mardi 7 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209247 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, M. B D et Mme C B, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leur fille A D, représentés par la SCP Couderc-Zouine, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de délivrer à leur enfant mineure, A D, une carte nationale d'identité et un passeport ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de délivrer à Mme A D une carte nationale d'identité et un passeport dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne vise pas les textes qui la fondent ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le lien de filiation entre l'enfant et son père de nationalité française est établi ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 2 du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 et de l'article 2 du décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2002 et est entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre ;
- l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les préjudices résultant directement de la faute s'élèvent à la somme de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure civile ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public ;
- et les observations de Me Lefèvre, représentant M. D et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, né le 12 février 1970 aux Comores, de nationalité française, a reconnu, le 10 mars 2018, l'enfant A D, née le 11 juillet 2018 à Feyzin (Rhône), ayant pour mère Mme C B, née le 20 décembre 1991, ressortissante comorienne en situation irrégulière sur le territoire français. Le 3 novembre 2020, les parents ont sollicité la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour leur enfant. Par une décision du 5 octobre 2022, le préfet de la Loire a rejeté leurs demandes. Par la présente requête, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de Mme A D, M. D et Mme B demandent au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'Etat à leur verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Selon l'article 29 du même code : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire (). ". L'article 30 de ce code dispose également que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande ". Selon l'article 4 de ce décret : " I. - En cas de première demande, la carte nationale d'identité est délivrée sur production par le demandeur : / () / c) ou, à défaut de produire l'un des passeports mentionnés aux deux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation () ". L'article 4 du décret du 30 décembre 2005 dispose : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " I. - En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / () 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité et du passeport. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet ou à l'autorité consulaire s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
4. Pour rejeter la demande de carte nationale d'identité et de passeport de l'enfant A D née le 11 juillet 2018, le préfet de la Loire a estimé que sa nationalité française n'était pas établie, dès lors que la reconnaissance de filiation effectuée le 10 mars 2018 avait été effectuée dans le seul but de permettre à sa mère, Mme C B, d'obtenir un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. Pour aboutir à cette conclusion, le préfet de la Loire s'est fondé sur les résultats de l'enquête administrative menée qui a conclu à l'absence de domicile commun des parents, à l'absence de participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant par M. D et à la situation irrégulière de la mère de l'enfant. Toutefois, même à la supposer établie, la circonstance que M. D ne participerait ni à l'entretien, ni à l'éducation de l'enfant est sans incidence sur la détermination de la filiation de cette enfant. Par ailleurs, alors même que Mme B réside irrégulièrement sur le territoire français, il ressort du procès-verbal de son audition du 28 novembre 2018 qu'elle a déclaré avoir rencontré M. D, lors des fêtes communautaires de Lyon, en octobre 2017, date cohérente avec la conception de l'enfant, et l'avoir informé en novembre 2017 du fait qu'elle était enceinte. Il ressort du rapport d'enquête de police du 26 avril 2019 que M. D produit un témoignage concordant avec le récit de Mme B quant à leur rencontre, à la conception de l'enfant et à la volonté commune de reconnaissance de l'enfant, d'autant que les deux parents ont effectué ensemble une reconnaissance de filiation le 10 mars 2018. Dans ces conditions, les éléments avancés par le préfet de la Loire, qui ne précise pas les suites données par le procureur de la République du Val de Marne saisi d'une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité, ne sont pas suffisants pour faire naître un doute sérieux quant à la fraude entachant la reconnaissance de paternité de l'enfant par M. D et, par suite, quant à la nationalité de l'enfant.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2022 qu'ils contestent.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique que les titres sollicités soient délivrés à l'enfant A D, alors que le préfet de la Loire n'a pas précisé les suites données à la saisine du procureur de la République. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à la jeune A D, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
7. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait toutefois être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité.
8. En se bornant à faire valoir que Mme B est privée de toute perspective de régularisation de sa situation administrative et qu'elle est dans une situation de grande précarité, cette dernière n'établit pas que le refus de délivrance de documents d'identité à son enfant l'a privée de la possibilité de solliciter un titre de séjour si elle s'y croyait fondée. Elle n'établit pas davantage de lien de causalité entre la situation de précarité alléguée et la faute retenue à l'encontre de l'Etat. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander la condamnation de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D et à Mme B d'une somme globale de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de délivrer à l'enfant mineure, A D, une carte nationale d'identité et un passeport, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer une carte nationale d'identité française et un passeport biométrique à la jeune A D, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme globale de 1 000 (mille) euros à M. D et à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D et Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C B et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.
La rapporteure,
V. JordaLa présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026