise, à l'exception des emplois de direction ou de ceux du corps préfectoral.

6. Il résulte de l'instruction que M. B bénéficie par arrêté du maire de la commune de Villefranche-sur-Saône du 6 septembre 2016, notifié le 19 septembre suivant, d'une concession de logement pour nécessité absolue de service compte tenu de ses fonctions de gardien du Palais des sports de la commune. Si l'article 2 dudit arrêté prévoit que le requérant " bénéficiera de la gratuité du loyer ", l'article 3 de ce même arrêté prévoit, en conformité avec les dispositions précitées, que " la fourniture en eau et électricité, ainsi que les factures de téléphone seront à la charge de M. B ". Par suite, M. B n'est pas fondé à obtenir la condamnation de la commune de Villefranche-sur-Saône à assumer les charges locatives relatives au logement dont il bénéficie par concession de logement pour nécessité absolue de service.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à obtenir de la commune de Villefranche-sur-Saône une régularisation fiscale relative à sa concession de logement pour nécessité absolue de service.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au maire de la commune de Villefranche-sur-Saône.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Marie-Laure Viallet, conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208445

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