mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209298 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU 5ème chambre |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 13 décembre 2022, Mme A B représentée par Me Moutoussamy (société DBKM avocats), demande au tribunal :
1°) d'annuler :
- la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiale du Rhône a confirmé mettre à sa charge un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 302 euros ;
- la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé mettre à sa charge un indu de prime d'activité ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces indus ;
4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Rhône de procéder à la restitution des sommes déjà récupérées au titre des indus en litige ;
5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône et de l'Etat, chacun en ce qui le concerne, le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le principe du contradictoire a été méconnu en l'absence de communication, à l'occasion de sa réclamation préalable, du rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Rhône, ce qui ne l'a pas mise à même de vérifier le fondement de l'indu de prime d'activité, ni les énonciations du rapport, et de contester utilement ces éléments ;
- elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des éléments recueillis dans le cadre de l'exercice du droit de communication, en méconnaissance de l'article L. 421-21 du code de la sécurité sociale ;
- il n'est pas justifié de l'agrément, de l'assermentation et de l'habilitation de l'agent de la caisse d'allocations familiales ayant procédé au contrôle de sa situation ;
- la décision confirmant l'indu d'allocation de logement sociale est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que la caisse d'allocations familiales du Rhône s'est abstenue de saisir de la commission de recours amiable préalablement à l'édiction de la décision confirmant l'indu d'allocations de logement sociale ;
- l'administration ne démontre pas qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'allocation de logement sociale et la prime d'activité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 5 avril 2022, la caisse d'allocations familiales du Rhône a demandé à Mme B le reversement d'une somme de 6 599,74 euros incluant un indu d'allocation de logement sociale et un indu de prime d'activité. Par un recours administratif préalable obligatoire du 23 juillet 2022, adressé à la caisse d'allocations familiales du Rhône et à la commission de recours amiable constituée en son sein, Mme B a contesté le bien-fondé de ces indus. Le silence gardé par la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône et la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Rhône sur ces demandes a fait naître des décisions implicites de rejet. Mme B demande l'annulation de ces décisions et la décharge de l'obligation de payer ces indus.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° l'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : () ; b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, rendu applicable par l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. ". Enfin, aux termes de l'article L. 825-3 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; () ". Il résulte de ces dispositions, qu'il n'appartient qu'au directeur de l'organisme payeur d'apprécier, après avoir pris l'avis de la commission de recours amiable, si les sommes versées au titre de l'allocation de logement social ont été irrégulièrement allouées à la demandeuse et de statuer sur la réclamation qui lui a été adressée.
3. Il résulte de l'instruction que la commission de recours amiable a rendu un avis le 9 février 2023 sur lequel s'est fondé la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône pour rendre la décision du 5 avril 2022 mettant à la charge de Mme B un indu d'allocation de logement sociale. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission de recours amiable doit être écarté.
4. En se bornant à affirmer que le seul fait d'avoir séjourné hors de France n'est pas de nature à supprimer ou modifier les droits d'un allocataire, la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale en litige.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :
5. Aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire. () ". aux termes de l'article L. 114-12 du même code: " Les organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale, du recouvrement des cotisations de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code, les caisses assurant le service des congés payés, Pôle emploi et les administrations de l'Etat se communiquent les renseignements qui : (); 3° Sont nécessaires au contrôle, à la justification dans la constitution des droits et à la justification de la liquidation et du versement des prestations dont sont chargés respectivement ces organismes ; (). ". Aux termes de l'article L. 114-19 : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : ()/ 3° Aux agents de contrôle des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment à des tiers ou des prestations recouvrables sur la succession ; (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 114-21 : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".
6. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu
7. Il résulte de l'instruction que l'agent chargé du contrôle de la situation de la requérante a effectué sa prestation de serment le 21 janvier 1998, justifie d'une agrémentation par une décision du directeur régional de la caisse d'allocation familiale du 7 mai 1998 et d'une délégation permanente du directeur de la caisse d'allocation familiales du Rhône depuis sa prise de fonction en qualité de contrôleur allocataires le 7 novembre 2011. Dès lors, les moyens tirés de l'absence d'habilitation, d'assermentation et d'agrémentation de l'agent ayant procédé au contrôle doivent être écarté.
8. Il résulte également de l'instruction que Mme B était présente lors du contrôle domiciliaire diligenté par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales du Rhône. Par ailleurs, elle a été informé lors de ce contrôle de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications par tous moyens ou de contester le rapport. En outre, elle a été informée des suites de ce contrôle ainsi que de la faculté pour la caisse d'allocations familiales du Rhône de mettre en œuvre le droit de communication prévu aux articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été informée de la mise en œuvre du droit de communication et des informations obtenues.
9. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ".
10. Il résulte de l'instruction que Mme B s'est vu notifié le 5 avril 2022 un indu de prime d'activité à la suite d'un déménagement qui a entraîné un nouveau calcul de ses droits à la prime d'activité par la caisse d'allocation familiale du Rhône. La requérante n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait continué à résider en France de manière stable et effective à la suite de ce déménagement. Le moyen, qui manque en fait, doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer les indus de prime d'activité et d'allocation de logement sociale mis à sa charge.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales du Rhône et à Me Moutoussamy.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La magistrate désignée,
V. Vaccaro-PlanchetLa greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026